Chapitre trente

Guidés par EDI, le petit groupe de Shepard prit le chemin inverse et se dirigea vers l’élévateur. Le Commander fulminait. Quelle perte de temps ! L’Homme Trouble s’était bien foutu de leurs gueules. Et elle, elle s’était jetée dans le piège ! Voilà pourquoi tout avait semblé être si simple. Les informations de Liara, les traces laissées par les vaisseaux de Cerberus, l’approche de la station Chronos… Tout cela n’était qu’un leurre. Shepard ne vint même à se demander si le leader du groupe terroriste n’avait pas laissé en toute conscience partir les informations qu’EDI avait réussi à soutirer lors de la tentative ratée de piratage du système.

Cela aurait voulu dire qu’il avait préparé son coup depuis longtemps. Qu’il était bien plus fin stratège qu’elle et que sa réputation de fonceuse sans finesse n’était pas usurpée. Elle aurait bien voulu avoir l’Homme Trouble en face pour lui éclater la gueule. Mais elle finit par se raisonner. C’était elle qui était à blâmer. Il avait bel et bien montré qu’elle ne voyait pas plus loin que le bout de son nez.

Le groupe monta les trois étages qui le séparait des autres. EDI leur donnait quelques bribes de la situation qu’elle arrivait à obtenir en hackant les caméras de sécurité. D’après ce que Shepard avait compris, Kaidan et ses deux compagnons semblaient s’en sortir pas trop mal. Cerberus n’avait pas égalé les Reapers sur leurs propres créations. A la limite, c’était quelque chose de rassurant. La surpuissance de Cerberus était suffisamment effrayante comme ça. Pas la peine d’en rajouter. L’optique de pouvoir le battre dans les règles de l’art s’était envolée depuis bien longtemps. Et avec ce dernier tour humiliant, Shepard n’hésiterait pas à enfreindre différentes règles de bienséance pour lui péter la gueule. Après tout, il n’avait jamais respecté les règles. Pourquoi elle s’obstinait-elle à le faire ? Peut-être pour marquer leur différence. Qu’elle ne se pliait pas à ses petites règles et qu’elle n’était pas son jouet.

Même si là, il avait prouvé qu’il était le maître du jeu. Et qu’il avait vraiment les moyens de lui mettre de sacrés bâtons dans les roues.

« Shepard. Je comprends ce que vous pensez. Vous avez envie de lui casser la gueule à ce fils de pute. » Le Commander tourna la tête vers Jack. Cette dernière fit une grimace.

« Je dis ça parce que je pense la même chose. Mais je garantis que lorsqu’on lui aura vraiment mis la main dessus, on va lui faire payer puissance mille le fait de s’être foutus de nos tronches. »

Jack avait une rancune beaucoup plus lointaine que la sienne. Pourtant, malgré son tempérament explosif, elle prenait son mal en patience. Shepard devait parvenir à cet état d’esprit. La colère qui l’envahissait brouillait son jugement. Elle allait commettre une erreur si elle s’emportait autant. Qu’elle laisse son ressent de côté. Il n’en ressortira que mieux lorsqu’elle se retrouvera face à son adversaire.

Depuis qu’ils étaient sortis de l’élévateur, le vacarme était assourdissant. L’étage entier tremblait. Le Reaper Humain était une telle masse qu’elle ébranlait toute la structure même de Chronos. Il fallait l’éliminer. Ou ils risquaient de voir s’effondrer l’édifice et c’était bien la dernière chose dont Shepard avait envie.

Trouver Kaidan et son équipe n’allait pas être difficile à partir de là. Il suffisait de suivre le bruit. Elle n’entendait même pas les tirs tant le Reaper surpassait tout ce qui était audible. Shepard n’avait pas hâte de l’affronter à nouveau. Lui faire face avait été une expérience douloureuse. Elle en avait perdu deux compagnons suite à cette sanglante bataille. Samara et Grunt avaient laissé leur vie après la chute de cette immense être.

Pour se donner courage, Shepard sortit un fusil d’assaut qu’elle avait ramassé sur le chemin. C’était bien plus efficace que ce qu’elle avait à l’origine sur elle. Si elle s’était attendu à devoir affronter un tel monstre, elle aurait réfléchi à deux fois avant de s’équiper.

Alors qu’ils semblaient être tout proches, ce qu’EDI confirma, le sol trembla à tel point qu’ils durent se tenir à quelque chose pour ne pas tomber.

« Que se passe-t-il ? » demanda Garrus qui tentait vainement de tenir sur ses pieds.

« EDI, qu’est-ce que c’est ? »

L’idée terrible que la station était en train de s’effondrer la suffoqua. Putain ! Ils allaient donc tous crever ici et laisser gagner Cerberus ! Cette idée lui était insupportable.

« Il semblerait que le Major Alenko et son équipe soient parvenu à éliminer le Reaper. »

Shepard resta bouche bée. Elle n’avait jamais sous-estimé Kaidan mais… Elle secoua la tête. Non… Elle n’allait pas être jalouse ou quoique ce soit de semblable. Il était Major, après tout. Et ce n’était sans doute pas pour ses beaux yeux que l’Alliance lui avait donné ce titre. Il fallait qu’elle cesse enfin de croire que son ascension dans la hiérarchie n’était dû qu’aux magouilles d’Udina ou parce que le Major avait été qu’une simple marionnette aux mains du pouvoir. Non, Kaidan était un excellent soldat. Un biotique puissant et il était capable de venir à bout d’ennemis puissants. Cette victoire sur le Reaper Humain en était une preuve. Ironiquement, il y était parvenu sans voir ses coéquipiers mourir. Enfin… Pour l’instant, il n’était pas encore sorti de là.

Afin de lui venir en aide au cas où l’effondrement du Reaper allait provoquer une catastrophe, Shepard se mit à courir, talonnée par Garrus et Jack. Le poids du monstre était si élevé que son effondrement n’allait pas être sans conséquence sur la stabilité de la Station et il était de ce fait urgent de foutre le camp d’ici.

« Shepard ! » La voix de Jacob leur parvint aux oreilles. Le trio fonçait droit vers eux en courant. « Demi-tour ! vociféra l’ancien officier de Cerberus. Derrière lui, à quelques pas, se trouvaient Kaidan et James. Ce dernier avait encore l’air d’avoir été blessé. Décidément, ce devenait une habitude chez lui.

Sans chercher à comprendre, Shepard fit volte face ainsi que les deux autres. Elle laissa Jacob les rattraper afin d’avoir un topo en cours de route.

« Ne traînons pas. Ce truc à fait s’ouvrir le niveau d’en dessous et je parie que les fondations de la Station sont en train d’en prendre un sacré coup.

— On va éviter de moisir ici, alors ! » ajouta Jack en accélérant le pas.

