Chapitre 9 : Prendre ses responsabilités

Un enfant ?
Je regardai Leila, cherchant à comprendre le sens de cette phrase. Un enfant ? Pourquoi me parlait-elle de cela ?
« Tu es maman ? » balbutiai-je comme un imbécile. Je trouvais cela plutôt positif pour elle, une preuve qu’elle avait refait sa vie et dans le bon sens.
Le visage de Leila se détendit et elle se permit un petit rire.
« Oui… Il met un peu de magie dans ma vie. » Je la vis prendre une autre respiration profonde et je me surpris à sentir mon cœur battre à toute allure. Je présentai quelque chose d’énorme comme si Leila n’avait pas fini de me surprendre.
« Comme son père en avait fait de même. »
Je fis mine de ne pas saisir le sous-entendu. Mon cerveau paraissait ne plus vouloir assimiler d’informations. Je sentis mes mains trembler sous mes genoux et mes yeux s’agrandir de surprise.
Sans doute pour dissimuler son trouble, Leila se mit à farfouiller dans son sac pendant que mon cerveau s’emballait, fonctionnant à vide, comme faisait parfois le vieux tracteur de Mactaggart.
Elle sortit son portefeuille. J’avais le cœur au bord des lèvres, je ne me sentais pas bien du tout. C’était comme si j’étais en train de comprendre sans vraiment comprendre. La photo qu’elle me mit sous le nez termina de m’achever. J’allais mourir dans la minute. Mon cœur ne supporterait pas un rythme pareil bien longtemps.
Un petit garçon auquel je donnais quatre ou cinq ans, pas plus, me souriait de toutes ses dents. Qu’est-ce qui me parut le pire ? Les lunettes rondes qui ornaient son nez, les tâches de rousseur ou les cheveux roux qui flamboyaient faisant ressortir ses yeux noirs ?
Mon visage perdit tous ses couleurs, je me sentis nauséeux. Le café menaçait de remonter à toute allure dans le sens inverse de son trajet précédent.
Je sentis la main de Leila se poser sur mon genou. Ce contact me fit sursauter vivement. Je repris conscience et mes sens cessèrent de s’agiter à toute vitesse.
« Je suis désolée. » Leila baissa les yeux.
Désolée… Désolée ? De quoi ? De m’avoir caché pendant toutes ces années que j’avais un fils ? Enfin… j’avais un fils.
« Comment tu sais que c’est le mien ? » envoyai-je plus sèchement que je ne l’aurais pensé.
Leila eut un mouvement de recul. Elle serra sa jupe.
« C’est certain… Il te ressemble… Il est comme toi.
– Oh, grinçai-je. Je ne pense pas être le seul roux que tu as eu dans ton lit ! »
Les larmes montèrent aux yeux de la jeune femme. Elle les essuya rapidement, cherchant à conserver sa dignité.
« Il est comme toi, répéta-t-elle. Il… Il fait des choses étranges… comme de la magie… » Je la vis se concentrer pour étayer ses propos.
La probabilité que cet enfant soit d’un autre homme que moi diminua à toute vitesse. Il fallait me rendre à l’évidence. Si Leila était certaine de ce qu’elle disait, j’avais un fils dont j’ignorais tout. J’étais pétrifié. Je retendis la photo à Leila pour ne plus voir cette réalité effrayante.
« Je voulais t’en parler bien avant, je voulais… Oh, je te le jure, Percy ! » s’écria Leila, laissant les larmes couler le long de ses joues.
« Mais j’avais honte… » Elle se cacha le visage dans les mains.
« Au début, j’ai voulu avorter… et puis… Dieu ne me l’aurait jamais pardonné.» Elle renifla et se tamponna les yeux avec un mouchoir. « Je me suis dit que c’était un signe de Lui pour débuter une vie nouvelle… C’était le seul souvenir que j’avais de toi… » Elle eut un rire brisé qui ressembla fortement à un sanglot.
« Je sais que c’est pitoyable… » Elle se tourna de côté pour se moucher. « Oh, tellement ridicule… Je l’ai appelé comme toi. »
Elle me regarda d’un air pathétique. « C’est idiot, hein ? Je voulais tout faire pour t’oublier et repartir de l’avant afin d’être fière de ce que je faisais et j’ai tout fait pour garder un souvenir de toi… »
J’étais trop déboussolé pour dire quoique ce soit.
« C’est lui qui m’a décidée à te réécrire. Jour après jour, je le voyais et je pensais à toi… Je te devais bien ça… Ma vie est équilibrée, j’ai un petit garçon merveilleux… Je pouvais te montrer que je m’occupe bien de lui, qu’il est heureux… Parce que les premières années de sa vie, ça n’a pas été facile et je ne voulais pas te montrer ça. »
Leila tortillait son mouchoir. A chaque inspiration qu’elle prenait, je sentais le remord l’étreindre.
« … Comment est-il ? » réussis-je à dire, me remettant doucement, la même phrase revenant sans cesse dans mon cerveau : « J’ai un fils. J’ai un fils. »
Leila sourit et je me sentis jaloux de ce sourire fier.
« Il est merveilleux. C’est un petit garçon très intelligent et très curieux. » Ce sourire maternel illuminait à présent le visage de la jeune femme. Je me surpris à la trouver magnifique. C’était donc ça qui la rendait si différente. Sa maternité. L’homme de sa vie était son fils… Enfin, notre fils.
« Il a commencé à faire des choses étranges, il y a peu de temps. Je t’avouerais que c’est un peu ce qui m’a décidé. J’ai compris qu’il était comme toi. C’est possible ? »
J’acquiesçai douloureusement. Avec le sang pur que j’avais dans les veines, la moitié de son ascendance avait beau être moldue, ce gamin avait eu de fortes chances d’être un sorcier. Cela n’avait pas l’air de déplaire à sa mère.
« Il s’est fâché l’autre jour et un vase s’est brisé sans qu’il y touche… Il est capable de faire des choses impossibles… J’étais effrayée au début et puis… j’ai compris. J’ai compris qu’il était différent. Qu’il était comme toi. »

