Chapitre trente-trois

La voix de Cortez lui parut lointaine tant elle était hors d’elle. Il fallut qu’il lui répète plusieurs fois la même chose pour qu’elle assimile ce qu’il était en train de lui dire. Kaidan lui tapa même sur l’épaule. Mais elle avait quelque doute et croire ce que le pilote du Kodiak lui disait était difficile. Pourtant, elle finit par se rendre compte de la véracité de ses propos. Les véhicules qui fonçaient droit sur eux n’appartenaient non pas à Cerberus, mais à l’Alliance.

Quand elle eut compris et assimilé l’information, elle ne put s’empêcher de soupirer de soulagement. La cavalerie arrivait enfin. C’était juste qu’ils avaient failli y passer de manière un peu ridicule au vu de tout ce qu’ils avaient traversé. Mais le logo de l’Alliance étincelait de tout son bleu sur les véhicules qui venaient de pénétrer la zone de tir.

« Commander Shepard ? » La voix d’un soldat qu’elle ne connaissait pas résonna dans le Kodiak. Elle répondit par affirmative et demanda à son interlocuteur de décliner son identité. Le Lieutenant Ryan lui présenta ses respects et lui fit part de la manœuvre en train de se dérouler.

En gros, cela était relativement simple : les véhicules de l’Alliance feraient diversion pour que Shepard et son équipe puisse fiche le camp en vitesse. Anderson les attendaient au niveau des Archives. Très bien. Le Commander avait hâte de revoir l’Amiral. Elle avait l’impression de ne pas lui avoir parlé depuis longtemps alors que cela ne devait pas faire plus de quelques jours. Mais la notion de temps n’était plus très fiable, elle commençait à la perdre avec l’enchaînement des événements derniers. Tout s’était tellement accéléré depuis qu’ils avaient fini par mettre la main sur la station cachée de Cerberus. Non… Depuis l’attaque de Sur’Kesh où il avait fallu rapatrier en catastrophe Presalia sur la Citadelle. La suite des combats presque sans repos avait altéré la perception du temps qui s’écoulait.

« Cortez, vous avez entendu, dit-elle à l’adresse du pilote, tirez-nous de là et foncez sur les Archives.

—Aye, M’dame ! »

Ils fermèrent le vantail et seul James resta aux commandes du canon. Il valait mieux économiser les munitions et les clips maintenant qu’ils avaient des renforts. Le Kodiak accéléra soudainement. Chacun s’accrocha à ce qu’il put. Même si Cortez était celui qui maîtrisait le mieux le Shuttle, il lui arrivait d’avoir une conduite sportive et agressive. Là, la situation exigeait une extraction rapide et efficace. Ce n’était pas le moment de protester.

« Merde. »

Il était rare d’entendre Kaidan être grossier. En général, il faisait assez attention à son langage et la vulgarité ne lui seyait pas du tout. Shepard, s’approchant de lui, comprit vite ce qui avait déclenché un tel juron. Et de renchérir avec le même.

« Que se passe-t-il ? » demanda Garrus avec son calme habituel, sans se formaliser outre mesure du vocabulaire des deux autres.

« Tempête de sable. » se contenta de dire le Commander.

Et qui arrivait droit sur eux. Comme si Cerberus n’était pas un problème suffisamment pénible, il fallait que Mars également se mette contre eux. Contre les vents violents qui pouvaient parfois agiter la surface martienne, il n’y avait souvent pas grand-chose à faire. En général, il valait mieux s’abriter et attendre que ça passe. Là, la question ne se posait même pas. Ils ne pouvaient pas se permettre un tel luxe. Le temps jouait contre eux. Il fallait tenter de passer au travers.

« Cortez ? Vous pensez que le Kodiak peut tenir ? » demanda toutefois Shepard qui ne voulait pas se lancer dans un autre plan foireux et suicidaire sans un minimum d’assurance quant à la réussite de son idée.

Les sourcils froncés, le soldat attendit un peu avant de répondre. Shepard savait qu’il regardait les données face à lui pour être sûr de ne pas dire de conneries.

« Je ne sais pas… Je ne voudrais pas qu’on se jeter dans cet enfer si on risque d’y passer, Commander. »

Qu’y avait-il comme autre solution ? Fuir le mur de sable qui avançait à une vitesse prodigieuse vers eux et perdre ainsi ce précieux temps contre qui ils jouaient ? D’autant qu’il n’était pas certain qu’ils allaient suffisamment vite pour ne pas se faire prendre au piège. Fuir leur ferait faire un sacré détour en plus.

« EDI ? » appela-t-elle. L’Intelligence Artificielle lui confirma qu’elle la recevait parfaitement. Le Commander réitéra sa question. Cortez en connaissait un rayon sur les véhicules, elle lui faisait confiance, mais il n’y avait qu’EDI qui était vraiment capable de faire une estimation chiffrée en un temps record.

« Commander… » C’était Joker qui avait la voix fatiguée, comme lassé de voir Shepard toujours en mauvaise posture et qui finissait par choisir des moyens expéditifs de résoudre les problèmes. Ça marchait pratiquement tout le temps. « Ce ne serait pas mieux que je vous sorte de là et qu’on attende ? »

Mais même Joker savait que cette position ne pouvait pas tenir. Récupérer le Kodiak, c’était s’exposer encore à la bataille qui faisait rage dans la haute atmosphère martienne. Ils n’étaient pas forcément en sécurité sur la surface non plus, la tempête en était une preuve, mais quitte à choisir…

EDI annonça une probabilité qui satisfit Shepard et finalement rassura Joker. C’était jouable. Il fallait juste que Cortez suive la marche à suivre que l’Intelligence Artificielle avait mis au point tout en calculant les chances de s’en sortir. Le soldat hocha la tête, se remettant volontiers aux ordres d’EDI.

« Je vous conseille de tous vous accrocher. » La voix atone de la copilote du Normandy résonna dans le Kodiak. Chacun s’arrima du mieux qu’il put. James était descendu de la petite nacelle d’où il s’était mis pour tirer. Ce n’était pas une bonne place pour encaisser les secousses. Shepard choisit de s’installer au sol. Les vibrations étaient certes plus intenses, mais la stabilité meilleure. Tout le monde se tut, serrant les dents et contractant tous les muscles de leur corps en attendant le choc avec la tempête de sable. De plus, personne ne voulait troubler la concentration de Cortez qui écoutait avec attention ce qu’EDI lui disait. Il fallait donc s’en remettre à eux deux.

Ce fut bien plus intense que ce Shepard avait pu imaginer. Non seulement, le Kodiak vibrait si fort que cela faisait mal aux oreilles, mais parfois, il était pris de violents sursauts qui secouaient les organes. Shepard était d’ailleurs assez sensible à ces hauts et ces bas qu’imprimaient le véhicule, mais elle ne voulait pas songer aux causes de ce mal-être. Ce n’était pas important, elle devait repousser cela tout au fond de son esprit. Cela n’existait pas. L’ignorer, le nier.