Shepard demanda alors à EDI et Joker de leur préparer une sortie. Ils allaient devoir récupérer le Kodiak le plus rapidement possible et sortir de le Station.

« Il faut faire sauter les barrières kinétiques. » remarqua Garrus.

« Vous pouvez vous en charger là-haut ? » demanda Shepard à Joker qui lui répondit par l’affirmative.

Parfait. C’était une chose de moins à s’occuper. Il fallait donc reprendre l’élévateur et se diriger vers le hangar.

De multiples alarmes se déclenchèrent, signe que la Structure avait été touchée. La voix de la VI qui gérait la procédure d’urgence de la station se mit à donner les consignes d’évacuation. C’était vraiment très mauvais signe et il fallait vraiment qu’ils se dépêchent de retrouver leur véhicule.

« Qui aurait pu croire que l’Homme Trouble cachait un tel monstre ? » demanda Kaidan qui soutenait James avec l’aide nouvellement apportée par Garrus.

« C’est un travail fait par les Collecteurs. Je l’ai détruit en même temps que leur base, mais il faut croire que l’Homme Trouble aime jouer avec les restes. »

Kaidan ne répondit rien. Shepard savait qu’il était en train de réfléchir. De se rendre compte qu’elle avait bel et bien combattu dans le sens de l’Humanité et non pour le leader de Cerberus qui, finalement, se cachait derrière ses idéaux pour nourrir son ambition personnelle.

« En tout cas, chapeau, Kaidan. Il m’a donné du fil à retorde, j’en ai perdu deux compagnons et vous arrivez à vous en sortir sans dégâts.

— Pas tout à fait, répondit le Major en désignant James qui suivait le rythme malgré sa blessure. Mais je n’aurais jamais pensé qu’on finirait par l’avoir. Il paraissait être immortel, comme les autres Reapers.

— Ce n’en est pas vraiment un, expliqua Shepard. Juste une imitation de ce que pourrait être un Reaper fait à partir d’Humains. Les Collecteurs avaient réussi à s’approcher le plus possible de ce que les Reapers sont, mais l’Homme Trouble n’a fait qu’imiter sans égaler. Et heureusement », s’empressa-t-elle d’ajouter. Le souvenir de tous ces humains dissous pour réaliser cette monstruosité lui retourna l’estomac et ce n’était franchement pas le moment de se laisser aller.

L’élévateur s’ouvrit alors qu’ils arrivaient et tous les six s’engouffrèrent dans la cabine. Garrus enfonça le bouton de l’étage où se situait le Hangar. Les tremblements étaient de plus en plus persistants. Cela n’annonçait pas quelque chose de bon augure. Dans un bruit de ferraille et des gerbes d’étincelles, l’élévateur s’arrêta.

« Et merde ! » Jack donna un coup de pied à la paroi qui lui faisait face mais sans grand succès.

Jacob se mit alors à pianoter sur le clavier de commande de la cabine mais ce fut tout aussi inefficace.

Shepard se mit à prendre la mesure de la situation d’un rapide coup d’œil. La station n’allait plus tenir longtemps et l’avarie de l’élévateur en était un signe. Elle estima qu’il allait sûrement être impossible de le faire repartir. Il fallait donc tenter de passer par le conduit, mais à pied.

Elle demanda à Garrus de faire sauter la trappe située dans le sol. C’était risqué car rien ne disait que l’élévateur n’allait pas redescendre aussi sec ou s’effondrer sur eux, mais ils n’avaient pas le choix. C’était encore une fois une course contre la montre. Cela devenait un peu rébarbatif.

Jack se faufilla dans le passage. Étant la plus petite et la plus menue du groupe, elle pouvait facilement jouer le rôle d’éclaireur. Le reste du groupe attendit quelques instants qu’elle donne le signal que la voie était praticable.

« C’est bon ! Je vois l’échelle de service. »

Shepard fit signe à Kaidan d’aider James à s’engager dans le trou puis Jacob suivit. Elle sentit la poussée de la main de Garrus dans son dos. Il l’incitait à passer devant lui. N’ayant pas de temps ni d’énergie pour protester, elle se lança à la suite des autres, non sans un regard noir envers le Turian. Elle préférait être celle qui surveillait les arrières. Mais Garrus pensait plutôt que quitte à choisir qui était susceptible de passer à la trappe, autant que ce ne soit pas elle.

Elle progressa du mieux possible sous la cabine en s’aidant des câbles et attrapa l’échelle de service. C’était la partie la plus délicate, car, une fois dans l’arceau de l’échelle, la cabine ne risquait pas de leur tomber dessus. James et Kaidan avait réussi à passer malgré la perte de mobilité du Lieutenant. Shepard aperçut Jacob qui commençait à descendre les échelons. Elle se dépêcha de le rejoindre. Il fallait que Garrus passe. Et les vibrations qui secouaient toute la station étaient de plus en plus violentes. Le risque que la cabine s’effondre grandissait au fil des secondes.

« Garrus ! »

Elle lui donna le signal alors que son pied se posait sur un des échelons. Elle vit le Turian sortir et commencer à se suspendre.

Shepard en profita pour regarder la hauteur qui la séparait du sol avant de relever immédiatement les yeux. Elle n’était pas sujette au vertige, son entraînement ayant grandement contribué à chasser ce genre de handicap, mais le vide béant lui donna le tournis. Décidément, ça n’allait pas. Elle était en train de perdre ses capacités… C’était effrayant. Maudits soient-ils, ces foutus Reapers ! Ils ne perdaient rien pour attendre.

Le grincement de la cabine et les gerbes d’étincelles qui l’accompagnèrent incitèrent le Commander à hurler sur Garrus pour qu’il accélère. Elle ne voulait perdre personne. Pas ici. Pas parce qu’elle avait été trop conne pour comprendre le manège de l’Homme Trouble.

Et surtout pas Garrus.

Le Turian accéléra la cadence mais la souplesse n’était pas son point fort. Shepard n’essaya pas de descendre, elle le regardait, impuissante. Et si la cabine s’effondrait… Elle ne pouvait rien faire d’autre.

Le soupir de soulagement qui s’échappa de sa bouche alors que Garrus parvenait dans le boyau de service parvint aux oreilles du Turian qui lui envoya une petite boutade. Elle ne répondit rien et se contenta de faire une grimace.

« Allez. On descend. »

La progression sur les barreaux fut aisée et il ne fallut que quelques minutes pour rejoindre Jack et le reste du groupe qui avaient déjà atteint l’étage où se trouvait le Kodiak.

L’alarme leur parvenait plus distinctement, hurlant et vrillant les tympans. Horrible. Cela n’allait pas arranger le mal de tête de Shepard. Elle devait tenir le coup. Encore un peu. Encore quelques mètres. Qu’est-ce qu’elle se haïssait en cet instant ! Mais elle savait aussi que de s’énerver après elle ne ferait qu’empirer les choses. Il fallait reprendre le contrôle de ses émotions. Elle inspira un grand coup. Expira. Elle reconnaissait ces symptômes. Et cela n’était pas une bonne nouvelle.