Je me renversai sur le banc, ne sachant plus que penser. Aucune cohérence ne semblait vouloir revenir dans mon esprit. J’étais terrifié. Avoir conscience d’une soudaine paternité me plongeait dans des abîmes de perplexité et de terreur.
« Qu’attends-tu de moi ? » demandai-je à mi-voix.
Leila écarquilla les yeux, son visage refléta l’abasourdissement, le choc.
« Mais… rien ! »
Il me sembla discerner un malentendu.
« Rien… Rien que tu ne veuilles. Si tu ne veux pas le voir… Je comprendrais.
– Ne pas le voir ?! »
Je stoppai net dans ma diatribe. Le voir ? Lui parler ? Pour lui dire quoi ? La perspective d’une rencontre fit redescendre mon cœur au niveau de mon estomac.
Je me tus. Je ne savais pas ce que je voulais. Pas maintenant. C’était trop à encaisser pour une journée.
Leila posa la main sur mon épaule.
« Je suis vraiment désolée… Quelque soit ce que tu décides, je comprendrais. »
Ah, elle était bien bonne celle-là. Je n’avais rien demandé et maintenant il me fallait prendre une décision. La situation était irréelle. Ce n’était pas possible, je n’étais pas en train de vivre cette journée. Je nageais en plein cauchemar. Darren avait sûrement dû mettre quelque chose dans mon petit déjeuner.

Le retour à la ferme fut assez mouvementé. Je manquai de me désartibuler en Transplanant près du pré qui bordait le bâtiment agricole. Arrivant à grands pas vers la bâtisse, je tentai de me reconstituer un visage serein. Peine perdue.
Je jetai un coup d’œil dans le miroir qui ornait la commode à chaussures de l’entrée. J’étais affreusement pâle. Agnes se précipita vers moi et je l’esquivai sans ménagement. J’avais mieux à penser que les tentatives d’approche osées de la jeune fille. Elle dut s’en rendre compte car ses fins sourcils blonds se froncèrent de dépit.
Je n’avais qu’une envie, parler à Darren. J’espérais que Darren me dise quelque chose, me conseille, n’importe quoi. Il fallait que je parle à quelqu’un et le seul être prompt à la confidence dans ces lieux était cet immense écossais bourru.

Je le trouvai au salon, regardant un match de rugby à la télévision. Le petit poste projetait ses images d’hommes se rentrant allègrement dedans pour un ballon ovale. Darren vénérait ce sport et je n’osai pas l’interrompre dans sa contemplation de ses joueurs favoris, carnet de pari à la main.
Je m’effondrai alors dans le fauteuil à côté de lui.
Il se tourna vers moi comme pour me dire qu’il m’avait vu. Je vis à l’écran que c’étaient les dernières minutes de la partie. L’excitation de Darren était à son comble, son équipe semblait bien partie pour remporter la partie.
Au coup de sifflet final, le massif garçon exprima sa joie par un rugissement terrible. Il se laissa retomber sur son siège et se pencha pour me coller une claque dans le dos.
« Alors ? Ce rendez-vous ? » demanda-t-il, enthousiaste.
Je le regardai, l’air perdu. Son sourire s’effaça immédiatement.
« Oh… Ca s’est si mal passé ? »
J’enfonçai inconsciemment mes ongles dans les bras du canapé. Autant allez droit au but.
« J’ai un fils. »
L’expression de Darren aurait pu me faire rire aux larmes tellement elle était hilarante mais je n’avais pas le cœur à rire. Pas du tout.
« Oh… Oh, nom de Dieu. » jura l’Ecossais.
« Putain… C’est vraiment le tien ?
– Aucun doute là-dessus.
– C- Comment tu peux le savoir ?
– C’est évident, c’est tout. Difficile à expliquer. »
Surtout inavouable.
Darren siffla en reportant son regard sur l’écran de télévision.
« La vache… »
Sa grande main repartit à l’assaut mais je ne reçus pas le choc d’une grande claque dans mon pauvre dos. Darren me tapota doucement l’épaule. Il semblait sonné aussi. Pas autant que moi mais il compatissait. Solidarité masculine, sans doute.
« Qu’est-ce que tu vas faire, vieux ? »
Je secouai lentement la tête.
« Je n’en ai aucune idée… »
L’Ecossais se gratta le sourcil, en proie à une intense réflexion.
« Pourquoi elle te balance ça après tout ce temps ? Elle a besoin de pognon ou quoi ? »
Je fus aussi outré en entendant la question qu’avait due l’être Leila quand je lui avais demandé ce qu’elle attendait de moi.
« Non ! m’indignai-je. Non. Elle semble s’en sortir, elle a un bon emploi. »
Je ne pouvais pas expliquer la multiplicité des raisons qui avaient poussé Leila à me faire cet aveu.
« Tu vas aller le voir ? »
Je sortis de mes pensées et fixai Darren.
« Le gosse. Tu veux le voir ? »
Je soupirai profondément.
« J’en sais rien… Je sais plus trop où j’en suis, là…
– J’te comprends vieux. »
Darren se leva, me laissant sombrer dans le flot de mes pensées.
« C’est à toi de décider… Je pense qu’elle attendra ta réponse. »
Il quitta la pièce pour aller dresser la table pour le dîner du soir. Je vis bien qu’il n’était pas capable de me donner des conseils, cette fois-ci. Il ne s’était jamais trouvé dans ma situation. Chose étonnante, vu ses exploits, je pensais qu’il devait avoir des enfants aux quatre coins du pays.

