Chapitre vingt-six

Le retour à la Citadelle fut particulièrement salvateur. Shepard n’avait pas quitté le chevet de Jack depuis qu’elle avait aidé Garrus à la transporter jusqu’à l’infirmerie. Le docteur Chakwas n’avait pas l’air alarmée, signe que la jeune femme allait vite s’en remettre. Mais pour le coup, le fait de voir la silhouette de Jack voler dans les airs pour finir par s’écraser au sol tel un pantin désarticulé avait pas mal secoué le Commander.

Toutefois, sans son intervention, Shepard savait qu’elle n’aurait pu venir à bout de Sanders. Et cela valait bien qu’elle reste auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle ouvre les yeux.

« Jack est solide. » insista Chakwas. « Elle n’a pas l’air comme cela, mais elle jouit d’une vraiment bonne constitution. Elle va s’en remettre. »

Shepard hocha la tête. Elle culpabilisait tout de même. Quand elle avait recruté le Sujet Zéro, cette dernière n’était motivée que par le fait d’avoir sa parole pour se venger de Cerberus. Se battre pour la survie de l’espèce humaine ne l’intéressait pas. Jack était restée parce que la vie sur le Normandy n’était pas monotone, qu’il y avait des culs à botter et elle ne demandait qu’à dépenser son énergie. Elle avait fini par s’investir peu à peu, sans vraiment que personne n’y fasse attention. Elle avait gardé ce mauvais caractère, mais c’était une manière de ne pas s’impliquer trop. Jack se cachait derrière ses manières rustres et son vocabulaire ordurier. Mais au fond, ce n’était parfois qu’une gamine qui avait envie de pleurer toutes les larmes de son corps parce qu’on lui avait volé sa vie. Ce que Shepard lui avait apporté était finalement un but dans son existence. C’était sans doute pour cela qu’elle n’avait pas mis les voiles après l’histoire des Collecteurs. La jeune femme n’avait pas d’autre endroit où aller. C’était quelque chose de pathétique.

Malgré son attitude que l’aurait jugé être parfois de la pure insubordination, Shepard avait gagné le respect du Sujet Zéro. Elles se prenaient parfois la tête, n’étaient pas forcément d’accord sur tout, mais elles s’estimaient suffisamment l’une l’autre. Shepard aimait bien ce côté brute, cette manière de dire tout haut les choses et de ne pas faire d’hypocrisie. Jack était un caractère entier et le Commander appréciait avoir un peu de ce genre là, ça lui permettait de voir vite quand elle déconnait à bloc. L’ancienne captive n’y allait jamais par quatre chemins pour la remettre en place. Sans doute était-ce pour cette amitié complète que Jack avait nourri une animosité intense à l’égard de Sanders. Peut-être même que cela allait au-delà du fait qu’il représentait tout ce que Cerberus avait de pire, qu’il était ce qu’elle aurait pu devenir.

Shepard avait une dette envers elle. Voilà pourquoi elle ne pouvait pas l’ignorer en attendant d’arriver à la Citadelle.

Jack n’avait toujours pas repris connaissance que le Normandy pénétrait dans l’espace aérien de la Citadelle. Le point de rendez-vous avec Kaidan et son équipe se trouvait non-loin des docks. Shepard dut se résoudre à sortir du vaisseau en attendant. Elle avait des choses à faire, et ce fut en compagnie de Garrus qu’elle se dirigea vers les quartiers attribués à l’Alliance. Il fallait pallier rapidement aux quelques dégâts que le Normandy avait subi lors de la reprise d’Omega. Elle ne pouvait pas se permettre de retourner au combat avec quelques avaries. De plus, n’ayant pas de nouvelles de Kaidan, elle s’inquiétait un peu. Il lui fallait un backup rapide de la situation concernant Cerberus. Liara ne lui avait rien dit sur les Reapers à part qu’Illium ne tiendrait plus longtemps. La mine de l’Asari se détériorait de plus en plus. Elle devait sûrement ne plus dormir. Mais c’était compréhensible. Shepard lui avait juste conseillé de prendre un peu de repos, se prenant en exemple pour soutenir que ce n’était pas productif de s’écrouler de fatigue ou de nervosité. Mais le Shadow Broker avait refusé de descendre du Normandy même si c’était pour la mission.

Shepard se fit la réflexion que Tali manquait à l’équipe. La Quarianne s’entendait bien avec l’Asari et aurait pu lui faire entendre raison là où le Commander échouait. Alors que l’élévateur commençait son ascension, elle espérait qu’Anderson ait des nouvelles de la Flotte, et mieux, qu’il avait établi le contact et qu’elle pouvait faire de même.

« J’espère que Tali va bien. » dit soudainement Garrus. Apparemment ses pensées rejoignaient les siennes. Shepard lui jeta un coup d’œil à la dérobée. Il avait vraiment l’air inquiet, ce qui n’était pas courant chez lui.

« Moi aussi… » Ce fut tout ce qu’elle trouva à dire. Elle avait du mal à imaginer la situation dans laquelle leur jeune amie devait se trouver, là-bas dans le Système Solaire, entre les Geths et les Reapers. Mais qu’est-ce qui avait pris aux Quarians d’aller se jeter dans l’antre de l’ennemi ? Leur animosité envers les Geths était donc à ce point ? Pourquoi ne pas avoir profité de la situation pour reconquérir Rannoch ? C’était à ne rien comprendre. Shepard savait que Tali n’avait pas dû avoir le choix. Mais elle était persuadée que les Quarians seraient bien plus utiles en tant que soutien technique que comme force sur le terrain. Leur maîtrise des technologies en tout genre était un atout. Certes, il était bien hypocrite de vouloir compter sur ce peuple nomade qui n’était pas apprécié des autres espèces, mais en ces temps troublés, il fallait savoir mettre de côté les différents de chacun.

La suite de l’ascension se fit dans le silence. Aucun d’eux deux ne voulait émettre d’hypothèses, ni faire de pronostic. Comme si ne pas en parler permettait aux choses de ne pas se produire.

Ils prirent ensuite la direction de l’ancien bureau d’Udina où Bailey se trouvait à présent. Le Commander avait pris possession des lieux de manière forcée. Il n’était pas à l’aise. Mais on lui avait demandé de tenir une sorte d’intérim en attendant qu’on trouve quelqu’un pour prendre la place du Conseiller déchu. Anderson aurait fait l’affaire, mais il n’était pas là. Bailey salua d’un air soulagé les deux arrivants. Il signala que l’Amiral attendait qu’elle le contacte. Et il avait beaucoup de choses à dire. Shepard avait hâte qu’il lui fasse part de son repérage de la situation vers le système solaire. L’homme qui apparut dans la pièce avait des cernes marquées et le teint pâle. Il semblait avoir vieilli d’un coup.

Après les saluts d’usage, l’Amiral prit immédiatement la parole.

« Je ne vais pas vous cacher que la situation est très mauvaise. Cela s’annonce vraiment mal. Pour le peu que nous avons vu, c’est un véritable enfer. Je n’ai jamais vu autant de Reapers dans un périmètre aussi restreint. Il y a fort à parier que le gros de leurs troupes se trouve là et qu’ils n’ont détaché que quelques unités pour mettre la main sur les autres systèmes.