Les minutes qui s’écoulèrent dans le cœur de la tempête s’étiraient. La notion du temps était floue, mais Shepard pianota sur son Omnitool pour ne pas perdre le fil. A peine dix minutes dans la tourmente. Certaines tempêtes martiennes pouvaient durer des heures. Il n’y avait plus qu’à espérer que celle-ci ne soit pas une de celles-là.

« Je me demande ce qu’Anderson a prévu. » murmura Kaidan.

Le Major avait les traits tirés et le teint jaune. Il venait de rompre le silence qui régnait sur le groupe. Sans doute voulait-il détourner un peu l’attention de tous pour faire abstraction de l’enfer où ils étaient. Shepard le comprit et lui répondit qu’elle n’en avait aucune idée. Tout ce qu’elle voulait, et elle était cependant sûre que l’Amiral irait dans son sens, c’était d’aller à la poursuite de l’Homme Trouble. Le reste importait peu sur ce sol. Tant que Cerberus serait actif sur Mars, il ne pouvait y avoir de préparatifs à l’assaut vers la Terre. Dans l’esprit du Commander, c’était le dernier obstacle, le dernier rempart contre leur objectif.

« Vivement qu’on soit définitivement débarrassés de ces pourris…, marmonna Jack.

— Ils nous aurons mené la vie dure jusqu’au bout », approuva Liara.

Shepard ne répondit pas. Au vu de ce qu’il s’était passé sur Chronos, elle ne voulait pas s’avouer vainqueur tant qu’elle n’avait pas collé une balle dans la tête de l’Homme Trouble. Certes, elle se doutait bien qu’il serait plus intelligent de le constituer prisonnier, mais avec ce genre d’individu, il valait mieux l’avoir morts qu’ayant la possibilité de s’enfuir. Et le leader de Cerberus était bien trop dangereux, bien trop manipulateur pour être simplement fait prisonnier.

Les vibrations stoppèrent aussi vite qu’elles avaient commencé. Chacun, Shepard la première, avait du mal à réaliser avant que Cortez ne le confirme, qu’ils étaient passés à travers la tempête de sable. Finalement, le Kodiak était bien solide. Sans doute le Mako n’aurait pas tenu dans ce tumulte.

Shepard se remit rapidement sur pied et se pencha au-dessus du pilote pour voir ce qui se présentait face à eux. En effet, il n’y avait plus de vent. C’était aussi calme qu’avant la tempête. Comme si elle n’avait pas eu lieu.

« Les Archives se trouvent juste face à nous. » expliqua Cortez, mais c’était inutile. Les avants postes de l’Alliance étaient visibles. Tout comme Cerberus qui avait déjà commencé son assaut. Encore une fois, il faudrait passer au travers des mailles du filet. Mais le fait d’être arrivés avec la tempête allait sans doute proférer un effet de surprise dont il fallait absolument profiter et prendre de vitesse les terroristes avant qu’ils n’aient le temps de se retourner.

Cortez accéléra brutalement et fonça droit devant. Il fallait profiter du fait que Cerberus ait à essuyer la tempête avant qu’ils n’en sortent pour passer leurs défenses. James se remit à son poste de canonnier et Garrus ouvrit le vantail. Chacun reprit place. Passer à tout prix.

« Allez ! »

Fonçant comme un dératé à travers les véhicules et tourelles le l’ennemi, le Kodiak progressa à toute vitesse. Shepard compta mentalement presqu’une minute avant que la riposte ne commence. Tant mieux. Cerberus avait été pas mal ébranlé par la tempête.

Ils se trouvaient encore à une centaine de mètres du camp de l’Alliance. De leur côté aussi, il avait fallu se remettre rapidement en position d’attaque.

« Ici, le Commander Shepard, tenta-t-elle d’apppeler sur son Omnitool. Il y avait de la friture due à la tempête, mais le signal fonctionnait.

— Shepard ? C’est vous qui foncez droit sur nous ? »

La voix d’Anderson arracha un sourire à la jeune femme.

« Tout à fait, Monsieur.

— Ne me dites pas que vous sortez de la tempête !

— Affirmatif », dit-elle avec un sourire encore plus grand. Le silence que laissa passer Anderson laissait deviner qu’il était médusé.

« Vous pouvez nous assurer une couverture ? » demanda-t-elle toutefois, restant sérieuse.

Anderson lui confirma la possibilité de tirs de protection et Shepard prit les instructions qu’il lui donna pour se mettre en sécurité derrière les lignes de l’Alliance.

« Cortez, vous avez entendu ? »

Le pilote hocha la tête et se mit au travail. Shepard retourna près de Garrus et s’empara de son fusil. Même si Anderson lui avait garanti un feu nourri, ils n’étaient pas à l’abri d’un coup fourré de la part de Cerberus. Il valait mieux se préparer à toute éventualité.

Et ils se montrèrent coriaces, ces salopards de Cerberus. Malgré tout, le Kodiak tint bon. Deux véhicules de l’Alliance vinrent border son flan et ensemble, ils purent passer la ligne de défense montée par Anderson pour protéger les Archives.

Cortez stoppa le Kodiak en plein milieu du camp et tout le monde sauta à terre, non fâchés d’en avoir fini et d’être encore en un seul morceau. Les tirs étaient désormais lointains.

Shepard vit Anderson s’approcher à grand pas d’eux. Il avait l’air encore plus fatigué que jamais mais son allure était énergétique. Pas de place pour le laisser aller dans le Système Solaire. Il serra chaleureusement la main de Shepard et Kaidan et leur fit signe de le suivre. Shepard demanda aux autres de vérifier le stock de clips thermiques et de faire le plein de munitions. Pas de temps à perdre.

« Je suis content de vous voir, tous les deux.

— Le plaisir est pour nous, assura Kaidan. Nous sommes enfin sur le front. »

Anderson hocha la tête et commença à leur faire le point sur la situation. Cerberus leur menait la vie dure et les Reapers n’étaient pas en reste. Pour le moment, ils étaient occupés par la Flotte qui était en orbite autour de Mars, mais les vaisseaux explosaient les uns après les autres et dans peu de temps, l’ennemi ferait feu à son tour à la surface. Anderson et Hackett étaient parvenu à maintenir les Reapers à une certaine distance et c’était un exploit en soi. Shepard était impressionné de savoir qu’ils avaient résisté aussi longtemps dans une situation pareille.

« Il semblerait que Cerberus tienne à mettre la main sur les Archives.

— Cela fait partie du plan de l’Homme Trouble, expliqua Shepard. Il ne lui manque que… »

Mais le Commander ne put finir sa phrase. Un soldat accourait vers eux à perdre haleine.

« Amiral ! Amiral ! » appela-t-il, le souffle court. « Cerberus vient de percer nos défenses, ils sont parvenu à passer une escouade dans les Archives ! »

Anderson poussa un juron. Accompagné par Shepard et Kaidan, il se mit à courir vers l’endroit où le QG avait été installé. Il fallait rapidement une vie d’ensemble de la situation.

« Montrez-moi ce qu’il en est, ordonna l’Amiral sans répondre aux saluts qu’il suscita. Sur un grand écran hologrammique, Shepard put voir à quel endroit Cerberus s’était infiltré. Il y avait une petite équipe, pas plus d’une dizaine d’individus. D’instinct, elle ne saurait dire pourquoi, elle sut que l’Homme Trouble en faisait partie.

« Shepard. Vous, Alenko et votre équipe allez intercepter ce groupe. »

Elle hocha vivement la tête. Après tout, ils étaient venus pour ça.

« On reste en contact. »

Kaidan lui emboîta le pas. La poussière martienne recouvrait leurs chaussures. Le vent s’était calmé après le passage de la tempête mais les véhicules étaient désormais recouverts d’une épaisse couche de sable et il fallait réquisitionner des soldats pour déblayer.

Le Major et elle retournèrent les autres qui leur passèrent des clips thermiques. Shepard exposa la situation. A l’aide de son Omnitool, elle montra l’endroit où Cerberus était parvenu à percer les défenses et avait pénétré dans les Archives.

« Il faut nous dirigez vers l’Est. Il semblerait que ce soit un groupe restreint. Pas de confirmation de traces de l’Homme Trouble, mais il y a fort à parier qu’il soit de la partie.

— Nous n’avons pas de temps à perdre, objecta Kaidan. Vérifions l’équipement et allons-y. »

Tous hochèrent la tête et chacun reprit sa place dans le Kodiak.

« Pas de dégâts ? demanda Shepard à Cortez dont la tête émergea du flanc du véhicule.

— Rien de bien méchant, expliqua le pilote. Le sable a quelque peu pénétré à l’intérieur du moteur mais j’ai nettoyé le plus gros pendant que vous étiez partie avec le Major. Ça ne nous empêchera pas de nous rendre au point cible , acheva-t-il de dire pour la rassurer.

— Très bien. Je vous fais confiance. »

Elle rejoignit les autres et Cortez s’installa sur le siège de pilotage. Le Kodiak démarra en trombe et ils filèrent droit sur le point de pénétration de Cerberus.

Shepard trépignait d’impatience. Elle avait hâte. Elle voulait se dire que cette traque allait enfin se terminer.

« On va tenter de rester groupés, cette fois-ci, dit-elle à l’adresse des autres. Ça ne sert à rien de se séparer, du moins au début. Après, selon la situation, on risque de devoir faire plusieurs groupes. » Ils envisagèrent donc deux cas de figure. Si la situation exigeait une scission, alors Shepard prendrait Liara et James ainsi que Garrus. Kaidan composerait avec les autres. Le pire serait de se couper en quatre. Shepard et Liara ; James et Jack ; Kaidan et Jacob Legion et Garrus. Mais cette configuration ne lui plaisait guère.

« On y est », les informa Cortez.

Il y avait encore des échanges de tirs mais les soldats de l’Alliance était déjà en train de colmater la brèche et de renforcer les défenses. Ils n’avaient pour l’instant laissé filer qu’un groupe. Shepard et son équipe quittèrent le Kodiak. Cortez restait en standby, continuant son travail de nettoyage puis prêtant main forte à l’escouade sur place. Après s’être brièvement présentée au chef de section, Shepard demanda le point sur la situation afin de mettre à jour ses informations.

D’après ce qu’il lui dit, le groupe serait constitué d’une dizaine d’individus. Il n’y avait pas plus de détails sur la nature exacte des troupes que Cerberus avait réussi à introduire si l’Homme Trouble en faisait partie. Un soldat avait affirmé avoir vu un centurion, mais c’était furtif. Il n’avait pas eu le temps de bien voir. Cela s’était passé si vite que tout le monde avait été surpris. Cerberus avait bien fait son coup et les armes utilisées avaient aveuglé une partie des troupes.

« Est-ce que le système de surveillance des Archives est opérationnel ?

—Il semblerait qu’ils aient déployé un brouilleur pour qu’on ne puisse pas suivre leur progression. J’ai mis quelques ingénieurs sur le coup. J’attends leur rapport.

— Très bien, je vais mettre EDI sur le coup. »

Cela irait un peu plus vite. Elle remercia le soldat et fit un signe aux autres. Ils se précipitèrent vers l’endroit où le véhicule de Cerberus avait défoncé l’un des murs des Archives. Jacob se proposa d’être l’éclaireur. Il ouvrit la marche et pénétra en premier dans l’orifice.

« R.A.S. »

Shepard fit un signe vers les autres et ils suivirent l’ancien officier de Cerberus dans le couloir.

« Elles ne fonctionnent pas. » dit Liara en désignant les caméras. Shepard ne comptait pas vraiment dessus, mais cela accélérerait les choses si EDI parvenait à rétablir le système. Cependant, Cerberus n’était pas sur son terrain de jeu, il n’y aurait pas vraiment de mauvaises surprise. Juste les classiques leurres ou pièges que l’on pouvait laisser derrière soi quand on se savait poursuivi. Là, elle pouvait tourner les choses à son avantage.

« EDI ? » Il fallait toutefois localiser la cible. Et ne pas perdre du temps dans le dédale de couloirs. Sans parler de la sensation de déjà-vu qu’elle n’aimait pas.

« Je viens de localiser du mouvement, j’envoie les coordonnées. » A peine eut-elle fini cette phrase, que l’Omnitool de Shepard s’éclaira. Apparemment, le groupe de Cerberus était toujours intact.

Le Commander fit accélérer le rythme. Il ne fallait surtout pas qu’ils les perdent. Ils parcoururent ainsi une centaine de mètres. EDI leur signala qu’il fallait descendre d’un niveau et ils s’engouffrèrent dans l’élévateur. Quand celui-ci les déposa à l’étage du dessous, ils étaient attendus.

