Chapitre vingt-cinq

« Transfert du Commander Shepard et de son équipe en cours. »

Joker jeta un coup d’œil attentif à la caméra du sas où Shepard patientait en attendant que le voyant passe au vert. Il ne pouvait pas dire qu’il aimait ce qu’il se passait. Oui, Cerberus était une menace importante. Oui, Omega était sans doute un de leur point stratégique. Mais il avait un sale pressentiment qui le tiraillait maintenant qu’ils avaient quitté Illium et il ne savait pas ce qui le tracassait. Shepard n’était pas seule, il y avait ce bon vieux Garrus, et si Joker faisait confiance en quelqu’un pour veiller sur le Commander, c’était bel et bien le Turian.

Joker craignait que Sanders, la nouvelle Némesis de Shepard soit là. C’était complètement stupide, il le savait. Shepard avait affronté un Reaper à pieds et avait survécu. Ce n’était pas donc un humain, même modifié, qui allait lui tenir tête ! Pourtant, il ne pouvait pas sentir le type. Il était imprévisible, bourrin. Finalement, ce n’était pas plus mal que Jack accompagne le Commander. Elle était suffisamment puissante pour tenir tête à l’autre fou furieux. Et ils étaient sûrement aussi cinglés l’un que l’autre.

L’autre chose qui ne plaisait pas forcément au pilote, c’était de se retrouver seul avec Legion. Enfin, seul, c’était vite dit. Heureusement, il y avait Liara, mais elle ne faisait pratiquement plus surface ces derniers temps, absorbée par la traque du QG des terroristes humains sans parler des multiples recherches qu’elle devait sans douter effectuer en même temps. L’Asari lui faisait presque de la peine. Depuis que Thessia était tombée, elle n’allait pas très bien, c’était clair. Mais Joker se fit la réflexion qu’ils étaient un peu tous logés à la même enseigne. Palaven tenait encore le coup, certes, mais les Reapers concernaient tout le monde.

Sans parler des Batarians. Et de Cerberus… Ah, la plaie… Que de multiples ennemis… Finalement, il fallait bien commencer par un bout. Cela aurait été trop beau de pouvoir se débarrasser de tout le monde ne même temps. Il ne fallait pas rêver.

Les voyants passèrent au vert et Shepard s’éloigna dans le tunnel de transfert. Le seul moyen à présent de suivre sa progression était ce petit point rouge sur le radar. La mission commençait. Joker devait faire diversion avec le Normandy. Aucun problème. Faire tourner en bourrique les patrouilles qui gravitaient autour de la station était largement dans ses cordes et il se ferait un malin plaisir à les enquiquiner. Ensuite, il rejoindrait l’escouade d’Aria et lui servirait de couverture. Et si le besoin de bombarder les points stratégiques de la Station venait à se présenter, il le ferait volontiers.

Le vaisseau de Cerberus qu’Aria avait réquisitionné s’éloigna. Joker le suivit pour se joindre à la flotte marchande factice. Il ne fallait pas qu’il oublie d’activer sa protection optique dès le passage du Relais. Une opération qui devait se faire dans la fraction de seconde après l’arrivée dans le système d’Omega pour minimiser les chances de se faire repérer par l’ennemi.

Ce fut la voix d’Aria qui donnait les instructions. Pas étonnant. C’était son opération. Shepard avait bien stipulé au pilote qu’il devait se plier à ce que l’Asari dirait sauf si le Commander contredisait l’ordre. Tant qu’elles étaient toutes deux d’accord, il n’y aurait pas de problème.

Pas de grand discours avant la bataille. Ce n’était pas le style de la maison. Mais la détermination d’Aria était facile à deviner à travers ses ordres lapidaires. Frayer avec des mercenaires ne force pas à la tendresse et à l’héroïsme. Ils devaient reprendre Omega. C’était une évidence, c’était leur refuge, pour eux, pas besoin de les exacerber avec des discours pompeux. C’était leur job. Aria commandait, ils exécutaient. Point à la ligne. Rien à discuter.

« Passage du Relais Omega. » EDI rappela sa présence et Joker se sentit un peu moins seul même si physiquement, c’était toujours le cas.

« OK, EDI, prépare la routine de passage dans trois, deux, un… » La secousse familière lui donna quelques frissons. Il ne s’en lasserait pas. Passer un Relais était vraiment quelque chose. Il n’y avait que les pilotes pour connaître ces sensations uniques où se mêlaient contrôle, appréhension et magie. Parce que ce n’était jamais simple. La pratique de milliers de passage ne préservait pas d’un problème et du risque de se faire éjecter n’importe où dans la Galaxie ou pire, de se faire désintégrer.

« Activation du camouflage. » EDI était bien plus rapide que lui sur ce coup-là. A peine le Relais les avait-il crachés dans le système d’Omega qu’ils étaient devenus invisibles. Là, Joker dut reconnaître que la présence de l’IA était salvatrice.

Le Normandy fila à toute allure vers la station. Joker savait exactement où il devait se poster pour optimiser ses chances de perturber la défense que Cerberus avait sûrement mise en place. Ne restait plus qu’à attendre le signal.

Aria glapissait des ordres d’une voix sèche. Rien ne devait perturber son plan. Chaque tentative de contrer ou d’émettre une réserve était balayée d’un geste méprisant. Même les chefs des factions de mercenaires n’avaient pas leur mot à dire. Shepard regarda d’un œil intrigué cet amalgame de couleurs qui s’étalait sur le pont. Rouge, bleu, jaune. Blood Pack, Blue Suns et Eclipse. Chacune des factions fortes des malfrats d’Omega était là. Et tous obéissaient à Aria. Il y avait quelque chose de fascinant à voir. Ces brutes à la botte d’une Asari au caractère bien trempée. Aria était vraiment quelqu’un d’impressionnant. Malgré tout ce qu’on pouvait dire sur la station, Aria garantissait un équilibre qui faisait qu’il n’y avait pas trop de débordement. La Citadelle pouvait dormir sur ses deux oreilles.

« L’important, c’est de parvenir à s’introduire dans la station. Après, dès lors que chacun aura récupéré ses hommes, la guerre pourra commencer. » Aria brandit le poing vers le logo de Cerberus qui trônait face à elle. Shepard craignait que l’intrusion dans la station soit faite à n’importe quel prix. Elle préférait une approche plus discrète. Déclencher les défenses spatiales n’était pas la meilleure chose à faire. Au moins serait-il plus intelligent d’avoir pu être à quai avant de mettre le feu. Comme Cerberus l’avait fait pour envahir Omega. Mais l’occupant allait-il se laisser prendre à sa propre stratégie ? Pas si sûr. Ne restait qu’à espérer que leur leurre fonctionne.

D’ailleurs l’occasion de le vérifier se présenta. La voix de la vigie demanda une authentification du vaisseau. Aria avait tout prévu. Elle fit entendre l’enregistrement qu’elle avait préparé. L’officier de Cerberus, qui avait sûrement dû être sacrément menacé pour répéter le texte mis au point par l’Asari, parla d’une avarie et de la nécessité de réparations immédiates. Les codes d’identification suivirent.

Shepard oublia de respirer pendant un instant. L’homme allait-il se laisser prendre ? Ou étaient-ils déjà grillés ? Mais l’autorisation de pénétrer dans la station fut accordée. Première petite victoire. Mais il ne fallait pas se laisser aller. Dès lors qu’ils seraient à quai, il faudrait agir vite et efficacement. Alors que le vaisseau amorçait son entrée, Aria fit signe à Shepard et aux chefs mercenaires de la suivre. Le hangar était rempli d’hommes armés, prêt à en découdre dès que la porte s’ouvrirait. Des hommes remplis de vengeance, qui ne réclamaient que leur bien. Ils auraient pu frayer ailleurs, de nombreuses colonies pouvaient les accueillir, eux et leurs magouilles, mais c’était Omega leur maison et ils étaient prêts à mourir pour la reconquérir. Fascinant de voir ces petites frappes se battre pour quelque chose. Garrus devait sans doute se faire la même réflexion car ils échangèrent un regard et Shepard crut y déceler les mêmes interrogations.

Il était clair que la manière d’aborder la reconquête d’Omega n’était pas très conventionnelle. Semer le chaos était pourtant la meilleure chose à faire étant donné qu’ils ne savaient pas à quoi s’attendre. D’autant plus que la guérilla urbaine était la spécialité des mercenaires qui se trouvaient là. Il ne fallait pas s’attendre à une armée rangée. Mais c’était tout ce dont ils avaient besoin.

Jack piaffait d’impatience. Shepard ne la prenait pas souvent avec elle. Elle était difficilement contrôlable. Il y avait cette envie d’en démordre, cette envie de mordre la vie à pleine dents, tout ce qu’elle n’avait pas eu le droit de faire de par le passé. C’était une énergie pure, qu’elle avait du mal à canaliser. Mais c’était sa force. Shepard préférait la voir ainsi qu’en train de broyer du noir dans la soute du Normandy.

Les vibrations du vaisseau indiquèrent que l’amarrage était en cours. Shepard vérifia une dernière fois son fusil d’assaut. Elle n’était pas friande de ce type d’arme, mais elle ne pouvait pas se servir de son fusil à lunette dans ce genre d’assaut. Plus tard, sans doute. Les vibrations cessèrent. La porte de la soute s’ouvrit et les premiers rangs s’élancèrent vers le quai.

Pour être fauchés immédiatement par une salve de tourelles.

« Merde ! »

Ils étaient tombés dans le piège de Cerberus.

Comment Shepard avait-elle pu croire qu’il serait aussi simple de s’infiltrer ? Cela avait trop évident, trop facile. Ils s’étaient jetés dans la gueule du loup, tout droit dans les bras de Cerberus.

Il n’y avait pas le choix. Il fallait sortir d’ici. Rester dans la soute serait les condamner. Autant se servir de la masse qui sortait sans comprendre vraiment ce qu’il se passait comme bouclier.

« Shepard ! » Aria avait suivi le même raisonnement et leur emboîtait le pas. Le petit groupe se faufila parmi les mercenaires et remonta le quai.

« Et maintenant ? » demanda Shepard à l’Asari alors qu’ils couraient.

« Tout d’abord, trouvons un endroit pour se mettre à couvert ! »

Un empilement de containiers fit largement l’affaire. Ils sautèrent derrière. Garrus se posta immédiatement en position de défense. Autant arroser la zone si jamais un soldat de Cerberus s’approchait de trop près. Shepard s’agenouilla près d’Aria qui s’était accroupie.

« Alors ?

— Maudit soit Cerberus ! pesta la maîtresse déchue d’Omega. Et maudit soit cet indic’ ! Si je lui remets la main dessus, je ne donne pas cher de sa peau ! »

La rage déformait les traits de l’Asari. Elle ferma les yeux et soupira, reprenant un semblant de calme qui n’était qu’une façade. Aria était le genre de personne qui carburait à la rage.

« Il y a un conduit qui mène à un des repaires des Blue Suns, expliqua-t-elle. Si nous parvenons à rallier une des factions, nous pourrons progresser plus facilement. »

Que Cerberus les attendent ne changeait pas grand-chose, finalement. C’était juste que l’effet de surprise n’allait pas les favoriser. Mais leur objectif n’avait pas changé.

« Et là ? On fait quoi ? »

La question venait de Jack. La jeune femme avait les traits tirés, concentrée sur ce qu’il se passait autour de leur abri de fortune.

« Le conduit débouche en face, là-bas, expliqua Aria en désignant une bouche de ventilation. C’est une veille installation, elle n’est plus utilisée. En nous glissant là-dedans nous serons tranquilles pour progresser dans la station. »

Entre eux et l’entrée choisie par Aria s’étendant le chaos. Le bruit était assourdissant. Tourelles, fusils. La boucherie n’était pas encore terminée et malgré tout, un certain nombre de mercenaires étaient passés. Pour mieux se faire cueillir par les troupes de Cerberus… et un Atlas.

« Passer à travers ne va pas être simple, commenta Garrus. Il jeta un coup d’œil à travers la lunette de son fusil. Il avait rechigné à s’en séparer.

« Hum… La bouche a l’air libre… Toutefois, il va falloir trouver un moyen de l’atteindre…

— … et vite, coupa Shepard. Nous n’allons pas pouvoir rester ici bien longtemps.

— Alors fonçons dans le tas et passons en force ! » éructa Jack qui se nimbait déjà d’une lueur bleutée.

Shepard n’était pas partisane de ce genre d’approche, mais force était de constater qu’ils n’avaient pas vraiment le choix. Restait à s’assurer qu’ils n’allaient pas être suivis. C’était sans compter sur la capacité de Jack à mettre le chaos. « Je vais foutre un tel bordel derrière nous qu’ils ne pourront pas savoir par où nous sommes passés. »

Aria s’élança la première, projetant tout ce qui se mettait en travers de son chemin. Shepard s’élança à sa poursuite, balayant de rafales de fusil d’assaut les quelques soldats qui s’étaient postés pour les descendre. Garrus la couvrait, sur ses talons. Jack fermait la marche en bousillant tout derrière eux, décourageant les éventuels poursuivants.

Leur progression fut assez rapide. Un bataillon de mercenaires, mené par le chef d’Eclipse prit le flan des assaillants et permit au petit groupe de fuir. Une fois dans le tunnel, Aria tenta de communiquer avec les chefs des factions qui étaient encore en train d’en découdre sur les quais. Elle parvint à entrer en contact avec le chef du Blood Pack.

« On vient de percer le gros des troupes, expliqua-t-elle. Je vais aller chercher des renforts pour qu’ils prennent Cerberus en tenailles de votre côté. »

Si le groupe hétéroclite de libérateurs parvenait à prendre les quais, les autres vaisseaux qui patientaient en bordure du système pourraient venir. Mais encore fallait-il désactiver les défenses extérieures de la station.

« Le centre de contrôle se situe sous l’Afterlife, expliqua Aria. Si on parvient à l’Afterlife, on tient le centre névralgique d’Omega. De là, je peux rallier qui je veux. »

Il fallait donc parvenir à atteindre la discothèque le plus rapidement possible.

« Rendons-nous d’abord chez les Blue Suns, convint Shepard. De là, nous aurons une meilleure vision de la situation réelle dans laquelle se trouve Omega. Nous ne savons pas vraiment où sont les forces de Cerberus, leur nombre et surtout la position de celui qui est à la tête de tout ce petit monde. »

Aria hocha la tête.

Le groupe s’éloigna dans le tunnel à pas prudents. Il était peu aisé d’avancer, la hauteur sous plafond faisait qu’ils devaient restés courbés. Garrus avait le plus de mal à supporter la position au vu de son gabarit.

« Ce conduit débouche dans les bas-quartiers du district de Gozu. Les lieux vont vous paraître familiers, Shepard. »

En effet, c’étaient dans ces bas-fonds d’Omega que le Commander avait fait la connaissance de Mordin. C’était donc là qu’ils se rendaient pour retrouver ce qui servait de bastion aux Blue Suns. Il fallait juste espérer que les récents événements n’aient pas modifié leur localisation. Sans parler du fait qu’ils soient toujours vivants. Et dans ce cas, combien seraient-ils ? Et collaboreraient-ils ? Après tout, les trois factions de mercenaires avaient longuement souhaité la chute d’Aria pour prendre sa place. L’invasion par Cerberus leur donnait une belle occasion de le faire, si tant soit peu qu’ils triomphent du groupe terroriste. Au vu des troupes en nombre sur les quais, il était clair que ce dernier tenait les rênes de la station.

Le district de Gozu était le plus proche des quais, ce qui expliquait pourquoi Aria avait jeté son dévolu sur les Blue Suns.

« Nous y sommes. » L’Asari pianota sur un écran de contrôle et l’immense ventilateur qui se trouvait en contrebas s’arrêta.

« Par ici. »

Ils empruntèrent une échelle et descendirent à travers les énormes pales du ventilateur. Shepard reconnut la salle où elle avait réussi à disperser l’antidote conçu par Mordin pour éradiquer l’espèce de peste qui avait envahi les bas-fonds. Cela lui paraissait si loin. Elle s’était à peine remise de son retour parmi les vivants et prenait ses marques dans ce groupe qui l’avait fait renaître contre son gré. Maintenant, elle était pleinement redevenue elle-même, militaire de l’Alliance qui combattait les terroristes responsables d’une bonne partie du chaos qui régnait un peu partout.

Le district de Gozu paraissait désert. Étrange. Pas de trace d’unités de Cerberus en faction, rien. Les quatre comparses progressèrent prudemment. C’était trop calme. Pas un chat.

Un tir frôla l’épaule du Commander qui se jeta sur le côté, fusil déjà au point. Les autres n’avaient pas attendu pour faire de même. Derrière un abri de fortune, Shepard se risqua à jeter un coup d’œil dans la direction d’où semblait venir le tir.

Uniforme bleu.

Aria se leva, complètement à découvert. Elle se présenta d’une voix forte comme pour assurer qu’elle était bien la maîtresse de ces lieux. Toutefois, elle avait pris la précaution d’ériger une barrière biotique autour d’elle. On n’était jamais trop prudent.

Le Blue Suns qui leur avait tiré dessus était un Batarian de grande taille. Il les regardait d’un air méfiant, jaugeant le groupe de ses deux paires d’yeux. Il finit toutefois par admettre qu’il avait bien Aria T’Loak sous les yeux. Glissant une main à son oreille, il demanda à son supérieur de venir le rejoindre.

Un autre Batarian, plus trapu, un œil manquant et l’air renfrogné sortit de derrière un amoncellement hétéroclite de caisses. Au vu de sa physionomie, il fut difficile de voir si l’arrivée d’Aria lui faisait plaisir ou pas. Il accueillit toutefois le petit groupe d’une remarque acerbe.

« Regardez qui revient après avoir fui en nous laissant derrière elle ! »

Aria le coupa d’un claquement de doigts méprisant.

« Je ne suis pas là pour rendre des comptes, cracha-t-elle. Tarak est en train de se battre sur les quais.

— On joue les messagères, continua d’ironiser le Batarian. Voilà la maîtresse d’Omega qui est tombée bien bas… »

Le Batarian provoquait, c’était non sans dire. La raison était sans doute le ressentiment d’avoir été abandonné par les dirigeants en pleine invasion.

« Nous sommes là pour vous aider, intervint Shepard qui sentait qu’Aria allait finir par épingler son vis-à-vis au mur.

— Tss… Nous aider… » Le Batarian eut un reniflement méprisant avant de leur faire signe de le suivre.

Ils s’enfoncèrent dans un dédale de couloirs avant de déboucher dans le quartier général des Blue Suns.

« Quelle est la situation exacte ? demanda Aria.

— Pas fameuse. Cerberus tient le district de Doru, ce qui leur laisse la mainmise sur les systèmes vitaux d’Omega. Ils ont coupé les communications internes ce qui fait que nous n’avons aucune information sur les positions exactes d’Eclipse et du Blood Pack.»

Aveugler l’ennemi. Le laisser sans moyen de communiquer. Classique. Il fallait donc en premier lieu rétablir le contact.

«Je pense que les deux groupes doivent se situer soit dans le district de Kima, soit dans celui de Kenzo. Ce sont des quartiers résidentiels.

— Kima est idéal pour tendre des embuscades », intervint Garrus, non sans risquer un sourire ironique. C’était là qu’il avait s’était amusé en tant qu’Archangel. « Il y a de bonnes chances que Cerberus ne se soit pas engouffré trop loin. »

C’est donc là que Shepard choisit de mener son équipe, tandis qu’Aria prenait quelques hommes pour rallier Kenzo. Personne ne savait ce qu’ils trouveraient sur leur chemin. Les Blue Suns les ravitaillèrent en munitions, non sans râler contre leur rareté. Mais ils n’avaient pas le choix. Il fallait partager.

Synchronisant les Omnitool avec ceux des Batarians présents, ils eurent une vue de la situation actuelle connue des mercenaires. Cela évoluait en permanence. Il faudrait faire avec ce qu’ils avaient comme renseignements. C’était une mission d’infiltration sauvage. Tout à fait dans les cordes de Shepard. Même si elle aurait préféré un terrain moins fermé. Guérilla urbaine. Cachettes multiples. Embuscades certaines. Elle sentit un frisson lui parcourir l’échine. Son instinct lui disait que l’ennemi n’allait pas être simple à faire partir. Quelles unités Cerberus étaient présentes ? Sans parler de l’éventualité que Sanders se mêlerait à la partie.

Talonnée par Garrus et Jack, Shepard se faufila parmi le dédale d’habitations jusqu’à atteindre la position ultime tenue par les Blue Suns. Au-delà des barricades jetées en travers d’un sas, la sécurité des combattants n’était plus assurée. Les tirs résonnaient déjà à leurs oreilles alors qu’ils s’approchaient. Shepard demanda un point sur la situation à un Vorcha qui se tenait près d’eux.

« Ils ont des Mechs, dit-il en postillonnant sur elle. Pas beaucoup. Semblent pas vouloir s’approcher plus. Tant mieux. »

La zone ne présentait pas un avantage stratégique, pensa le Commander sans l’avouer à son vis-à-vis. Cerberus voulait simplement contenir les Blue Suns pour le moment. Quand le groupe aura mis en place ce qu’il voulait, il les écraserait. Il fallait donc profiter de ce calme relatif pour devancer le mouvement de l’adversaire. Hochant la tête pour le remercier, Shepard commença à sortir du périmètre couvert. Garrus et Jack la suivirent sans bruit.

Tromper quelques Mechs n’était pas difficile. Ils passèrent sans trop de casse. Déclencher une alarme était à éviter. Pour le moment, il fallait se déplacer le plus discrètement possible. Mètre après mètre, jusqu’à l’objectif. Le district de Kima n’était pas très éloigné de celui de Gozu. Toutefois, force fut de constater que s’y rendre n’allait pas être simple.

« Hum… murmura Garrus soudainement. Ça ne me dit rien qui ne vaille. » Ils se tenaient devant l’un des passages existants entre les deux districts.

Shepard se tourna vers lui. Elle ne voyait rien de particulier en face d’eux. Garrus désigna du laser de son fusil un petit boîtier qui avait échappé à son regard.

Ah.

En effet. Garrus prit un shrapnel et le lança vers le passage. Il ne fallut pas attendre longtemps avant que la zone soit arrosée par un feu nourri. Allons bon. Ce n’était pas insurmontable, non plus. Il fallait juste désactiver le dispositif. Toutefois, cela paraissait trop simple. Il fallait juste être un peu observateur pour déjouer le piège. Mais, c’était également probable que de simple civils ou un groupe de mercenaires remontés et peu enclins à regarder à droite et à gauche se fasse avoir. Mais on aurait eu un tas de cadavres dans le secteur. Là, il n’y avait rien. Et c’était étrange.

Il devait y avoir autre chose. Le trio décida de ne pas trop s’approcher. Continuant précautionneusement leur progression, ils ne croisèrent pas âme qui ne vive. C’était étrange. La Station devait être soumise à une guérilla violente. Ce calme était franchement oppressant.

« En arrière ! » Shepard tira violemment sur le bras de Jack. La tourelle se déclencha et une salve de tirs ricocha sur les murs. Malgré le fait qu’ils étaient sortis de son champ de vision, les tirs continuèrent. Il y avait donc quelqu’un d’autre.

Ami ou ennemi ?

Ils ne tardèrent pas à le savoir. La tourelle finit par exploser. Des Mechs surgirent alors de toutes parts. Cerberus ne donnait pas beaucoup d’importance à la zone pour y dépêcher ses unités mécaniques.

« Ce n’est pas nous qui avons déclenché ça », commenta Garrus, sur ses gardes. Une salve biotique souleva les Mechs. Jack leva les bras. Pas elle.

Qui disait biotique, disait généralement Asari. Un éclat jaune sur la combinaison d’un des nouveaux arrivants confirma la première pensée de Shepard. Ils étaient sur le territoire d’Eclipse.

Shepard se jeta à couvert. Ce n’était pas le moment de se prendre une balle perdue. Il fallait se débarrasser de l’ennemi avant de pouvoir parlementer avec les mercenaires. S’armant d’un fusil à courte portée, le Commander se mit en position de tir et fit feu, Garrus posté à ses côtés. Jack faisait voler les adversaires qui rebondissaient contre les parois.

C’est alors qu’ils comprirent pourquoi Cerberus n’avait dépêché que des unités non biologiques dans ce secteur. Un mercenaire d’Eclipse passa sans le vouloir dans un champ semblable à celui que le trio venait de traverser. Il se fit cribler de balles. Puis soudainement, il s’embrasa. Sous le choc, Shepard cessa de tirer. Avant de se faire surprendre par le sifflement d’un tir à son oreille.

C’était quelque chose d’horrible à voir. Des horreurs, Shepard en avait vu. Beaucoup. Mais c’était toujours aussi effrayant de constater que parfois, il était si simple de broyer des vies, quand on avait la cruauté nécessaire.

C’était simplement destiné à se débarrasser rapidement d’un groupe en le carbonisant. En tout cas, cela avait généré un mouvement de recul du côté d’Eclipse qui n’osait plus bouger. Les Mechs avançaient. Shepard lança une rafale. D’autres robots vinrent en soutien, passant sans difficultés les fatales barrières posées par Cerberus. Ils allaient finir submergés par le nombre.

« On se replie ! » hurla un commando Eclipse. Sans doute le chef. Shepard se plia en deux et se dirigea vers lui. Ce dernier la mit en joue avant de soulever son fusil, la reconnaissant .

« Tiens, donc, Shepard ! dit l’Asari d’un air méprisant. On vient rendre des comptes à son ancien employeur ?

— Je n’ai jamais considéré l’Homme Trouble comme mon patron, renifla le Commander.

— Hum… C’est qu’on dit. Alors ? Que venez-vous faire ici ?

— Je donne un coup de main à Aria.

— Sa Majesté daigne enfin s’occuper de son Royaume déchu  ? » Le ton était acerbe. Encore une qui ne tenait pas la maîtresse d’Omega dans son cœur. Décidément. Mais pourtant, malgré cela, le chef du groupe continua à lui adresser la parole.

« Où est-elle ?

— A la recherche du Blood Pack. »

Encore un reniflement méprisant. Il était sûr que de faire en sorte que ces trois groupes s’entendent allait être compliqué. Même si les chefs le faisait plus ou moins volontairement. Mais cela n’était pas son affaire. C’était à Aria de s’occuper de ça. Elle n’était ici que pour aider.

L’Eclipse reporta son attention sur ce qu’il se passait et fronça les sourcils.

« Salopards de Cerberus… Ils cherchent à boucler la zone. Et ça ne me dit rien de bon. On n’a pas le choix. Il faut se replier. Vous suivez ? »

Shepard hocha la tête. Une fois dans la planque des mercenaires, il serait plus simple de converser. Ils se replièrent donc dans les égouts du secteur de Kima. Tout comme les Blue Suns, les mercenaires d’Eclipse étaient terrés, tenant bon face à l’envahisseur.

L’Asari qui les avait invités pesta en entrant dans ce qui lui servait de quartier général. Elle leva la main quand un de ses subordonnés Batariens grogna en voyant Shepard.

« C’est bon, ils sont venus prêter main forte.

— A trois ? » répliqua un autre avec un rire méprisant.

L’Asari l’ignora.

« Au fait, je ne me suis pas présentée. Selania T’Sali. En charge d’Eclipse dans ce secteur. Nous sommes éparpillés un peu partout et évidemment, ces salopards de Cerberus ont coupé les communications, aucune idée de ce qu’il se passe ailleurs. »

Shepard hocha simplement la tête. Pourquoi Cerberus cherchait-il à boucler ce quartier résidentiel ? Et quel était le but ? Cela ne lui disait rien de bon. Elle sortit de ses pensées et exposa dans les grandes lignes ce qu’Aria prévoyait de faire.

T’Sali croisa les bras.

« Merci, mais on y a déjà pensé. Reprendre le contrôle de Doru. Pas évident. On n’est pas assez nombreux et ces fichus Mechs nous pourrissent la vie. Il y en a toujours plus. A chaque percée que l’on fait, ils nous en envoient.

— Sans parler de ce système qui vous crame dès qu’on passe dedans, intervint Jack.

— Ça, c’est nouveau. La dernière fois que nous sommes sortis, il n’y avait que c’es fichues tourelles. Rien d’insurmontable. Mais là… Cerberus essaie de nous enfermer dans ce quartier et j’aime pas ça du tout. Il faut qu’on arrive à faire une percée. »

Connaissant Cerberus, il était certain que ça ne cachait rien de bon. Quelque chose de tordu. Shepard ne pouvait que donner raison à T’Sali.

« Vous avez un moyen de pirater les données qu’envoie Cerberus à travers la Station ? » demanda-t-elle toutefois.

L’Asari eut un rire méprisant.

« On survit ici, Shepard. On n’a pas grand-chose. »

Le Commander se retint de faire la réflexion que les Blue Suns avaient l’air plus organisés qu’eux. Elle donna les informations qu’elle avait recueillies chez ces derniers. Au moins, pouvaient-ils avoir un moyen de repli. Les mercenaires en bleu n’étaient pas très loin.

« Vous pouvez rallier les Blue Suns, ce serait déjà un bon moyen de tenir tête à Cerberus. » T’Sali ne dit rien, mais Shepard savait que ça lui coûtait d’envisager faire alliance avec ses adversaires. Pourtant, ce n’était pas la première fois que ce cas de figure se présentait. Une fois de plus, mettre les différents de côté et avancer. Pour délivrer Omega. Cela avait une noblesse inhabituelle pour eux.

Shepard avait rempli son rôle de messagère. Maintenant, elle avait un autre objectif. Reprendre le contrôle des communications. Il fallait pour cela rejoindre le district de Doru. Elle fit part de son envie à T’Sali. La proposition de cette dernière à lui prêter un commando pour l’aider la surprit. Tant et si bien qu’elle ne put refuser. D’un signe de tête, l’Asari fit venir trois de ses subordonnés. Deux Asaris et un Batarian. Le dernier tiqua, mais se retint de dire quoi que ce soit. Shepard se sentit un peu mal à l’aise. Cependant, elle se retint d’émettre une remarque, ne voulant pas froisser sa nouvelle alliée.

Le nouveau groupe sortit de la zone protégée.

« Des idées sur comment rejoindre Doru ? » demanda le Commander aux trois qu’elle avait désormais sous ses ordres. Le Batarian haussa les épaules. Ce n’était pas gagné. Cependant, les deux Asaris s’entre regardèrent puis l’une d’entre elles se mit à parler d’une voix rauque, éraillé.

« Il y a un conduit de secours qui débouche pas loin d’ici. Avec de la chance, Cerberus n’a pas encore pensé à mettre la main sur les réseaux secondaires de la Station. »

De la chance. Ils fallait espérer qu’ils en avaient. Il n’y avait pas de meilleure route. Shepard remercia l’Asari et lui demanda d’ouvrir la route. Ils ne firent pas quelques mètres qu’ils se retrouvèrent face à l’un de ces boîtiers mortels.

« Quelle merde, ces trucs-là. » marmonna Jack. Ils n’eurent pas d’autre choix que de les contourner.

Et à nouveau, un déferlement de Mechs survint. Une bonne dizaine, d’après un rapide coup d’œil.

« A couvert ! »

Shepard se glissa derrière une barricade qui avait été jetée à la hâte, sans doute pour ralentir la progression de Cerberus dans la Station. En vain.

« Merde ! »

C’était Jack qui était quelques mètres plus loin. Shepard ne tarda pas à comprendre ce qui avait fait jurer la jeune femme. Une autre dizaine de Mechs venait d’apparaître. Ils commençaient à les prendre en tenaille.

« Il faut prendre de la hauteur », murmura Garrus qui se tenait près d’elle. Il tripota machinalement son fusil à lunette. Shepard réfléchit une fraction de seconde. Après tout, Garrus avait sévi dans le secteur, il était à même de pouvoir apprécier la stratégie à suivre. Elle-même avait pris son Viper, au cas où. Voilà une occasion de mettre à l’œuvre son talent personnel pour le tir à distance. D’un geste, elle fit signe à l’une des Eclipse ce qu’elle et le Turian comptait faire. Elle eut un haussement d’épaules comme réponse, mais le Batarian commença à montrer des signes de protestation. Il était clair qu’il avait compris qu’ils allaient servir d’appât afin que les deux snipers puissent arroser la zone. Cependant, son autre collègue Asari le fit taire d’un coup de coude dans le dos. Jack hocha la tête pour sa part et se mit à découvert pour s’adonner à sa passion première : faire voler les ennemis.

Garrus en profita pour se jeter en avant et Shepard le suivit immédiatement. Il enfonça la porte d’un bâtiment et grimpa les escaliers qui se présentaient sur leur gauche. Ils choisirent un étage suffisamment haut pour avoir un aperçu de la zone de combat. Les tirs faisaient déjà rage. D’autres Mechs étaient encore arrivés. C’était étrange d’en voir autant pour la petite escouade qu’ils étaient. Sans aucun doute, Cerberus savait qu’elle était là.

« Quatre, cinq, six. »

La voix de Garrus la tira de ses pensées. Elle recula la tête de son objectif et lui jeta un regard de biais. Il eut un sourire amusé.

« Vous n’en avez eu qu’un. Vous rouillez ? »

Archangel retrouvait son terrain de jeu. Et la situation l’amusait. Elle haussa les épaules, avant de replacer son œil près de la lunette.

« Je vous laisse un peu d’avance. »

Ajuster. Retenir sa respiration. Tirer.

Dégommer des mechs comme s’ils n’étaient que de vulgaires canettes de boisson. Comme quand elle était gamine et qu’elle passait un rare moment avec son père.

Ajuster. Retenir son souffle. Tirer.

Pourquoi pensait-elle à son père, maintenant ? Elle avait fait sa route depuis des années. Peu de nouvelles de ses parents. Lui avait été tué en mission. Comme il le voulait. Honneur de soldat. Elle, dirigeait une Flotte. Là, elle tenait le front contre les Batarians. Shepard ne savait même pas si elle était encore vivante.

« Dix-huit ! »

Garrus, encore une fois. Il était en train de faire carton plein. Et il y avait de plus en plus de Mechs. C’était une stupide perte de temps. Il fallait avancer. Rallier le centre de contrôle de la Station, et non rester plantés là à utiliser des munitions pour des imbéciles de tas de ferraille.

« Il y a du mouvement par là. » constata-t-elle à haute voix. Elle se risqua à se concentrer sur ce qu’il se passait plus loin que son champ de tir. Elle vit voler quelques Mechs. Pas le fait de Jack ou des deux Asaris que les accompagnaient.

Puis, il y eut le bruit caractéristique d’un Atlas. Tiens, un plus gros poisson arrivait dans la partie ? Il ne fallut pas beaucoup de temps pour que Shepard comprenne ce qu’il se passait. Le style de combat qui caractérisait les nouveaux venus était assez reconnaissable.

Aria.

Et le Blood Pack. L’uniforme rouge ne la trompait pas.

Qu’est-ce que l’Asari fichait dans le secteur ? Ce n’était pas le plus court chemin pour rallier l’Afterlife.

« Shepard ! »

L’injection fut violente. Aria avançait malgré les tirs de l’ennemi, son aura bleutée lui collant à la peau. Même l’assaut de l’Altas ne semblait pas la préoccuper.

« Shepard, je sais que vous êtes là ! »

Allons bon, pourquoi lui hurler après ?

« Il faut foutre le camp ! » continua à hurler la maîtresse d’Omega.

Cela fit se redresser le Commander. Foutre le camp ?

« Cerberus va incendier le secteur. Il ne va rien en rester ! On dégage ! »

Maintenant, Shepard comprenait le déploiement d’un dispositif pareil. Boucler la zone. Enfermer la résistance. Les laisser se terrer comme des rats. Et les rôtir comme de la vermine.

Le Commander fit un signe de tête à Garrus qui n’avait pas attendu pour se remettre sur pieds. Ils dévalèrent les escaliers quatre à quatre, remballant leur fusil alors qu’ils avançaient.

« Cerberus… Ils ne prennent pas de gants. » commenta sobrement le Turian. La jeune femme ne répondit pas. Elle bouillait intérieurement. Mais s’énerver maintenant ne servait à rien. Sa motivation à écraser l’ennemi se fit plus grande.

Le duo rejoignit Aria qui se dirigeait vers une ruelle. Sur ses talons, quatre mercenaires du Blood Pack. Shepard fit signe aux autres de quitter leur position pour les suivre.

« Et Eclipse ? Il y a un groupe dirigé par Salania T’Sali. »

Aria fit un mouvement d’épaule nonchalant.

« Elle a de la ressource. Elle s’en sortira. »

Shepard se retint de riposter. Une alarme se déclencha. Sans doute quelque chose destiné à leur mettre la pression. Ils pressèrent le pas.

« Par ici. » Le Batarian d’Eclipse déblaya des débris qui obstruaient un passage. Le fameux conduit qui allait les sortir d’ici.

« On y va. » Aria ne leur laissa pas le temps de discuter. Elle s’engouffra dans le passage. Il n’y avait que d’autre choix que de la suivre.

Qui donc allait périr dans la fournaise ? T’Sali allait finit carbonisée sans savoir que cela allait lui arriver. C’était malheureusement quelque chose pour laquelle on ne pouvait rien faire. Elle était là pour aider Aria. Son domaine, ses règles.

Ils parcoururent quelques mètres quand l’incendie se déclencha. La chaleur était telle qu’ils la sentirent dans leur boyau souterrain. Il ne fallait pas penser à toutes les victimes de ce feu destructeur. Même la pire racaille ne méritait pas ça.

Aria s’arrêta net.

« Merde ! » Le tunnel qui devait les conduire en dehors du secteur vomissait à son tour des flammes.

Cerberus savait qu’ils allaient venir ici. Et ils avaient piégé la zone.

« Il faut vite sortir d’ici ! » s’écria Shepard, sentant malgré elle la panique monter. Elle n’était pas venue là pour crever ainsi, piégée comme un rat ! Il fallait agir vite. Trouver une issue. De rage et de désespoir Jack se mit à lancer des décharges d’énergie, sans doute espérant ouvrir un passage.

« Par ici ! » La maîtresse d’Omega fit sauter un verrou qui se trouvait juste derrière Garrus. Une conduite secondaire. A peine la place de ramper. Mais c’était leur seule chance. Shepard se tourna vers Garrus qui était massif. Il hocha la tête. Il devrait passer avec difficulté, mais sûrement. Pas de temps à perdre. Chacun s’aplatit au sol et se faufila à travers l’étroit boyau.

A l’intérieur, la respiration était difficile et la chaleur n’arrangeait rien à l’inconfort que Shepard ressentait. Elle sentit une bouffée d’angoisse la saisir. Ce n’était pas le moment ! Tout mais pas ça. Pas une crise ! Elle pianota rapidement sur son Omnitool qu’elle parvint à activer malgré sa position inconfortable. Vite. Une dose de ces produits que Chakwas lui avait insérés dans son armure. Au cas où. Bénie soit la Doc. Elle sentit immédiatement l’effet de la drogue. Et se ressaisit. Jack la poussait sans ménagement.

« Vous foutez quoi ? » marmonna le Sujet Zéro qui semblait être prise de claustrophobie. Sans doute le souvenir de l’exiguïté de sa cellule sur le Purgatoire.

Finalement, il durent ramper sur une bonne cinquantaine de mètres. Aria fit sauter une écoutille et s’extirpa du conduit. Shepard accueillit l’air climatisé de la Station avec soulagement. Jack la suivait de près, se hissa hors du boyau et toussa à s’en déchirer les poumons.

« Putain, un mètre de plus et je pétais les plombs. »

Garrus était le suivant. Il semblait avoir bien souffert de l’exercice mais ne montra rien. Il frotta machinalement son armure qui avait désormais de belles éraflures. Les deux Asaris d’Eclipse se montrèrent ainsi que deux mercenaires du Blood Pack.

« Les autres ? » demanda Shepard, mais elle connaissait la réponse. Les hurlements qu’elle avait cru entendre une fois bien engagée dans le boyau ne laissaient aucun doute. Ils n’avaient pas réussi à entrer dans le conduit avant que les flammes ne les atteignent. Quelle pitié.

Mais Aria ne montra pas l’envie de s’apitoyer sur quelque pertes.

« Par ici. » Elle conduisait le groupe. Shepard monta cependant à sa hauteur. Elle avait quelques questions à poser à l’Asari et comptait bien avoir une réponse.

« Comment avez-vous su pour l’incendie ?

— Le Blood Pack a réussi à avoir plusieurs informations vitales. Il y avait aussi quelques éclipses parmi eux. J’ai envoyé tout ce beau monde vers les Blue Suns.

— Je pensais qu’il n’était pas possible de communiquer.

— Omega possède des ressources que Cerberus ignore. Je ne suis pas stupide au point de laisser ce genre de tuyau à la portée de n’importe qui. »

N’importe qui. Dont elle. Shepard accusa le choc. Rapidement, elle comprit. Aria s’était servie d’elle comme appât. Et cela la mit en rogne. Elle eut un coup de sang et dégaina son Carniflex, entraînant un petit hoquet de stupeur chez Garrus.

« J’aimerais que les choses soient claires, Aria. J’ai autre chose à faire que de jouer les lièvres pour vous.

— Vous m’aidez. N’oubliez pas. Ma Station. Mes règles.

— Dont celle de vous foutre de la gueule de vos alliés. »

L’Asari se redressa de toute sa stature.

« Shepard. Oui, je vous ai utilisée. Ne me dites pas que vous êtes étonnée. »

Ah vrai dire, un peu au fond d’elle-même, la jeune femme savait que cela faisait partie des risques. Elle connaissait suffisamment l’Asari pour savoir que ses méthodes étaient radicales, que tout ce qui pouvait lui assurer la reprise de son trône était bon pour elle.

« Et au cas où vous l’aurez oublié, je suis venue vous chercher. »

Shepard ne put rien répliquer. Elle sentit la tension qui s’était emparées des subalternes d’Aria. Un mot de travers et cela mettrait le feu aux poudres.

Ravalant la bile qui lui montait dans la gorge, Shepard rengaina son pistolet. Elle chercha à dire quelque chose quand une explosion retentit tout près de leur groupe.

« Ils savent qu’on est encore là. Vite ! »

Reprendre le contrôle de la Station était prioritaire. Cerberus savait tout, pouvait leur nuire en permanence. Shepard mit son ressenti de côté et se concentra sur la suite.

« Laissons tomber Doru. Dirigeons directement vers l’Afterlife.

— Ne vous en faites pas, répondit Aria. Déjà prévu mon coup. J’ai déjà envoyé des hommes là où il faut. »

De la chair à canon, ne peut s’empêcher de penser Shepard. Ils feraient sans doute diversion dans le secteur de Doru. Cerberus entendait tout ce qu’il se disait. Est-ce que celui qui dirigeait les opération sur Oméga allait tomber dans le piège ?

Aria fit halte devant ce qu’il restait d’une boutique mal famée. Elle fit quelques pas prudents à l’intérieur du bâtiment. Le Commander ne chercha pas à poser de question. Elle savait qu’elle aurait la réponse en étant patiente. Elle suivit donc l’Asari qui pénétrait dans l’arrière boutique. Soulevant une trappe, elle fit descendre une petite échelle.

« Suivez-moi » dit-elle sobrement.

Le groupe lui emboîta le pas.

La lumière des torches perçait à peine dans la cave de la boutique. Aria se mit à pianoter sur son Omitool. Comme dans un de ces vieux films du XXe siècle, une étagère bougea dévoilant un passage dans lequel la maîtresse d’Omega s’engouffra.

« Il s’agit d’un passage de secours. »

Qui menait à l’Afterlife. Il n’était pas surprenant qu’Aria ait prévu des échappatoires en cas de pépin dans son antre. Les pas des membres du groupe résonnaient étrangement dans le silence. Cela contrastait avec le déluge de tir et la fournaise précédentes. Une simple échelle les mena ensuite dans l’Afterlife.

La boîte de nuit était vide. Cela paraissait vraiment surréaliste. Les fois où Shepard y avait mis les pieds, il y avait cette musique entêtante, les spots de lumière qui éblouissaient, les danseurs qui se trémoussaient, les buveurs accoudés au bar… Une présence multiple et vivante. Là, c’était aussi vide qu’un cimetière. Et c’était franchement… bizarre.

Aria, elle, ne se formalisa pas de l’état de son lieu de villégiature habituel. Elle se dirigea d’un pas pressé vers l’alcôve qui lui servait de trône.

A peine eut-elle fait un pas que le fauteuil qu’Aria occupait en temps normal explosa littéralement.

« A terre ! » hurla Shepard alors qu’une rafale leur passa au dessus. Trop tard pour l’une des Asaris d’Eclipse. Elle fut fauchée derechef. Ses yeux blancs montrèrent qu’il n’y avait plus rien à faire.

Shepard roula sur elle-même, puis se cacha derrière une table renversée. Elle jeta un coup d’oeil rapide en dehors. Garrus était accroupi près d’un pilier. Jack, cachée sous un bar.

Aria ?

Elle avait volé littéralement dans les airs, soufflée par l’explosion. Heureusement que l’Asari avait de bon réflexes et avait activé son aura au bon moment. Elle avait cependant quelques éraflures. Au vu de la déflagration, c’était vraiment peu.

La rage déformait son visage.

Shepard attendait. Il lui fallait des indices. L’ennemi était-il là ? Ou était-ce juste un dispositif visant à les éliminer sans lever le petit doigt ?

Une autre explosion retentit, et la porte principale de l’Afterlife explosa littéralement, laissant entrer des unités Cerberus. Les mercenaires qui les accompagnaient n’attendirent pas de savoir ce qu’il en était et se mirent à tirer.

Shepard reconnut les Nemesis qu’elle détestait par-dessus tout. Il fallait les éliminer rapidement. Mais ce n’était pas le seul souci. La description de Jacob lui revint à l’esprit. Les Phantoms. Elle n’aimait pas ça. Cerbeurs avait donc dépêché ce genre d’unité ici. Ils n’y allaient pas avec le dos de la cuillère. C’était finalement eux qu’il fallait descendre en premier.

Garrus était déjà en train de tirer, soutenu par les autres mercenaires. Pas le choix. Il fallait éliminer le menu fretin. Quelle guigne. Elle sortit donc son Carniflex. Ces putains de Phantoms étaient vraiment rapides. Rapidement, elle se trouva au corps-à-corps. Il fallait jouer de vitesse. Et c’était là qu’elle avait besoin d’un biotique. Aria s’était remise sur pied. Elle avait vite compris la menace et se mit à leur prêter main forte avec ses pouvoirs.

Cependant, ils allaient vite se trouver dépassés par le nombre. Elle n’aimait pas ça. Il lui semblait qu’ils étaient coincés comme des rats. Est-ce qu’Aria avait prévu ça ?

L’Asari avait sans doute lu dans ses pensées. Elle s’approcha d’elle, profitant d’un répit.

« Les Blue Suns ne devraient plus tarder. »

Elle avait donc fait le nécessaire. C’était incroyable de voir qu’elle était capable de rassembler toutes les énergies sous sa bannière. Cela montrait bien là qu’elle était le leader. La seule, l’unique et que personne ne pouvait lui prendre son trône.

Shepard espérait que les renforts ne traîneraient pas. Elle était pressée d’en finir avec ça. Le temps passait. Certes, aider Aria était important. Mais il ne fallait pas oublier la vraie menace. Il fallait éliminer celui qui était à la tête de tout ce monde.

Mais qui l’Homme Trouble avait envoyé pour mettre la main sur Omega ?

Un rire sardonique lui donna la réponse.

Tout ce qui n’était pas solidement attaché au sol vola littéralement à travers le cœur de la boîte de nuit. Le Commander reconnut cette puissance.

Sanders.

Elle déglutit.

Excitation ?

Peur ?

Leur dernière rencontre ne s’était pas bien passée. Il avait eu facilement le dessus. Shepard se savait plus faible que lui. Il faudrait ruser. Elle savait qu’il fonçait souvent tête baissée, qu’il aimait la puissance pure qu’elle soit physique ou biotique. Jacob lui avait fourni tout ce qu’il savait sur le cobaye de l’Homme Trouble. Elle avait eu à l’affronter deux fois. Elle ne pouvait pas faire mieux comme données de combat. Maintenant, elle devait réussir à la faire tomber. Après avoir combattu un Reaper, ce type n’était qu’une petite distraction.

Ici et maintenant.

C’était une occasion inespérée. Se débarrasser enfin de ce salopard qui lui filait le train. Faire perdre à Cerberus un de ses agents les plus puissants. Plus que de marquer le coup avec Omega, éliminer Sanders serait bien plus parlant. Finalement, ce n’était pas une perte de temps que filer un coup de main à Aria. Elle avait ferré un énorme poisson. Et n’allait pas le laisser filer.

« Hé ! Sanders ! »

Le Commander s’élança à découvert. Elle savait qu’il n’aimait pas la provocation. Elle joua alors à fond dessus. Elle savait qu’elle n’avait qu’une demie seconde de réaction à avoir avant qu’il ne lance son aura sur elle.

Ce qu’il fit.

Finalement, il était trop prévisible.

Elle plongea du côté de Garrus qui lui demanda ce qu’elle faisait.

« Je le mets en rogne. »

Rien de tel que de lui faire perdre son sang froid pour le pousser à l’imprudence. Elle ne pouvait que le cueillir de cette manière.

Du regard elle chercha Jack. Il lui faudrait l’appui d’un biotique. Mais le Sujet Zéro était bien occupée avec les Phantoms. Aria également prise, il ne restait plus qu’elle. Allons bon. Ce n’était pas la première fois qu’elle se mesurait à lus fort qu’elle. Sanders n’était qu’un humain. Avec ses faiblesses.

« Hé, Sanders ! Ça fait quoi d’avoir à combattre de la piétaille ? Tu aurais perdu les faveurs de ton maître ? »

L’homme ne répondit pas mais elle sentit l’espace vibrer près d’elle. Tant mieux, qu’il garde pleinement son attention sur elle. Elle roula sur elle-même et changea de cachette.

« Omega, c’est pas grand-chose. Je croyais que ton job, c’était de courir après moi ? »

Nouvelle vibration. Cette fois-ci, cependant, Sanders se mit à parler. D’une voix rocailleuse. Il n’était sans doute pas habitué à parler pendant les combats.

« J’ai pas besoin de courir. T’es venue. »

Pas faux.

Cependant, elle devait encore chercher le point faible. Et apparemment, Sanders aimait des ennemis à sa mesure. Elle se risqua à tirer dans sa direction.

« J’ai quand même l’impression qu’il cherche à te mettre au placard. Pourquoi ne pas avoir donné cette mission à quelqu’un d’autre ?

— Je n’ai pas mon pareil pour faire le ménage. »

Elle eut à peine le temps de sauter pour éviter la vague d’énergie. C’était moins une. Il ne manquerait plus qu’elle se fasse avoir à son propre jeu.

Faire le ménage. Pourquoi ? Elle s’abstint cependant de poser la question. Elle se doutait bien qu’il n’attendait que ça.

« Fouler comme ça des vies. Bien votre genre. »

Cela la dégoûtait plus que tout. Des méthodes de barbare.

« Ce n’était que de la vermine. »

Cri de rage.

Aria fonça droit sur Sanders, son aura bleutée brillant plus que jamais. Elle avait réussi à surprendre l’agent de Cerberus qui vacilla avant de répondre à son impact. Maintenant aux prises avec la puissante biotique, il offrait une belle ouverture. Il fallait en profiter.

« De la vermine ? Hein ? » Les traits d’Aria étaient déformés par la rage. « C’est tout ce que l’Homme Trouble a trouvé à faire, s’occuper de la vermine ? »

Non. Il était clair qu’il voulait Omega pour une raison certaine. Mais il y avait bien d’autres façon de procéder que de nettoyer la Station de ses occupants en les carbonisant.

« Tu sais pas, hein, Sanders ? » s’exclama Shepard, décidée à perturber l’assurance de leur ennemi.

« T’es pas dans les petits papiers de l’Homme Trouble ? Il ne te fait pas confiance ? »

Cela suffit à le déconcentrer quelques secondes.

« Il m’a choisi pour t’éliminer. » Il avait dit ça d’un ton fier. Voilà une corde sur laquelle jouer.

« Pourtant, tu n’as pas l’air de savoir pourquoi tu as dû nettoyer la zone. Miranda, elle, était capable de donner les grandes lignes du plan. »

Au vu du changement dans le regard de l’Homme, Shepard avait touché un point très sensible. Ainsi, Sanders aurait été jaloux de Miranda ? Intéressant.

« Miranda était bien plus fine. Franchement, je ne l’ai pas vue venir. »

Ce coup-ci, elle avait attiré à nouveau son attention. Il voulu l’écraser d’une décharge biotique. Aria en profita pour le soulever du sol. Quelques instants. Il contra assez facilement l’Asari. Mais Shepard continua son jeu, alternant ses cachettes, tout en continuant à tirer de temps à autre pour affaiblir le bouclier de Sanders petit à petit.

« Vraiment, quel intelligence. Un bon agent. Dommage qu’elle n’était pas vraiment de mon côté. Ah, j’ai vraiment cru à son cinéma. L’Homme Trouble sait…

— Miranda est morte ! »

Cela venait vraiment du cœur. Elle sentit l’air vibrer juste au-dessus de son crâne. Mais c’était parfait. Ainsi en colère, Sanders n’avait pas vu que Jack s’était approchée.

« Hé, connard ! »

Le Sujet Zéro se lança dans la partie, souleva l’immense carcasse de l’homme. Sa puissance mêlée à celle d’Aria était impressionnante à regarder. Shepard secoua la tête, ce n’était pas le moment de s’émerveiller. Elle continua ses tirs. A ce rythme-là, le bouclier allait finir par céder dans peu de temps.

Sanders poussa un cri de rage, il déchargea sa puissance autour de lui, ce qui coupa court à sa chorégraphie aérienne. Il retomba sur ses pieds et fonça droit sur Jack. Cette derrière l’esquiva. Trop tard, la poigne de l’agent de Cerberus se referma sur elle. Il la prit par le bras et la lança de toutes ses forces contre un mur. Jack poussa un cri de douleur et s’écroula au sol.

Merde !

Aria revint à la charge. Elle arriva à tenir Sanders en respect, mais ça n’était pas suffisant. Comment faire ? Il fallait que le bouclier cède. Pour l’instant, les tirs de Shepard n’avait pas grand effet.

Et tout autour d’eux, il y avait le tumulte des Blue Suns qui venaient d’arriver. Cela ne perturba pas Sanders. Il était concentré sur Aria qui le maintenait en respect.

Du coin de l’œil, Shepard vit Jack se relever. Elle fulminait. Avant que le Commander ait pu lui dire quoique ce soit, la jeune femme repartit à l’assaut.

« Ça, tu vas le payer ! »

Mais Sanders semblait avoir flairé l’attaque. Il esquiva celle d’Aria et lança son énergie sur le Sujet Zéro, la fauchant de plein fouet. La jeune femme vola dans les airs, heurta un pilier.

Sanders ne semblait pas vouloir s’arrêter là. Tout en tenant Aria en respect, il fit littéralement voltiger Jack, la projetant contre un mur, contre le sol. Il s’amusait avec Jack comme un chat d’une souris.

« Jack ! » Shepard ne put contenir son cri. Si Sanders n’était pas stoppé, Jack n’allait pas tenir le coup. Qui sait combien de temps elle allait rester consciente ? Pour le moment, elle en était réduite à pousser des jurons. Impuissante. De plus en plus en colère.

Aria semblait montrer quelques signes de faiblesse. Une biotique de cette puissance. Quel monstre. Qu’est-ce que l’Homme Trouble avait bien pu faire à cet individu pour qu’il soit aussi fort, aussi endurant ? Elle ne pouvait pas dire qu’il était encore humain. D’ailleurs… A bien y regarder, depuis qu’il affrontait simultanément les deux biotiques, son regard brillait d’une lueur étrange. D’une lueur bleutée.

Comme un Husk.

Shepard secoua la tête. Ce type était un monstre comme les autres. A abattre. Une horreur. Joujou de l’Homme Trouble. Cobaye. De son plein gré ? Sans doute. Mais peut-être qu’il n’avait pas su vraiment ce que voulait dire être sous les ordres de l’Homme Trouble. Jusqu’où ça irait. Celui qui lui faisait face à présent ne semblait finalement pas vraiment préoccupé par cela. Il avait sans doute déjà perdu son âme.

Aria poussa sa puissance encore plus fort, mais elle montrait clairement que son énergie filait. Il fallait donc en finir et vite. Shepard ne savait pas où en était le bouclier de l’ennemi. Sans parler du fait qu’il fallait aussi jouer de prudence pour ne pas se prendre une balle perdue de la bataille entre Cerberus et les mercenaires d’Omega. Ces derniers étaient en train de prendre le dessus, mais pour en terminer, il fallait couper la tête.

De plus, trop occupée avec Sanders, elle n’avait pas vu que Garrus avait disparu. Ou était passé le Turian ? Il prêtait normalement main forte aux autres… Elle sentit l’inquiétude monter. Il ne lui restait presque plus de clips. A ce rythme-là, elle serait désarmée contre toute menace.

Elle se saisit d’une grenade. Pas son arme préférée. La portée courte, occasionnant certes de gros dégâts, mais dans ce cas, il fallait vraiment que ce soit puissant. Sans compter qu’elle n’en avait qu’une. Donc, il ne fallait pas rater son coup. Être sûre que cela suffirait à définitivement briser le bouclier de Sanders. Ainsi, il serait plus exposé et plus simple à abattre.

Le Commander s’aperçut qu’elle n’entendait plus Jack. Elle jeta un coup d’œil rapide par-dessus la table qui l’abritait pour le moment. Elle avait sans doute perdu connaissance. Merde. Mettant tous ses doutes de côté, Shepard sauta hors de sa cachette, se retrouva accroupie. Son bras s’élança et la grenade décrit une parabole en direction de Sanders. Elle explosa sur le bouclier du colosse. Et maintenant ?

Un cri s’échappa de la masse imposante et il fit un geste pour user d’un de ses pouvoirs sur Shepard qui était désormais à découvert. Déjà, elle banda ses muscles pour sauter sur le côté.

Une déflagration résonna dans l’air.

La charge ne vint pas.

Sanders resta figé quelques secondes, surpris. Ses yeux se révulsèrent. Puis le sang vint couler entre ses deux orbites. Un trou parfaitement circulaire éclot sur son crâne.

Shepard reporta son regard vers l’endroit qu’elle estimait être à l’origine du tir. Garrus souleva son fusil. A cette distance, elle put voir cependant le sourire satisfait sur son visage. Allons bon, elle lui laissait de bon cœur cette victoire. Voilà un couplet à chanter sur lui.

Sanders hors circuit, Jack s’écroula sur le sol. La jeune femme roula sur une petite distance avant de s’immobiliser. Shepard courut dans sa direction.

Aria profita de mort de l’agent de Cerberus en charge pour se jeter sur l’Omnitool du cadavre et déverrouiller le système de communication d’Omega. Sa voix retentit alors, figeant tout le monde sur place.

« Omega ! »

L’appel était vibrant. Shepard aurait bien participé à l’excitation qui s’était emparée des troupes mercenaires, mais Jack l’inquiétait vraiment. La jeune femme était inconsciente.

Aria se lança dans un discours rapide. A sa manière, elle mobilisait ses hommes. Elle invitait à rependre à la Station. A liquider, faire prisonnier le moindre agent ennemi. La tête était tombée, il serait assez simple de s’emparer des rats avant qu’il ne quittent la Station. S’ils leur en laissaient la chance, ce qui n’était pas la politique de la maison.

Garrus vint rejoindre Shepard près de Jack. Le pouls de la jeune femme était faible. Echande de regard avec le Turian. Que fallait-il faire ? Garrus suggéra qu’ils pouvaient bien y aller. Shepard avait rempli sa part du contrat. Omega s’en sortirait toute seule. Étrangement, avoir vaincu Sanders ne lui faisait pas grand-chose. Peut-être parce que cela allait peut-être lui coûter Jack. Elle n’avait qu’une envie. Foutre le camp d’Omega. La Station commençait à la rendre claustrophobe.

« Aria ! »

La maîtresse d’Omega se tourna vivement vers elle.

« J’ai besoin d’évacuer Jack. »

Regard vers le bas. Hochement de tête. Aria savait très bien que Shepard ne lâcherait pas le morceau.

« J’ai rempli ma part du marché, non ? renchérit le Commander. Vous êtes assez grande pour vous en sortir toute seule ?

— Évidemment. »

L’Asari claqua des doigts. Ses hommes de main habituels refirent surface.

« Et Sanders ? » dit-elle en poussant du pied le cadavre de l’ancien agent de Cerberus.

« Vous pouvez le confier à Presalia ? Elle se trouve sur Sur’Kesh. Je pense qu’elle peut en tirer beaucoup de choses.

— A l’évidence, l’Homme Trouble a fait joujou avec lui. Bien. Je pense que je peux faire ça pour vous. »

Encore heureux.

« Mes hommes vont vous ouvrir le chemin. Je vous laisse dix minutes pour que votre vaisseau vous récupère. Après, je fais le ménage. »

Très bien. Shepard n’hésita pas. Elle appela Joker qui commençait à s’impatienter. Il était temps de laisser Omega régler ses problèmes comme cela avait toujours été le cas.

«Ne vous en faites pas. Je tiendrais parole.»

Aria s’empara d’un fusil et descendit les escaliers de l’Afterlife. Cerberus allait passer un très mauvais moment.

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