— Cela explique aussi pourquoi nous arrivons à leur résister un moment, intervint Shepard. S’ils attaquaient en nombre, je ne suis pas sûre que nous serions encore là pour en parler.

— Exact. Mais cela leur suffit pour nous tenir à distance de là où ils opèrent. »

Anderson marqua une pause.

« Une fois passé la zone du Relais de Charon, j’ai réussi à obtenir une communication avec la Terre. »

Le cœur de Shepard bondit dans sa poitrine. Il y était parvenu ? C’était inespéré. Toutefois, au vu de la gravité de son visage, cela n’augurait pas de bonnes nouvelles.

« Ils ne tiendront pas encore très longtemps, Shepard. La résistance s’est réfugiée dans le sous-sol. Ils sont traqués sans merci. Le manque de matériel commence à se faire sentir. Les survivants s’organisent pour les rations, mais les munitions vont manquer. Les armes conventionnelles ne fonctionnent qu’un temps. »

A la limite, cela n’étonna guère le Commander. Elle se demandait même comment il était possible qu’il reste des survivants sur Terre. Mais c’était une once d’espoir que de savoir que là-bas, les gens continuaient à se battre.

« Et la Flotte Nomade ? » demanda-t-elle enfin.

« Aussi fou que cela paraissent, ils ne sont pas attaqués par les Reapers. Je n’ai pas encore réussi à obtenir de contact avec un gradé, mais ils sont en train d’en découdre avec les Geths. Je n’en sais pas plus, Shepard. Pour le moment, j’en suis désolé, ma priorité est de reconquérir une partie du Système Solaire afin de mener l’assaut sur Terre. »

Le Commander hocha la tête et fit un signe désolé en direction de Garrus dont les épaules s’étaient affaissées. Il était vraiment inquiet. Au moins autant qu’elle. Anderson s’enquit ensuite de ce qu’il s’était passé sur Omega et la situation face à Cerberus. Shepard lui fit son rapport. Aria avait repris la main peu de temps après leur départ et avait déjà mis en place de quoi leur venir en aide et remplir sa part du marché.

« Ainsi, nous avons accès aux ressources d’Omega… Aria T’Loak nous offre son support. C’est une bonne chose. Quand à Cerberus…

— Sanders est mort. Toutefois, nous n’avons réussi à rien obtenir de plus sur la position de l’Homme Trouble. Le corps de Sanders sera étudié par l’équipe de Presalia. Aria s’en charge. J’ai sa parole.

—Espérons que cela nous en apprendra plus sur ce que projette Cerberus et sur cette technologie qu’ils possèdent.

— Je l’espère, Monsieur. Je l’espère.

— Udina n’est pas loquace sur le sujet non plus. Cet enfoiré n’était qu’un pantin. L’Homme Trouble s’est bien servi de lui et il n’a rien vu venir… »

Le Commander haussa les épaules. A la limite, cela ne l’étonnait guère. Le chef de Cerberus était très doué pour mener son petit monde. Sans aucun doute bien plus manipulateur que l’ancien Conseiller. Finalement, Udina ne leur servait pas à grand-chose. Toutefois, au moins, son arrestation avait mis fin à ses petites combines. De là à savoir si cela avait vraiment nuit à Cerberus… Rien n’était moins sûr. Certes, le coup d’Etat avait manqué. Cela ne devait pas être la priorité de l’Homme Trouble. Il avait sans doute déjà d’autres plans pour atteindre son but. Mais quel était-il vraiment ? Personne ne le savait vraiment. Quelle plaie. Était-ce vraiment le contrôle des Reapers ? Cela paraissait si insensé. Pourquoi ? C’était bien trop dangereux… Mais elle n’était pas l’Homme Trouble. Le comprendre était au dessus de ses capacités.

Anderson passa ses mains sur son visage fatigué.

« Je n’aime pas être pessimiste Shepard… Mais, je n’ai pas une bonne impression de tout cela. »

La jeune femme le regarda, stupéfaite. Il n’était pas dans les habitudes de l’Amiral de se montrer battu d’avance. La fatigue jouait des tours à tout le monde.

« Nous n’avons pas le choix, Monsieur. » dit-elle simplement. « Nous avons réussi à réunir des alliés, notre force est plus grande. »

Anderson sourit doucement. « Oui… Vous avez raison… C’est juste que… » Il soupira. Le mouvement des épaules marqua une profonde lassitude.

« Ma famille… enfin… mon ex-femme est sur Terre. Ainsi que mes parents… » Un autre long soupir souleva les épaules de l’homme éreinté.

« Nous allons y arriver, Monsieur. »

Il n’y avait rien d’autre à dire. Il fallait tenter de montrer un peu d’optimisme, sinon c’était fichu. Tout était fichu. Même si ça sonnait faux.

« Nous avons une piste pour nuire aux Reapers. Donnons du temps à Presalia et à son équipe. Faisons de notre mieux.

— Vous avez raison, Shepard. » Anderson releva la tête. « Je ne compte pas retourner derrière un bureau à coordonner des forces et à traiter avec des gratte-papiers. Je pense qu’il est de mon devoir de conduire l’assaut du Système Solaire. »

Shepard hocha la tête. Elle comprenait son sentiment. Il était allé voir de plus près et il n’avait qu’une hâte, y retourner. C’était tout à fait compréhensible. Elle ferait pareil à sa place.

« Et je suis certaine que vous irez.

— Merci, Shepard. »

Ils se sourirent.

Puis Garrus tapa sur l’épaule de Shepard.

« Je viens d’avoir Jacob. Leur ETA pour la Citadelle est de trente minutes.

— Très bien. Allons les attendre. »

Garrus avait la mine grave.

« Ils ont essuyé quelques dommages. Apparemment, Kaidan et Vega sont blessés. »

La bataille avait dû être rude.

« Ne tardons pas alors, je vais prévenir Chakwas. Même s’ils ont été pris en charge par l’Alliance, je pense que la Doc voudra jeter un coup d’œil. »

Elle prit congé d’Anderson, lui assurant qu’elle lui donnerait des nouvelles rapidement. La jeune femme n’était pas spécialement inquiète, mais il lui tardait de savoir ce que l’excursion de Kaidan avait donné et s’ils avaient réussi à obtenir plus d’informations sur Cerberus qu’elle n’avait pu avoir. Garrus et elle remontèrent sur le Normandy et le Commander demanda sans délai à EDI de prévenir Chakwas de l’arrivée imminente de l’équipe Kaidan. Elle en profita pour demander si Jack était réveillée.

Pas encore mais ses signes vitaux s’étaient améliorés. Bonne nouvelle.

Shepard se mit donc à attendre sur le quai, un datapad dans les mains, toujours à réfléchir à la suite des choses. Grâce à Liara, les Hanars étaient dans leur poche. Cela avait pris le temps depuis que l’Asari s’était chargée de leur parler d’un éventuel accord, mais finalement, le peuple qui vénérait les Prothéans comme des Dieux avaient fini par donner leur concours et maintenant, c’était plusieurs centaines d’entre eux qui se penchaient sur leurs archives à la recherche de quelque chose qui pourrait aider à comprendre l’endoctrinement.