Shepard poussa un léger juron avant de se plaquer contre la paroi de l’élévateur. James, qui avait bondi hors de la cage et s’était réfugié derrière un amas de caisses, la fixa et fit un signe. Deux à gauche. Quatre à droite. Un Nemesis en surplomb. Elle hocha la tête pour lui dire qu’elle avait compris et passa le message aux autres. Six. Pratiquement tout le groupe. Restait à savoir où se trouvait le reste. Eliminer ceux-là d’abord. Avec le soutien de trois biotiques, le combat fut relativement facile. Liara, Kaidan et Jack soulevèrent les ennemis du sol et les tireurs comme Garrus, James ou Jacob n’avaient qu’à finir le travail en leur tirant dessus. Shepard et Legion s’occupaient du Nemesis. Avec deux fusils à lunette, ce fut vite réglé.

Le Commander n’allait pas se plaindre. A peine cinq minutes d’échange de tirs et le groupe de Cerberus était au sol, mis hors d’état de nuire. Le temps de refaire le plein de clips et de munitions et l’équipe de Shepard était repartie.

« Shepard ? »

C’était la voix d’Anderson dans son oreillette. Il n’avait pas l’air ravi. Peut-être un peu affolé, mais elle se faisait sûrement des idées. L’Amiral en avait vu suffisamment durant cette guerre pour ne pas céder à la panique.

« Des troupes de Cerberus ont percé à nouveau les défenses et se dirigent vers vous. » Ah, merde. En effet, la nouvelle n’était pas réjouissante. Ils étaient sacrément tenaces, ces enfoirés. Elle demanda combien ils étaient mais l’Amiral ne put lui répondre, il s’agissait de cinq véhicules blindés mais impossible d’en savoir le contenu. Ça puait. Il fallait rapidement qu’ils fassent quelque chose. Pour l’instant, pas de renforts possibles, il fallait contenir l’ennemi à l’extérieur.

Shepard n’eut pas d’autre choix que de scinder son équipe.

« Je prends Liara et James avec moi, dit-elle. Kaidan, vous et les autres allez tendre une embuscade à nos poursuivants. »

Il fallait raisonner ainsi. Ce n’était plus vraiment devant eux que le danger était le plus imminent mais derrière. Si les informations qu’elle avait été exacte, ils ne poursuivaient qu’une petite poignée de soldats de Cerberus. Derrière, ce devait être plusieurs escouades.

Kaidan approuva. Seule Jack pesta un peu entre ses dents. Elle aurait voulu être aux premières loges pour le combat là-bas, mais Shepard ne lui laissa pas le choix. Elle avait besoin de Liara qui s’y connaissait plus en technique de piratage. Quand à Garrus, elle s’en séparait pour une raison logique. Il était stratège et Kaidan avait besoin d’un coup de main. Affronter un petit groupe ne nécessitait pas ses capacités. A trois, ils pouvaient s’en sortir. James était un bon soldat.

Ils se séparèrent donc en se souhaitant bonne chance. Shepard et ses deux comparses se mirent à courir dans la direction qu’EDI leur avait donnée. Ils se retrouvèrent rapidement face à une porte verrouillée.

« Le code d’accès a été changé constata Liara. Il va me falloir le pirater. Ça risque de prendre un bout de temps. »

Shepard ne répondit pas. Ils ne pouvaient pas passer par ailleurs, de toute façon. Il fallait prendre son mal en patience et laisser faire l’Asari. Il ne lui fallut que quelques minutes puis la porte s’ouvrit et ils reprirent leur course. Avec ce contretemps, leur cible devait avoir pris pas mal d’avance.

Où allaient-ils donc ? Les couloirs s’élargirent et ils descendirent encore de deux niveaux. Ils s’enfonçaient dans les profondeurs martiennes, allant au cœur des Archives. Qu’est-ce qu’il pouvait bien y avoir là-dessous que les chercheurs dépêchés par les Humains n’avaient pas vu ?

Ils finirent par arriver à une sorte de plate-forme d’où partait un tramway. L’une des rames était absente, signe qu’elle avait été empruntée par quelqu’un. Shepard n’était pas enchantée par le fait de devoir monter là-dedans. Cela les exposait à un piège, il n’y avait rien à redire là-dessus. Mais ils n’avaient pas le choix. Elle sauta donc dans le véhicule et Liara pianota sur le panneau de commande. Il y eut une secousse puis l’engin se mit à avancer en suivant le rail, s’enfonçant dans les entrailles des Archives.

Shepard en profita pour demander à Liara ce qu’elle connaissait sur ce lieu. L’Asari eut un regard pétillant. Toujours pareil quand il s’agissait de parler des Prothéans. Elle lui fit un rappel concernant la découverte des ruines en 2148. Ensuite, afin d’exploiter au mieux les connaissances apportées par les artefacts trouvés, on avait fait construire cet immense bâtiment où les chercheurs et curieux pouvaient venir assouvir leur soif de connaissance. La barrière de la langue était une chose difficile à soulever, aussi, cela prenait beaucoup de temps avant de pouvoir extraire quelque chose de compréhensible de ces reliques.

Shepard comprit alors où le tram les emportait. Au cœur du bâtiment. Là où étaient enfouies les ruines Prothéanes. Quelque chose que seul l’Homme Trouble avait trouvé s’y situait donc. Là-bas… Maintenant, Shepard en était certaine. Il était là.

Une salve de tirs les accueilli quand le tram entra en gare et il se fallut de peu avant qu’ils ne finissent pulvérisés dedans. Des tourelles avaient été installées, signe évident qu’il y avait au moins un ingénieur parmi ceux qu’ils poursuivaient. Les tourelles furent cependant rapidement mise hors service. Mais c’était encore du temps de perdu. Mais Cerberus cherchait donc cela. Gagner du temps. Pour que l’Homme Trouble puisse mettre la main sur ce qu’il convoitait. Et ça, c’était hors de question.

Shepard accéléra la cadence. Maintenant qu’elle avait compris où l’ennemi se rendait, elle demanda directement à EDI de lui indiquer le chemin. Ils suivirent donc les instructions de l’Intelligence Artificielle et débouchèrent sur une grande pièce circulaire éclairé par une lumière bleutée. En son centre, il y avait comme une zone de creusage. Les ruines dépassaient du sol rouge. Tout n’avait pas encore été exploité et des caisses étaient amoncelées un peu partout dans la pièce. Cela ressemblait autant à un site d’archéologie qu’à un sanctuaire. Liaira laissa échapper une petite exclamation. Sans doute aurait-elle rêvé de travailler ici, quand son passe-temps était de chercher des traces de la vie de la fameuse espèce disparue, anéantie par les Reapers.

Toutefois, ils n’eurent pas le loisir de contempler plus avant le lieu. Des tirs sifflèrent à leurs oreilles. Ils n’étaient pas seul. Le comité d’accueil leur faisait une petite salve de bienvenue. Shepard plongea en avant mais pris le temps de localiser les deux centurions qui se trouvaient de l’autre côté de la pièce. Rien de bien insurmontable. James commença à ripoter avec l’aide de Liara. Ce qui laissait le loisir à Shepard de chercher du regard sa cible. L’Homme Trouble. Elle espérait vraiment qu’elle ne s’était pas faite de fausses idées et qu’il se trouvait bien ici.