Elle mit de côté toutes les sensations qui affluaient, les repoussa dans un coin de son esprit, loin, suffisamment loin pour qu’elles ne l’envahissent pas. C’était temporaire. Son esprit commença à prendre le pas sur le corps. Elle suivit machinalement Jack.

Il ne fallut pas réfléchir à deux fois avant de dégainer et tirer sur un Husk qui leur barrait la route. Elle ne répondit pas à la question de Kaidan concernant la présence de ces créatures, laissa Garrus le faire. Le Major ne put cependant s’empêcher de lui lancer un regard inquiet. Elle l’ignora et continua à tirer sur les montres qui se révélèrent être plus nombreux que ce qu’elle avait bien pu penser. Au moins, ne semblait-il pas y avoir de Banshee.

Mais des Carnages et des Brutes, ça, les portes en vomissaient de partout.

« Qu’est-ce que c’est que… ? » Jack n’eut pas le temps de finir sa phrase que la créature nouvellement apparue lui asséna un coup violent.

« Jack ! »

Jacob se plaça devant la jeune femme et tenta de repousser l’horreur. Kaidan vint en renfort avec une poussée biotique. James, qui tenait difficilement sur ses pieds, sortit tout de même son fusil à pompe et visa le monstre. Shepard resta interdite. Cela ne ressemblait à aucune créature qu’ils avaient déjà rencontrée. Elle n’arrivait même pas à assimiler la silhouette à une espèce connue. C’était… Comme si c’était une chimère. Ça ne ressemblait à… rien. Quand on pensait trouver que ça avait l’air d’un Turian, des traits plutôt propres aux Krogans apparaissaient.

Finalement, la chimère s’effondra sous les coups de fusil.

Shepard s’approcha du cadavre, imitée par les autres.

« Mais qu’est-ce que c’est que cette horreur ? demanda Jack.

— Aucune idée, murmura Jacob, les yeux fixés sur l’amas de chair sanguinolent.

— On dirait… On dirait que c’est un mélange de plusieurs… » Garrus n’arrivait pas à trouver le mot qui pourrait qualifier ce qu’il pensait mais Shepard avait bien compris. Elle pensait la même chose.

Elle détourna la tête, remit des clips dans on pistolet.

« Cerberus… »

Personne ne dit rien mais elle savait que ses pensées étaient les mêmes qu’eux. Le dégoût. L’incompréhension. Se demander comment on pouvait arriver à commettre de tels actes et jusqu’où cela pouvait aller.

Cela ne servait à rien de se poser la question. L’Homme Trouble avait montré qu’il avait perdu toute humanité. La seule chose à faire désormais était de le retrouver et de rendre justice.

Shepard pressa le pas. La voix de la VI chargé de l’évacuation commençait à faiblir, mais il lui semblait bien qu’elle ait émis l’idée de l’effondrement complet de la structure dans un nombre de minutes que Shepard n’avait pas réussi à identifier.

Il fallait faire vite. Le hangar n’était plus très loin. Courant, le petit groupe se dirigea vers la sortie.

« Vous avez réussi à faire sauter la barrière ? » demanda le Commander à ceux qui étaient resté sur le Normandy.

« On y est presque, l’informa Joker avec une voix tendue.

— Nous arrivons au Kodiak, lui répondit-elle.

— Je sais ! C’est juste qu’EDI fait ce qu’elle peut. Cerberus a un système très complexe à pirater. »

Shepard ne releva pas et signala qu’elle terminait la conversation. Il ne fallait pas qu’elle parasite l’opération en cours. Décidément, même si EDI avait du mal à contrecarrer le système de protection de Chronos… Il était vraiment fort sous tous les plans, ce salopard. Et il évoluait vite. Comme… Comme un Reaper…

L’endoctrinement avait donc des effets sur les personnes autres que de les assouvir. C’était ça qui devait être grisant et qui faisait que le sujet pris au piège se trouvait conforté dans ce qu’il faisait. Les Reapers leur apportaient du pouvoir, de la force. Ce n’était donc pas une mauvaise chose pour eux. L’Homme Trouble était donc tombé dans le même panneau que Saren. Aveuglé par cette puissance grisante qui leur permettait d’asseoir une soif de pouvoir qui n’était sans doute pas la dernière de leur préoccupation. Les Reapers savaient vraiment qui cibler pour foutre encore plus le bordel.

James n’était pas très en état de conduire. Il avait le bras inerte à présent. S’être servi de son arme lourde pendant le combat contre la chimère avait eu raison de ses dernières forces dans ce membre. Sa jambe le lançait aussi. Décidément, il était solide mais les dernières missions avaient été éprouvantes pour son physique. Ce fut donc Jacob qui prit les commandes du Kodiak. Kaidan avait préféré se tenir à l’arrière et maintenant, Shepard pouvait sentir son regard sur elle.

Ah… Ce que l’Homme Trouble avait deviné… Shepard fit mine de l’ignorer et reporta son attention sur Jacob et lui demanda si de l’intérieur, il n’y avait pas moyen de bousiller la barrière. Il était temps de ficher le camp. Les vibrations et le bruit sourd d’un édifice qui s’effondre étaient de plus en plus forts. Sans parler des étincelles partout et des débuts d’incendies que la voix atone de l’Intelligence Virtuelle signalait.

Personne n’avait envie de revivre les sensations d’abandon qu’avait procuré la perte du Normandy premier du nom. Sans parler dut fait que personne ne voulait finir sa vie ici.

« C’est bon ! »

Mais elle n’eut pas besoin de l’entendre. Sous leurs yeux, la barrière était en train de s’effacer. Jacob, qui avait terminé la routine de démarrage du Kodiak, n’attendit pas que Shepard lui donne l’ordre de s’arracher d’ici. La poussée fut si violente que tout le monde fut projeté en arrière. Jacob avait mis un peu trop d’enthousiasme.

Shepard contacta Joker et lui demanda de joindre le poste de Commandement de l’Alliance sur la Citadelle. Même si la Station Chronos allait sans doute devenir un tas de débris flottant dans l’espace, il y avait quand même des choses à récupérer. Tout ce qui pouvait permettre de mener à bien la mission était bienvenu. Même si elle ne partageait pas les méthodes de Cerberus. Chronos était un trésor de guerre, une prise faite à l’ennemi.

Mis en contact avec le Vice-Amiral Johnson, elle lui fit part de la situation, lui rapporta les faits les plus importants et ce qu’ils avaient découvert. Elle n’eut pas vraiment besoin de se montrer convaincante, Johnson lui répondant rapidement qu’il allait dépêcher une équipe de récupération sur place. Toutefois, Shepard lui demanda de contacter le Major Tolan afin qu’il puisse participer. Les données récupérables allaient sans aucun doute pouvoir servir à Presalia.

« Procédure d’entrée dans le Normandy » annonça Jacob. Shepard mit fin à la conversation et alla s’asseoir. La tension accumulée dans la Station commençait à redescendre, laissant la place à la migraine et la nausée. Elle soupira, passant ses mains sur son visage.

« Z’êtes pâle Shep’. » Jack, armée de médigel, était en train de tartiner James qui se laissait faire sans rien dire. Shepard posa un regard vide sur elle. Le Commander était tellement barbouillé que la saugrenuité de la situation ne lui sautait pas aux yeux.

Elle fit signe que cela allait avant de s’enfermer encore dans son esprit. Elle ferma les yeux, et respira profondément. Elle devinait les regards de Garrus et des autres sur elle, mais elle finit par occulter tout ce qui était extérieur. Juste le temps que le Kodiak entre dans le hangar. Après, ça passerait. Elle tentait de s’en persuader.

« Contrôle de routine. Décontamination en cours. »

Le groupe attendit que les procédures de réintroduction dans le Normandy se fasse et que la pressurisation soit opérationnelle. Ce furent quelques minutes assez longues pour tous. Puis, ils purent enfin sortir. « Shepard prend le Commandement. »

Certes, l’annonce était standard mais en pratique, Shepard n’était pas d’attaque. Elle fit signe à Kaidan qu’elle accompagnait James à l’infirmerie pendant qu’il irait dans le CIC faire le rapport de la mission et mettre le cap sur la prochaine destination.

Dans l’élévateur, James, adossé contre le mur la regarda fixement. Il était à peine remis de sa blessure lors de sa mission avec Kaidan. Et là encore, il était blessé. Décidément…

« Vous n’avez vraiment pas l’air bien, Commander.

— C’est plutôt à vous qu’il faut dire ça, riposta Shepard.

— Moi ? Ho, juste une éraflure et une balle dans la cuisse. Rien de bien dramatique. Je suis solide. » Le Lieutenant marqua un silence. A le voir mâchonner sa langue, Shepard se dit qu’il n’avait pas fini de lui faire la morale. Parce que c’était ce qu’il faisait tout le temps avec elle. Des sermons. Même si, hiérarchiquement, ce n’était pas son rôle. Elle pouvait même lui dire de la fermer si ça lui chantait. Mais elle le laissait faire. Au moins, il lui fichait la paix après.

« Permission de parler franchement ? »

Elle hocha la tête pour la lui accorder.

« Vous avez une tête à faire peur. Moi, c’est rien. Deux balles, la Doc rafistole ça et on n’en parle plus. Vous… C’est l’attaque du Reaper qui vous bouffe le cerveau. Pas visible, on ne sait pas trop ce qu’il vous arrive. Mais vous avez des migraines, vous vomissez. J’ai l’impression… Enfin… Je suis désolée, Shepard, mais j’ai pas envie de me rendre compte que vous êtes endoctrinée et que je suis des ordres qui nous mèneront à notre perte. »

La jeune femme resta stupéfaite à la suite de ce discours. Alors, c’était donc ça… Kaidan et son regard inquiet. Mais elle le comprenait. Même elle avait peur de la même chose. Se rendre compte que… Non, ne pas se rendre compte qu’elle était devenue comme Saren ou l’Homme Trouble. Comment le savoir ? Elle-même doutait. Cela la rendait folle. Elle essayait tout simplement de ne pas y penser. Jeff le lui avait fait promettre. De plus, il n’y avait vraiment plus le temps de douter. Les choses s’accéléraient enfin et ils étaient plus proches de leur but que des semaines auparavant.

« Si mes ordres vous paraissaient aller à l’encontre de notre combat, vous me le diriez, James ? »

Le Lieutenant la regarda dans les yeux. Il y avait de la réelle inquiétude ainsi qu’une confiance qui se voulait inébranlable.

« Oui, Madame. »

Elle eut un sourire crispé.

« Alors, je m’en remet à votre jugement. »

Il hocha la tête.

« Aye, M’dame. »

Les portes de l’élévateur s’ouvrirent et Shepard emboîta le pas de son Lieutenant. Chakwas les attendait déjà avec son attirail. Shepard lui demanda de s’occuper de James avant elle. Parce que, comme il avait dit, c’était bien plus facile à soigner que ce qui la rongeait. Elle s’assit donc sur l’autre lit et attendit patiemment, les yeux perdus dans le vide, cherchant à ne penser à rien. Elle était fatiguée de penser. Kaidan assurait le relais avec l’équipe de Johnson et lui ferait sans doute un rapport. Sa présence n’était pas indispensable. Oui… Elle n’était pas toujours partout. Elle ne le pouvait pas et n’en était plus vraiment capable. Avec cette mission sur Chronos, elle avait bien compris que Kaidan était tout aussi compétent qu’elle. Pas qu’elle ne s’en doutait pas, mais elle le voyait bien la remplacer si jamais elle flanchait avant la fin. Parfois, elle se sentait si lasse. Si elle pouvait se reposer sur lui alors c’était tant mieux.

Elle sourit amèrement. Il y avait quelques temps, la pensée de considérer Kaidan comme son égal voire quelqu’un de meilleur lui aurait été insupportable. Parce qu’elle avait toujours du mal à digérer son attitude passée. Maintenant, elle s’était quelque peu assagie, peut-être. Elle avait pris sur elle. Il y avait bien plus important qu’une rancœur personnelle. Il y avait la survie de la Galaxie et si elle dépendait du fait que elle, Shepard, arrive à travailler, à estimer Kaidan, alors elle devait faire des efforts.

Et elle se sentait si lasse…

Chakwas la tira de ses pensées en s’approchant d’elle. Le docteur la regarda par en-dessous, comme elle avait l’habitude de le faire pour la jauger. Elle ne dit cependant rien et commença à l’ausculter. Elle lui ouvrit les yeux en grand, regarda ses pupilles, lui regarda la tête sous toutes les coutures.

« Bon, je vais vous donner quelque chose pour prévenir la migraine, dit-elle enfin.

— C’est tout ?

— Je ne peux rien faire de plus Commander. Du repos est un luxe et je vous répéterais encore une fois qu’il vous faut prendre toutes les minutes de répit qui se présentent. A part diminuer vos symptômes, je ne peux rien faire de plus. La cause du mal est inconnue. Les sujets migraineux sont encore mystérieux, Commander, même si je peux formuler l’hypothèse que votre rencontre sur Menae avec ce Reaper a sûrement dû affecter votre cerveau. Tant que ce ne sont que des migraines, cela est gérable. Si d’autres symptômes viennent à se manifester, par contre, je compte sur vous pour m’en informer.

— J’ai la nausée.

— Hum… Les migraines peuvent parfois provoquer ce genre de désagrément. »

Chakwas la fit s’allonger.

« Kaidan se charge du Commandement ? »

Shepard hocha la tête.

« Très bien. Alors profitez-en pour fermer les yeux. »

Voyant que la jeune femme allait protester, le docteur ajouta précipitamment. « Je vous réveille dans vingt minutes. »

Shepard consentit alors à se reposer. Vingt minutes. C’était bien assez et en même temps réalisable.

Ses yeux s’ouvrirent pour découvrir le visage inquiet de Jeff. Ses paupières papillonnèrent et elle se redressa, les sens revenant peu à peu.

« Joker ? » demanda-t-elle avant de se rendre compte qu’ils étaient seuls dans la pièce. Comment se faisait-il qu’il n’était pas à son poste ? Et James ? Et Chakwas ? Elle était quelque peu désorientée. Jeff la prit par les épaules pour qu’elle se calme.

« Doucement. »

Quelle heure était-il ? Elle avait sûrement dormi plus que vingt minutes. Pourquoi le docteur ne l’avait-elle pas réveillée comme elle le lui avait promis ?

« On est au cycle de nuit, n’est-ce pas ? » dit-elle la voix pâteuse. Jeff empoigna une carafe et lui versa un verre d’eau qu’il lui tendit.

« Oui. » Il vit qu’elle était à deux doigts d’exploser parce qu’on l’avait laissée se reposer alors il prit les devants.

« Kaidan a ordonné qu’on te laisse dormir. Il m’a fait mettre le Normandy en stand-by à la frontière du système de Widow. Il ne m’a rien dit de plus. »

Et il n’avait pas eu envie de lui dire plus. Il avait pris son repas en compagnie de Jack, chose exceptionnelle et elle ne s’était pas gênée pour raconter en long et en large la mission. Notamment la tête de constipé que Kaidan faisait quand Shepard n’allait pas bien. Cela lui avait tellement foutu les boules qu’il n’avait même pas pensé à la charrier sur le fait qu’elle aussi avait fait une gueule inhabituelle quand Vega était sorti de l’infirmerie avec ses blessures de guerre supplémentaires.

Tout le monde avait compris ce qui animait Kaidan. Au moins, pour Garrus, ce n’était qu’un doute, une plaisanterie qui circulait dans le vaisseau. Mais pour le Major, ce n’était même pas drôle de parier. Chambers avait même été jusqu’à demander à Joker des détails sur ce qu’il s’était passé dans le premier Normandy. Il l’avait envoyé promener avec un peu de rudesse. Avant de le regretter, car il avait peur d’attirer les soupçons. Le quartier-maître était toutefois repartie avec des réponses données sur un ton pas très sympathique. Mais cela était passé pour un mépris de sa part de ces choses-là. Ce qui arrangeait bien le timonier.

Kaidan n’était pas même plus drôle. Tellement prévisible que c’en était pathétique.

« Il en pince encore pour toi, tu sais… » Certes, ce n’était pas vraiment le moment pour parler de cela. Mais il devait crever l’abcès. Ça le bouffait. C’était idiot, immature, mais c’était ce qu’il était. Lucy le savait bien assez.

Elle se massa les tempes. Voulait-il vraiment avoir cette conversation ? Elle s’en fichait royalement de Kaidan et ses sentiments nobles envers elle. Mais cela avait tellement l’air de bouffer Jeff qu’elle ne se voyait pas l’envoyer balader. Elle savait qu’il n’avait pas confiance en lui en tant qu’homme. Et pourtant, elle lui avait bien dit, ces mots qu’il avait voulu entendre. Il n’était donc pas convaincu ? Alors à quoi cela servait.

« Il va bien falloir qu’il se fasse une raison, dit-elle enfin. Il ne m’intéresse pas. Je peux envisager qu’on redevienne amis, mais pas autre chose. Ce n’est pas si simple de lui faire comprendre. Je ne sais pas pourquoi il s’obstine. Je ne peux pas être plus claire que je l’ai été quand il est venu me voir avant d’arriver sur Ilos. »

Le plus simple serait de ne plus cacher sa liaison avec Jeff mais c’était hors de question. Kaidan était le plus à craindre dans cette situation là. Elle n’avait pas envie de l’avoir constamment sur le dos. Il allait lui faire la morale. C’était d’autant plus hypocrite de sa part. Quand il était Lieutenant, il n’était pas embêté par le fait qu’elle soit sa supérieure. En tant que Major, non plus. Mais ce qu’il s’autorisait n’était sans doute pas valable à ses yeux pour d’autres. Faites ce que je dis et non ce que je fais.

Jeff et elle, c’était ce qu’elle arrivait à préserver du regard des autres. Son secret. Son refuge. Elle ne voulait pas en faire l’étalage dans un endroit où l’intimité était un exploit en soi. Elle s’en accommodait très bien ainsi. Et même si elle aimait son équipage, elle savait qu’ils n’étaient pas les derniers pour faire des blagues salaces en toutes circonstances. Et en être l’objet et voir Jeff en souffrir sans doute n’était pas quelque chose qu’elle envisageait. Elle savait qu’elle était l’objet de paris quand à savoir qui en pinçait pour elle. Elle savait que c’était une soupape pour l’équipage. Elle n’allait pas leur gâcher le jeu !

Elle fit part de cette dernière réflexion à Jeff qui se mit à rire. Il la serra contre lui. C’était un de ces instants volés. Il fallait en profiter au maximum. Ils ne pouvaient pas savoir quand ces occasions se présentaient.

Elle se laissa aller un peu. Elle avait encore toute sa tête pour l’instant. Il y avait toujours ce doute. Cette sensation d’être une bombe à retardement. Lui revint alors à l’esprit ce qu’elle avait osé demander à Jeff, il y a de cela des semaines qui lui paraissaient être des années. Comment avait-elle pu lui demander une chose pareille ? Elle aurait été incapable de le faire à l’heure actuelle. Ce n’était pas son rôle. Est-ce que si leurs places étaient inversées, elle en serait capable ?

Elle s’avoua que non, elle ne le pourrait pas. Même si son devoir le lui dictait. C’était bien au-dessus de ce qu’elle pourrait supporter. Qu’est-ce qu’elle était idiote.

L’alarme qui résonna dans le Normandy les fit sursauter tous les deux.

« EDI, qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Shepard en sautant sur ses pieds.

—Arrivée massive d’ennemis.

— Mais encore ? » s’impatienta le Commander passant la porte de l’infirmerie, talonnée par Joker. Le mess s’agita, tout le monde reprenait son poste. Quand à Shepard, elle monta direction le CIC.

« Reapers, finit par dire l’intelligence artificielle. Une dizaine. Cinq types Sovereign, quatre Harbinger… Des éclaireurs également. »

Merde !

Il était donc venu, le temps pour l’ennemi de frapper le cœur de la Galaxie ? Ils avaient fini par trouver que Presalia et ses expériences étaient une menace ? Et voilà donc qu’ils ripostaient.

Le Commander fit mentalement le tour des effectifs de l’Alliance en base sur la Citadelle. Il n’y avait rien à faire ! Trop peu nombreux sans support. Et Hackett qui était parti dans le Système Solaire…

Dans le CIC, les alarmes étaient multiples. Chambers, échevelée, l’informa d’un message de détresse provenant de la Citadelle. Cerberus avait décidé de participer à la fête. Le Commander laissa échapper un autre juron. C’était bien le moment ! Ils n’étaient donc pas tous partis pour le front principal. Ils comptaient foutre encore plus la merde pour que les Reapers puissent s’emparer de la Citadelle. Et tant qu’à faire, elle en était sûre, mettre la main sur ce que Presalia faisait. Ils avaient échoué sur Sur’Kesh, voilà qu’ils retentaient le coup sur la Citadelle. Ils se sentaient bien trop puissants à présent. Invincibles sans doute. Arrogants….

Kaidan déboula dans le CIC.

« Quelle est la situation ? demanda-t-il sans préambule.

— Reapers et Cerberus.

— Sont-ils coordonnés dans leur attaqea ou Cerberus profite-t-il de la situation ? »

Ça, elle ne pouvait pas le dire. Si l’Homme Trouble avait encore les mains libres, c’était la seconde option à envisager.

« Nous devons prioritairement veiller à ce que Presalia et ses recherches soient en sûreté. » Kaidan hocha la tête. Ils n’avaient pas arraché le docteur et son équipe des bras de l’ennemi pour qu’elle se retrouve entre leurs griffes peu de temps après.

« Joker, cap sur la Citadelle. Il faut se faufiler avant que les bras ne se referment. » De toute façon, le Normandy n’était pas de taille à affronter une dizaine de Reapers. Le vaisseau serait bien plus à l’abri enfermé dans la Citadelle. Pour le moment, aucune stratégie n’existait pour contrer l’ennemi en cas d’attaque. C’était bien ce qui était le plus effrayant. L’attaque de Sovereign avait laissé de lourdes séquelles à la structure. Plusieurs Reapers… C’était la destruction assurée. Il fallait à tout prix mettre Presalia à l’abri. Mais où ? La Citadelle représentait le dernier rempart. Si elle tombait, qu’adviendrait-il du pouvoir décisionnel ? Où irait le Conseil ? Il n’y avait donc nul endroit où se cacher dans cette Galaxie. Toutes les planètes principales étaient tombées. Qui accueillerait les rescapés ? Les réfugiés qui avaient convergé vers le Système de Widow parce qu’ils ne savaient pas où aller ? Et pourtant, Shepard ne savait pas comment défendre la Citadelle.

C’était sans espoir. Fuir était donc tout ce qu’ils avaient en attendant de pouvoir riposter. Shepard secoua la tête. Ce n’était pas le moment de s’adonner à ces sombres pensées. Si elle baissait les bras alors c’était foutu. Il fallait que le Normandy intervienne, mais en respectant ses possibilités. Elle ne pouvait pas sauver l’Univers mais mettre en sécurité son seul espoir était dans les cordes de son équipage. Et c’était exactement ce qu’ils allaient faire.

« EDI, préviens Presalia que nous arrivons pour la tirer de là. »

Shepard se tourna vers Kaidan et lui exposa le plan qu’elle avait en tête. Il se montra d’accord. Lui aussi n’avait pas envisagé autre chose. La garantie que le seul moyen de battre les Reapers puisse aboutir était la mission du Normandy. Mener à bien le combat contre l’ennemi résidait dans cette mission à la limite du suicide. Mais disons qu’ils avaient l’habitude de ce genre d’assignation.

Shepard fit monter tout le monde sur la Passerelle. Ce serait une mission à effectif réduit. Elle, Garrus et James, qui se remettait rapidement de sa blessure. Elle avait choisi ce dernier suite à leur conversation. C’était, après Garrus, celui en qui elle faisait confiance si jamais elle pétait les plombs. Kaidan coordonnerait ce qu’il pourrait pour la défense de l’Alliance et de la population de la Citadelle. C’était plus dans ses cordes, les missions de coordination. Il était plus diplomate qu’elle et plus enclin à discuter avec les autres espèces sans s’énerver.

Le Relais de Masse les vomit à quelques distances de la Citadelle. Les Reapers n’étaient pas encore très nombreux. Joker fit voltiger le Normandy à travers les tirs et les vaisseaux. La Citadelle avait déjà dépêché des escouades pour garder un feu nourri, mais c’était vraiment vain. Shepard put quand même voir qu’ils avaient axés leurs tirs sur Cerberus, sans doute conscient que les Reapers ne souffriraient pas de leurs tirs. Les terroristes étaient d’ailleurs une menace plus immédiate et pernicieuse, étant donné que leur but était de pénétrer dans la Citadelle.

Le Normandy obtint le droit de s’amarrer aux quais de l’Alliance. Joker fit montre une fois de plus de son habileté à manier son engin avec brio. Ils n’essuyèrent aucun tir.

A peine les attaches fixées sur le vaisseau que Shepard et ses deux acolytes remontèrent les quais en courant. Les sirènes hurlaient et quand ils parvinrent aux docks, les gens couraient dans tous les sens. Les civils semblaient être livrés à eux-mêmes. Que se passait-il ? Pourquoi personne ne coordonnait l’évacuation ou le confinement des habitants de la Citadelle ?

Elle eut la réponse quand EDI l’informa que Cerberus avait piraté le système de surveillance et le réseau de la Citadelle. Ils n’y allaient pas de main morte. L’Intelligence Artificielle leur servit de guide dans le chaos ambiant. Les élévateurs ne répondait plus très bien et rejetait leurs occupants à des étages complètement aléatoires. C’était vraiment le bordel. Bien pire que lorsque l’annonce de l’invasion des Reapers du Système Solaire pendant son procès.

Suivie de Garrus et James, Shepard préféra prendre les escaliers. Plus lent que les élévateurs et encore, Shepard demandait à vraiment le voir, ils ne souffraient pas d’un quelconque piratage et le temps perdu à monter les marches compensait largement celui à subir les lubies d’un élévateur récalcitrant.

« EDI, je n’arrive pas à joindre Presalia ou Tolan. Qu’en est-il de ton côté ? »

La liaison avec le Normandy était de plus en plus mauvaise au fur et à mesure que le trio progressait dans la Citadelle. Ce n’était pas bon.

« Derrière vous ! » Garrus balayait les deux membres de Cerberus qui s’étaient rués à leur poursuite. Ils s’écroulèrent morts. Le Turian pesta. Il s’était fait prendre par surprise et il n’aimait pas ça.

« Restons sur nos gardes. »

James se mit dans le dos du Commander et ils continuèrent à gravir les marches. D’après ce dont elle se souvenait, ils n’étaient plus très loin du laboratoire.

Une explosion retentit à leur gauche et ils furent projetés contre le mur.

« Rien de cassé ? » demanda James en la relevant. Elle secoua la tête, sortit son fusil et le pointa face à elle. Trois Phantoms et deux Centurions. Rien pour se couvrir. Il fallait être rapide et éliminer l’ennemi sans essuyer trop de dégâts. Le bouclier devait tenir. Roulant sur elle-même, elle arrosa les Centurions. James lança une grenade. L’explosion balaya l’une des deux masses de muscles qui leur faisait face. Garrus continua les tirs cadencés et descendit un Phantom.

Shepard incinéra le bouclier de l’un et le planta avec sa lame cachée. Vraiment efficace. L’autre succomba aux tirs de James.

Essoufflés, tous les trois prirent un peu de répit avant de continuer à monter. Ils n’étaient plus très loin.

« Kaidan ? Vous en êtes où ?

— Je suis parvenu à joindre Bailey. Il coordonne l’évacuation des populations des zones d’habitations. C’est un peu la pagaille, aucune coordination. Le Conseil est injoignable. J’essaie d’avoir la chef des Commandos Asaris, mais il y a ce problème de piratage qui nous encombre. Il faut reprendre la main. Mais je n’ai pas de technicien sous la main. »

Shepard réfléchit à toute vitesse. EDI ne pouvait s’en charger. Mais… Dans le laboratoire, il y avait Legion. Si elle parvenait à le convaincre de les aider alors, ils pourraient peut-être reprendre la main. Elle fit part de son idée à Kaidan et se mit à courir vers le laboratoire. Il fallait à tout prix y arriver.

Encore une salve de mitraillette. Se mettant à couvert, ils virent que le laboratoire était envahi par Cerberus. Et merde ! Ce n’était franchement pas bon signe. Shepard espérait que Cerberus n’ai rien détruit. Ils commencèrent la riposte. Il y avait déjà plusieurs unités. Le Commander pesta entre ses dents. Ils faisaient vraiment chier. Toujours en travers de son chemin, toujours à lui foutre des entraves. Mais qu’est-ce qu’ils pouvaient être chiants !

Au loin, elle entendit le rugissement de quelqu’un. Un cri bestial, de combat. Et des hurlements. Il se passait quoi, là-dedans ? Elle commença à perdre courage. Et rien ne s’arrangea quand encore la nausée l’avait prise. Elle avait mangé un peu avant qu’ils arrivent à la Citadelle parce que Kaidan avait insisté. Mais la bouffe de Gardner était infecte depuis quelques temps et elle avait manqué de rendre son repas. Enfin, l’espèce d’en-cas qu’on lui avait mis sous le nez. Si elle avait su, elle n’aurait rien mangé. Parce que là, elle était à deux doigts de gerber. Et ce n’était vraiment pas le moment.

Elle laissa donc James et Garrus gérer l’assaut principal et se mit en couverture. Elle s’était résignée à sortir son fusil à lunette. Pas forcément la meilleur configuration pour l’utiliser, mais elle maîtrisait suffisamment cette arme pour ne pas s’en faire. Les troupes de Cerberus étaient suffisamment loin pour que ce soit gérable. Cela lui permettait de s’enfermer dans sa bulle. Elle n’avait en tête que la cible. Le reste n’était que silence. Juste sa propre respiration qui lui permettait d’avoir un rythme. Le reste n’existait pas. L’œil dans la lunette, le clip thermique enclenché, la cible dans le viseur, elle attendait quelques secondes, bloquait sa respiration et appuyait sur la détente. Gérer le recul du fusil, expirer, se remettre en position et charger le clip suivant. Cible suivante. C’était une mécanique bien huilée, qu’elle connaissait par cœur. C’était sa manière de combattre, elle ne faisait qu’un avec son arme. C’était comme un prolongement de son propre corps, une partie d’elle-même.

La cible était à portée. Inspirer. Bloquer. Et…

L’agent de Cerberus prit son envol, entouré d’une aura bleutée. Il se cogna au plafond puis heurta violemment le mur adjacent. Shepard recula l’œil de sa lunette et regarda dans la direction de son arme. Presalia était en train de faire le ménage. Cela ne pouvait être que bon signe, ça signifiait que le laboratoire avait été sécurisé de l’autre côté et qu’il ne restait que cette escouade. Ce dernière fut vite balayée et le silence revint à cet étage.

« Shepard ! » s’exclama la doctoresse. « Je suis contente de vous voir.

— C’est réciproque, docteur. »

Cette dernière enjamba les quelques cadavres qui jonchaient le sol et parvint à hauteur du Commander.

Dans son oreillette, Shepard entendit Kaidan qui l’appelait. Il la mit rapidement au courant de la situation. Les bras de la Citadelle n’étaient toujours pas refermé et les Reapers n’allaient pas tarder à lancer l’assaut. Il lui demanda donc de voir de son côté si elle ne pouvait pas faire quelque chose concernant le piratage du système de protection de la Citadelle. Bailey et le C-Sec étaient quelque peu dépassés.

« Où se trouve Legion ? » demanda le Commander à la chercheure qui sembla prise au dépourvu. Toutefois, elle la guida à travers le dédale de couloirs en lui vantant les mérites de cette aide inespérée. Shepard l’écouta d’une oreille distraite. La migraine était de retour. Se pouvait-il que son cerveau réagisse à la promiscuité avec les Reapers ? Elle en doutait car lorsqu’ils étaient partis chercher Presalia sur Sur’Kesh, elle n’avait pas eu ces sensations-là. Ou bien ne réagissait-elle que dans certaines conditions ? Elle n’avait pas le temps d’en faire part à la doctoresse et surtout, l’envie de ne pas se faire à nouveau triturer le cerveau l’emporta sur l’inquiétude.

« Shepard Commander ». Legion se redressa en la voyant. Il était connecté à une sorte de machine et des câbles lui pendaient d’un peu partout. Shepard le salua et lui fit part encore une fois de ses remerciements quand à l’aide qu’il apportait.

« Je vais encore devoir faire appel à vos talents, ajouta-t-elle cependant. Les Reapers sont là et Cerberus a piraté le système de sécurité de la Citadelle. Pouvez-vous faire quelque chose ? »

Le Geth cliqueta un instant, son orbe bleue palpitant comme un cœur. Le Commander devina qu’il était en train de demander aux autres Geths leur avis et ils étaient sans doute en train d’établir un de leurs innombrables consensus. Toutefois, ce dernier ne fut pas très long et la réponse de Legion fut rapide et positive. Parfait. Le Geth se tourna alors vers Presalia et lui demanda de le connecter à un terminal de la Citadelle. N’importe lequel il fallait juste qu’ils utilise les ressources de la Cité spatiale. Un simple terminal de demande de transport suffit au Geth pour pénétrer dans le système. Une fois connecté, Legion parut devenir inerte, la tête baissée, il ne bougeait plus.

Pour l’avoir déjà vu à l’œuvre, Shepard savait que cela était normal mais ça n’empêchait pas d’être un peu inquiétant. C’était comme s’il ne fonctionnait plus. En fait, il abandonnait toute gestion de son interface pour se couler dans le système. EDI lui avait expliqué une fois comment les Geths se mêlaient aux informations numériques, mais Shepard n’avait tout retenu, c’était quand même pas mal compliqué. EDI trouvait cela fascinant, Shepard plutôt effrayant. Quand on voyait ce que les Hérétiques étaient capables de faire, ça fichait la trouille et parfois donnait envie de vivre loin de toute trace de technologie pour vraiment se sentir tranquille. Mais les civilisations étaient devenues bien trop dépendantes des synthétiques pour s’en passer à cause de ce genre de danger. Pourtant, l’histoire entre les Quarians et les Geths aurait dû sonner comme une mise en garde.

Que faisait Tali, d’ailleurs ? Etait-elle en sécurité dans la Flottille ? Comment s’en sortaient-ils face à leur ennemi de longue date ? Ne pas avoir de nouvelles l’angoissait. Pourtant, elle savait que le temps où elle pourrait voir de ses propres yeux ce qu’il se passait dans le système solaire approchait de plus en plus.

Kaidan l’informa qu’ils avaient repris la main sur le système. Elle eut un sourire et hocha la tête en direction de Legion qui revenait à lui-même. L’alarme changea de tonalité et la voix de la VI d’urgence informa les populations que la Citadelle passait en mode défensif. C’était rassurant. Le conditionnement des civils allait pourvoir enfin se faire.

Presalia eut un sourire triomphant.

« Parfait, dit-elle avec un air satisfait. A nous de jouer. »

Avant que Shepard ait eu le temps de lui demander ce qu’elle entendait pas là, la chercheure avait fait volte face et commencé à donner des ordres dans tous les sens. Elle braillait des choses que ni Shepard, ni ses deux comparses ne comprenaient, mais que tout le monde ici semblait trouver normal au vu de l’agitation que cela provoqua. Ça courait dans tous les sens.

« Il me faut accéder à la Tour, dit finalement la doctoresse en revenant vers eux.

— La Tour ? demanda Garrus.

— En effet, c’est le meilleur endroit pour un tir offensif. »

Shepard haussa les sourcils face à une Presalia triomphante qui leur souriait d’un air suffisant.

« Il me faut aussi pouvoir y amener mon prototype ainsi que le lanceur que les Volus ont bien voulu me céder. Vous pouvez nous escorter, Shepard ? »

Le Commander analysa rapidement le flux d’informations cachées dans cette phrase et répondit par l’affirmative, un peu abasourdie.

« Vous avez terminé ? » balbutia-t-elle ce qui fit éclater de rire l’Asari qui se tenait en face d’elle.

« Il me semble bien. Et n’y a-t-il pas de meilleure situation que celle que nous vivons actuellement pour le vérifier ? »

Elle était un peu folle, Presalia. Elle se réjouissait d’avoir sur un plateau toute une escouda de Reapers qui attaquaient la Citadelle.

Les premiers tirs étaient sans doute d’actualité, à en juger par le tremblement qui avait pris la structure. Ça plus, Ceberus, le centre névralgique de la Galaxie n’allait pas tenir longtemps. Il y avait urgence. Il fallait donc escorter Presalia, une équipe réduite de ses assistants, le canon et le prototype à travers la Citadelle envahie par Cerberus et cernée par les Reapers, jusqu’à la Tour, là où se trouvait le point stratégique, c’est-à-dire le centre de Commandement.

Shepard haussa les épaules. C’était tout à fait dans ses cordes. Elle transmis son nouvel objectif à Kaidan et mit EDI sur le coup pour lui signaler la présence de l’ennemi, sa position. Legion lui filerait un coup de main pour ne pas se faire attraper par Cerberus qui était sans doute en train de chercher à reprendre le contrôle de la Citadelle.

Shepard vérifia rapidement ses clips et munitions, jeta un coup d’œil à James et Garrus pour s’assurer qu’ils ne manquaient de rien et emboîta le pas de la scientifique qui les mena jusqu’à la salle où reposait l’arme. Ou plutôt les armes. Une dizaine de prototypes à peu près similaires étaient déjà entassé dans une pièce exigue.

« Nous avons commencé la production en nombre. Les Elcors nous ont donné quelques ressources et ont mis au point les machines qui ont pris le relais pour la fabrication.

Volus, Elcors… Le travail entre les races portait donc ses fruits. Elle n’avait pas donc engagé sa parole pour rien. Enfin, il avait fallu de ça pour que se secoue les races. Et que le Conseil leur donne sa bénédiction.

« Le canon est encore en conteneur, mais il est monté et opérationnel. Ce sera plus simple de le déplacer avec ce genre de moyens. » Shepard remarqua qu’il était monté sur chenille. Aux commandes de l’engin de transport, il y avait un Hanar.

« Celui-ci est prêt à partir quand vous lui en donnerez l’ordre. »

Presalia hocha la tête et vérifia une dernière fois que tout était en ordre. Il ne fallait pas prendre tous ces risques de traverser le chaos ambiant de la Citadelle pour se rendre compte que quelque chose avait été oublié dans le laboratoire.

Une vibration plus intense que les autres saisit tout le monde et chacun accusa le choc. Shepard avait les oreilles qui sifflaient. Les Reapers avaient commencé l’attaque.

« Nous devons nous dépêcher. » parvint-elle à dire.

Presalia ouvrit la marche et commença le transfert de l’arme et de son canon dans le transporteur qu’elle avait obtenu. Elle et son équipe prendraient place dans différents moyens de transports rapides pour ne pas être pris tous pour cible et optimiser les chances de ne pas subir les hostilités. Shepard, James et Garrus, prendraient place chacun dans un véhicule. Garrus se vit octroyer le droit de monter avec le Hanar pour surveiller l’arme. James veillerait sur les assistants et Shepard assurerait la sécurité de Presalaia. Tolan resterait avec son escouade dans le laboratoire pour certifier que la construction des autres armes ne serait pas interrompue. Plus ils parvenaient à en construire, plus ils auraient de quoi attaquer les Reapers un peu partout dans la Galaxie.

L’un après l’autre les véhicules prirent leur envol. Direction la Tour. Shepard ne put s’empêcher d’espérer à nouveau. Si l’arme fonctionnait alors enfin, le Système Solaire serait à sa portée.

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