Le datapad comprenait également un rapport de Hackett concernant le front Batarian. Cela allait dans la bonne direction. Voilà qui pouvait montrer qu’au plus profond du gouffre, alors que la majorité des systèmes subissaient l’assaut continu de l’ennemi Reaper, une lueur d’espoir pouvait encore s’allumer. Une fois débarrassée de ce conflit, la Galaxie s’en porterait vraiment mieux. C’était vraiment dommage. Les Batarians étaient ce qu’ils étaient, mais leur aptitude au combat n’était plus à démontrer. C’était une espèce composée de durs à cuire et ils n’auraient pas été de trop face aux Reapers. Là encore, le Conseil avait vraiment perdu quelque chose à ne pas les inclure. Shepard concédait que pour les Vorcha, c’était une autre histoire mais les Batarians… Elle secoua la tête. Non… Même si elle ne portait pas du tout les Vorchas dans son cœur, il ne fallait pas mettre de côté qui que ce soit. Mais elle savait qu’ils refuseraient de prendre part au conflit. Ce n’était pas dans leur nature de se mêler de cela. Et ils haïssaient trop les humains. Ce n’était pas une inimitié méprisante comme les Volus, mais un rejet viscéral. Tant pis.

Si elle avait la possibilité de le faire, elle irait négocier avec les Batarians. Mais elle avait d’autres priorités. Elle savait que le conflit ne faisait pas l’unanimité. Il n’y avait qu’à voir comment les adjudants d’Aria s’étaient comportés. Il y en avait qui souhaitaient qu’elle reste en vie. C’était pour dire. Une preuve qu’il était possible de les raisonner. Peut-être était-ce vraiment à elle de le faire puisqu’elle était responsable de la mise à feu de cette guerre. Mais Hackett lui avait dit qu’il s’en chargerait. Elle avait plus important. Peut-être même bien que ses actes à travers la Galaxie auraient plus d’impact sur les Batarians que des heures de négociation avec eux.

« On ne souviendra de vos actes. » lui avait dit Samara, peu avant qu’ils ne franchissent le Relais d’Omega-4. Certes, les Batarians n’allaient pas oublier de sitôt le sort qu’elle avait réservé au système de Bahak. Mais si en contrepartie, elle aidait à sauver la Voie Lactée…

L’arrivée de Kaidan et des trois personnes qu’il avait pris sous son commandement interrompit ses pensées. Elle leva la tête vers les quatre hommes. Kaidan avait un pansement qui lui recouvraient une partie du visage, tandis que James, soutenu par Cortez, marchait difficilement.

« Shepard. » salua Kaidan alors qu’elle se levait.

« Je vois que Cerberus vous a bien arrangés, dit-elle. J’ai fait prévenir Chakwas, elle vous examinera à l’infirmerie.

— Ce n’est qu’une égratignure, assura Kaidan avec un haussement d’épaules. Que Vega aille voir la Doc. Cortez, vous vous en occupez ? »

L’ingénieur hocha la tête et escorta James qui commençait déjà à protester vers le Normandy.

« Allons quand même voir ce que dira Chakwas. Si vous ne le faites pas, elle serait capable de vous harceler pendant des heures. On en profitera pour débriefer. »

Kaidan finit par capituler. Il connaissait suffisamment la doctoresse pour savoir ce dont elle était capable pour parvenir à ses fins. Ils emboîtèrent donc le pas aux autres.

Shepard jeta un coup d’œil à Jacob. Il avait la mine sévère et n’avait rien dit depuis qu’il était arrivé. A ses traits, le Commander vit qu’il serrait les dents. Elle se demandait bien pourquoi et espérait que le débriefing permettrait d’en savoir plus sur son attitude.

Ils s’entassent donc tous les cinq dans l’élévateur. James, un masque de douleur contenue sur le visage, gardait toutefois un semblant de dignité même si l’appui secourable de Cortez lui permettait de ne pas s’écrouler.

« L’objectif n’a pas été facile à atteindre, hein ? » lui demanda Shepard.

« Non, M’dame, grimaça le soldat. La présence de l’ennemi était bien plus importante que ce que nous croyons.

— Des abominations », lâcha Jacob entre ses dents. Shepard se tourna vers lui, attendant qu’il dise la suite.

« Je… Comment peut-on justifier être en faveur de l’humanité si c’est pour produire des choses aussi ignobles ? continua l’ancien officier de Cerberus. Comment peut-on faire ça à des êtres humains ?

— Shepard, enchaîna Kaidan, voyant que visiblement le métis était encore sous le choc, les expérimentations que Cerberus a mené vont bien plus loin que nous le pensions. »

L’arrivée de l’élévateur au niveau du mess interrompit ses explications. Le petit groupe se dirigea vers l’infirmerie en suivant le rythme de Vega. Kaidan attendit qu’ils soient pris en charge par le docteur avant de continuer son rapport.

Chakwas haussa un sourcil circonspect en direction du Major, mais reporta d’abord son attention sur Vega. Ce dernier ne fit pas attention à la doctoresse et exprima la surprise de voir Jack allongée sur un des lits qui le regardait d’un air goguenard malgré son apparence fatiguée. Elle était enfin réveillée.

« Tiens donc, Cerberus t’a eu ? » lui lança-t-elle avec moquerie d’une voix un peu usée. « Trop dur pour toi ? »

James ne retint pas le ton délibérément tranchant et lui demanda ce qu’il lui était arrivé sans animosité ni moquerie.

« Sanders est un enfoiré de première, s’exclama le Sujet Zero. Mais on l’a eu, hein, Shepard ? » Malgré le fait qu’elle était passée à deux doigts de mourir, la jeune femme trouvait le moyen de fanfaronner.

« Jack a eu à en découdre avec Sanders, expliqua plus calmement Shepard. Sans elle, je crois que je ne serais pas ici pour en parler. Nous lui devons une fière chandelle.» Même si Garrus avait fini le travail. Mais elle ne voulait pas retirer à Jack son moment de gloire.

« Je vois que Cerberus a été coriace de vote côté aussi, commenta Kaidan.

— Oui, répondit Shepard avant de se tourner vers le Sujet Zéro. Comment vous sentez-vous, Jack ?

— Fraîche comme une fleur. » Elle se redressa vivement pour montrer ses dires, mais finit par grimacer de douleur avant de jurer comme un beau diable.

« Jacqueline ! » gourmanda machinalement James.

« Ah, tu m’appelles pas comme ça, Boyscout ! » répliqua Jack en le montrant du doigt.

Chakwas intervint pour calmer la jeune femme. Elle avait encore besoin de repos et si elle ne coopérait pas, la doctoresse lui promit de la sédater de nouveau. La menace fit quelque effet sur le Sujet Zéro qui abdiqua.

Satisfaite, Chakwas alla examiner James et Kaidan en profita pour continuer son compte-rendu.

« Je ne sais pas ce qu’ils ont fait à ces pauvres gens, mais c’était affreux à voir. On aurait dit des Husks, mais ce n’était pas ça.

— Quoiqu’il en soit, coupa Jacob, nous avons pu récupérer l’équipe scientifique et ils sont maintenant en route pour épauler Presalia. »

Shepard put constater que le sujet des expérimentations de Ceberus le touchait profondément. Sans doute avait-il encore des remords d’avoir participé à cela d’une manière indirecte lorsqu’il était encore un agent de l’Homme Trouble.