Et c’était le cas.

Elle mit du temps à le localiser. Il se trouvait près de l’une des consoles, hors de portée de tir. Elle le dévisagea un instant. Quelque chose clochait. S’emparant de son fusil à lunette, elle se servit du viseur pour l’observer de plus près. Oui, c’était bizarre. Comme si quelque chose en lui avait changé. Elle ne sut pas quoi avant qu’il ne relève la tête. Elle retint un glapissement de surprise. Son visage… il était complètement défiguré. Elle plissa les yeux pour mieux voir. Oui… C’était comme s’il était bouffé par quelque chose, sa peau avait noirci par endroit. Elle avait comme des veines qui la parcourait, de la même couleur que… les Husks.

Là, il n’était plus possible de nier son endoctrinement. Cela se voyait physiquement. Il devenait l’une de ces abominations. Bouffé, rongé par le mal. Shepard ne sut même pas s’il fallait qu’elle soit dégoûtée ou si elle devait avoir pitié de cet homme en train de devenir une créature affreuse. Lui qui avait du charisme, était un leader d’hommes… Il commençait à devenir une entité malfaisante. Une marionnette. Un monstre.

Shepard n’avait qu’une chose à faire… Presser la détente du Black Widow et c’en était fini. Là, maintenant, elle pouvait mettre fin à la folie de Cerberus. Cela la faisait trembler d’appréhension.

Elle ne put même pas tirer. Cela se passa en une fraction de seconde. Le visage hideux était à quelques centimètres d’elle. Comment avait-il pu se rapprocher aussi vite ? C’était quasiment instantané. Surprise, elle poussa un cri et tomba en arrière. Alertés, James et Liara se précipitèrent. L’Asari bondit en l’air, sa main enveloppé par une aura bleue, mais l’Homme Trouble esquiva. Sa vitesse était surhumaine. Mais qu’est-ce qu’il avait donc bien pu faire à son corps ? De près, il n’y avait pas que le visage qui était attaqué par ces veines grisâtres, mais aussi son bras. Sa main droite n’était que chair grisonnante. C’était horrible à regarder.

James l’aida à se relever. Quelle idiote ! Sursauter comme une bleue et tomber à terre. Elle pesta entre ses dents.

« Liara ! »

Elle eut à peine le temps de voir le corps de son amie voler dans les airs telle une poupée de chiffons avant de s’écraser au sol. L’Asari ne se releva pas.

Merde ! L’Homme Trouble se tenait désormais face à elle et James. Seuls. A deux contre lui, le Commander commença à avoir des doutes quant à leur victoire. Elle n’aurait jamais cru qu’il puisse changer à ce point, qu’il devienne aussi monstrueux.

Elle leva son Carniflex vers lui.

Il se contenta de secouer la tête, comme quelqu’un de las.

« Ah.. Shepard. » Un air de pitié se peignit sur ses traits. De la fausse pitié. Il avait plutôt le visage moqueur. Il sortit une cigarette qu’il prit le temps d’allumer. Le tenant toujours en joue, Shepard guettait le moindre geste, et si jamais il lui prenait l’envie de devenir menaçant, elle n’hésiterait pas à lui coller une balle dans le corps. Mais l’Homme Trouble se contenta de tirer une bouffée de sa cigarette. Apparemment, il avait envie d’un brin de causette.

« Mon petit tour sur Chronos n’aura pas eu raison de vous et votre petite équipe à ce que je vois…

— Navrée de vous décevoir mais vous devriez savoir qu’on a la peau un peu dure sur le Normandy.

— C’est vrai. Je dois quand même vous féliciter pour votre ténacité. Mais je dois aussi en conclure que j’ai perdu mes précieux spécimen ainsi que mon Reaper… Mais bon… Ils ne me sont plus utiles à présent. J’ai tout ce dont j’ai besoin pour mener à bien mon plan.

— Toujours cette idée saugrenue de vouloir contrôler les Reapers ? »

Shepard ne le lâchait pas des yeux. Elle savait que leur petite discussion avait pour but de faire faiblir son attention. Elle ne devait pas se laisser prendre au piège. Elle sentait que James était dans le même état d’esprit. Il avait son fusil levé vers l’Homme Trouble, prêt à tirer au moindre geste déplacé.

« Idée saugrenue… » se contenta de répéter l’Homme Trouble. Il secoua encore la tête, tirant de grandes bouffées de sa cigarette.

« Je n’arrive pas à croire que vous ayez expérimenté sur des êtres humains pour parvenir à vos fins.

— Il fallait bien que je teste mes théories. Ces personnes-là n’étaient que des rebuts de la société, des prisonniers récupérés ça et là. Autant qu’ils servent une cause juste.

— Rien ne justifie autant de barbarie, cracha Shepard avec verve.

— Toujours avec vos bons sentiments…. Mais quand il s’agit de coller une balle entre les yeux d’un ennemi, vous ne réfléchissez pas autant, n’est-ce pas, Shepard ? »

Le Commander ne répondit pas. Elle ne voulait pas entrer dans ce débat avec lui. Il cherchait à gagner du temps et elle ne voulait pas perdre de l’énergie en paroles inutiles.

« Quand je pense que vous êtes allé jusqu’à récupérer les restes du Reaper humain… Comment vous avez pu croire qu’une horreur pareille allait rester sous votre contrôle ?

— Cela a pourtant été le cas… J’ai réussi, Shepard ! »

L’Homme Trouble jeta son mégot au sol.

« Ce que l’on pensait impossible, je l’ai fait. Je vous ai ramené à la vie, j’ai réussi à contrôler l’un d’entre eux. Oh, une simple chimère créée, mais il me manque juste une pièce maîtresse qui se trouve dans ces ruines pour mener à bien mon projet.

— Avoir le pouvoir sur un Reaper à peine mature et contrôler toute leur armada sont deux choses différentes ! On ne peut pas les contrôler. C’est trop dangereux ! Vous n’arrivez pas à voir ce qu’il risque d’arriver ? Les Reapers sont nos ennemis. Nous devons les détruire ! »

Elle savait que c’était inutile de chercher à lui faire entendre raison. Mais elle ne pouvait s’en empêcher. Elle voulait savoir ce qu’il se passait dans son esprit et ce qu’il avait fait pour en arriver là.

« Vous n’imaginez pas les possibilités que nous offrirait ce contrôle ! Votre esprit est si… étriqué. Vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez. Tout n’est pas noir ou blanc, Shepard. »

Le regard de l’homme trouble était vraiment fou. Ses pupilles brillaient d’une lueur bleutée qui faisait penser à Legion. Non… Pas de doute…

« Vous êtes déjà pris au piège. Endoctriné ! » répliqua le Commander.

« Non… Je résiste ! Mon esprit est plus fort ! »

Le rictus qui déformait son visage montrait pourtant le contraire. Shepard le tenait toujours en joue. Au moindre geste de travers, elle lui ferait sauter la cervelle. Elle qui avait pourtant dit qu’elle n’hésiterait pas à lui tirer dessus, voilà qu’elle avait cédé à la tentation de le raisonner.

La respiration haletante de James lui disait que lui aussi, il avait bien envie d’en finir. Mais il fallait d’abord lui faire caracher le morceau. Ce qu’un homme pareil savait, c’était précieux pour gagner cette guerre. Maintenant qu’il se tenait face à eux, elle en était sûre.

« Mon esprit n’est pas si étriqué que cela, rétorqua la jeune femme. Sinon, je vous aurais descendu tout de suite. »

Pour toute réponse, un rire. Brisé, fou. L’Homme Trouble n’était plus que l’ombre de lui-même, de cet homme charismatique qui avait réussi à créer la plus grande organisation terroriste de la Galaxie.

« Hésitez-vous donc ? Vous voyez… vous avez besoin de moi. Vous ne savez pas tout ce que je sais… Vous n’avez pas… mon pouvoir !

— Commander, il est complètement cinglé. Permettez-moi de le descendre ! »

Le regard fou de l’Homme Trouble se posa sur le soldat. « Oui… Oui ! Ordonnez ! Ordonnez et je ferais, je ne suis qu’un pion. Allons bon… Vous n’êtes destinées qu’à obéir ! »

Sur ces derniers mots, avant que Shepard ait pu faire quoique ce soit, l’Homme Trouble tendit la main vers James, paume ouverte. Elle vit le massif soldat tituber, un gémissement s’échappa de sa bouche.

« Qu’est-ce que vous faites ?! » s’écria la jeune femme, arme au poing, prête à tirer sur l’ennemi. Elle n’en eut pas le loisir. James venait de se tourner vers elle. Et la tenait en joue. Son visage était l’expression même de la douleur. Mais ses yeux étaient vides.

L’Homme Trouble jubilait. Son rire mégalomaniaque résonnait.

« Shepard ! » Kaidan fit irruption talonné par le reste de l’équipe. Le Commander fit un geste pour le tenir à distance. Il ne fallait pas que d’autres soient touchés. Toutefois, Garrus se glissa sur le côté pour vérifier que Liara respirait encore. L’Asari était juste inconsciente.

« Regardez donc ce que le pouvoir permet. Vous n’avez pas besoin d’autorisation, vous pouvez faire tout ce que vous voulez ! »

Prudemment, Shepard, toujours l’arme pointée vers son ennemi, fit un pas.

« Vous êtes un grand malade… Vous croyez franchement qu’une armée de poupées suffit à gagner une guerre ?

— Imaginez que l’on puisse manipuler les Reapers… Une arme de persuasion massive, que l’on utiliserait pour menacer tous ceux qui se dressent sur le chemin de la paix… »

Bien sûr que c’était tentant mais… Mais une arme telle finirait par échapper à son maître. Le Commander lança l’argument tout en glissant prudemment sa jambe sur le côté. L’Homme Trouble semblait trop enfoncé dans son délire pour se rendre compte de quoique ce soit.

« Non ! Non ! Ma volonté est bien plus forte que tout ! Regardez où cela m’a mené, moi qui n’étais qu’un simple mercenaire… Je détiens maintenant le pouvoir ! »

James gémit de plus belle. Son visage était crispé. Shepard se rendit compte qu’il essayait de lutter contre l’emprise de l’Homme Trouble.

« C’est inutile… » dit ce dernier avec une fausse pitié dans la voix. « Inutile de chercher à combattre. Je suis plus fort. »

James cherchait à se débattre. Shepard le voyait bien, ses yeux reprenait un aspect normal. Que faire ? Que faire ? Derrière elle, elle sentait aussi que Kaidan était paralysé. Le moindre faux pas et James allait sans doute y passer. Elle n’était pas prête à faire ce sacrifice.

« Inutile ! » éructa encore l’Homme trouble. James se mit à hurler. Doucement, son bras se releva, pointant son fusil dans diverses directions.

« Alors… Qui va être le premier à montrer que toute résistance est futile ? » Le sourire difforme sur le visage de l’Homme Trouble faisait froid dans le dos. Qu’est-ce qu’il fallait faire. Aucune possibilité de communiquer. Elle pourrait bien tirer sur James mais son bouclier était très solide et l’Homme Trouble aussi était armé. Il faudrait que Garrus, Jack ou Kaidan puisse faire feu croiser. Mais allaient-ils y penser ? Ils semblaient tout aussi tétanisés qu’elle.

« Oh… Ce n’est pas assez amusant… » gloussa le leader de Cerberus. Il activa son Omnitool. « Rajoutons du spectacle. »

Le bruit qui s’éleva ne disait rien de bon. Des mechs. Qui les cernaient. Et qui commencèrent à tirer sans sommation. Shepard se jeta sur le côté, évitant une balle perdue. Il y avait peu de planques pour se mettre à l’abri dans cet espace. Et au milieu de tout ça, entre les tirs qui fusaient de tous côtés, il y avait James. James dont le corps tressautait. Il luttait de plus en plus. Shepard avait bien envie de lui hurler de ne plus le faire, qu’elle aillait le tirer de là. Mais elle ne pouvait pas. Il n’y avait qu’une solution pour le libérer de l’emprise de l’ennemi. Tuer l’Homme Trouble. Mais ce dernier se servait son rempart de mechs et demeurait difficile à atteindre. De plus, la configuration de la pièce ne laissait pas le loisir à Shepard d’utiliser son fusil à lunettes.

« Shepard. » La voix de Kaidan dans son oreille. Elle lui fit un résumé de la situation et attendit son retour. Qu’il ait une idée. Parce que là, ça ne lui venait pas. Qui savait combien de temps James allait encore tenir. Et ces putains de mechs. Et le rire de l’Homme Trouble qui résonnait de manière macabre.

« Il me faut une ouverture pour atteindre la cible. » dit-elle. Si Kaidan et les autres lui permettaient cela, elle pourrait aller au plus près de l’Homme Trouble et voir si la lame rétractable que Cortez lui avait installée était vraiment si efficace.

« Compris. »

Le Major transmis l’information aux autres. Shepard rampa en direction d’un interstice et attendit que les autres entrent en action. Cela fut bref. Le hurlement de rage de Jack fit trembler les mechs qui se retrouvèrent projetés dans tous les sens. Shepard savait qu’elle pouvait toujours compter sur elle pour faire le ménage. Profitant de la pagaille provoquée par le sujet Zero, Shepard s’approcha furtivement de la cible.

« Non. Non ! Non ! » A présent, elle entendait distinctement les cris de désespoir de James. Le pauvre avait recouvré ses esprits, mais son corps ne lui obéissait pas pour autant. Prendre pour cible ses camarades sans pouvoir faire autrement le mettait dans un état impossible. Cela se lisait sur son visage et s’entendait dans sa voix. Cela peinait Shepard tout en lui donnant encore plus la haine. Elle devait absolument atteindre sa cible.

Les explosions de grenade résonnait dans ses oreilles Les mechs n’étaient pas reste. Ils répliquaient sans sommation.

Le rugissement mécanique d’un Atlas surpassa les cris de James et le rire de l’Homme Trouble. Un juron retentit. Kaidan appela Garrus et Jacob. Jack tira Liara hors de portée. A quatre, ils étaient dépassés par si peu ! L’Atlas fonça droit vers la cachette de Shepard. Merde ! Elle roula sur le côté mais peine perdue, la main mécanique se referma sur elle et elle ne sentit plus le sol sous ses pieds.

« Oh… Shepard… Je suis déçu. » L’Homme Trouble s’approcha de James avec un regard faussement peiné. « Vous faire avoir par une pauvre machine… » Il fit un geste et les mechs s’arrêtèrent.

« J’avoue avoir suffisamment perdu de temps avec vous. Un long travail m’attend et je n’ai plus envie de m’amuser. Puisque vous vous obstinez à ne pas vouloir le bien de l’Humanité… »

La poigne de l’Atlas se resserra et Shepard sentit son bouclier s’affaiblir.

« Que diriez-vous que je vous prouve encore que je suis capable de faire plier toutes les volontés ? »

Malgré sa vue qui se troublait, Shepard vit que James avait le fusil pointé sur elle. Elle ne pouvait plus bouger. Personne ne pouvait rien faire. Rien. A cette distance, il ne faudrait qu’une petite salve pour faire sauter son bouclier et la toucher. Et une balle dans la tête était possible. Et ce serait la fin. Il fallait faire quelque chose. Quelque chose.

Malgré le vacarme, elle entendait distinctement la respiration entrecoupée de James. Un raclement rauque, douloureux. Il luttait encore. Ses spasmes s’intensifiait.

« Allez ! » éructa l’Homme Trouble.

Un gémissement. Une faible négation qui s’échappait des lèvres du Lieutenant. Il avait rivé son regard à celui de Shepard. Elle voyait un tel désespoir dans ses yeux. Mais aussi… Cette volonté de ne pas laisser son esprit s’abandonner. Il tenait maintenant. Elle ne détacha pas son regard, elle comprit qu’il s’en servait pour lutter. Lentement, elle vit le fusil changer de trajectoire. Les bras puissants de James tressautaient de plus en plus.

« Qu’est-ce que… Non ! Je suis plus fort ! Obéissez ! » l’Homme Trouble lança ses bras en avant, le visage déformé par la fureur.

James hurla de douleur mais ses bras continuèrent à baisser. Il fit faire un mouvement de rotation à son arme.

« James ! Non ! » Shepard venait de comprendre ce qu’il comptait faire. Elle se débattit comme un beau diable. Pris de court l’Homme trouble ordonna à ses mechs de faire feu alentour. Ce fut le chaos. Mais Shepard n’entendait plus rien. Elle était focalisée sur James. James, qui murmura qu’il était désolé. Le canon de son fusil était maintenant pointé vers sa propre tête. A cette distance, il ne se louperait pas.

Et il tira.

Shepard vit le coup frapper le crâne du soldat et sa masse puissante s’écrouler au sol. Elle se tortilla pour se dégager. Puis le cockpit de l’Altas explosa littéralement, la projetant au sol. Elle roula sur elle-même repris son arme et tira en direction de l’Homme Trouble qui dévia le tir de son bouclier. « Merde ! »

« Commander…» la voix éraillé de James retentit dans oreille. Il était encore en vie !

«James ! »

Elle le chercha du regard mais le tumulte était désormais trop présent autour d’eux. Grandes, tirs, corps qui flottaient dans les airs. Et l’Homme Trouble qui se trouvait au milieu de tout ça.

« Je… Je suis fier… d’avoir pu vous servir, murmura James dans l’oreillette.

— Tenez-bon, j’envoie Jacob vous trouver.

— Pas la peine… Je suis foutu… »

Elle chercha à répondre, mais senti une décharge biotique tenter de la soulever. L’Homme Trouble avait décidé d’en finir lui-même avec elle. Putain !

Reportant son attention sur son ennemi, elle se jeta à couvert.  Elle n’avait aucune idée des caractéristiques exactes de l’Homme Trouble. Il avait un bouclier solide. Pouvait contrôler l’esprit des autres et maintenant, elle lui découvrait des pouvoirs biotiques. Avait-il été l’objet de ses propres expérimentations ? Sans nul doute. Elle le croyait bien assez cinglé pour devenir son propre cobaye.

« Hé Putain, Boyscout ! » Jack avait atteint la position de James.

« Tiens bon, j’ai un médigel. Tu vas pas te laisser abattre par si peu ? » Dans son oreillette, Shepard pouvait entendre l’échange entre la jeune femme et l’homme à terre. Elle pouvait entendre que la voix de Jack avait perdu de l’assurance sur la fin de la phrase. Ce n’était pas bon signe. Elle entendit James refuser le remède. Ce n’était pas la peine de le gâcher pour lui.

« Arrête de dire des conneries !

— Jacqueline… Gardez-le pour vous.

– J’en ai pas besoin, que j’te dis ! Regarde, je pète le feu. Pas comme toi… »

La panique se faisait ressentir à présent. Mais Shepard n’eut pas le loisir de continuer à suivre. Elle affrontait l’Homme Trouble. Et il était vraiment coriace. Elle releva la tête, lança une incinération. Mais le rire de l’Homme Trouble déchirait encore l’atmosphère. Quel rire affreux. Un rire de dément. La voix de James se faisait de plus en plus faible.

« T’es un mec costaud, tu vas pas laisser tomber comme ça ! » Celle de Jack chevrotait. Elle tentait de convaincre James qu’il allait s’en sortir, mais même elle commençait à douter.

Shepard esquiva la salve de tirs qui la prenait pour cible.

« Si forte… » la Voix de James n’était plus qu’un murmure. Shepard incinéra encore le bouclier. Elle devait le détruire.

« Si… belle…

— Putain, c’est pas le moment de sortir des conneries ! »

Puis, le silence se fit dans l’oreillette. Garrus arriva aux côté de Shepard et lui demanda si elle n’était pas blessée. Elle fit un signe de négation. Elle essayait de ne pas penser que James… La caisse devant eux vola en éclats.

« Merde ! »

Un hurlement se fit entendre. Un cri. De rage. De douleur. Un souffle balaya la pièce. Shepard en profita pour foncer en direction de Jack, laissant le soin à Garrus de la couvrir. Le sujet Zero était en train de perdre tout contrôle. Ce n’était pas le moment.

« Putain ! Putain ! Putain ! »

Shepard l’appela. Agenouillé près de James, le Sujet Zero se tenait la tête.

« Jack ! »

Mais la jeune femme continuait à regarder fixement devant elle. Elle n’était plus là. Shepard reporta son regard sur James. Il avait les yeux grands ouvert, une partie de son crâne avait volé en éclats, laissant une béance sanguinolente. Un miracle qu’il soit resté conscient quelques minutes encore. Doucement, elle lui ferma les yeux.

« C’est fini, Jack. » Par habitude, le Commander glissa sa main dans le col de l’armure du Lieutenant. Sous ses doigts, elle sentit les dog-tags. Elle tira un peu et le collier lâcha. Shepard se redressa lentement, regardant les plaquettes métalliques rougies par le sang.

« Merde… » Jack venait de retrouver ses esprits. Elle avait le visage crispé. « Merde, Shepard, merde !

— James est mort en soldat. Il a été jusqu’au bout fidèle à sa mission.

– Conneries. Il va me le payer ce connard ! »

Se redressant vivement, la jeune femme sauta presque sur Shepard et lui arracha les dog-tags de la main. Elle les serra dans sa paume. « Je vais lui faire la peau ! » Et elle se mit à courir en direction de là où Garrus affrontait le leader de Cerberus, laissant Shepard quelque peu interdite.

« Shepard ! »

C’était Kaidan suivit de Jacob. Le Major s’arrêta à quelque pas du cadavre de James et laissa échapper un juron.

Décidément, il commençait à avoir le verbe facile. Shepard jeta un dernier regard à son Lieutenant avant de suivre Jack. L’Homme Trouble était bien trop dangereux pour laisser Garrus et la jeune femme l’affronter seuls. Elle avait du mal à suivre la silhouette décharnée du leader de Cerberus. Encore fallait-il pouvoir ce dire que cette chose était encore le chef de file du groupe terroriste. Il bondissait dans tous les sens et cela lui fit penser à Saren quand il avait totalement abandonné le contrôle de lui-même et que Sovereign en avait fait un monstre.

Jack poussa son cri de guerre et la décharge biotique qu’elle lança fit trembler l’air. Mais elle n’atteignit pas la cible. Ce qui rendit encore plus folle de rage le Sujet Zero. Mais c’était tout ce que l’Homme Trouble attendait. Plus elle était furieuse, plus il parviendrait à cerner ses failles et à retourner sa force contre elle. Shepard savait pourtant qu’elle ne pouvait plus raisonner Jack dans l’état où elle se trouvait. Il fallait donc chercher à tirer profit du chaos qu’elle mettait partout. Kaidan dut avoir la même idée car il se posta à l’autre bout de la pièce et chercha à atteindre l’Homme Trouble à moyenne distance. Shepard entendit dans l’oreillette qu’il ordonnait à Legion de se positionner pour un tir à distance même si la mobilité de la cible ne permettait pas une grande efficacité. Ils occupaient ainsi les différents plans de bataille. Cela allait donc se régler comme Saren. Il fallait y aller à l’usure. De toute façon, Shepard avait bien fini par comprendre qu’il n’y avait plus rien à tirer de celui qui avait été l’Homme Trouble. Ce n’était plus vraiment lui face à eux. La teinte grise avait pratiquement gagné tout son corps, signe qu’il résistait de moins en moins à l’endoctrinement. Il n’était plus qu’une abomination qu’il fallait éliminer.

Shepard hurla des ordres aux autres afin de cerner la cible. Le feu devint nourri. Mais la riposte de l’autre aussi. D’abord un souffle biotique manqua de tous les balayer, mais ils tinrent bon. Il fallait vite comprendre comment l’ennemi attaquait pour pouvoir en venir à bout. Son bouclier était résistant et se régénérait très vite.

Le Commander fit signe à Garrus et Jacob de ne pas stopper les tirs des fusils d’assaut afin d’épuiser le bouclier. Elle-même lançait des surcharges dès que c’était possible. Jack malgré son coup de folie commençait à redevenir raisonnable et opéra en soutien avec Kaidan. Leurs pouvoirs biotiques parvenaient difficilement à contenir ceux de l’Homme Trouble.

Ce qui était perturbant, c’était le rire qui secouait son corps. C’était vraiment un rire de dément, il n’avait plus rien d’humain. Shepard n’avait que son Carniflex pour le tir de moyenne et courte portée. Elle tirait donc le plus possible, tout en esquivant les décharges biotiques. De plus, il fallait se méfier, il pouvait prendre le contrôle de n’importe qui. Cependant, il semblait trop occupé à leur infliger des dégâts. Après tout, il n’avait pas besoin d’eux. Ils étaient des cibles à éliminer. Ce qu’il avait fait avec James n’était qu’une petite démonstration de force qui avait pour but de les impressionner ou d’appuyer ses propros. Là, il n’était plus qu’une bête qui voulait les déchiqueter.

Shepard entendit enfin la barrière céder. C’était le moment de tout donner. Il ne fallait pas qu’il ait la possibilité de la reconstituer.

« Garrus, Jacob ! » Ils coururent à elle pour la soutenir dans ses tirs. Elle visait exclusivement la tête mais ce salopard était vraiment souple et mobile.

Ce fut alors que Shepard vit la fine silhouette de Jack se faufiler sur le côté. L’aura bleutée qui l’enveloppait était impressionnante et elle leva les deux bras en direction de la cible. Elle réussit à le prendre au piège dans son champ de force et l’Homme Trouble resta cloué au mur.

« Shepard ! Butez-le ! » hurla le Sujet Zéro. A l’évidence, elle ne pouvait pas tenir très longtemps. Sans réfléchir plus, Shepard tira encore et encore. Il y eut de la résistance mais finalement, le corps criblé de balles finit par avoir des soubresauts, signe d’une agonie violente. Ce qui restait de l’Homme Trouble glissa le long du mur, laissant une longue traînée de sang rouge-bleu.

Le silence se fit dans la pièce. Seule la respiration erratique de Jack était audible. Elle avait tout donné dans cet assaut. Les autres ne disaient rien. Ils se contentaient d’avoir les yeux rivés sur l’amas sanguinolent qui gisait désormais sur le sol, sans vie.

Le leader de Cerberus n’était plus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *