Chapitre 12 : La question

Les semaines passèrent et le printemps accompagna la naissance d’une nouvelle relation entre Percy et moi. Ce n’était pas le bonheur ni la complicité qui pouvait exister entre un père et un fils mais c’était déjà plus serein, moins agressif. Le petit garçon était toujours très enthousiaste lorsque je l’emmenais faire un tour « chez les Sorciers ». De plus en plus, nous y allions seuls. Je savais que Leila hésitait parfois à ne pas nous accompagner mais elle prenait beaucoup sur elle pour que Percy et moi puissions partager quelque chose. Je m’aperçus, au fil de nos escapades, que Percy adorait sa mère. C’était son univers. Toute sa vie tournait autour d’elle. Il voulait toujours lui rapporter quelque chose, que ce soit une sucrerie ou quelque babiole comme un caillou, pourvu que cela vienne du monde magique.
Mes premières réticences quand à la manière de procéder avec lui s’étiolèrent à force de le voir sourire, me sourire. C’était ça qui était nouveau. Il était content de ma présence, il aimait m’écouter lui expliquer ce que nous voyions, chaque nouveauté qui s’offrait à lui. J’étais heureux de voir que mes efforts touchaient au but. Plus de crises, plus de rejet. J’étais rentré dans sa sphère. Il venait de me faire une place dans son univers. Il acceptait de plus en plus d’être séparé de sa mère pour la journée. Quand il demanda s’il pouvait rester dormir chez moi, ma surprise en fut très grande. Leila me jeta un regard ravi mais je pus déceler une touche de tristesse. Elle voyait son fils s’éloigner d’elle, partager des choses avec moi qu’il ne pouvait faire avec elle. Je lui fis part de mes réflexions sur ce point là mais elle démentit avec un sourire qui ne me trompa pas. Je commençais à nourrir quelque remords, vite balayés par les rires de mon fils.
Après tout, c’était Leila qui l’avait voulu.
Elle avait été à l’origine des errements de chacun et au final de ce qui était en train de se produire. Si elle n’était pas partie, nous aurions pu être une famille tous les trois et non pas avoir ce genre d’arrangement à l’amiable, se partageant de plus en plus notre fils.
« Comme tu es égoïste », pensai-je en bordant Percy après lui avoir lu Lapina la Bibille et sa souche qui gloussait. « Tu n’as même pas été capable de voir qu’elle n’allait pas bien, tu n’as rien vu venir, tu n’as pas cherché à la retrouver. »
Il me faudrait me contenter de cette vie en pointillés. C’était trop tard, Percy était là, dans toute l’innocence de ses cinq ans, maintenant. Ma vie était différente et je n’y pouvais rien, il me fallait faire avec. Je souris, écoutant la respiration tranquille de mon fils, sans doute rêvant déjà de Lapina et son ingéniosité qui triomphe du charlatan. Je me penchai vers lui et déposai un baiser sur le front, geste que je ne m’autorisais que lorsqu’il dormait. Malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à être démonstratif. Lui, non plus, il ne s’épanchait jamais, ne réclamait de ma part aucun baiser, ni aucun autre geste affectueux. On se contentait donc chacun de la présence de l’autre. Il manquait encore quelque chose pour que l’alchimie se fasse, pensai-je souvent pour me réconforter. De toute façon, mes souvenirs d’enfance me rappelait que c’était souvent ma mère qui faisait preuve d’une affection débordante qu’elle nous démontrait sans réserve. Mon père avait toujours été plus effacé, il me semblait qu’il suivait tout ça de loin comme s’il pensait que son rôle était ailleurs. Il montrait son amour pour nous d’une autre manière, plus discrètement. Cela me convenait plus que l’étouffante démonstration quotidienne de ma mère, à bien y penser.

« Dis… Pourquoi t’es plus l’amoureux de maman ? »
Percy avait bien choisi son moment pour me poser la question. J’étais en plein ménage et le sort de dépoussiérage de ma cheminée se transforma en un gros coup de vent. Les quelques bibelots posés sur le manteau de la cheminée s’écrasèrent au sol. Je marmottai quelque chose et réparai les dégâts. Je me tournai ensuite vers le petit garçon en train de feuilleter les Contes de Beedle le Barde afin d’en regarder les images. Il était toujours aussi fasciné par le mouvement des illustrations.
« Pourquoi tu veux savoir ça ? » grognai-je en m’asseyant à côté de lui. Ma règle numéro un était toujours de lui parler correctement. De toute manière, je ne savais pas employer le ton suraigu dont la plupart des adultes se pourvoyait en s’adressant à un enfant de cet âge.
« Bah, Maman, elle a déjà eu plein d’amoureux mais j’ai pas eu de petit frère ou sœur…
– Je ne vois pas le rapport.
– Tu dois être un amoureux spécial parce que je suis là, moi. »
La logique des enfants est parfois vraiment difficile à suivre et clairement j’étais en train d’imaginer le cheminement de pensée qu’avait bien pu suivre Percy pour arriver à une telle conclusion.
« Je ne comprends pas ce que tu veux dire mais tu sais entre ta mère et toi, c’est très compliqué. »
Percy fonça les sourcils. Le « très compliqué » ne lui plaisait pas comme réponse.
« T’es parti parce que t’aimes pas les enfants ? »
Les bras m’en tombèrent. Ce petit garçon réfléchissait trop pour son bien.
« Non. Tu sais Percy, il ne faut surtout pas que tu penses du mal de nous, tu comprends ? » dis-je en tant que préambule.
Il hocha la tête, apparemment concentré, sentant que quelque chose d’important allait être dit.
« Tu sais, quand ta mère est partie, je ne savais même pas que tu existais.
– Maman est partie ? Pourquoi ? »
Je me pinçais l’arrête du nez, me donnant du temps pour réfléchir. J’espérais que Leila ne m’en voudrait pas trop. Mais que dire à part la vérité ? Je ne me voyais pas mentir à cet enfant et gâcher ce qui nous avait pris tant de temps à construire.
« Ne juge pas ta mère. Nous étions jeunes… différents. Tu sais que ta mère n’a pas de pouvoirs magiques…
– Elle est partie parce que t’es un sorcier ? »
Déduction rapide et implacable. La rapidité de sa réflexion avait vraiment de quoi effrayer. Je soupirai de nouveau, empêtré dans mon discours.
« C’est plus compliqué que ça. Mais après, on ne s’est plus jamais revu. J’ai déménagé, changé de travail. Ta mère avait beaucoup de problèmes, elle a du être très courageuse pour t’élever seule. N’oublie jamais ça. »
Percy hocha de nouveau la tête. Il ne demanda plus rien et se replongea dans la lecture du livre. Il s’était sans doute lassé de la conversation ou bien lui suffisait-elle.
Il ne reposa pas la question et ne chercha pas à en savoir plus les fois suivantes où nous nous vîmes.

L’été était à son apogée. La période la plus faste dans les relations avec les Moldus battait son plein. Il fallait préparer les parents de jeunes sorciers étrangers au Monde Magique à la réception de la fameuse lettre. Jamais nos services n’étaient autant utiles qu’en cette période-là. Leila aussi préparait la rentrée de Percy mais à l’école primaire. Il allait entrer en Première Année et « les choses sérieuses allaient commencer » selon la jeune mère. Je crus comprendre qu’il allait apprendre à lire. Lors d’une conversation entre parents, Leila me demanda si le système scolaire sorcier était le même que celui qu’allait suivre son fils. Je lui fis part du fonctionnement de notre éducation, basée sur l’apprentissage à la maison avant l’arrivée à Poudlard. Leila fut très surprise et me demanda comment faisaient les parents qui travaillaient.
« Souvent, les mères s’arrêtent pour élever leurs enfants jusqu’à l’âge de 11 ans, lui expliquai-je. Il arrive quel les elfes de maison contribuent à garder les enfants en bas-âge pour ceux qui ont les moyens d’en avoir. Pour ceux vraiment dans le besoin, il y a les voisins. » Je continuai face à son regard interrogateur. « Nous ne sommes pas si nombreux et nous nous regroupons beaucoup. Il y a beaucoup d’entraide chez les sorciers. Qu’elle soit éducationnelle ou financière. C’est normal pour la plupart d’entre nous de venir en aide au voisin. »
Ce n’était pas de l’altruisme ou de la pitié. C’était une tradition, sans doute due au fait que les Sorciers avaient beaucoup souffert. De plus, nous n’étions que peu nombreux si l’on comparait avec la société Moldue. Mais j’admettais quand même que, dans les grandes villes, les liens avec le voisinage étaient difficiles à nouer.
« J’avais remarqué que tu étais très gentil et aidant, murmura Leila. Tu sais, tu étais une des rares personnes à te soucier de moi. Si tous les sorciers sont comme ça…
– Oh, ils ne sont pas tous ainsi, coupai-je afin d’éviter que Leila n’idéalise trop l’autre monde. Il y a aussi le contraire. Nous ne sommes pas si différents de vous, tu sais. »
Mais Leila ne m’écoutait pas.
« Des fois, je me dis que si j’étais née sorcière, tout aurait été différent. Sans doute meilleur… »
Elle leva ses yeux noirs sur moi et je ne pus m’empêcher de détourner le regard, gêné.
« On ne le saura jamais » marmottai-je.

Si tout allait mieux avec Percy et Leila, ma difficulté principale en cet été était Audrey. La jeune femme devenait de plus en plus entreprenante. Certes, je trouvais cela plus équilibré de ne pas faire tourner mon univers autour de mon fils et de sentir que j’avais ma propre vie mais je ressentais de moins en moins de plaisir à passer du temps avec elle. Elle s’était naturellement plainte de mes nombreux refus à dîner ou à passer le samedi soir avec elle. J’avais drastiquement espacé nos sorties au profit de mon fils. Cela, elle l’ignorait. Je n’avais pas envie d’aborder le sujet avec elle. C’était ainsi, je n’avais pas envie qu’elle entre plus dans ma vie. Même si cela faisait plus de neuf mois que nous nous fréquentions de manière intime. Elle revenait de plus en plus à la charge. J’étais de plus en plus lassé.

Elle finit par exiger de s’installer ensemble. Je refusai. Elle se mit à crier. Elle ne comprenait pas, elle ne voulait pas comprendre. Je lui expliquai que j’avais envie de garder ma liberté.
« Ta liberté ? s’écria-t-elle avec un rire mauvais. Mais c’est quoi, ta liberté, Percy ? Tu manges, tu dors, tu travailles… C’est tout !
– Ne parle pas de choses que tu ignores, dis-je d’un air agacé.
– Mais tu fais exprès de me garder à l’écart !, fulmina-t-elle.
– Je n’ai pas envie de m’engager plus, c’est tout.
– Alors, à quoi ça rime nous deux ? » murmura-t-elle, me fixant de ses grands yeux. Sa détresse me mit mal à l’aise.

Elle marquait un point. Pourquoi m’entêtais-je à la fréquenter ? Elle était d’une compagnie agréable, sa jeunesse et sa maladresse étaient attachantes mais…
Mais cela ne me suffisait pas. Je recherchais de plaisantes conversations, nourrissantes, enrichissantes. Des conversations que je m’étais remis à avoir avec… Leila. Ces conversations d’avant sur un bon livre qu’elle m’avait prêté. J’aimais lire. Pas Audrey. Depuis quelques temps déjà, je m’étais remis à dévorer romans sur romans, pièces de théâtres, essais philosophiques aussi bien sorciers que moldus. Leila et moi, nous échangions souvent des lectures de différents horizons. Je lui donnais le change en matière de littérature sorcière. Oui, j’avouais beaucoup aimer nos échanges, prémices d’une nouvelle complicité. Complicité qui manquait avec Audrey, autant être honnête. Sans doute était-ce dû au fait qu’elle n’avait pas le même passé que moi et qu’elle n’avait pas traversé les mêmes épreuves. Non, à vrai dire, il n’y avait que Leila pour me comprendre, finis-je par m’avouer. Par contre, je trouvais que ça devenait dangereux de penser ça.

Je fuis la conversation avec Audrey, prétextant qu’il valait mieux en reparler sans cri, à tête reposée. Elle pesta et s’en alla. Je soupirai et replongeai dans un dossier. Ces discussions commençaient à me fatiguer. Je me savais totalement dans mon tort. Mais je ne culpabilisais pas assez pour renoncer à ce que je vivais avec mon enfant.

Le soir d’Halloween, j’avais décidé d’inviter Percy et sa mère afin qu’ils puissent assister à cette fête version sorcière, qui ceci dit en passant, n’a rien à voir avec la pâle imitation moldue. Halloween a une saveur particulière chez les Sorciers. C’est le jour de la première défaite de Voldemort aussi. Je notai dans un coin de ma tête qu’un jour, je devrais parler de Harry Potter à Percy. Harry Potter, le Héros du Monde Sorcier. Mon beau-frère à présent.

Je n’ai pas envie de parler du mariage de Harry et Ginny. Mais j’ai gardé toutes les coupures de journal de l’événement du moment, même les articles de Sorcière Hebdo.

Je préparai un bon dîner façon sorcière, mettant tout mon maigre talent dans la réussite de la tarte au potiron. Mais je n’avais pas le don de ma mère. Il me manquait son tour de main pour que cette tarte ressemblât à la sienne. Cependant, Leila me complimenta plusieurs fois sur le repas, me faisant rougir jusqu’à la racine des cheveux. Sale manie.
Ensuite, Leila enfila une robe sorcière que j’avais choisie avec Percy. Ce fut à mon tour de la complimenter. Cela ne me gênait pas de la fournir en objets sorciers même si elle accueillait toujours ce genre de présent avec gêne. Je n’aimais pas tellement mettre les gens dans l’embarras mais je reconnaissais que cela me faisait plaisir de les lui offrir. Elle trouvait toujours le moyen de me rendre la pareille en livres et autres pâtisseries. J’étais capable de manger les muffins qu’elle préparait jusqu’à m’en rendre malade. Le petit Percy en était également friand. C’était un de nos points communs et Leila adorait en plaisanter, surtout quand elle était obligée de couper en deux le dernier gâteau de l’assiette.

Je menais mes deux invités par la cheminée, mode de transport auquel je les avais initiés quelques temps auparavant. Je savais que, cette année, un feu d’artifice serait tiré derrière Pré-au-Lard. C’était une belle occasion pour les y emmener et espérer se fondre dans la foule. J’avais pris le soin de joindre un sort à Leila pour qu’elle puisse ne pas être incommodée par le Sortilège de Repousse-Moldus qui entourait le village.
Le voyage en valait la peine. Après nous être débarrassés de la suie qui avait inévitablement recouvert nos vêtements, je nous dirigeai dans les rues de Pré-au-Lard dont les décorations étaient magnifiques. Des centaines de citrouilles ornaient les façades, voletant à bonne distance du sol, leurs immenses sourires illuminant les visages des passants. Ayant promis à Percy de lui acheter des bonbons, je nous conduisis à Honeydukes. Le petit garçon ne sut où donner de la tête. Les confiseries s’entassaient par milliers et même la décoration était alléchante. Je guidai mon fils dans ses choix et il posa avec un grand sourire les 10 Mornilles et 5 Noises qui me coûtèrent les Patacitrouilles, Fondants du Chaudron -demandés par Leila, Souris en sucre et autres gourmandises. Je laissai Percy entamer une Chocogrenouille et par là même sa collection de cartes. Il fut surpris que la grenouille de chocolat fasse un saut mais je sus la rattraper avant qu’elle ne tombe par terre.
Comme je le pensais, il y avait foule dans le village et nous dûmes tenir Percy par la main afin de ne pas le perdre dans la masse. A flâner ainsi tous les trois dans les petites rues, à regarder les vitrines et manger des confiseries, nous donnions vraiment l’image d’une famille unie. Cette idée me semblait de moins en moins saugrenue. Nos relations étaient cordiales, toujours teintées de gêne mais il y avait une certaine entente voire de la complicité. Que ce soit avec Percy ou Leila. La jeune femme avait d’ailleurs fait asseoir l’enfant afin de lui refaire les lacets. Je sortis discrètement ma baguette et la devançai.
« Oh, Percy ! » gronda-t-elle faussement en mettant les poings sur ses hanches. Je laissai échapper un petit rire. Elle soupira et secoua la tête. « A Rome, fais comme les Romains » lui dis-je simplement, lui rappelant l’adage qu’elle m’avait appris une fois. Elle baissa les bras en signe de défaite. Une fois le tour du village fait, nous nous suivîmes la foule jusqu’à l’endroit où le feu d’artifice allait être tiré. Je pris Percy sur mes épaules. Le spectacle émerveilla la mère et son jeune fils. Le sourire de ces deux-là me remplit d’une sorte de fierté. J’aimais ces instants. De plus en plus. Ils me semblaient de moins en moins artificiels. C’était presque normal. Comme une famille normale. Même s’il ne fallait pas que j’y pense. Pas à ça. Ca ne serait jamais le cas.

« Je crois bien qu’il t’a adopté. » dit doucement Leila alors que nous retournions à la cheminée qui desservait Pré-au-Lard.
Je haussai les épaules et donnai un coup de rein pour remettre le petit garçon en équilibre sur mes épaules. Le garçonnet s’était endormi avant la fin du feu d’artifice. Leila eut un petit rire face à ma gêne.
« Tu n’as pas changé. » dit-elle. « Tu n’aimes toujours pas les compliments de ce genre-là. »
J’eus un grognement résigné. Les seuls compliments qui me rendaient plutôt fier que gêné concernaient mon travail. Il était loin ce temps là, celui où j’étais un jeune coq orgueilleux. J’avais appris l’humilité depuis. A mes dépends.
« C’est un petit garçon attachant. » fis-je en rougissant de plus belle. « Il te ressemble plus, question caractère. »
Leila rit légèrement. « On peut dire ça. »
Notre arrivée à la cheminée interrompit la conversation à mon grand soulagement.
Nous arrivâmes couverts de suie encore une fois. Quelques sortilèges plus tard et nous étions propres, j’avais transformé mon sofa en un lit suffisamment grand pour moi.
« Ne te sens pas obligé de nous donner ta chambre » avait dit Leila alors que j’insistais lourdement sur le fait que cela ne me dérangeait pas.

Toujours avec Percy sur le dos, je la conduisis jusqu’à la chambre. Je déposai Percy sur mon lit et le préparai pour le coucher. Leila me donna son pyjama et je lui enfilai. Elle me laissa faire sans rien dire. Elle se dirigea vers la salle de bain pour se changer. Je bordai l’enfant qui avait à peine soupiré pendant son déshabillage. Je me penchai pour mon rituel baiser sur le front, mon petit secret. Secret qui n’en fut plus un car Leila se tenait sur le pas de la porte, enveloppée dans ma robe de chambre. Je ne pourrais pas dire si c’était la surprise d’être découvert ou le fait de la voir subtiliser ainsi un de mes vêtements l’air de rien qui me fit rougir mais je sentis le feu embraser mon visage. Je me sentis légèrement idiot.
« Tu as l’air de bien l’aimer. » dit doucement Leila en venant s’asseoir sur le bord du lit.
Rougissement des oreilles.
« Je… C’est mon fils, après tout » marmonnai-je.
Leila posa une main sur épaule. « N’aie pas honte.
– Ce n’est nullement mon sentiment. »
Leila sourit avant d’étouffer un bâillement.
« J’ai passé une soirée agréable et intéressante, dit-elle, voyant bien que la conversation me mettait dans l’embarras.
– Ah, euh… merci.
– Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autant amusée. »
J’eus un sourire fugace.
« Merci de ne pas me laisser de côté. » murmura Leila. Cette dernière phrase me fit relever les yeux vers elle. Elle me fixa de ses iris noirs, l’air grave.
« Ce n’est pas mon intention, je… » balbutiai-je, roue de gêne. Quelle agaçante rougeur ! Quelle traître rougeur !
« Je sais. Je le sais bien. J’avais juste envie de te le dire.»
Percy se retourna dans son sommeil. Nous baissâmes le regard vers lui.
« Tu sais qu’il réclame de plus en plus après toi ? Etonnant, n’est-ce pas ? »
Je ne répondis pas, les yeux fixés sur l’enfant. Je savais que si je réagissais, je trahirais la boule qui s’était installée dans ma gorge. Mais Leila semblait attendre que je lui dise quelque chose.
« Je ne suis pourtant pas très amusant, ni très démonstratif…
– Ce n’est pas dans ton caractère, assurément, rit doucement Leila. Mais je ne pense pas qu’il te demande ça. »
Je me rappelai vaguement de mon père quand j’avais l’âge de Percy. Je l’avais toujours trouvé drôle à se faire gronder par maman à cause de sa fascination pour les objets Moldus. Je n’allais pas faire pareil. Notre situation était différente, mon comportement l’était tout autant. Mais j’avouais quand même qu’il ne me déplairait pas de temps en temps de le prendre sur mes genoux. Le porter pendant le feu d’artifice m’avait rempli d’une sensation paternelle que je n’avais vraiment pas connue jusqu’à l’instant. Mais j’avais peur d’un rejet quelconque. Je ne savais vraiment pas comment me comporter dans ces cas-là.
« Ca viendra, j’en suis sûre ! » me rassura Leila, devinant sans doute le cheminement de mes pensées.
Elle sembla esquisser un geste vers moi. Sa main se posa sur ma joue.
« Vous avez beaucoup progressé. » assura-t-elle.
Ca y était. Je rougissais encore, pire qu’un adolescent, pire qu’une jouvencelle. Etait-ce ce geste inattendu ? Etait-ce ce regard doux et rieur ? Je me sentis perdre mes moyens et ce n’était pas quelque chose que j’appréciais.
« Je… Je vais me coucher. »
Je réussis à me lever, rouge jusqu’à la nuque. Leila parut surprise puis hocha la tête.
« Bonne nuit. » dis-je sans me retourner.
Je m’arrêtai sur le pas de la porte.
« Si tu as besoin de quoique ce soit… Je suis là. » ajoutai-je avant de m’éclipser.

Je me déshabillai rapidement et me glissai entre les draps, posant mes lunettes sur la table basse. Je restai yeux ouvert, absorbé dans la contemplation du plafond, cherchant ce qui pouvait bien m’empêcher de fermer directement les yeux après une soirée aussi bien remplie. Je ne devais pas faire des détours, éviter l’évidence. A bien y penser, il n’y avait qu’une raison.

Leila.
Tout simplement.
Leila.
Encore.
Il y avait-il quelque chose à deviner dans son comportement ? Je nous trouvais plus proche ces derniers temps et cela ne me déplaisait pas. Bien au contraire. Nos conversations me régalaient, il n’était pas rare que nous discutions longuement après que j’aie ramené Percy, autour d’une lecture, d’un auteur. Parfois j’avais l’impression que ces cinq dernières années n’avaient pas existé. Je me surprenais de plus en plus à la regarder à la dérobée, à trouver qu’elle était rayonnante, belle. Cette Leila était pourtant si différente de la fragile jeune fille dont j’étais éperdument tombé amoureux. Elle semblait plus solide, heureuse, équilibrée. Je fermai les yeux, analysai. Je passai mon temps à rougir. Souvent. Très fréquemment. Généralement, chez moi c’était tellement habituel que je n’y faisais guère attention. Cependant, j’émettais de plus en plus de doute quand à la raison de telles embardées sanguines dans mon visage. Le problème, c’était la sacrée intuition féminine dont la jeune femme pouvait faire preuve. Elle savait toujours m’embarrasser à son plus grand plaisir. Cela la faisait toujours autant rire. Ce n’était pas méchant. Une sorte de taquinerie de sa part. Étrangement, je n’en étais pas offusqué comme j’aurais pu l’être si d’autres auraient fait preuve d’un tel comportement. Aurais-je accepté cela de la part d’Audrey ? Non, certainement pas. Je l’aurais remise en place, me serais renfermé.
La question était donc de me savoir s’il était parfaitement normal, rationnel de ne pas avoir de haine envers la personne qui m’avait outrageusement trahi et plongé dans le désespoir. Pire, de commencer à nourrir des sentiments pour elle. Etait-ce parce qu’inconsciemment je lui avais pardonné ?
La question tourna dans ma tête jusqu’à ce que le sommeil m’emportât.

Je n’y repensai plus les semaines qui suivirent. J’attendais. Je réfléchissais. C’était vraiment quelque chose de dangereux.
J’avais de nouveau refoulé Audrey pour un dimanche midi chez Leila. J’étais de plus en plus mal à l’aide en présence de la jeune fille qui se sentait de plus en plus délaissée. Je pense qu’elle n’était pas dupe et qu’elle devait se douter qu’il se passait quelque chose. Mais elle n’insista pas quand je me décidai à éviter ses questions. Elle sentait sans doute que j’étais en train de lui échapper. Mais je trouvais qu’elle ne montrait pas beaucoup d’effort pour me retenir. Sans doute ne savait-elle plus quoi faire. Elle apprenait la déception amoureuse.
Percy m’accueillit avec un grand sourire, le dragon en peluche que je lui avais offert pour son anniversaire sous le bras. Leila disait que c’était sa préférée. Sans doute parce que c’était la seule peluche capable de voler vraiment et de cracher du feu pour de vrai mais sans danger. Le petit garçon me traina par la main jusqu’à la cuisine où Leila terminait de préparer le repas. Elle eut un sourire pour me saluer et retourna à sa poêle.
« Tu as passé une bonne semaine ?, me demanda-t-elle poliment.
– Agitée, dirais-je. » lui répondis-je en m’asseyant sur une chaise située dans un coin afin de ne pas la gêner dans sa tâche. « Nous avons du intervenir avec Le Comité des inventions d’excuses à l’usage des Moldus sur Oxford. Un petit malin s’est amusé à voler avec son balai au-dessus de la ville en jetant des sortilèges d’Allégresse. Il voulait fêter la victoire de son équipe de Quidditch.
– Quidditch ? C’est le sport sur des balais avec trois balles différentes », se souvint Leila en posant sa cuillère en bois pour réfléchir.
J’acquiesçai.
« Nous avons dû calmer les autorités et parler d’un gaz hilarant qui provenait d’une usine voisine qui avait fait une erreur de dosage. »
Leila sourit et tapota sa cuillère pour en faire partir la sauce. Elle suçota un de ses doigts plein de sauce. Je restai hypnotisé par ce geste.
« Tu peux mettre la table, s’il te plaît ? » demanda-t-elle d’un air contrit comme si elle était désolée de me demander ça.
Je sursautai et me mis debout, comme poussé par un Sortilège.
« Pas de problème » fis-je. Cela m’éviterait au moins de penser à des bêtises.

Je m’empressai de sortir de la cuisine avec une pile d’assiettes sur laquelle j’avais mis les couverts. Tout en dressant la table, mes pensées se bousculaient. Décidément, ça ne tournait pas très rond chez moi.
Percy vint installer sur une chaise son dragon en peluche. Il s’installa sur celle d’à côté.
« Tu es sage, hein ? » ordonna-t-il à l’animal factice. J’eus un petit sourire attendri.
Leila apporta les plats et nous déjeunâmes, discutant de tout et de rien. Percy ponctuait parfois la conversation de questions et je prenais toujours le temps de lui expliquer ce qu’il ne comprenait pas. Ce petit garçon aimait apprendre. Il avait fait d’énormes progrès en lecture et ses enseignants étaient très satisfaits de son travail. Je ne pouvais m’empêcher d’être fier de mon fils. Le jour où il avait réussi à déchiffrer le titre de Le Sorcier et la Marmite sauteuse était un souvenir que je n’oublierais pas de sitôt.

Nous prîmes le thé sur le divan, comme nous en avions désormais l’habitude. La pluie de novembre battait les carreaux. Nous avions prévu une petite promenade digestive mais nous n’en fîmes rien. Il valait mieux ne pas sortir avec un temps pareil. Percy s’était installé sur le tapis et regardait d’un œil distrait la télévision.
En attendant que le thé refroidisse, je tendis à Leila le paquet que j’avais reçu pour elle. Il s’agissait de la nouvelle édition du Monde magique expliqué aux Moldus à laquelle j’avais participé.
Elle prit le paquet à peine ouvert et le regarda d’un air interrogateur.
« Perceval Ignatus Weasley ? » me demanda-t-elle en apercevant l’intitulé de mon adresse professionnelle.

Je constatai à la vision d’un de ses sourcils relevé que pas une fois je n’avais parlé de mon véritable prénom : Perceval. Ce n’était pas que j’avais une réticence à me faire appeler ainsi mais je trouvais que ce prénom était lourd à porter. Et puis, parents, amis, professeurs, supérieurs…, tous m’avaient toujours appelé Percy. Moins grandiloquent sans doute. J’étais déjà quelqu’un de pompeux à la base et ce diminutif était une manière de me faire rabaisser mon caquet.
« C’est mon prénom : Perceval. » dis-je avec un geste évasif.
« Tu me l’as jamais dit. »
Etait-ce un soupçon de déception que je détectai dans sa voix ? Allons, bon, ce n’était qu’un détail et je n’étais pas très attaché à « Perceval ». « Ca rime avec cheval », s’était un jour moqué George. Fred avait ajouté quelque chose à propos d’un mot rimant malencontreusement avec « Percy ».
« Perceval… » Leila tapota ses lèvres dans un geste signifiant qu’elle réfléchissait. « C’est amusant », conclut-elle.
Je haussai à mon tour un sourcil interrogateur.
« En quoi cela est-il intéressant ? » Leila posa le paquet sur ses genoux et passa ses doigts sur l’adresse postale.
« Tu connais la Légende Arthurienne ?
— Evidemment, répondis-je.
— Donc, tu connais Perceval, le chevalier Sage.
— Oui, c’est celui qui n’aurait pas su poser la question lorsque le Graal est passé devant lui chez le Roi Pêcheur. Il a donc passé le reste de sa vie à le retrouver.
— C’est une version de la légende, approuva Leila. Une version plus récente dit qu’il aurait été un des trois qui trouvent le Château du Graal. Il mène Galaad, fils de Lancelot, jusqu’au bout de la quête. »
Leila s’était animée à ces mots. Elle était dans son élément, les livres, la littérature médiévale. Elle faisait plaisir à voir quand elle était comme ça.
« En quoi est-ce intéressant ? » insistai-je face à son sourire.
Elle haussa les épaules, éludant la question.
« C’est intéressant. » Elle eut un petit rire face à mon air agacé. Je ne pensais pas qu’un prénom déterminait quoique ce soit sur une personne.
« Mais bon, j’ai raté mon coup dans l’histoire », dit doucement Leila en se tournant vers notre fils. « Il n’a pas vraiment ton prénom mais finalement ce n’est pas plus mal même si Percy ne fait pas très sérieux. » Elle fut prise d’un fou rire et j’attendis patiemment qu’il se terminât pour qu’elle m’en expliquât la raison.
« La première fois que j’ai demandé à Neela de le garder, elle croyait que je parlais de mon chat. » m’éclaira-t-elle, une fois calmée.
Ah… Je me fis la réflexion qu’il y avait des prénoms relativement peu faciles à porter. Perceval était diminué en Percy. Un nom couramment donné aux félins domestiques. Ma foi…
« Mais ce qui est intéressant, c’est le second prénom de Percy », continua Leila, les yeux pétillants, aménageant sciemment une sorte de suspens.
Je me penchai vers elle, annonçant mon intérêt quand à ce sujet.
« Galaad. » murmura la jeune mère.
Je haussai les sourcils de surprise. Leila avait montré à travers son fils sa passion pour les lettres anciennes. Je trouvai ce prénom héroïque. Trop. Peut-être lourd à porter. Mais ça ne restait qu’un second prénom. Galaad désignait aussi bien Lancelot que son fils, tous deux destinés à la réussite de la Quête du Graal. Seul le fils y parviendrait. Je comprenais bien ce qui amusait Leila. Trois générations et trois significations arthuriennes. Arthur, Perceval, Galaad. Mystifications littéraires.
Leila coupa court à mes réflexions en ouvrant le paquet et en commençant à feuilleter le livre.
« Merci, me dit-elle avec un sourire, il va m’être très utile. »
Voyant son regard pétiller de sa nouvelle acquisition livresque, je me fis la réflexion que lui offrir L’Histoire de la Magie serait une bonne idée. Elle qui adorait les légendes et histoires antiques, prendrait un énorme plaisir à comparer les versions moldue et sorcière.

L’après midi pluvieux s’écoula lentement. Nous fîmes la vaisselle ensemble, pendant que Percy, perché sur une chaise de la cuisine, écrivait des mots. Comme tous les enfants, « Maman » était celui qu’il écrivait le plus suivi de très près par son propre prénom. Son écriture était encore maladroite mais cela lui plaisait. Il préférait les stylos à bille au nécessaire à écriture que je lui avais acheté pour la rentrée. Il aurait bien le temps de s’habituer à écrire à la plume d’ici son entrée à Poudlard. Percy aimait bien l’école. Il m’avait un jour demandé quand j’avais appris à lire. Je lui avais expliqué que c’était ma mère qui faisait l’école à la maison et que j’avais appris assez tôt parce que je lui avais demandé. L’enfant avait paru impressionné et depuis ce jour, il m’avait donné l’impression de vouloir progresser plus vite afin de m’égaler le plus rapidement possible.

Je ne parlais pas vraiment de ma famille à mon fils. Percy avait compris qu’il ne devait pas trop me poser de questions là-dessus. Et il s’y tenait. Pour moi, c’était devenu un concept très lointain. Je n’oubliais pas bien sûr qu’un jour il me faudrait faire un retour parmi les miens. La plus difficile étape de ma vie, sans aucun doute. Les années passant, je savais que cela deviendrait de plus en plus inaccessible. Mais je n’étais pas prêt. Je ne m’en sentais pas encore digne.
La question était quand le serais-je.
Ca, je ne le savais pas moi-même.

La question qui me trottait dans la tête était bien différente.
Elle était délicate. Elle était pernicieuse. Elle s’insinuait dans ma tête quand mon attention se relâchait.
Dès que je rentrais, elle venait. La nuit, elle m’obsédait.
Pourtant, elle n’était pas douloureuse. Mais elle était effrayante. Par rapport à mon passé, à mes fantômes. Et à ma rationalité.
N’importe quelle personne qui se serait trouvée dans ma situation nierait. Dirait que c’est impossible. Que je ne pouvais pas, que ça n’était pas raisonnable, que c’était fou. Mais c’était là. Même si c’était petit, diffus, basé sur des impressions, des doutes…
Bon sang, comment aurais-je pu prévoir que cela allait m’arriver ? Encore ? Allais-je me laisser avoir à nouveau ?
Mais c’était là. Ce petit trouble quand je me rendais chez elle. Ce bien-être intellectuel lors de nos discussions, quel que soit le sujet, d’ailleurs… Cet emballement du cœur quand elle me regardait. Je me sentais redevenir adolescent, jeune adulte.
Mais n’étais-je pas en train de me fourvoyer ? Tout ceci n’était pas une impression due au fait que mon éducation me faisait toujours penser à une unité familiale stable ? N’était-ce pas dû à l’enfant ? J
e ne voulais pas que ce soit pour l’enfant. Non, cela ne me semblait pas sain. Pas pour lui, ni pour moi. La relation que j’avais avec mon fils me convenait même s’il ne m’avait jamais appelé « papa ». Mais ça me suffisait, j’étais en marge, comme une sorte de tuteur qui le menait vers le monde qui allait l’accueillir dans quelques années.
Mais c’était là. Et la question était de savoir si je voulais que cette petite chose m’engloutisse ou s’il fallait que je la refoule.
Et Audrey dans tout ça ?
Je le savais depuis le début, je n’avais pas de réels sentiments pour elle. Juste une attirance. Sans doute le besoin de me dire que j’étais capable de me reconstruire. Nous nous voyions toujours, plus rarement, certes mais il n’y avait pas eu de rupture. Mais le cœur n’y était plus. Il n’y avait d’ailleurs jamais été. Même le désir s’estompait. Pourtant, la jeune femme s’accrochait et je n’avais pas le cœur de lui faire de la peine. Je n’avais jamais vécu cela. J’avais toujours été abandonné par les femmes avec lesquelles j’avais eu une relation prolongée.
De plus en plus, c’était avec Leila que je voulais partager mes soirées. Je voulais la voir, égoïstement, je voulais passer du temps avec elle seule. Pas de Percy, pas d’interruption dues à son ennui ou une demande quelconque. Du temps que pour nous deux. Pour savoir si j’étais bien sûr de ce que je voulais.
Je ne savais pas comment faire. Je devais me confier à quelqu’un sans doute. Mais qui pouvait être suffisamment au fait de ce qu’il se passait dans ma vie personnelle ? Qui aurait la gentillesse complaisante de m’écouter ? A qui pouvais-je parler sans honte ni jugement ? Une seule solution s’imposa à moi. Mon ancien camarade des Highlands. Ce massif écossais bourru mais qui vivait la vie sans se poser de questions, c’était un être véritable, naturel. Je savais qu’il serait direct avec moi. Et l’Ecossais ne trahit pas son caractère.
Oh, Darren m’avait passé un savon par téléphone. Une conversation anodine qui s’était transformée en leçon. « Dangereux, mec ! » avait-il grondé. « Oublie ! Oublie ! Après ce qu’elle t’a fait, te quitter comme ça et revenir avec ton gosse ? Oublie, vieux ! T’es cinglé ! »
J’avais eu envie d’un avis extérieur et amical, j’avais été servi. Darren était sur ce coup-là plus raisonnable que moi.
Et pourtant, je n’arrivais pas à me raisonner. Plus je la voyais, plus ce petit sentiment grandissait en moi. Je commençais même inconsciemment, maladroitement à la séduire. En réfléchissant bien, j’avais déjà amorcé le processus sans m’en rendre compte et pire, en me servant de mon fils. La visite du Chemin de Traverse, Halloween, les robes, les livres… Ca devenait, certes, de plus en plus personnel, mais j’étais mal à l’aise à l’idée de me servir de Percy comme prétexte. C’était malhonnête.
Et Audrey, dans tout ça ? Oui, j’étais définitivement perdu.
Irrécupérable.

« Tu sais, je ne suis qu’un imbécile. Un moins que rien, une raclure qui les as reniés. Comment veux-tu que j’y retourne ? J’ai été trop fier, trop arrogant, je me suis cru plus intelligent qu’eux… »
Leila lâcha son couteau et le poireau qu’elle était en train de couper d’un geste agacé. Elle se tourna vers moi et je vis une expression furibonde que je ne lui connaissais pas.
« Comment peux-tu dire ça ? Penser ça de toi ? »
Elle me darda de ses yeux noirs, un pli barrant son front.
« Tu passes ton temps à te dénigrer, à dire du mal de toi… »
Je ne savais pas quoi lui répondre. J’essayais même de reprendre le fil antérieur de la conversation pour me rappeler comment ce sujet avait pu s’y retrouver. Je crois que c’était à cause de Percy. Evidemment, quoi d’autre ? Percy, dont Leila espérait un jour qu’il connaisse ses grands parents, ses oncles et tantes et peut-être des cousins et des cousines. Une famille énormément nombreuse pour elle qui n’en avait presque pas eu.
Elle reprit de trancher le malheureux poireau d’un reste rageur pour extérioriser sa colère.
« Je ne me souviens pas de toi comme un être arrogant.
— Tu ne m’as jamais vraiment connu avant… me défendis-je d’une voix sourde.
— Oh ! Tiens donc… Tu étais malheureux, brisé, seul…
— Victime de ma propre fierté et je le méritais… » continuai-je à discourir.
Le hachage se fit de plus en plus énervé.
« Bien sûr… » fulmina Leila.
Je ne comprenais pas pourquoi elle s’énervait. Elle le savait, elle m’avait écouté quand je lui avais raconté mon idiotie, ma bêtise aveugle qui m’avait fait couper tous les liens avec les Weasley. Comment faire marche arrière avec un passif pareil ?
A coup de couteau, elle chassa les rondelles de poireaux dans la poêle. Elle était particulièrement jolie quand elle se fâchait. Elle était particulièrement têtue de surcroit. Je reportai vivement mon attention sur les œufs que je devais battre tandis qu’elle faisait sauter d’un geste brusque les morceaux de poireaux dans la poêle.
« Arrête de dire du mal de toi, continua-t-elle de ruminer. Je sais que tu es quelqu’un de bon, de gentil. » J’arrêtai de battre les œufs et je levai les yeux vers elle. Elle me regardait, l’air peiné.
« Tu n’as jamais eu de préjugés sur moi, malgré ma manière de vivre… » souffla-t-elle, rougissant soudainement. « Tu as accepté Percy, tout ce que je t’avais fait… »
Pas aussi facilement qu’elle le disait, pensais-je amèrement. Leila était si intelligence mais comment pouvait-elle être aussi innocente, naïve ? C’était un aspect de sa personnalité qui m’étonnait après tout ce qu’elle avait vécu et qui, curieusement, me plaisait beaucoup.
« Je n’ai jamais pu retrouver quelqu’un qui puisse faire preuve d’autant de… compréhension et d’ouverture d’esprit. » continua-t-elle, détournant le regard vers un point invisible sur le mur derrière moi. « Je pense qu’inconsciemment, je devais peut-être te rechercher encore chez les autres. Comme j’étais trop lâche pour revenir vers toi… » Elle rougit de plus belle, s’éclaircit la gorge et replongea dans ses poireaux en prenant soin de ne pas me regarder, me sembla-t-il.
Je restai interdit quelque instant. Est-ce que Leila… ? Quelle question… Quelle idée aussi mais nous n’étions plus de jeunes adultes égarés, enfin pour sa part du moins. Je ne me trouvais pas encore très stable dans ma vie. Et à vrai dire, j’étais fatigué d’errer sans cesse.
Leila éteignit le feu sous la poêle. Elle tapota la spatule de bois contre le récipient pour faire tomber les quelques morceaux de poireaux encore accrochés. Puis elle posa l’instrument sur le plan de travail. Je regardais ses gestes, perdu dans mes pensées, pesant le pour et le contre d’une action impulsive et totalement folle. Il me fallait parler, dire quelque chose mais ma langue restait bêtement collée à mon palais. La jeune femme essuya ses mains sur le tablier que je lui avais prêté.
« Tu as finis de battre les œufs ? » demanda-t-elle. Je croisais son regard. L’instant de flottement, un peu irréel, s’était terminé. Je me sentis profondément déçu.
Je hochai la tête, toujours un peu étourdi.
« Alors, il faut que tu verses le lait, deux grands verres suffiront. » m’indiqua-t-elle tandis qu’elle s’emparait d’un plat à tarte qu’elle farina d’une main experte. J’utilisais un sortilège d’attraction pour faire sortir la bouteille de lait et en mélanger le contenu avec mes œufs. Leila suivit le mouvement du regard, avec un petit sourire amusé.
« Paresseux » murmura-t-elle d’un ton taquin. Je répondis d’un rictus. Je n’étais pas vraiment d’humeur à plaisanter. Cette complicité naturellement revenue, je me demandais si franchir le pas que je m’interdisais la briserait définitivement. La question était de savoir jusqu’où je voulais aller. Rester là et continuer ce petit jeu du chat et de la souris que je soupçonnais être entamé depuis plus longtemps que je n’avais pensé ? Ou bien y mettre un terme et connaître enfin le bonheur pour peu que je prenne un risque aussi énorme que celui de tout mettre par terre ?
Elle se pencha alors vers le four et mon regard ne put s’empêcher de dévier vers ses jambes que découvrit sa jupe longue. Sans parler de la position dans laquelle elle se trouvait. Je fermai les yeux. Voilà que je m’autorisai de bien sordides pensées. Leila était désirable. Je n’allais pas me mentir. Elle avait eu quelques relations à court terme alors qu’elle était fille-mère, ce qui montrait bien qu’elle était attirante pour de nombreux hommes. Leila finit par s’accroupir devant le four ouvert pour faire précuire le fond de pâte. Je pus tranquilliser mes pensées en salant et poivrant mon mélange œufs-lait. Il n’empêchait que je sentais une sorte de tension dans la pièce mais peut-être était-ce le fruit de mon imagination.
« Tu as fini ? » demanda Leila, me tirant une fois de plus de mes réflexions.
« Euh… oui, oui. »
« Très bien. » Elle jeta un coup d’œil à ma préparation.
« Je laisse un peu cuire la pâte et après on mettra les poireaux et la préparation. »
Elle me poussa gentiment et découpa des tranches de lard en lardons. Je restai un peu interdit me demandant quoi faire. Ah, évidemment, la vaisselle. Je pris ma baguette et m’occupai de la corvée de nettoyage. Pendant que les ustensiles s’auto-nettoyaient, je rangeai quelque peu la pièce. Leila fit revenir les lardons dans une autre poêle qu’elle venait de trouver au fond d’un placard. Je constatai qu’elle s’était vite approprié ma petite cuisine alors qu’elle n’était pas venue si souvent chez moi. Sa capacité d’adaptation me surprendrait toujours.
J’étais en train d’empiler assiettes, couverts et verres sur un plateau afin d’aller dresser la table dans la pièce principale, quand Leila poussa une exclamation étouffée.
« Qu’y a-t-il ? demandai-je.
— Rien. Je me suis juste brulée en mettant le plat dans le four. » répondit la jeune femme en tenant son avant bras. Elle se dirigea vers l’évier et fit couler de l’eau sur la brûlure.
Je m’approchai.
« Laisse-moi regarder.
— Ce n’est pas grand-chose, Percy, dit-elle. Ca m’arrive souvent. Tu n’es pas sans savoir que je suis une grande maladroite.»
Mais je lui pris quand même le bras et regardai. Certes, la brûlure n’était pas très étendue mais la peau était bien rougie sur quelques centimètres.
« Il faut juste mettre de l’eau froide dessus, insista Leila.
— J’ai mieux », la contrai-je en sortant ma baguette.
Je la sentis se crisper sous la prise de ma main. Je lui jetai un regard interrogateur. Leila n’avait pas l’air rassurée. Je me fis la réflexion qu’elle devait trouver la magie amusante ou fort pratique. Mais elle n’avait jamais vu que des spectacles ou quelques démonstrations de magie domestique. Elle n’avait jamais vu de sorts pratiqués sur des humains, hormis le contre sortilège Repousse-Moldu que je lui avais fait subir. A ce moment-là, je n’avais pas vu qu’elle était inquiète. Sans doute, l’euphorie du spectacle à venir avait inhibé ses réticences. Je compris donc ce qui l’effrayait.
« Leila, murmurai-je d’une voix posée. Tu me fais confiance ? »
Ses grands yeux noirs me dévisagèrent avec une once d’effarement.
« Tu sais très bien que je ne te ferais pas de mal ? Ce n’est qu’une petite brûlure. » la rassurai-je. Elle me fixait sans mot dire puis, lentement, hocha la tête.
Je souris et passai ma baguette sur le bras que je tenais toujours. « Episkey » murmurai-je. La brûlure disparut. Leila laissa échapper une expression de surprise. Je la regardai avec un sourire assuré.
« Les trucs de Moldus, ça marche bien mais tu aurais eu une vilaine boursoufflure. »
Elle releva les yeux vers les miens et j’eus l’impression que le temps se suspendit.
Remarquez que tout y était : la blessure anodine à guérir, le rapprochement des corps, son avant bras toujours dans ma main, légèrement relevé, les yeux dans les yeux… Ne manquait plus que la petite musique romantique pour que le cliché soit parfait. Je n’avais jamais été quelqu’un de très sentimental et fleur-bleu n’était pas le premier adjectif qui me viendrait à l’esprit pour parler de moi. Mais je reconnais que ce moment-là affola considérablement mes sens et mon rythme cardiaque. Incapable de ne serait-ce qu’avoir une pensée cohérente. Juste un rugissement de mon instinct.
« Bougre d’imbécile, embrasse-la ! »
La question ne se posait plus. Son bras toujours prisonnier, je me penchai, fermant les yeux pour ne pas voir son regard qui n’allait sans doute pas tarder à devenir assassin, et volai un baiser à Leila. Je me reculai, serrant les paupières, attendant la gifle. Mais la jeune femme n’avait pas bougé. J’aurais même pu garantir qu’elle avait arrêté de respirer pendant quelques secondes.
Je me décidai à ouvrir les yeux pour voir sa réaction. Elle me regardait, tous simplement, ses grands yeux noirs écarquillés de surprise. Je me décidai à lui lâcher le bras que j’avais inconsciemment serré dans mon geste insensé.
« Percy. »
Je sentis mon sang affluer dans ma tête et embraser mes joues et ma nuque jusqu’aux oreilles.
Leila ouvrit la bouche mais ce ne fut pas sa voix que j’entendis.
« Maman ! Je commence à avoir faim ! »
Le cliché parfait, vous ai-je dit. Ne manquait plus que l’interruption au moment crucial. Un vrai roman pour midinettes. La jeune mère eut un sourire résigné. Elle soupira, recula, le regard toujours braqué sur moi, un regard dénué de colère mais qui me sembla être celui d’une personne perdue. Un regard qu’elle avait déjà eu, il y avait longtemps.
Me sentant trop tendu pour entamer une quelconque discussion quand à ce qu’il venait de se produire, je me réfugiai avec ma pile de vaisselle dans la pièce principale où mon sauveur – ou mon empêcheur de tourner en rond – se trouvait, importuné par les réclamations de son estomac. Etant trop innocent pour notifier quoique ce soit quand à mon état psychologique, il vint m’aider à mettre la table avec un enthousiasme dont je soupçonnai sa faim d’en être le moteur. N’osant retourner dans la cuisine, je m’installai à côté de Percy qui s’amusait avec mon jeu d’échecs sorciers en inventant des règles imaginaires connues de lui seul. Je le regardai d’un œil distrait, tout en proie à mes considérations sentimentales.
La question était de savoir si je voulais que cela se reproduise.
La réponse était assurément oui.
Malgré tout ce qui aurait pu me freiner. Malgré le fait que je fréquentais déjà quelqu’un et que j’agissais comme un malhonnête. Mais de remords, je n’en ressentais aucun à l’instant. J’étais quelque peu grisé voir euphorique même si je n’en montrais rien. Ce genre de réaction m’apparut comme puéril. J’avais toujours pensé qu’à mon âge, l’amour devenait quelque chose de raisonnable et que les moyens de parvenir à ses fins étaient quelque peu différents d’un jeu de chat de souris adolescent où on se croise, on s’évite avec le fameux jeu des regards fuyants. J’imaginais que j’allais être un peu plus mâture, viril, éclatant. Et ne surtout pas commencer avec un baiser improvisé dans ma propre cuisine avec des relents de mélodrames dignes d’une chanson de Célestina Moldubec.

Leila arriva finalement avec le plat que nous avions préparé tous les deux. Rien sur son visage ne transparaissait. Pourtant, elle évitait soigneusement de me regarder en face. Cela ne présageait rien de bon. Nous mangeâmes en silence, ce qui était inhabituel. Seul Percy babillait, parlant la plus part du temps tout seul de choses et d’autres. Il était bien évidemment trop jeune pour se douter que quelque chose n’allait pas entre ses deux parents. Je fis apparaître la compote qui faisait office de dessert. Percy, qui commençait à s’habituer à la présence envahissante de la magie sous mon toit, ne montra aucun étonnement mais Leila sursauta. Son regard s’était perdu par la fenêtre. Sans doute réfléchissait-elle aussi et l’arrivée de la compote l’avait réveillée. Percy se jeta sur les biscuits avec la gourmandise caractéristique d’un enfant de cet âge. Les tritons au gingembre que j’avais rapporté du Chemin de Traverse me parurent fortement ironiques en cette fin de repas.

Comme je m’y attendais, Leila écourta la visite. Je ne fus guère surpris mais le plus dur fut d’entendre Percy commencer à pleurer parce qu’il ne s’y attendait pas. Mais Leila ne céda pas. Elle ne se fâcha pas, elle semblait ailleurs et expliqua doucement à Percy qu’il y avait école le lendemain. Je m’agenouillai à côté du petit garçon, étonné qu’il réagisse comme ça à mon égard. De grosses larmes roulaient sur ses joues et il reniflait. J’éprouvai de la peine pour lui. Mais je comprenais Leila et j’avouai que moi, aussi j’avais besoin de me retrouver seul pour remettre de l’ordre dans mes idées quand à ce qui était en train de se passer. Je devais être bien inspiré ce jour-là car je pris mon fils dans mes bras pour le consoler. Il ne me repoussa pas contrairement à ce que j’avais toujours craint. Pire il s’accrocha à moi en sanglotant. Je me relevai en le prenant contre moi.
« Ta mère est fatiguée, tu sais. » argumentai-je en regardant Leila qui affichait une mine lasse. « Mais tu sais, les vacances approchent, tu pourras revenir plus souvent » promis-je à l’enfant sans savoir si je pourrais réellement honorer cet engagement. Leila évita mon regard et je ne pus savoir si j’avais commis un impair. A force de persuasion, Percy consentit à me lâcher et à rentrer avec sa mère. Leila n’avait pas tort, il y avait de la route entre Manchester et Cambridge. Si les distances m’importaient peu, ce n’était pas son cas.
« Au revoir, Percy. » murmura-t-elle. Elle me semblait vraiment perdue et je commençais à éprouver quelques remords quand à mon attitude dans la cuisine. De mon côté, je n’arrivais pas à le regretter. Je ne pus cependant faire aucun geste pour m’assurer qu’elle allait bien. Je m’en trouvai incapable. Je vis la jeune femme s’éloigner avec notre fils. Celui-ci secoua sa petite main pour me dire au revoir. Je levai lentement la mienne en guise de salut. Leila ne se retourna pas.
Doucement, je fermai la porte de mon appartement et me contentai de poser mon front contre le bois en soupirant. J’avais l’impression d’être lourd comme un chaudron.

Je me couchai tôt ce soir-là, car je savais que le sommeil me fuirait. Il y avait trop de choses qui se bousculaient dans ma tête, trop de pensées plus ou moins cohérentes. La sonnerie du téléphone vers vingt-deux heures trente me fit sursauter. Je m’extirpai de mon lit et me précipitai vers le combiné avec une étrange fébrilité. Bêtement, je pensai à Darren qui allait sans doute me demander un compte-rendu. Mais c’était stupide. Je le savais bien que ce ne pouvait être que Leila. Sa voix dans l’écouteur était faible, incertaine.
Elle cherchait ses mots. J’attirai un siège vers moi afin de m’asseoir. J’étais dans l’espérance d’une longue conversation téléphonique.
« Leila ? » fis-je enfin en prenant mon courage à deux mains. « Tout va bien ? » Question stupide. Evidemment qu’elle n’allait pas bien. Question rhétorique.
Pas de réponse. Je commençais à ressentir un étau de panique se resserrer sur mon estomac.
« Ecoute, Leila… Je te dois des excuses, bredouillai-je.
— Non, coupa-t-elle en reprenant de l’assurance. Non, tu n’as pas à t’excuser. » Elle laissa un silence. J’attendis.
« Je… J’en avais très envie. » Nouveau silence. Je m’imaginais la jeune femme, pendue à son téléphone, recroquevillée dans son fauteuil. Fragile. Belle. « C’est vrai… Mais je… Ce n’était pas raisonnable. » ajouta-t-elle.
Je fus surpris. J’avais pour habitude d’être celui qui jouait les rabat-joies avec des questions de raison.
Mais je devais savoir. La question qui me taraudait depuis cette préparation de déjeuner surréaliste, il me fallait la poser. J’avalai ma salive, tentant de rendre ma bouche moins sèche. Il me fallait parler.
« Je… Est-ce que tu… veux… » Je fermai les yeux, me traitant d’imbécile. Je n’avais donc pas de courage. A ce point-là. Il fallait bien la poser, cette foutue question ! Je me sentais comme le Perceval de la légende, sauf que je savais qu’il me fallait poser la question. Mais comme lui, je n’en mesurai pas vraiment les conséquences. Je n’avais pas envie de faire de ma vie une quête perdue d’avance. Il me fallait savoir. Il me fallait poser la question. Maintenant.

« Est-ce que tu veux qu’on essaie ? »
Le silence au bout du fil me parut insoutenable. Il me fit souffrir. J’avais le sang qui battait mes tempes et je me sentis en nage, suspendu au combiné que je serrais à m’en faire mal aux doigts. J’entendis Leila soupirer dans l’appareil.

« Je… » Nouvelle hésitation.
« Oui. » répondit-elle, enfin.

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