« Jacob, dit doucement le Commander, vous n’y êtes pour rien. Vous ne pouviez pas savoir. »

Surpris par le fait qu’elle ait deviné ses pensées, le métis haussa les sourcils avec un léger mouvement de recul avant d’émettre une sorte de rire.

« Je croirais entendre Joker, dit-il avec un sourire résigné. Il m’a sorti à peu près la même chose. »

Cela surpris Shepard de savoir que le pilote avait fait un sermon à l’armurier. Ce n’était pas son genre que de jouer à ça. Elle eut un sourire et lui conseilla de suivre les conseils du timonier. Il était tellement rare que ce dernier fasse preuve de bon sens que ces paroles-là valaient de l’or.

« J’ai pris la peine de faire rapatrier les corps. L’équipe dissidente de Cerberus va étudier ce qu’ils ont subi. Ils avaient pris part au début de l’expérimentation, quand ce n’était pas des humains qui étaient le sujet.

— Quel était le but des expériences ? demanda Shepard.

— Apparemment, c’était pour voir le mécanisme de l’endoctrinement et une manière d’y remédier. »

Décidément. Là, on voyait bien la différence de procédé entre Cerberus et quelqu’un avec un peu plus d’éthique. L’Homme Trouble n’avait pas hésité une seconde à chercher à produire le même type d’altérations sur les êtres vivants que les Reapers plutôt que de comprendre le phénomène sur des sujets déjà victimes. C’était vraiment une méthode abjecte.

Voyant que la conversation avait l’air de peser à Jacob, Shepard nota mentalement de passer le voir plus tard pour en parler à tête reposée s’il le souhaitait.

Le Commander préféra écourter donc le rapport de Kaidan dont elle avait saisi l’essentiel. Cerberus avait essuyé une autre défaite et de leur côtés, ils avaient gagné de quoi accélérer les recherches sur l’arme qui allait les aider à détruire les Reapers. Cela, combiné à Omega, allait mettre sans aucun doute en alerte l’Homme Trouble. Sans parler de la perte de son fidèle subordonné. Toutefois, il était fort à parier qu’il en avait d’autres. Shepard fit alors part de ce qu’il s’était passé sur Omega et ce qu’elle avait obtenu d’Aria. La bonne volonté de cette dernière allait sans doute faire revoir son point de vue au Major. En tout cas, il ne montra rien et se contenta de hocher la tête, un pli barrant son front, signe qu’il réfléchissait.

« Avec ça et Omega, l’Homme Trouble peut commencer à se sentir pisser dans son froc ! » commenta Jack, les bras croisés derrière la tête. La jeune femme commençait à reprendre du poil de la bête.

Chakwas avait terminé d’examiner James et ne préconisa rien de plus que ce que le médecin de l’Alliance lui avait dit. Du repos en complément de ce qui lui avait été prescrit et il s’en remettrait vite. Le visage de James s’assombrit. Il n’accueillit pas la nouvelle avec joie. Sans doute s’était-il dit que Chakwas allait lui dire autre chose que le docteur qu’il avait déjà vu. Shepard le comprenait. Déjà qu’elle était sans cesse surveillée pour savoir si elle ne présentait pas de signe de migraine, elle était limite harcelée pour prendre du repos dès que cela était possible. Mais elle voulait que James récupère le plus rapidement possible. Elle le voulait à cent pourcent de ses capacités de combat. Pas le choix.

La doctoresse s’intéressa donc à la blessure de Kaidan. Le faisant asseoir sur un siège, elle lui ôta le bandage pour jeter un coup d’œil en dessous.

« Hum… Vilaine coupure, commenta-t-elle. Je vois que mon collègue a fait le nécessaire. » Elle se contenta donc de changer le pansement en affirmant qu’elle ne pouvait pas faire mieux et qu’il garderait sans doute une cicatrice sur la joue. Shepard se retint de tout commentaire, mais une fraction de seconde, elle avait vu que le regard de Kaidan avait changé. L’esthétisme du Major allait en prendre un coup.

« Les cicatrices ont leur charme, Kaidan. » dit le docteur à haute voix avec amusement comme si elle avait lu dans les pensées de tout le monde. Il était certain qu’être soldat ne laissait pas le loisir d’être coquet. Les balafres étaient le lot de beaucoup d’entre eux. Shepard, qui en avait le corps couvert, en savait quelque chose. La seule cicatrice qu’elle arborait au-dessus des épaules se situait dans son cuir chevelu. Invisible, mais il lui arrivait parfois de ressentir une démangeaison à cet endroit.

Shepard attendit patiemment que Chakwas ait fini pour continuer à parler des dernières nouvelles. Cependant, la doctoresse se permit de congédier ceux qui n’avaient pas besoin de repos. Elle voulait également examiner Jacob alors ce furent Shepard et Kaidan qui se retrouvèrent mis à la porte de l’infirmerie.

« Chakwas ne change pas, commenta Kaidan avant de hausser les épaules avec un sourire résigné. Café ? ajouta-t-il en se tournant vers le Commander.

— Volontiers. »

Ils s’assirent tous deux à la table du mess face à un gobelet de liquide fumant. Shepard put enfin résumer ce qu’Anderson lui avait dit. Kaidan ne dit pas un mot durant le compte-rendu. Il était pensif.

« Il fallait bien se douter que la situation n’est pas fameuse, dit-il enfin après avoir bu une gorgée de café. Je n’ose penser aux gens qui sont là-bas… » Il s’interrompit.

« Ma mère est encore… » Il ne put finir. Shepard ne tenta pas un geste vers lui. Elle savait que cela ne servait à rien, il fallait qu’il prenne le dessus seul. De toute façon, elle ne savait franchement pas quoi lui dire. Sa propre mère était sur le front Batarian. Mais celle de Kaidan n’était qu’une civile. L’impensable était tout à fait possible. L’air peiné de Kaidan était quand même pathétique et Shepard se risqua simplement à lui tapoter l’épaule pour qu’il se reprenne. Lui aussi devait être opérationnel.

« Voilà une bonne raison de se battre, non ? ajouta-t-elle avec philosophie.

— Vous avez raison. » Le Major se ressaisit.

« Et vous… Quelle est votre raison de vous battre, Shepard ? »

La question prit la jeune femme au dépourvu. Qu’allait-elle répondre ? Que pouvait-elle répondre ? Évidemment, sa première pensée fut pour Jeff, même si c’était ridicule. Oui, elle le pensait bien qu’il lui donnait une bonne raison de continuer, de ne pas jeter l’éponge, mais elle ne pouvait pas dire ça. Lui avouer ce genre de chose lui avait paru étrange, surréaliste et elle avait piqué un sacré fard tellement elle s’était trouvée idiote. Agir pour prouver que Jeff était très important pour elle était quelque chose de plus simple que de le dire et c’était bien plus naturel à ses yeux. Les actes restent. Les paroles…

Bref.

Elle ne pouvait surtout pas dire ça à Kaidan. C’était sûr et certain. Ne pas se compromettre. Et puis si quelqu’un était amené à savoir, ce n’était pas à Kaidan qu’elle penserait en premier. Allait-elle invoquer le simple devoir ? Mais Kaidan était tout aussi animé qu’elle par leur sacerdoce, bien plus qu’elle à la limite. C’était un véritable soldat, peut-être même trop enclin à suivre les ordres, mais elle ne pouvait le lui reprocher. Même s’il avait eu de rudes paroles, même s’il lui avait pourri la vie ces dernières semaines… Elle comprenait pourquoi même si elle avait du mal à lui pardonner car au fond d’elle, ce qui lui avait balancé à la figure sur Horizon la blessait encore. Combien était-il difficile pour elle de se voir répudier par un ami…

Depuis qu’Udina avait été mis sous les verrous, Kaidan avait changé un peu d’attitude. Elle avait retrouvé un peu de ce Lieutenant gauche, timide et concerné. C’était un peu « le bon vieux temps » même si beaucoup de choses avaient fait que rien ne serait plus jamais comme cet avant. Les sentiments qu’il lui avait confié avant Ilos, sa mort, son retour, ses mots… Elle savait qu’il cherchait à se faire pardonner. Elle n’avait pas vraiment le cœur à vouloir être dure avec lui, mais elle ne voulait pas qu’il s’imagine des choses.

Alors… Sa raison de se battre. Elle était assez simple à comprendre. Rester en vie tout simplement, parce qu’elle ne savait que trop bien ce qu’était la mort. Se battre pour que les êtres chers à ses yeux puissent avoir un futur.

« Je veux connaître un lendemain. » dit-elle finalement. Pour pouvoir le vivre. Pour voir les autres le vivre. Elle voulait savoir si Wrex allait réussir à avoir des enfants, si Garrus allait faire la paix avec sa terre natale, Tali retrouver la surface de Rannoch, Legion vivre en paix avec ses créateurs, Liara retrouver le sourire, Jacob se pardonner, Jack se reconstruire définitivement. Il y avait aussi Mordin, James, Kaidan aussi… Et puis évidemment Jeff. Elle voulait savoir ce qui allait se passer entre eux. Elle voulait voir tout ça, le vivre.

Elle expliqua cela à Kaidan, omettant bien évidemment le passage avec Joker. Le Major la regarda avec douceur, assimilant ses paroles sans la juger. Peut-être comprenait-il enfin qu’elle n’avait pas changé, qu’elle était toujours Shepard. Avec les idéaux qu’ils avaient partagés du temps du premier Normandy. Si cela pouvait un peu le remettre en place, ce ne serait pas mal. Elle avait autre chose à faire que de l’avoir sur le dos, à l’épier. Il y avait déjà James qui jouait les nounous.

Kaidan hocha la tête. « Merci, Shepard », dit-il tout simplement. Un silence un peu sordide s’installa.

La voix digitale d’EDI se fit entendre.

« Shepard, l’Amiral Anderson demande à vous parler. »

Anderson ? Décidément. Il était donc parvenu à se rendre au plus près du Cluster Local, encore pus enfoncé vers l’enfer. D’un hochement de tête, le Commander invita Kaidan à lui emboîter le pas vers la salle de réunion. Pas de raison qu’il n’assiste pas à l’entrevue.

L’hologramme d’Anderson apparut. Il portait son uniforme de terrain et avait l’air grave qui seyait aux situations les plus critiques. Shepard sentit cela comme une sorte d’au-revoir très solennel. Et elle n’aimait pas cela. Anderson était le meilleure Capitaine sous lequel elle avait servi. Elle ne pouvait concevoir sa perte même s’il y avait de très grandes chances que cette bataille soit sa dernière. Mais on pouvait dire cela de tout le monde. Elle le laissa donc prendre la parole et expliquer la suite des opérations. Hackett venait de donner son feu vert et Anderson disposerait de la Sixième Flotte pour tenter d’ouvrir la voie vers la Terre.

« J’ai enfin réussi à établir le contact avec la Flottille Nomade, continua-t-il. Votre compagne, Tali Zorah, va vous contacter sous peu. Nous avons établi entre autre un accord avec l’Amirauté et la Sixième Flotte va venir en renfort de leurs cuirassés. Ils sont en très grande difficultés aux alentours de Neptune. »

Shepard se sentit vraiment soulagée d’avoir des nouvelles de Tali, même si elles n’étaient pas forcément bonnes. Au moins la Quarienne était-elle toujours en vie.

Toutefois, ce que lui avait dit Anderson ne la rassurait pas. La Flottille Nomade comprenait certes de nombreux vaisseaux, mais une bonne partie abritait des civils et servaient d’habitations et zone de culture. Pourquoi les Quarians avaient-ils pris ce risque ? C’était insensé. Shepard espérait que Tali l’éclaire sur la situation.

« Ah, Shepard, continua l’Amiral, j’ai reçu un message de la Troisième Flotte. Un arrivage important de vaisseau vient d’entrer en contact avec l’Alliance. Ils viennent du Système Terminus et se sont postés en renfort. »

Le Commander eut un sourire et croisa les bras. Aria avait tenu parole. Elle n’avait pas traîné.

« Soyez prudents avec ceux-là, leur susceptibilité est grande.

— Certainement, d’autant plus qu’il y a des Batarians à bord, d’après le rapport. »

Des Batarians en guerre contre d’autres Batarians. Même pour eux, c’était quand même malheureux. Il n’y avait pas de logique parfois et certaines situations étaient pénibles à supporter.

« Shepard. » Le Commander sentit que la conversation allait se terminer.

« Bonne chance avec Cerberus. Faites leur payer à ces FDP.

— A vos ordres, répondit-elle en saluant.

— Major, reprit Anderson, Je compte sur vous.

— Aye, Sir, dit Kaidan, droit et rigide, posture réglementaire impeccable.

— Bonne chance à vous deux, répéta Anderson.

— Bonne chance, Amiral. »

L’image d’Anderson disparut. Shepard était inquiète à l’idée qu’il aille avec une seule Flotte en éclaireur dans le Système Solaire. D’un autre côté, elle l’enviait. Elle, elle devait attendre l’arme de Presalia. Enfin, ce n’était pas comme si elle n’avait rien à faire. Cerberus était un ennemi de taille non négligeable. L’éliminer allégerait sans aucun doute l’équation.

Shepard et Kaidan s’entre-regardèrent et la jeune femme comprit que le Major partageait ses pensées.

EDI se manifesta.

« Tali Zorah cherche à joindre le Normandy. »

Le cœur du Commander fit un bond.

« Établit la liaison, EDI. »

Le soulagement ôta un poids de la poitrine de Shepard. Elle n’avait pas cru qu’elle s’en faisait autant mais voir l’image de Tali au centre de la pièce fit un grand bien à son état d’esprit. Même si l’image était floue et instable, au moins elle la voyait.

« Tali ! » Il y eut quelque chose d’enfantin dans ce cri.

« Shepard. » Le ton grave de la Quarianne n’augurait rien de bon. Cela jeta un froid dans la pièce.

« Comment vous vous en sortez ? anticipa le Commander.

— Pas très bien, avoua Tali. Nous avons perdu de nombreux vaisseaux. C’est une catastrophe.

— Qu’est-ce qui vous a pris de vous rendre tous là-bas ? »

Tali prit le temps de répondre. Elle paraissait embarassée. « Les principaux Amiraux sont devenus fous quand ils ont su que les Geths quittaient le Voile. Je ne sais pas exactement ce qu’il s’est passé, mais une frénésie s’est emparée de tout le monde. J’ai bien tenté de les raisonner mais en vain. C’est comme si rien d’autre n’avait d’importance que de frapper les Geths. »

Shepard resta perplexe. Il n’y avait aucune explication rationnelle à un tel mouvement de troupes.

« Ecoutez, continua Tali. Je ne sais pas combien de temps cette connexion va tenir. Les communications sont très instables et c’est une chance que j’ai réussi à vous avoir. Je tenais à vous dire que je cherche encore le fin mot de l’histoire. Mais que la Flottille ne va pas tenir très longtemps à ce rythme. Je vous en prie… » La supplique faisait de la peine à entendre.

« Anderson arrive avec sa Flotte ! tenta de la rassurer Shepard. Nous avons une arme qui présente de bons résultats. Tenez bon ! » Il ne fallait pas laisser apparaître la panique. Elle allait sortir Tali de là. Hors de question qu’elle meure. Il fallait qu’elle parle à Legion. Il avait peut-être une explication.

« Shepard… » L’image se brouilla.

« Tali ! » Mais rien n’y fit. La communication était coupée.

Le Commander hurla sur EDI. Il fallait retrouver le signal. L’Intelligence Artificielle répondit que ce n’était plus possible. Le Comm buoy avait cessé d’émettre. Shepard n’entendait pas. Kaidan la saisit par les épaules. Ce n’était pas la peine. Ils avaient perdu la communication.

« Calmez-vous Shepard ! » s’exclama Kaidan en le secouant pour qu’elle reprenne ses esprits.

Merde ! Qu’est-ce qu’elle foutait là ? Qu’est-ce qu’elle traînait alors qu’une amie était en détresse, en danger de mort ? Que tout un peuple était en train de se faire décimer. Et elle, elle courait après Cerberus ! Elle devait… Elle devait y aller ! Foncer jusque là-bas, foncer sans penser à autre chose, pour aller la chercher ! Personne… Personne n’irait le faire ! Tout le monde en avait toujours rien eu à foutre des Quarians !

Shepard se défit de l’étreinte de Kaidan et se dirigea vers la porte. Elle n’arrivait pas à être rationnelle. Toutes ses pensées étaient désormais tournées vers Tali. Combien de temps tiendrait-elle ? Il fallait agir vite !

« Shepard ! » Kaidan venait de lui attraper le bras avant qu’elle ne sorte. Elle le dévisagea, furieuse. Il secoua simplement la tête. Elle chercha à le faire lâcher prise. Il resserra sa poigne, quitte à lui faire mal.

« Laissez Anderson gérer cela. »

Elle ne répondit pas, toujours les yeux fixés sur lui. Ce regard fou furieux.

« Shepard ! Nous avons un autre objectif ! Une autre mission !

—Rien à foutre de Cerberus ! Ils sont désorientés pour l’instant…

— Non, je ne pense pas. Écoutez. Vous n’êtes plus objective…

— Qu’est-ce que ça peut vous foutre ? » répliqua-t-elle en parvenant à libérer son bras.

« Shepard… Il ne faut pas perdre de vue notre combat. Ce qui arrive à Tali… Vous n’y pouvez rien.

— Alors à quoi je sers ? Si je ne peux même pas venir en aide à une amie ! » Subitement, elle se mit à crier cette phrase et elle sentit ses yeux s’embuer. Elle commençait à perdre le contrôle de ses émotions. Tout cela… Tout cela lui pesait trop. Tant de choses à faire, de personnes à sauver !

« Vous êtes là pour combattre les Reapers », lui rappela Kaidan, d’une voix plus douce, sans doute déstabilisé par son expression.

Merci de lui rappeler. Shepard le savait très bien. Les Reapers… Mais depuis Menae, elle avait l’impression de faire du surplace. Que rien n’avançait assez vite. Kaidan posa une main réconfortante sur son épaule.

« Shepard… Vous êtes à bout… Je le vois bien…

— Je me moque bien de ce que vous pensez. Je n’ai pas le temps de m’apitoyer sur moi-même ! » Elle rejeta la main de Kaidan. Elle voyait bien qu’il se sentait concerné.

« Je me fais du souci pour vous… continua le Major d’une voix faible.

— Merci, mais je n’ai pas besoin que votre pitié. »

Elle se voulait volontairement cassante. Pas envie de voir les yeux larmoyants de Kaidan braqués sur elle comme si elle était une petite chose fragile.

« Ne faites pas des choses inconsidérées. Je suis désolé mais il faut vous rendre à l’évidence que nous ne pouvons pas nous rendre là-bas tout de suite. Pas tant que nous n’avons pas l’arme de Presalia. »

Shepard finit par rendre les armes. Elle savait qu’il avait raison mais elle ne voulait pas l’admettre devant lui. Hors de question. Elle avait sa fierté. La jeune femme finit par soupirer.

« Très bien… » Elle se détourna et sortit de la salle de réunion. Ses entrailles se tordaient. Elle sentit une nausée violente la prendre. Contrecoup de l’inquiétude ? Son état se dégradait quand elle était en colère ou soumise à un important stress. Cela devenait vraiment gênant.

Kaidan qui la suivait s’arrêta.

« Shepard… Vous allez bien ? »

Il ne manquait plus que ça. Qu’il la voie comme ça et qu’il s’en inquiète. Elle avait perdu toutes ses couleurs. Un sentiment désagréable lui envahit la gorge. Elle finissait par la connaître, cette sensation. Elle allait vomir.

« Je…

— Je vous emmène voir le docteur Chakwas », dit Kaidan d’une voix qui ne laissait place à aucune protestation.

Prestement, il passa un bras autour de ses épaules et la soutint jusqu’à l’élévateur. Elle voulut protester mais préféra ne pas ouvrir la bouche. Elle sentait que sinon, elle allait vomir sur Kaidan. Cette perspective ne la fit même pas sourire. Qu’est-ce qu’elle ne voulait pas être vue comme une petite chose fragile… En plus avec Kaidan qui se sentait concerné… Elle qui cherchait à garder ses distances avec lui, par mesure de sécurité… C’était mal parti.

La descente de l’élévateur lui parut interminable. Puis, lorsque les portes s’ouvrirent, elle poussa violemment Kaidan et partit en courant vers les commodités féminines. Et elle rendit le contenu brûlant de son estomac dans la première cuvette qui se présenta.

Maintenant… Elle craignait la migraine. Mais malgré les quelques minutes qu’elle passa à genoux sur le sol froid des sanitaires, elle ne vint pas. Shepard se leva péniblement. Passa de l’eau froide sur son visage. Quand elle releva la tête, elle vit son reflet dans le miroir. Son visage était pâle, les traits tirés. Elle ne pensait pas avoir cette allure si… fantomatique. Pas étonnant que tout le monde s’inquiétait pour elle. Elle faisait pitié à voir. Sans parler des cernes. Elle était physiquement en mauvais état. Mais elle n’avait pas le temps de s’apitoyer sur elle-même.

La jeune femme ne s’étonna pas de retrouver Kaidan devant la porte. Il allait ouvrir la bouche, mais elle leva la main pour qu’il ne dise rien.

« Ca va. Juste un truc qui n’est pas passé. »

Kaidan allait protester mais elle l’évita. Elle sentit sa main enserrer son poignet. Cela faisait deux fois.

« Lucy… » Voilà qu’il l’appelait par son prénom ! Ça n’allait pas. Elle le fit lâcher prise et répéta que ça allait. Elle s’éloigna d’un pas qu’elle chercha à mesurer pour qu’il n’ait pas l’impression qu’elle le fuyait comme la peste. Elle se dirigea vers l’antre de Garrus. Elle avait besoin de voir quelqu’un de rassurant, mais qui ne donnait pas l’impression de vouloir la serrer contre lui.

Le Turian était encore en train de calibrer le canon Thanix. Comme si cela se déréglait toutes les cinq minutes. Ce coup-ci, il prit la peine de s’arrêter pour l’écouter. Elle lui fit le compte-rendu de la courte discussion avec Tali. A son étonnement, le Turian prit le parti de Kaidan.

« Vous ne pouvez être partout à la fois, Shepard, tenta de la raisonner Garrus. Tali est forte. Je suis sûre qu’elle s’en sortira. Et puis… Anderson vient à leur rencontre. S’ils ont tenu jusque-là, je pense qu’ils peuvent encore y arriver. »

Shepard soupira. Garrus avait toujours été plus posé qu’elle. Elle sentit cependant que le Turian s’inquiétait également. Tali et lui faisait partie de l’équipe depuis le début. Ils étaient devenus bon amis. Partager le même type de nourriture aidait sûrement.

« Que devons-nous faire ? On ne pas attendre bêtement !

— Ne devons-nous pas nous occuper de Cerberus ? Localiser l’Homme Trouble ? Ses troupes sont affaiblies. Il serait temps de frapper un grand coup. »

Mais comment ? Personne ne savait où se trouvait la cachette de l’Homme Trouble. Mais elle se dit tout de même qu’elle pourrait demander à Liara où en étaient ses recherches. Au moins, cela lui changerait les idées et l’empêcherait de trop penser à Tali. Mais cela allait être difficile. Maintenant qu’elle savait exactement ce qu’il se passait en ce moment pour elle…

Liara était face à ses écrans. Immobile. Elle ne tourna même pas la tête pour saluer le Commander. Shepard s’approcha. Aucune réaction. Étrange. Il n’y avait pas un bruit. Juste celui d’une respiration régulière. A pas prudents, elle s’approcha. Liara ne bougeait toujours pas. Shepard se pencha vers elle. L’Asari avait les yeux fermés. Elle dormait profondément. Le Commander eut un peu pitié d’elle. Elle aussi était dans un état de grande fatigue. Tout le monde l’était. C’était une guerre longue, qui durait depuis des semaines et aucun répit car le temps était compté. On ne pouvait pas se permettre de faire des rotations de troupes, l’ennemi était partout.

Doucement, pour ne pas la réveiller, Shepard s’éloigna de Liara et sortit. Si son corps avait fini par succomber au manque de sommeil, il ne valait pas l’en priver.

Dans sa liste mentale de personnes à voir, il y avait Legion. Le Geth s’était replié dans son coin personnel. A peine la porte ouverte, Shepard put voir qu’il était en plein consensus et qu’il ne serait pas enclin à parler plus. Dommage. Shepard ravala sa déception. Elle savait que ce serait inutile de l’en déranger. Le Geth ne communiquerait pas. Par contre, ceux qui communiquaient beaucoup en ce moment étaient les patients de Chakwas. James et Jack s’envoyaient des vannes à travers l’infirmerie. Shepard comprit alors pourquoi le docteur avait quitté la place. A entendre les mots de Vega, le Commander s’étonna de sa pudibonderie habituelle. Il pouvait montrer une certaine maîtrise du second degré.

Et Jack, une étonnante réserve. Si elle était toujours aussi mordante, Shepard constata que son vocabulaire était moins grossier. L’effet James ? C’était étrange de les voir interagir ensemble. Ils étaient assez opposés de caractère. Mais en les écoutant, le Commander trouva qu’il faisait une paire plutôt sympathique. Jack pouvait être capable de se sociabiliser. C’était un progrès. Peut-être qu’il y avait un espoir qu’elle accepte un jour de vivre parmi les autres sans toujours les juger négativement. Peut-être allait-elle apprendre à redonner confiance à quelqu’un et arrêter de penser que les autres ne songeaient pas en permanence à vous planter un couteau dans le dos.

Les laissant à leur conversation, Shepard retourna dans la salle de communication. Elle n’était pas forcément partante pour enquiquiner Presalia, mais elle avait envie de savoir où la chercheure et son équipe en étaient. Avec l’accord et la participation du Conseil, Presalia s’était vue offrir des ressources de toutes sortes et des collègues issus de pratiquement toutes les espèces. Même les Hanars, plutôt conservateurs quand il s’agissait d’étudier ce que les Prothéans avaient laissé derrière eux, s’étaient mis à participer. Cela avait été une négociation assez ardue. Les Hanars n’aimaient pas que l’on touche aux vestiges de l’ancienne civilisation. Pour eux, il s’agissait de restes divins, que l’on ne devait pas souiller. Mais d’autres Hanars, eux, voyaient plutôt un intérêt spirituel à participer à la guerre contre ceux qui avaient fait disparaître leurs « dieux ». Finalement, ces derniers l’avaient emporté.

Pour ne pas mettre Kaidan de côté, elle fit venir le Major afin qu’il participe à la conversation. Il avait encore ce regard inquiet. Elle soupira peu discrètement. Elle avait eu juste une nausée. Si elle devait s’inquiéter à chaque fois que son corps lui faisait subir le manque de repos, elle n’allait pas s’en sortir. Certes, c’était inquiétant, mais elle devait mettre ça de côté. Elle ne voulait pas retomber dans la paranoïa ni refaire de crise. Tant que les migraines ne reprenaient pas, elle n’était pas vraiment alarmée.

Si Kaidan continuait à la regarder comme une poupée en porcelaine, elle allait finir par vraiment l’éviter. Elle était quelque peu touchée qu’il se sente concerné, mais elle craignait aussi que ce ne soit là que les relents de sentiments anciens qui refaisaient surface. Et elle ne voulait pas d’une situation embarrassante avec lui. Ce n’était franchement pas le moment. Sans parler qu’elle n’osait imaginer la réaction de Jeff s’il se rendait compte que Kaidan lui tournait à nouveau autour. Il n’allait sans doute pas le regarder lui faire les yeux doux. Il allait sans doute commettre un impair qui les mettraient tous deux dans une situation difficile. Et ce n’était surtout pas ce qu’elle voulait. Leur relation, c’était quelque chose qu’elle souhaitait avoir pour elle, qui reste privée et qu’elle ne partageait qu’avec lui. Pas envie de ce sentiment d’intrusion qu’elle ressentait parfois, elle, sauveuse de la Galaxie dont les journalistes aimaient faire des gorges chaudes. Elle ne voulait pas exposer Jeff. Elle savait qu’il ne se formaliserait pas de ce que les journaleux pourraient dire sur lui, mais elle était consciente aussi qu’il ne voulait pas des retentissements que cela pourrait avoir sur elle. Quand à elle, elle craignait le contraire ! Quelle paire d’idiots ils faisaient.

Elle avait déjà suffisamment fait la Une des journaux quand Kaidan avait monté sa petite histoire de traître et de lâche. Elle ne voulait pas se retrouver dans les torchons galactiques en ce moment. Le Commander qui se tape son Lieutenant. Elle savait qu’ils réduiraient leur relation à ça. Juste du cul. Voire de l’abus de pouvoir. Ils saliraient ce que Jeff et elle partageaient. Et ça, c’était hors de question. Pour l’instant, il fallait que cela reste un secret. Et à vrai dire, Lucy aimait l’adrénaline que cela procurait que de devoir se cacher. Ce n’était pas quelque chose d’aisé. Le Normandy était un véritable huit-clos. C’était un exploit d’avoir déjà tenu jusque-là.

Secouant la tête pour retrouver une posture professionnelle, Shepard demanda à EDI de la mettre en contact avec Presalia. Elle se trouvait encore sur Sur’Kesh, dans un de ces laboratoires de haute technologie dont les Salarians se vantaient. Il fallut patienter quelques instants. Le docteur était assurément occupé. C’était compréhensible.

L’image de l’Asari se forma au centre de la pièce. Elle avait les traits excessivement tiré et pour, quelqu’un de son espèce, c’était vraiment rare. Shepard, habituée à voir des Asaris au visage lisse et juvénile eut un choc. Même les Asaris âgées n’avait pas ces espèces de rides qui soulignaient les cernes sous les yeux du docteur. Kaidan paraissait tout aussi choqué qu’elle.

« Shepard. »

Cela les fit sursauter tous les deux. Ce n’était pas très agréable de se faire dévisager comme ça. Le Commander s’éclaircit la gorge tandis que Kaidan toussota pour se redonner contenance.

« Docteur. Je voulais savoir si les ressources promises par Aria T’Loak vous étaient parvenues. »

L’Asari hocha la tête. « Aria a beau être bornée et arrogante, elle n’engage jamais sa parole à la légère.

— Je suis bien d’accord avec vous, ajouta Shepard pour montrer qu’elle ne voulait nullement mettre en doute la maîtresse d’Omega. C’est juste qu’avec les temps qui courent, une cargaison n’est jamais à l’abri d’un pillage. Surtout si Cerberus s’en mêle.

— Ne vous en faites pas, Commander. Le chargement est arrivé à bon port. C’est vraiment tombé à point nommé.

— Ravie de voir que ça vous est utile, docteur. Est-ce que vous pensez avoir bientôt fini ? » Shepard ne voulait pas paraître impatiente, mais elle était quand même pressée de voir cette arme achevée.

Presalia fit un sourire un peu crispé. « Je pense que nous y sommes presque. Je vous passerais les détails que, sans vouloir vous offenser, vous passeraient complètement au-dessus, mais je pense que nous avons mis le doigt sur un moyen de faire en sorte que le signal émis par notre prototype paralyse complètement les Reapers. Évidemment, ce qui nous manque, c’est la donnée technologique.

— Malheureusement, les Quarians ne pourront pas nous aider. Ils sont aux prises avec les Geths dans le système solaire.

— Oui, j’ai entendu parler de cela. C’est fâcheux. Il nous faut un expert en technologie. Ce n’est pas mon domaine de compétence.

— Et un Geth ? Ne serait-ce pas ce qui pourrait être le mieux ? demanda subitement Kaidan.

Shepard se tourna vers lui. Où voulait-il en venir ? Elle avait déjà émis l’idée de demander de l’aide à Legion. Mais ce n’était pas facile en ce moment de lui parler.

« Nous avons Legion, expliqua le Major. Je pense qu’il ne suffit que d’une interface pour pouvoir communiquer avec les Geths. Legion peut servir de relais. Si les Geths non hérétiques peuvent nous aider, ce serait formidable. »

Mais est-ce que Legion accepterait ? Un seul Geth suffisait, et c’était le seul qui communiquait avec les autres espèces. Un Geth connecté aux autres qui pourrait utiliser les ressources de son peuple… Legion avait assimilé tant de données… Elle se traita mentalement d’idiote pour ne pas y avoir pensé avant et de faire le forcing auprès de son compagnon synthétique.

« Effectivement, cela serait vraiment quelque chose d’inespéré. Vous pouvez faire le nécessaire ? »

Shepard hocha la tête sans dire un mot.

« Nous vous recontactons dès que nous aurons parlé à Legion. »

Presalia acquiesça et coupa la communication. Shepard se tourna alors vers le Major.

« Bien vu, Kaidan. Je suis presque fachée de ne pas y avoir songé avant vous.

— Merci, Commander, bredouilla Kaidan en se grattant derrière la nuque. Parfois, c’est bien d’avoir un œil neuf sur les choses, hein ?

— Tout à fait, avoua Shepard. Et bien, vous n’avez pas volé votre place chez les Spectres, le taquina-t-elle. Allons voir si Legion est disposé à nous parler. Je suis allée le voir juste avant de venir ici et il n’était pas très enclin à la conversation.

— EDI pourrait peut-être nous être utile. Après tout, c’est une IA. Elle arrivera peut-être à interagir avec lui.

— Je serais ravie de pouvoir vous aider, intervint justement EDI. Après tout, Legion réside dans mes quartiers. Je commence la première approche. Cela vous laisse le temps de redescendre dans le mess. »

Shepard n’avait pas la moindre idée de comment l’Intelligence Artificielle du Normandy allait s’y prendre, mais si elle pouvait arriver là où elle-même avait échoué, elle n’allait pas chipoter. Elle emboîta donc le pas à Kaidan. Puisque c’était son idée, elle allait, pour une fois, le laisser diriger la conversation. Il n’avait jamais eu l’occasion de converser avec le Geth. C’était là une première et Shepard savait que ce ne serait pas inintéressant pour lui. Kaidan était toujours un peu réfractaire à l’inconnu et converser avec Legion était parfois difficile et un peu ésotérique. Mais c’était une expérience rare. Legion était vraiment quelqu’un à part même s’il se contentait toujours de dire qu’il n’était qu’une interface qui servait la conscience collective de son peuple. Pour Shepard, c’était un être propre. La matérialisation physique y était sans aucun doute pour quelque chose. C’était quelque chose, que bizarrement, le Geth avait un peu de mal à comprendre.

Kaidan et Shepard se retouvèrent donc devant l’infirmerie d’où sortait encore le son de la conversation animée entre les deux patients de Chakwas. Cette dernière leva d’ailleurs les yeux au ciel quand Kaidan et Shepard entrèrent dans la pièce. Le Commander eut un regard un peu compatissant envers la doc, pensant qu’il ne lui fallait plus grand-chose pour succomber à l’envie de les sédater tous les deux.

Pourtant les éclats de voix se calmèrent à l’arrivée du duo. Jack se mordit la lèvre pour ne pas rire à la vue de James qui rougissait furieusement. Pourtant, l’instant d’avant, il n’avait pas été gêné par sa présence. Ah… C’était donc Kaidan qui l’intimidait. Il avait compris que Shepard ne se formalisait pas de nombre de choses, mais qu’il n’en était pas de même pour le Major. Ce dernier ne releva cependant pas et se dirigea vers le Core, où EDI cherchait à secouer le Geth.

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