La nuit ne me laissa aucun répit. On dit qu’elle porte conseil mais elle ne m’aida pas à résoudre mon problème. Je retournais toutes mes questions dans tous les sens, ne sachant pas démêler la foule de sentiments contradictoires qui m’envahissaient. Au fond de moi, tout au fond de moi, une sorte de stupide sentiment de fierté pointa le bout de son nez. J’eus un petit sourire, la tête sous ma couverture. J’aplatis l’oreiller sur ma tête. J’étais idiot.
Mes rêves qui suivirent, quand je trouvais enfin le sommeil au beau milieu de la nuit, furent emplis de pathétiques scènes familiales, de goûters d’anniversaire, de départ pour le Poudlard Express… Je fus réveillé par Darren qui me secouait sans ménagement. Une autre journée de labeur nous attendait. Travailler me permettrait peut-être de prendre un peu de recul.
Je fis passer les moutons dans le pré principal tout en ressassant ma journée de la veille avec Leila. Elle m’avait paru radieuse… Son fils… enfin notre fils lui avait permis de s’en sortir, de vivre le bonheur alors que je m’enfonçais dans la dépression et l’alcool. Je n’avais pas assisté à sa naissance. Dans quelles conditions avait-elle accouché ? Avait-elle été seule, ignorée de tous, enfantant dans la douleur sans une main chaleureuse à laquelle se raccrocher ?
Ce fils qui partageait mes gênes et mon prénom, que devais-je en faire ? Devais-je faire sa connaissance, me présenter comme le père absent qui n’avait pas vu ses premiers pas, ni entendu ses premiers mots, ni assister aux premières manifestations de ses pouvoirs magiques ?
Je soupirai lourdement.
Maintenant que j’avais appris son existence, pourrais-je supporter de ne pas le voir apprendre à lire, de ne être là quand il recevrait sa lettre de Poudlard, de le voir grandir, de devenir un homme ? Si je n’étais pas là, qui lui apprendra à réussir de superbes devoirs de métamorphoses qui étonneraient McGonagall ?

Mactaggart me fit vivement sursauter en hurlant pour la énième fois qu’il était l’heure de rentrer. Je bredouillai et me répandis en excuses pour mon inattention.
« T’es sacrément absent depuis hier soir, fiston. Il s’est passé quelque chose ? »
Son regard se fit soupçonneux.
« Je ne bois plus, monsieur, affirmai-je. Non, ce n’est pas ça. »
Je me tus. Et si je parlais à Mactaggart ? Il avait toujours été de bon conseil pour m’épauler dans les moments difficiles quand j’avais voulu renoncer à mon traitement, que j’avais semblé replonger.
« J’aimerais que vous conseilliez, monsieur. » lui dis-je. « Pourrais-je vous parler après le dîner ? Seuls. » précisai-je.
Son haussement de sourcil laissa deviner de l’étonnement mais le fermier hocha la tête en signe de confirmation.
« Tu viendras dans mon bureau. » précisa-t-il.

C’est tremblant d’appréhension que je frappais à la porte du bureau de Mactaggart après avoir semé Agnes dans les couloirs.
« Entre, fiston. » Son ton paternaliste me conforta dans ma décision. J’avais beau avoir vingt-six ans, je n’avais pas l’assurance de la plupart des adultes, je manquais d’expérience. Surtout dans un cas comme celui-là.
J’entrai et m’installai face à mon patron.
« Qu’est-ce que je peux faire pour toi, Percy ? »
Je pris une inspiration. Par où commencer ? Peut-être par le début. Par Leila.
Etonnamment, les mots coulèrent tous seuls. Je parlais de la lettre que j’avais reçue de cette ancienne compagne. Je parlais vaguement de notre conversation au café puis dans le square. Je n’affectais aucune pudeur concernant cette facette de mon existence. Si je voulais avoir un avis objectif sur ma situation, je devais être le plus honnête possible. En occultant, bien sûr, ma condition de sorcier.
« J’ai eu un fils avec cette femme », conclus-je en essuyant la sueur qui perlait à mon front.
Mctaggart avait écouté mon récit sans m’interrompre, la tête reposant sur le dos de ses mains jointes.
« Qu’est-ce que tu veux que je te dise, fiston ? finit-il par dire.
– Que dois-je faire, monsieur ? m’écriai-je, désespéré. Je suis perdu, je ne sais pas quoi penser ! »
Ma vie d’adulte avait été ponctuée d’erreurs. La première avait été ma séparation brutale d’avec ma famille. Le reste avait été une succession de nombreuses dégringolades. Même mon choix de quitter le monde sorcier pour me refaire m’avait paru être peu sûr. Mais j’en étais là. Comment savoir ?
Dans quelles conditions verrais-je mon fils ? Comme un père étranger qu’il ne verrait que le week-end ? Cette paternité, je ne l’avais pas désirée, elle m’était tombée dessus… Maintenant, mis devant le fait accompli, je devais prendre une décision. Peut-être la plus importante de toute ma vie.
« T’es jeune, je sais bien que tu as raté des trucs mais il y a le temps de reprendre le fil, qu’est-ce que t’en penses ? »
J’étais assez d’accord mais au fond de moi un sentiment amer de ne pas être si indispensable à la vie de mon fils me faisait hésiter. Leila avait réussi à l’élever seule pendant quatre ans. Et s’il me considérerait pour toujours comme un étranger ? Une pièce rapportée ?
Mctaggart se pencha par-dessus son bureau.
« Tu n’es pas obligé de retourner avec la mère, tu sais. Mais si elle est venue te revoir, elle doit penser que c’est important pour le gamin. Et les gamins… » Il fit pivoter sa chaise et s’abima dans la contemplation du soleil se couchant sur les Highlands.
« Les gamins… C’est bête, mais les gamins, c’est quand même ce qui nous fait avancer. » Il se tourna de nouveau vers moi.
« Je suis père, je peux te dire que c’est pas facile tous les jours mais ça fait de beaux souvenirs. Faut jamais oublier ça. »

Quand je sortis du bureau de Mctaggart, je me sentis différent. Comme si quelque chose avait changé en moi. A cet instant-là, du moins, j’avais une certitude. Maintenant que je connaissais son existence, il m’était inconcevable d’ignorer ce fils. C’était quelque chose que je ne pouvais faire. Plus maintenant. Si c’était une nouvelle épreuve qui se présentait à moi, je devais l’affronter. J’avais l’habitude de me prendre des gamelles dans ma vie.
A cet instant, je ne savais pas que m’étais lancé dans la plus grande aventure de ma vie.

Une lettre repartit vers Cambridge. J’attendis fébrilement la réponse. J’étais dans un état d’excitation et d’appréhension que je n’avais plus ressenti depuis des années. Darren semblait partager mon espèce de « bonheur » contagieux.
Seule Agnes ne voyait pas d’un bon œil ma fausse bonne humeur débordante. Ce fut elle qui m’apporta le courrier tant attendu.
Je lui arrachai presque des mains, tremblant. Elle haussa les sourcils de surprise et resta plantée devant moi pendant que je tournai et retournai la lettre pour vérifier sa réalité et celle de l’écriture qui la recouvrait.
« Tu n’ouvres pas ? » demanda la jeune fille d’un ton impatient. Je la dévisageai un instant. Je sentais avoir là le moyen de mettre fin à ses approches désespérées. Ce n’était guère chevaleresque mais c’était pour son bien. Et aussi pour ma tranquillité personnelle, je l’avoue. J’ouvris la lettre mais la garda hors de portée du regard d’Agnes. La confirmation de rendez-vous avec Leila et mon fils tenait en quelques lignes que je parcourus plusieurs fois. Notre rencontre aurait lieu dans l’appartement de la jeune femme afin de ne pas perturber le jeune garçon et éviter les accidents s’il venait à manifester son émotion de manière magique.
Un sourire se dessina sur mon visage. Mon cœur battait la chamade. Même si je semblais heureux de la tournure des événements, je ne pouvais m’empêcher de ressentir une appréhension immense. Comme une montagne imposante à franchir. L’ascension serait rude.
Agnes ne sembla pas ravie de mon sourire. Ce sourire timide qui n’osait pas s’élargir sur toute la surface de mon visage. Je pliai subtilement la lettre et la glissa dans la poche de mon jean.
« Qu’est-ce qui te rends aussi… joyeux, Percy ? » demanda Agnes, n’y tenant plus.
Je passai devant elle.
« Ca ne te regarde pas. »
Je l’entendis grogner. Elle tapa du pied pour évacuer son dépit. Je devais tenter de trouver une manière plus élégante de lui faire comprendre qu’elle ne m’aurait jamais.

Le jour prévu, je passais deux bonnes heures à chercher une tenue pour me montrer à mon fils. Darren finit par frapper à la porte mi-amusé, mi-excédé par mon excès de zèle.
« C’est un gosse ! Pas besoin de te faire beau ! s’écria-t-il à travers la porte de la salle de bain. « A moins que tu n’ai envie de draguer la mère, c’est pas la peine de te mettre sur ton trente-et-un ! »
Cette dernière partie de sa réplique fit faire, malgré moi, à mon cœur un triple saut périlleux à l’intérieur de ma poitrine.
Je sortis de la pièce avec toute la dignité dont je pus me draper. « Draguer » Leila ? Cette possibilité ne m’avait jamais effleuré l’esprit. J’étais tellement concentré sur ma rencontre avec mon fils que je n’avais pas tellement pensé à ce qu’il se passerait après. Je secouai la tête, chaque problème en son temps et une solution à chaque. Je devais rester méthodique.
Je passai devant le miroir de l’entrée et tentai de remettre encore un peu d’ordre dans ma chevelure. Je ne voulais pas paraître ni trop sévère, ni trop échevelé. Je voulais faire bonne impression à cet enfant avec qui j’allais faire connaissance.

Je me dirigeai donc vers l’arrêt de bus qui me servait de couverture. Le hasard mit Agnes sur mon chemin. Je soupirai.
« Tu vas en ville ? » demanda-t-elle en mettant un peu trop d’espoir dans sa question. Elle m’agaçait. Je ne comprenais pas son entêtement. Sans doute était-il dû à mon refus permanent de ses avances. Elle s’était donné comme but de me faire plier et me laisserait sans doute tranquille après avoir obtenu ce qu’elle voulait mais je ne voulais pas rentrer dans son jeu.
Je décidais d’y aller franchement. Tant pis pour ma galanterie et mon dégoût du fait d’utiliser ce fils que je ne connaissais pas encore pour débouter la jeune fille.
« Non, fis-je en prenant un air dégagé.
– Que fais-tu là, alors ? rit-elle.
– J’ai un rendez-vous.
– Un rendez-vous ? Encore ? » Elle fronça ses fins sourcils. Elle s’approcha dangereusement de moi.
« Qui ? »
Je fis un geste agacé de la main. Depuis quand avais-je des comptes à lui rendre ? Ce n’était pas parce qu’elle était la fille de mes patrons qu’elle devait tout se permettre avec leurs employés.
Je souris avec un air de supériorité malsaine.
« Je vais faire connaissance avec mon fils. »
Agnes prit une expression extrêmement choquée. Sa bouche légèrement entrouverte sous l’effet de la surprise, elle me dévisagea, les yeux écarquillés.
« Ton… Ton fils ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
– Mon fils. Tout à fait. J’ai un fils. Je le sais depuis quelques jours. »
Agnes était une jeune fille intelligente.
« Ton rendez-vous de la dernière fois…
– C’était avec sa mère. Je ne l’avais pas vue depuis cinq ans. »
L’incrédulité de la jeune fille passa à la colère.
« Ce n’est pas possible ! Tu ne peux pas avoir de fils ! »
Sa réaction était fortement puérile. Son regard lançait des éclairs.
« Tu devrais pourtant me croire… Demande donc à Darren ou à ton père, lâchai-je pour appuyer mon propos.
– Ca ne se peut pas… murmura-t-elle.
– Ecoute, ça me regarde, veux-tu ? Je n’ai pas de compte à rendre à une gamine. Ma vie, c’est ma vie et je sais très bien ce que j’affirme. »
Je choisis de prendre un ton rude et sec. Cela ne me faisait pas spécialement plaisir mais c’était nécessaire. Elle devrait passer à autre chose. Je n’étais le jouet de personne. Agnes ne m’avait jamais intéressée. A une autre époque, désormais révolue, peut-être aurais-je cédé à ses avances pour combler ma solitude, mais maintenant, je ne m’abîmais plus dans les bras de conquêtes que j’abandonnais à leur sort au bout de quelques nuits.
Ma réplique eut l’effet escompté. Agnes me gifla avant de s’enfuir à toutes jambes vers la ferme. Je frottai ma joue endolorie. Tant mieux. Je soupirai. Un problème de moins. Je pus continuer ma route vers le lieu où j’avais pris l’habitude de Transplaner. Je visualisai un fourré du square où nous avions marché, Leila et moi, lors de nos retrouvailles.

Une fois arrivé, je sortis la lettre de Leila où elle avait marqué son adresse et dessiné un petit plan pour que je puisse trouver son appartement. Je marchai un bon quart d’heure avant d’arriver à un petit quartier résidentiel propre et calme. Les grandes maisons bourgeoises s’étalaient à perte de vue. Elles avaient été divisées en petits appartements. Dans l’un d’entre eux, habitaient Leila et son fils. Je fis une pause sur le trottoir avant de remonter l’avenue, cherchant le numéro de rue de la jeune femme.
Mes yeux se posèrent sur la boîte aux lettres du 701. Je reconnus le nom de famille de Leila. J’étais enfin arrivé.
Tout en essayant de contrôler les pulsations affolées de mon cœur, je pressai le bouton de l’interphone.

Un crépitement me répondit suivi de la voix de Leila modifiée par le haut parleur.
« C-c’est moi, P-Percy. » bégayai-je, rouge comme un collégien. Combien était-il idiot de rougir face à un interphone…
La porte du hall se déverrouilla et j’entrai précipitamment. L’entrée était proprette. Quelques pots de fleurs reposaient ici et là, donnant une petite touche végétale à l’ensemble. Je suivis les indications de Leila et montai l’escalier de bois ciré qui menait aux étages supérieurs. Mes pas mal assurés me guidèrent vers la porte de l’appartement 3B. Au fur et à mesure que j’approchai de cette porte, mon cœur s’emballait, je sentais mes mains devenir moites. J’étais persuadé de transpirer comme un cochon. Ma bouche s’assécha face à la sonnette.
Je pris ma respiration et m’apprêta à sonner quand la porte s’ouvrit. Je fis face à Leila qui me sembla bien pâle. Elle devait sûrement être aussi nerveuse que moi.
« Entre », dit-elle, la voix tremblante.
Elle portait un tablier maculé de farine. Elle s’essuya les mains dessus.
« Nous faisions des muffins. » dit-elle doucement.
Je me surpris à éprouver de la nostalgie à l’évocation de ces douceurs.
L’appartement était simplement décoré. C’était propre, bien entretenu. Je suivis Leila dans un couloir. J’eus le temps d’apercevoir l’intérieur d’une chambre d’enfant aux jouets éparpillés sur le sol.
« Oh, non, non, non, Percy. » entendis-je s’exclamer Leila qui avait déjà atteint la cuisine. « Je t’ai dit de m’attendre ! » gronda-t-elle.
« Mais, Maman ! » protesta une voix de petit garçon.
Je sentis mes entrailles se glacer. Les pas qui me menèrent à mon tour vers la cuisine me semblèrent d’une lourdeur abominable. Mes pieds n’obéissaient plus très bien à mes ordres. Arrivé devant la porte, je pris une profonde respiration. Comme avant de se jeter à l’eau.
Je me risquai à jeter un coup d’œil à l’intérieur. Mon cerveau se déconnecta instantanément.
Voir cet enfant en photo m’avait fait un choc. Ce n’était rien à côté du fait de voir en chair et en os. Monté sur une sorte de caisse en bois, une miniature de moi-même aidait Leila à remplir des moules à muffins. Tout en lui respirait mon propre physique. La maigreur, les lunettes, les cheveux roux et les taches de rousseurs si caractéristiques des Weasley.
Leila releva le visage vers moi et sourit. Moi, je n’arrivais plus à penser. Elle se pencha vers l’enfant et lui demanda de me saluer.
Le petit garçon darda son regard sur moi. Il avait les yeux noirs. Comme sa mère. Ce regard finit de me déstabiliser.
« Bonjour ! » chantonna-t-il à la manière de tous les enfants de cet âge. « T’aimes les muffins ? »
Je me surpris à hocher la tête sans pourtant réussir à décrocher un mot. Ma langue était collée à mon palais.
« Si tu restes un peu, tu en auras peut-être ! » continua le gamin. Leila enfourna les gâteaux et mis la vaisselle dans l’évier.
« Tu peux aller jouer. »
Le garçon eut un cri de joie, sauta de son marchepied et se précipita hors de la pièce en passant à toute vitesse à côté de moi.
Je me détendis un peu et entra complètement dans la cuisine.
Leila se tourna vers moi et eut un petit soupir soulagé.
« J’ai essayé de lui expliquer un peu… mais tu sais, il est petit… Je pense qu’il vaut mieux que tu sois là et qu’on lui dise ensemble.
– On n’est peut-être pas obligé de lui dire tout de suite. » proposai-je précipitamment.
Leila eut un petit rire.
« Percy est un petit garçon intelligent. Si tu viens de temps en temps pour le voir… » Elle secoua la tête. « Il te ressemble pas mal, n’est-ce pas ?. Il va se poser des questions. Je préfère prendre les devants, tu comprends ? »
Leila ne me parut plus aussi hésitante à ces mots. Je comprenais mais j’étais terrifié. Mais j’avais fait ce choix. Prendre mes responsabilités puisqu’elles m’incombaient désormais.
J’aidai Leila à faire la vaisselle tandis qu’une odeur de pâte qui cuit envahissait peu à peu l’appartement. Cette petite scène simple me fit penser à celles qui avaient ponctué notre relation, des années auparavant. Je sentis comme un étau me serrer le cœur.
Leila devait ressentir le même trouble que moi car elle parlait peu et sursauta à chaque fois que je m’approchais trop près d’elle. Son sourire gêné m’en apprit long sur son état d’esprit.
« J’ai fréquenté plusieurs hommes durant ces années, dit-elle. Mais Percy les a toujours fait fuir. » Elle eut un petit rire. « Je ne sais pas si c’était eux qui prenaient peur parce que j’avais un enfant ou c’était lui qui s’arrangeait pour qu’ils ne reviennent pas. » Elle mima un geste de magie en riant. Je remarquai que Leila riait beaucoup. Ce devait être nerveux.
J’étais partagé entre l’amusement et l’agacement de voir une jeune femme si intelligente imaginer que la magie pouvait produire ce genre de phénomène. Mon pragmatisme me faisait penser que la première option, celle que fréquenter une femme-mère faisait fuir les hommes, était la bonne.
Leila montrait un amour maternel débordant envers notre fils. Quand elle parlait de lui, son regard pétillait. Un petite part nébuleuse de mon esprit semblait penser que j’avais un petit peu contribué à ce bonheur puisque sans moi, le petit Percy ne serait pas là. C’était idiot mais c’était une chose dont je pouvais me vanter. Je ne pensais pas avoir apporté beaucoup de bien dans ce monde alors avoir un tant soit peu contribué au bonheur de cette femme me réconfortait. Malgré tout ce que j’avais pu endurer à cause d’elle. Je n’étais pas très rancunier.
Leila m’invita à la suivre au salon avec les muffins encore chauds et du thé frémissant.
« Tu es arrivé tôt, je ne pensais pas te voir avant l’heure. »
J’aimais être en avance. J’avais pris mes précautions parce que j’avais eu peur de me perdre en cherchant l’appartement. Je ne pouvais pas me permettre d’être en retard un jour pareil. Pas le jour où je rencontrais mon fils.
Ce dernier jouait sur le tapis du salon salle à manger. Il avait sorti des petites voitures et s’amusait à leur faire faire la course.

« Tu viens manger avec nous ? » demanda simplement Leila. Enthousiaste, le petit garçon se rua sur le canapé. Je m’étais installé à côté de Leila instinctivement, pour me rassurer. Il dut donc se résoudre à s’asseoir de l’autre côté de sa mère. Il me dévisagea par-dessus ses lunettes, curieux. Leila lui fourra un gâteau dans les mains puis s’occupa de nous servir du thé.
Pendant qu’elle s’affairait avec la théière, je détaillais plus attentivement le garçonnet. A le regarder de plus près, je m’aperçus qu’il ne me ressemblait pas tant que ça. Il avait hérité de nombreux traits de sa mère. Son menton portait la même fossette caractéristique et ses oreilles avaient la même forme que celles de Leila. Son nez n’était pas le mien. J’espérais que son caractère serait plus celui de sa mère. Je ne lui souhaitais pas devoir me ressembler et subir les quolibets de ses camarades. Il était déjà roux et sans doute bien myope pour devoir porter des lunettes à cet âge-là. Cela était déjà suffisant.
A le voir picorer avec ses doigts dans le muffin encore chaud, je ne pus m’empêcher de penser qu’il semblait être heureux et en bonne santé. Aussi plein de vie que n’importe quel petit garçon de son âge. A côté de la mère et du fils, je me sentis horriblement grand, mal à l’aise, pas du tout à ma place.
Leila dut me sentir me raidir car elle me sourit en me tapotant le genou, geste qu’elle faisait souvent pour me rassurer lorsque nous étions ensemble. Pourquoi soudainement me paraissait-elle aussi détendue ? Etait-elle si sûre de son coup pour être aussi confiante ?

J’acceptai la tasse de thé fumante avec un plaisir non dissimulé, ravi de trouver de quoi m’occuper et avoir l’air moins emprunté. Je promenai mon regard sur la pièce. Elle n’était pas très grande mais elle respirait la propreté. Elle était lumineuse, ce qui contrastait affreusement avec la pénombre permanente de la vieille maison. Il y avait de nombreuses photos du petit Percy. Ce que j’avais raté de sa vie me sauta à la figure à chaque cliché que je regardai. Cela me mit mal à l’aise et je sentis poindre une sorte de ressentiment. Je préférai replonger mon regard vers ma tasse.

Un silence inconfortable s’installa dans la pièce ponctué par les mastications du jeune garçon. Tout comme moi, Leila ne savait pas quoi dire et surtout quand commencer la fameuse conversation avec le petit Percy.
Ce fut lui qui brisa la glace.
« Tu travailles avec maman ? » demanda-t-il.
Je sursautai à l’écoute de sa petite voix. Il me fixait très sérieusement, aussi sérieusement que le pouvait un enfant de cet âge.
« Non. » répondis-je.
« T’es un amoureux de maman ? » continua-t-il, ses yeux noirs toujours fixés sur moi. Je crus y voir de la suspicion dans sa question. Comme s’il était sur la défensive. Je ne saurais dire si ce genre de comportement était normal pour un petit garçon de quatre ans. Il était d’une franchise étonnante et n’importe qui l’aurait remis à sa place mais Leila le laissa dire.
Cependant, mes joues s’embrasèrent comme à leur habitude.
Leila se mit à rire.
« Non, mon chéri. » Elle m’adressa un regard désolé.
« Bah, t’es qui alors ? Le nouveau voisin ? »
Décidément, ce gamin voulait réponse à tout. Il me rappela désagréablement quelqu’un.
Leila prit alors une inspiration profonde et le temps se suspendit comme il sait si bien le faire lors de grandes révélations. Je conviens du cliché mais c’est l’impression que cette scène m’a donnée.
Leila prit le petit Percy sur ses genoux. Il devait sentir que quelque chose d’important allait se passer car il fronça les sourcils lui donnant un air pincé que je ne connaissais que trop bien pour l’avoir vu sur mon visage face à un miroir.
« Percy. » Ce fut à moi qu’elle s’adressait. Elle cherchait mon approbation. Moi, je me contentais de fixer le petit bonhomme sur ses genoux.
« Tu t’appelles Percy ? Moi, aussi ! » s’exclama le gamin, pas démonté pour un sou.
Leila lui sourit. Elle avait pali et je craignais que ce trop plein d’émotivité ne la fasse flancher. Finalement, elle n’avait pas autant d’assurance qu’elle voulait le montrer.
« Oui, il s’appelle Percy. Comme toi. Ou plutôt, je t’ai appelé comme lui. Parce que… » La voix de la jeune femme s’étrangla. Elle me jeta encore un coup d’œil et je me sentis le courage de lui répondre en hochant lentement la tête.
« Parce que… c’est ton père. » termina Leila. Elle ferma les yeux et soupira profondément. Je me risquai à poser la main sur son épaule et à lui sourire. Je me sentis ému. Une émotivité que je ne connaissais pas. C’était dit. Moi, Percy, père du petit Percy.
Celui-ci ne dit rien. Il se contentait de me fixer avec ses grands yeux noirs. Je ne parvins pas à soutenir ce regard. Oui, moi, Perceval Ignatus Weasley, devant baisser les yeux face à un enfant de quatre ans. Ce fut l’explosion de ma tasse qui me mit la puce à l’oreille quand au degré de colère de l’enfant.
« Percy, non ! » gronda Leila.
« Ce n’est rien, dis-je. » Il fallait laisser la magie s’exprimer. Un cadre photo se brisa à son tour. Ou peut-être pas finalement.
« Percy… » Ce coup-ci, c’était à moi que Leila s’adressait. Je pensais que j’allais avoir du mal à m’habituer à ce genre de situation.
« Est-ce que tu pourrais… »
J’ouvris grand les yeux.
« Ca fait peut-être un peu beaucoup pour aujourd’hui, non ? » murmurai-je. Ne fallait-il pas ménager l’enfant ? Sa colère montante face à l’aveu de sa mère montrait qu’il ne fallait peut-être pas en rajouter en lui montrant mon appartenance sorcière. Cela n’était peut-être pas dû au fait que le gamin prenait mal la nouvelle, c’était sans doute un trop plein d’émotivité qu’il n’arrivait pas à maîtriser qui s’exprimait malgré lui. La magie instinctive des enfants se manifestait quand ils se sentaient en insécurité. La nouvelle avait fait un choc à l’enfant et avait bouleversé le temps d’une phrase tous ses repères. Cela n’allait être que l’affaire de quelques tasses ébréchées et c’était tout. Ca passerait.
Quand ce fut la théière qui explosa, répandant le liquide qu’elle contenait sur moi, je décidai que de toute façon, il l’apprendrait un jour ou l’autre. J’étais l’élément qui avait perturbé ses repères. Je devais répondre à cela avant que toute cette magie incontrôlée ne casse une vitre ou ne blesse quelqu’un à commencer par l’enfant. Espérant que cela ne rentre pas dans le cadre de la violation du Secret Magique, je sortis ma baguette, fis disparaitre le thé qui me brulait et réparai en quelques secondes les objets brisés par la colère du jeune Percy.
Je me tournai vers lui et déclara sur un ton sévère.
« Maintenant, tu vas te calmer, jeune homme ou je te fais passer l’envie de casser tout ce qu’il y a dans cette pièce. »
Le gamin posa sur moi un regard surpris. Les manifestations de magie hostiles s’arrêtèrent. D’un coup, il semblait avoir oublié sa colère et son regard était à présent fixé sur la baguette que je tenais à la main. Son regard irrité avait fait place à un autre, empli de curiosité. J’apprendrais plus tard que ces changements de comportements extrêmes sont très courants chez les enfants de cet âge et qu’ils ont la capacité d’oublier très vite un événement qui vient pourtant de se passer.
« C’est quoi, ça ? C’est magique ? »
Je lançai un sourire désolé à Leila qui resta les yeux fixés sur l’enfant, attendant quelque chose. Puis, je portai mon attention sur le garçonnet.
« On peut dire ça.
– T’es magicien ? C’est quoi le truc ?
– Le truc ? Quel truc ?
– Bah, comme à la télé, ils ont des trucs. »
Je me passai la main sur le visage, atterré. Il était sûr que comparer la sorcellerie aux tours de passe-passe moldus était profondément humiliant. Mais ce petit garçon avait commencé sa vie comme n’importe quel Moldu. C’était compréhensible.
« Non… C’est de la magie, de la vraie magie.»
Le jeune Percy me regarda d’un air septique. Là, il me ressemblait vraiment.

Je soupirai. Je sentais que les relations entre cet enfant et moi allaient être très compliquées. Je n’étais pas au bout de mes peines. Que ce soit lui ou moi, nous avions chacun un long chemin à faire pour nous apprivoiser.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *