Chapitre 2 : Prise de conscience

Il faisait nuit. J’avais encore fait des heures supplémentaires au Ministère. Il y avait tant de travail, tant de réformes à préparer. Je n’étais pourtant pas le plus surchargé de travail, loin de là. Je rentrais donc à pas pressés chez moi, le cerveau bouillonnant de phrases pour des rapports à finir. Je me délectais d’une soirée passée penché sur mes parchemins, lorsque soudain…

« Arrête, tu me fais mal ! » hurla une jeune fille.
Je me figeais sur le trottoir. Cette voix… A force de l’entendre chaque matin, je la reconnus sans peine. C’était celle de Leila ! Instinctivement, sans aucunement réfléchir, je courus et me réfugiai dans un des bosquets qui bordaient la maison.
« Tais-toi donc ! » siffla une voix masculine. Une horrible voix rauque et détestable. « Tu n’es pas contente de me voir ? Après tout ce temps… »
Ces derniers mots s’évanouirent dans une pathétique tentative de susurrer. La tendresse n’avait pas l’air d’être dans les cordes de l’individu.
« Tu as encore bu ! cria Leila.
— La ferme ! Tu vas réveiller ta vieille ! » Recroquevillé dans les bosquets, je tressaillis à l’écoute de ce langage vulgaire. Quel horrible personnage. Pas du tout le genre à fréquenter les salons. Cette voix me vrillait les oreilles. Elle était grasse et vraiment désagréable. Tout en contraste avec la douceur de celle de son interlocutrice.
« Aïe ! Qu’est-ce que tu veux ? » Je sentis comme une pointe d’affolement dans la voix de la jeune fille. « Ne me touche pas ! s’écria-t-elle.
— Comment peux-tu dire ça ?! s’énerva la voix. Tu n’es qu’une petite pute bonne à se faire sauter par son patron ! »
A ces mots, je tressaillis, essayant bien de faire le rapprochement entre la jeune fille délicate que je connaissais et le qualificatif que venait d’employer le rustre personnage. J’entendis Leila se mettre à pleurer. J’en eu un pincement au cœur. Je ne savais pas quoi faire. J’avais le pressentiment que si j’intervenais, cela ne ferait qu’envenimer les choses… Sage et raisonnable décision. Je décidais de m’en aller. Après tout, ce n’était pas mes affaires. Il ne s’agissait là qu’une banale dispute d’un banal couple de moldu. A vrai dire, je n’avais jamais assisté à de telles disputes. Je pense que chaque couple a sa propre conception de la dispute.
Grave erreur… Le lendemain matin, je m’aperçus, malgré le fait qu’elle avait la tête baissée, que Leila avait la lèvre inférieure coupée et quelques bleus au visage. Elle ne me dit pas bonjour, continuant à balayer le devant de sa porte sans avoir conscience de ce qui l’entourait. Je m’en voulus de ne pas m’en être mêlé. Cependant, les affaires d’une… d’une Moldue n’étaient pourtant pas les miennes… Et puis s’occuper des problèmes d’ordre privé d’autrui attirait le plus souvent des ennuis. Malgré tout, j’avais une réminiscence de mon éducation à propos de l’attitude d’un jeune homme soi-disant bien élevé…

Le feu crépitait dans la cheminée. Assis confortablement au bureau qui trônait dans le salon de mon modeste mais agréable salon, je poursuivais la compilation de données pour un rapport. Les couleurs chaudes du mobilier avaient quelque chose de rassurant et coquet. Oui, j’aimais beaucoup cet appartement, ce lieu de refuge, décoré à mon goût, c’est-à-dire avec raffinement et délicatesse.
Mais ce que j’appréciais le plus c’était le calme, le silence. Pas d’explosions suspectes, pas de cris, de chamailleries… Une quiétude parfaite pour travailler… Un silence si agréable.
« Où vas-tu comme ça petite garce ? » Je sursautais sur mon fauteuil. Le cuir de l’assise en couina de protestation. Cette voix… Elle retentit dans le couloir et me fit dresser l’échine. Je serrai les dents.
« Tu crois pouvoir m’échapper ? Tu m’appartiens, Leila ! »
Je sentis comme des frissons remonter le long de ma colonne vertébrale. Le fait d’avoir appartenu à la maison Gryffondor joua sûrement en faveur de Leila et sur mes agissements à cet instant. Une pensée saugrenue mais de circonstance me vint à l’esprit. Si la jeune fille avait réussi à venir jusqu’ici, dans mon immeuble, sur le palier où se trouvait mon appartement, c’était sans doute pour me demander de l’aide. C’était peut-être idiot de ma part de penser cela, mais bon…

Je dédaignai le rapport que je rédigeais et sortis ma baguette. La voix se rapprocha, hurlant sur les quelques curieux qui avaient entrouvert leur porte. Je me risquais à jeter un coup d’œil dans le couloir. La scène qui se déroulait était assez stupéfiante à mes yeux. Une brute épaisse poursuivait une Leila au visage déformé par la terreur. Une silhouette massive, un visage rubicond et mal rasé… Une mauvaise caricature grimaçante. Le gaillard rattrapa comme un rien la frêle jeune fille et lui saisit les poignets. Fort heureusement, les commères qui me servaient de voisins s’étaient calfeutrées chez elles sous les vociférations du sinistre individu.

Discrètement, je profitais du fait que Leila se débattait furieusement pour pratiquer un sortilège de Désarmement. Malgré l’impulsion qui me poussait à agir, je veillais à faire attention au Code du Secret Magique. La brute fut projetée lourdement contre le mur. Il se releva péniblement et essuya le filet d’hémoglobine qui coulait de sa bouche. Surpris et surtout désarçonné, il posa ses yeux globuleux et injectés de sang sur la jeune fille qui paraissait tout aussi étonnée. Il y avait de quoi d’ailleurs…
Il se redressa vivement et se dirigea lourdement vers Leila. Je réitérai prudemment mon geste. Il bascula et se retrouva sur son postérieur mal dégrossi.
L’expression de son visage se fit de plus en plus abrutie. Son intelligence avait l’air d’être en adéquation avec son comportement rustre et vulgaire, si bien qu’il s’en alla d’un pas traînant après avoir marmonné un sinistre. « Tu ne perds rien pour attendre. » encombré de glaires et de sang. Sa lourde silhouette s’éloigna tout en jetant de temps en temps un regard noir vers la jeune fille. Lorsque Leila glissa à terre, secouée de sanglots, je me précipitai.
« Leila… Leila… lui murmurai-je en la relavant. Venez… Levez-vous… »
« Percy… » Elle s’agrippa à moi et versa de nombreuses larmes sur mon épaule. J’étais horriblement gêné. « Ne restons pas là, dis-je. Venez. » Les commères n’allaient pas tarder à remettre leur nez dehors. Pour ça, Moldus et Sorciers n’étaient pas si différents.

Je l’entraînai alors chez moi. J’étais inquiet. Oui, aussi étonnant que cela ait pu paraître, moi qui étais plutôt de nature égoïste et solitaire, je me préoccupais du sort de la jeune femme. Et je me fichais bien qu’elle voie tous ces objets insolites qui remplissaient mon appartement, ma plume qui voletait sur mes parchemins, les photos qui bougeaient, mes vêtements… Oui, stupéfiant de ma part, non ? Je m’inquiétais pour Leila. Ses bras étaient couverts d’ecchymoses et ses habits étaient déchirés par endroits. Elle s’écroula sur la moquette du salon. Je la pris par le bras et la soutint jusqu’au divan. Elle resta agrippée à moi, comme à une bouée de sauvetage. Elle sanglotait doucement mon prénom. De longues minutes passèrent ainsi, durant lesquelles je tentais maladroitement de la réconforter. Mais je n’avais jamais été très doué pour ça. Et puis, qu’en avais-je à faire des affaires de cette… cette Mol…due ? Non, je ne pouvais pas penser ça… J’eus un dégoût profond de moi-même. Oui, et alors ? J’avais quand même amené Leila, ici, et je pensais déjà à m’en débarrasser ! Je devenais de plus en plus paradoxal, ces derniers temps… Toujours tiraillé entre mes obligations et mon intégrité. Entre mon statut de Sorcier et celui d’humain. D’une part, je désirais m’occuper de la jeune fille, d’autre part, me mêler de ses affaires ne m’enchantait pas. Malgré toute sa gentillesse envers moi, j’avais du mal à lui rendre la pareille. On ne change pas.

Peu à peu, Leila se calma. La première chose qu’elle parvint à articuler fut des excuses. Je la repoussai délicatement de moi. « Allons, Leila… Ne vous excusez pas… » Une petite voix dans ma tête me glissa que c’était plutôt à moi de demander pardon pour ma non-assistance à cette jeune fille en détresse. Je lui tendis un mouchoir à carreaux pour qu’elle s’essuie les yeux, et je me dirigeai tant bien que mal à la cuisine pour préparer du thé. Sans y réfléchir, et par fait d’urgence, sans doute, j’utilisai plusieurs sortilèges et ne pensai pas à stopper la vaisselle qui se faisait toute seule.

Je mis ma tête entre les mains et soupirai. Je frottais mes yeux. J’étais déjà assez préoccupé en ce moment. Le Ministère était en effervescence suite à l’évasion de dix Mangemorts de la prison d’Azkaban. Il fallait que j’y rajoute aussi des ennuis d’ordre privé ! La présence de Leila dans mon salon me gênait atrocement et je ne sus dire pourquoi. Cependant, je ne pouvais m’empêcher de me poser des questions. Le fait de côtoyer des personnes oblige à une certaine implication. Donc, je restais perplexe vis-à-vis de ce fait : que faisait Leila, jeune fille fragile, délicate et cultivée avec pareille brute, ce rustaud qui n’avait pas l’air fin ? La bouilloire siffla.

«Désirez-vous de l’aide ? » demanda timidement Leila. Elle se trouvait sur le pas de la cuisine au moment où je prononçais « Accio tasse ! » Elle eut un hoquet de surprise en voyant la tasse voler vers ma main tendue. Cela me troubla tant que la tasse s’arrêta en plein vol et se fracassa par terre dans un sinistre fracas de terre cuite.
« Leila… » commençai-je, prêt à défendre dignement ma position. Réminiscence de notre triste sort de jadis.
« Vous… Vous… » Elle promenait son regard apeuré sur la vaisselle, la tasse, sur moi et puis sur la baguette je tenais en main. «
Vous… Q-qui êtes vous ? Vous… » Elle recula, prenant appui sur le chambranle de la porte de la cuisine. Je lus dans son regard qu’elle venait de perdre ses repères. Elle tituba jusqu’au divan dans lequel elle s’écroula. Ce que je redoutais le plus venait de se produire. Heureusement, pensais-je immédiatement, que nous étions dans le huis clos de mon appartement. Ainsi, pouvais-je rester assez maître de la situation.

« Reparo » pestai-je. La tasse redevint comme neuve. Je la posai sur le plateau que j’apportai au salon. Leila fixait droit devant elle, les yeux toujours gonflés mais la surprise l’avait brutalement calmée. Elle ne réagit qu’au bruit que fit le plateau que je posais sur la table basse. Elle porta sur moi un regard étrange, où y étaient mêlés la surprise et l’angoisse. Elle avait sans doute peur que je l’agresse.
« Q-qu’est ce que vous êtes au juste ? demanda-t-elle prudemment.
— Je suis un Sorcier. » répondis-je sobrement. Inutile de nier quoi que ce soit. Il aurait été facile pour moi de pratiquer un Sortilège d’Amnésie mais je ne pus m’y résoudre. Je trouvais cela complètement lâche. J’avais mes principes, malgré tout ce qu’on pouvait dire. La droiture en faisait partie.
« Un sorcier… » murmura doucement Leila comme si elle cherchait à comprendre le sens de ces paroles. Elle semblait trouver cela saugrenu malgré son trouble.
« Je… je vous effraie ? » demandais-je craignant une réponse affirmative. Elle avait l’air si perdue à présent.
« Non… Non. C’est juste que… Je me rends compte à quel point… je ne vous connais pas vraiment… »
Je lui fis signe que je posai ma baguette sur la table, loin de moi.
« Alors, ça existe… les sorciers, les magiciens et tout ça…. » bredouilla Leila. Elle avait l’air si désorientée. Encore plus qu’avant. Ses deux grands yeux noirs fixaient un point invisible situé entre mon bureau et le cadre de mon ASPIC accroché au mur.
« Oui… » avouai-je.
« Mais… » Leila fronça les sourcils. « Vous m’aviez dit que vous travailliez dans un ministère. Est-ce un mensonge ? »
Je crus entendre une amère déception dans sa voix. Je l’avais déçue, je lui avais menti. A la limite, c’était compréhensible.
« Non. Je travaille au Ministère de la Magie, la plus grande autorité de mon monde. Je suis l’assistant personnel du Ministre. »
En énonçant ma position, je ne ressentis pas cet orgueil qui me gonflait le cœur. Pourtant, j’étais si fier de mon poste. Mais là… je trouvais ça un peu idiot. Elle ne pouvait pas comprendre l’importance d’être assistant de Cornelius Fudge.
« Un Ministre de la Magie ? » Elle avait un air étrange. Au moins, elle ne pensait plus à ses problèmes. C’était déjà ça de gagné. Même si c’était, pour moi, remplacer un problème par un autre.
« C’est bien organisé… Et… Il y en a beaucoup des…. Des gens comme vous ? » Elle prenait un soin particulier à ne pas me regarder.
« Euh.. Je ne sais pas exactement mais nous sommes présents dans le monde entier.
— Mais… commença-t-elle. Comment se fait-il que… que nous ignorons… » Avec ce nous, elle m’avait dissocié du reste des mortels. Je ne faisais plus partie du même monde qu’elle à ses yeux. Elle avait marqué la rupture dans son esprit.
« Nous avons subit tellement de persécutions de la part des… des… de ceux qui ne sont pas comme nous que nous préférons nous cacher. »
Non. Décidément, à cet instant, je n’arrivais pas à dire le mot « Moldu » devant elle. Cela me semblait si insultant pour qualifier cette jeune femme qui avait l’air cultivée. Si vulgaire… Je ne savais pas pourquoi. Je l’avais si souvent utilisé ce mot-là, pourtant, certes sans aucun mépris, quoique…

Elle regarda autour d’elle, sur tous ces objets insolites qu’elle avait à présent remarqués et… puis sur moi. Je portais mes vêtements de sorcier. J’avais tellement de travail que j’avais préféré Transplaner directement chez moi au lieu de faire les vingt minutes de trajet à pied entre le Ministère et mon appartement qui me permettaient de me rafraîchir l’esprit avant de me replonger dans le travail. Leila eut un sourire triste.
« Je suis désolée… Je vous ai trempé vos habits.
— Ce n’est pas grave… »
Subitement, je me demandais pourquoi je n’avais pas encore reçu de hibou me révélant l’amende à payer pour le fait que j’avais révélé l’existence de notre monde à une… une personne sans pouvoirs magiques.

Un petit silence s’installa que je décidai de rompre.
« Je vous ai fait du thé… C’est ce que ma mère fait quand quelqu’un ne se sent pas bien… »
Je tiquai affreusement. Pourquoi avais-je parlé de mon idiote de mère ?
« Merci. dit elle en prenant une tasse. Elle souffla négligemment sur le liquide encore chaud. Je sentis qu’elle reprenait petit à petit son sang froid. Là, où d’autres personnes auraient crié au bûcher, elle ne montrait que de la surprise et un calme surprenant teintés d’une certaine curiosité.
« Avez-vous de la famille à Londres ? demanda-t-elle.
Je me figeai et fronçai les sourcils.
« Non, ils habitent un petit village au sud-ouest de l’Angleterre. »
J’essayai de ne pas lui montrer que ce sujet me déplaisait. Si parler lui faisait du bien, alors tant pis.
« Vous avez des frères et sœurs ?
— Cinq frères et une sœur. » Répondis-je avec un pincement au cœur incontrôlable. Leila parut impressionnée. Elle eut un sourire triste. Je me rappelai qu’elle n’avait que sa grand-mère pour seule famille alors, je proposai quelque chose de saugrenu :
« Vous voulez les voir ? » fis-je en regrettant aussitôt de l’avoir proposé. Elle hocha la tête.

Je me levai et sortis du fond d’un tiroir l’article de la Gazette du Sorcier parlant du voyage en Egypte de la famille Weasley.
Elle s’empara de la feuille jaunie, non sans étonnement.
« Oh, c’est amusant, les personnages bougent ! » s’exclama Leila en regardant les personnages qui lui faisaient de grands signes. Elle effleura la coupure du bout des doigts.
« Alors… Là… et là, ce sont vos parents…
— Oui. » Dis-je tranquillement avec un visage de marbre. Je désignais un à un les membres de ma fratrie. « Voici Bill, mon plus vieux frère. Il travaille pour Gringotts, la banque des sorciers. Charlie… Il étudie les dragons en Roumanie.
— Oh ! sursauta Leila, les dragons existent réellement ? C’est stupéfiant ! » Devant mon air mortifié, elle hocha la tête. Je continuai à lui décrire la photo d’une voix monocorde, sans rien éprouver à la vue de ces diverses personnes.
« Les jumeaux Fred et George. Ils sont en dernière année à Poudlard, le collège de Sorcellerie. Là, avec le rat, c’est Ronald… enfin, Ron… Il est en cinquième année et il est préfet. » ajoutai-je avec une pointe de fierté, avant de me rappeler qu’il m’avait envoyé une lettre bien cuisante suite à mon courrier plein de conseils. « Et voilà Ginny, la petite dernière… elle est en quatrième année. »
Leila soupira et je me redressai légèrement parce que je commençais à avoir le bras ankylosé.
« Vous avez de la chance d’avoir une aussi grande famille. Moi, je… » Sa voix s’éteignit. Elle respira profondément puis reporta son attention sur l’article qu’elle parcourut des yeux.
« C’est étrange, dit elle soudainement. Vous n’êtes pas sur la photo. » Elle me chercha vainement.
« Je me suis disputé avec ma famille. Donc mon image a préféré partir. » Mon ton se durcit et mes yeux se plissèrent. « Mes parents et moi avons des idées radicalement opposées sur certains sujets… C’est pourquoi j’ai fait mes valises et je les ai quittés. »
Je ne voulais pas en parler. Enoncer ces faits me mettait en colère… Mes parents… n’étaient que des imbéciles et mes aînés aussi, par la même occasion. Incapables de voir la différence entre amitié et aveuglement.
Leila dut remarquer mon expression hostile car elle s’excusa. Ses yeux se remplirent à nouveau de larmes.
« Oh non ! m’affolai-je. Ne pleurez pas pour ça ! Moi, je ne m’en fais pas, alors, il n’y a pas de raison. » Je souris d’un air crispé, tentant pitoyablement de la rassurer.

Je changeai radicalement de sujet et posai la question qui me tourmentait depuis un moment bien que j’en soupçonnais la réponse.
« Pardonnez mon indiscrétion, commençai-je prudemment, mais… Dites-moi, que vous voulait cet individu ? » Cet individu grossier et brutal, rajoutai-je mentalement.
« C’est… c’est m-mon petit-ami ». murmura Leila.
Je m’étouffai en avalant de travers une gorgée de thé tiède. C’était bien ce que je pensais mais j’étais quand même surpris.
« Mais… mais il vous… maltraite ! m’indignai-je. Pourquoi ne le laissez-vous pas tomber ? » Je reposai ma tasse tout en pensant que cela ne me regardait pas le moins du monde.
« Mais… je… j-je l’aime ! dit elle dans un souffle. Il peut être si prévenant… quand il ne boit pas. » finit-elle dans un misérable murmure. Elle détourna les yeux, comme éprouvant une certaine honte envers l’alcoolisme périodique de son compagnon.

Je ne sus pas pourquoi je frémis d’indignation. Mais… Comment pouvait-elle aimer un homme qui la traitait comme une moins que rien ? Qui semblait se servir d’elle comme d’un objet ? « Peut-être ne suis-je bonne qu’à ça… » murmura la jeune fille. Intrigué, je relevai le visage vers elle. Recroquevillée sur le divan, l’air misérable dans ce qu’il restait de son uniforme universitaire aux longues chaussettes soigneusement ravaudées, elle prit une longue respiration. « Je peux bien vous le dire à vous… » Elle semblait chercher des yeux quelque chose qui lui donnerait du courage. « Vous êtes si gentil… »
Et comme en échange de la confidence de mon secret, elle me fit part du lourd fardeau qu’elle portait depuis son enfance… Elle se confia à moi, comme ça, sans retenue, sans pudeur aucune. Peut-être que cela lui faisait du bien. En tout cas, ses traits m’apparurent de plus en plus sereins. Cependant, ma conscience ne s’en trouvait que plus alourdie en écoutant toutes ces horreurs.

Durant pratiquement toute sa vie, Leila avait été considérée comme une petite poupée docile. Sans que sa grand-mère ne s’en aperçoive, des proches avaient abusé d’elle, ses patrons abusaient d’elle… Pratiquement tous les hommes qu’elle avait rencontrés au cours de sa misérable existence… Cela avait d’abord été un oncle un peu paumé, puis un voisin qui avait déménagé quand sa femme avait appris les faits, et d’autres… Pauvre fille… Elle n’avait pas eu d’enfance, on la lui avait volée. Par des individus sans scrupules ne pensant qu’à leur plaisir malsain. Elle ne pouvait rien dire, murée dans la loi du silence… Par honte sans doute… Leila ne recherchait qu’un peu d’attention… d’affection, mais pas ça… Pas ça…

Je frémissais de rage. Comment de telles choses pouvaient-elle se produire ? Comment se pouvait-il que des adultes aient un tel comportement à l’égard d’une enfant ? Leila était si fragile, si délicate. Je ne m’étais pas rendu compte qu’elle souffrait énormément. Elle cachait ce supplice sous une façade humble et modeste. Je ne m’étais jamais vraiment intéressé à autre chose que mon propre intérêt, alors apprendre que de tels évènements se produisaient sans que personne ne s’en rende compte, c’était à la limite du supportable. Leila s’était spontanément confiée à moi, un quasi-inconnu, un homme qui plus est. Un égoïste comme moi, surtout…

Malgré la dignité qu’elle semblait vouloir conserver durant un discours de la sorte, Leila s’était mise à sangloter violemment, la tête cachée dans ses mains. Elle avait honte. Elle se sentait sale. Et je ne savais que faire. J’étais vraiment désemparé. Comment réagir à une telle situation ? Je n’étais pas prête à endurer cela, je n’avais jamais fait face à ce genre de choses. Alors, faisant appel à mon esprit rationnel, je forçais Leila à prendre plus en compte le présent. D’après mon analyse sur le vif, la jeune fille était prise dans un cercle infernal et vicieux. Un cercle sans fin. Et la seule manière de s’en sortir, c’était, pour commencer, de ne plus voir des individus répugnants, en l’occurrence l’actuel petit-ami. Malgré le fait qu’elle avouait l’aimer, elle comprit, à force de persuasion de ma part, où était son intérêt. On ne peut aimer un homme qui vous maltraite. Je lui arrachai la promesse de ne plus jamais lui ouvrir sa porte. Et de ne plus se laisser faire en aucun cas. Elle hocha la tête mais ne se calmait pourtant pas.
« Si j-jamais je dénonce m-mon patron… hoqueta-t-elle. J-je risque de p-perdre mon petit boulot. J-je n’aur-rais plus d’argent.. et … et on va m-mettre Gr-Grand-mère dehors, j-je vais me retrouver à la rue… C’est d-dur à supporter, m-mais je préfère qu’il me fasse c-ce qu’il v-veut si cela m-me permet d-de vivre d-décemment. »

Je ne sus pas quoi lui dire. Quelle situation… Je n’avais jamais connu ça et je ne savais pas quoi lui conseiller. La vie des autres n’était pas forcément plus plaisante que la mienne. Je sommai tout de même la jeune fille de prévenir les autorités si jamais la grosse brute l’importunait encore.
« O-oh non ! Non ! se remit-elle à pleurer. Si je fais ça, t-tout le quartier v-va dire que j-je suis une t-traînée ! Déjà qu’on parle pas mal dans mon dos !
— Ne dites pas ça ! m’écriai-je en lui prenant les épaules. Les hommes profitent de votre situation, c’est tout. Ils sont lâches et stupides… Ce n’est pas de votre faute… »
Et mu par une inspiration subite, je la pris dans mes bras pour la consoler. Je réalisai alors que le monde extérieur était bien cruel… Et que la rationalité ne résolvait pas les tous les problèmes. Cependant, je m’en étais toujours servi pour diriger mon existence, et je n’avais jamais eu le moindre souci. Dans ma vie, tout était toujours réglé, organisé selon une logique implacable.

Quand ses yeux ne furent plus gonflés, je lui proposai de la raccompagner chez elle.
« Votre grand-mère va s’inquiéter. Vous devriez rentrer. »
Elle acquiesça et se leva péniblement. Son uniforme lui donnait un air très piteux qui ne lui convenait décidément pas.
« Vous ne pouvez pas sortir ainsi… » fis-je en désignant maladroitement la jeune femme. J’étais très gêné de la voir dans cet état. Et puis, moi non plus je ne pouvais pas me risquer dehors dans mes habits sorciers. J’allai me changer en lui faisant un signe de rester là. Je ressortis de ma chambre, vêtu comme le plus banal des Moldus.
« Enfilez ça par-dessus votre chemisier » lui demandai-je en lui tendant un de mes vieux pulls tricotés par ma mère. Elle m’en offrait un tous les Noëls, sauf le dernier que je lui avais renvoyé sans cérémonie. Marron, avec la première lettre de mon prénom inscrite dessus. Comme si je ne pouvais pas me rappeler de comment je m’appelais. « Vous pouvez le garder, celui-ci est trop petit et j’en ai plein des comme ça. »
Elle l’enfila rapidement. Il était trop grand pour elle et elle dut retrousser trois fois les manches pour faire sortir ses petites mains.

Nous fîmes le chemin ensemble, en silence et je lui donnai le bras. Le contour de son œil droit avait pris une affreuse couleur violacée. Je la laissai devant chez elle, elle me fit un signe et me remercia maintes fois.
« Vous êtes si gentil » murmura-t-elle en baissant les yeux.
Gentil, moi ? Non… Elle avait tort. La seule chose gentille que j’avais faite avait été de lui accorder de mon précieux temps pour qu’elle s’épanche sur mon épaule. Je ne l’avais pas aidée à résoudre ses problèmes. Je lui avais juste sorti des lieux communs, des principes. Rien de bien concret pour gérer ses soucis.

Elle promit de ne rien divulguer de ma situation. Elle baissa les yeux à cette promesse. Il semblait que le fait que je sois si différent d’elle la rassurait beaucoup.
Je repartis chez moi d’un pas pressé. J’avais pris beaucoup de retard dans mon travail… Toujours cette rationalité…

Un mois environ passa encore et je fus sûr que Leila ne fréquentait plus d’individus douteux. De mon côté, je restais de plus en plus tard au Ministère et la fuite lâche de Dumbledore avait accentué ma charge de travail. Cornelius Fudge était hors de lui. Il tenait la preuve du complot de Dumbledore et celui-ci lui avait filé sous le nez ! Au fond de moi, je me sentais triomphant. Avec ça, mes parents allaient enfin savoir que j’avais raison ! Dumbledore n’avait plus sa place à la direction de Poudlard, il complotait contre le Ministère ! L’opinion publique était avec nous. Un autre barrage contre l’autorité du Ministre avait été abattu. Maintenant, nous contrôlions Poudlard. Oui, les choses allaient enfin changer ! N’était-ce pas là une formidable opportunité ?
Avec tout ça, je ne voyais plus souvent Leila et je devais admettre que… que cela me manquait… Je me surpris même à attendre devant chez elle tard le soir qu’elle sorte pour me proposer un thé ou n’importe quoi d’autre. Je n’avais pas été poursuivi pour avoir utilisé un sort devant témoin, mais de toute manière, Leila n’avait-elle pas tenu la promesse de ne rien révéler ?
Etait-ce le printemps et les beaux jours arrivant qui me laissaient rêveur, ou bien le simple sourire que je parvenais parfois à arracher à Leila ? Je n’avais jamais été drôle et si je faisais rire, c’était des rires moqueurs que je déclenchais par mon attitude digne et le fait que je prenais toujours toute entreprise très à cœur. Sans parler de mon physique assez ingrat, au final.
Je partais tôt le matin, rentrais tard le soir. J’avais vraiment beaucoup de travail et j’en tirais de grandes satisfactions. Mais… Je ressentais parfois comme un grand vide, une lassitude comme si quelque chose me manquait. Alors, je laissais vagabonder mon esprit dans les pièces de mon appartement de célibataire un peu désordonné, je l’avouais. Et je m’imaginais par une belle journée, allongé dans l’herbe, ma tête reposant sur les genoux de Leila, et elle me lisait un de ces livres de la grande littérature moldue qu’elle aimait tant. Et puis, d’un mouvement de tête, je chassais ces images et me replongeais dans mes notes de réunions. Il ne fallait pas que je prenne du retard.
Leila… Pourquoi ces deux grands yeux noirs, emprunts de douceur et de tristesse, me poursuivaient jusqu’à mon bureau ? Je ne devais pas me laisser aller. Il me fallait me faire reconnaître, creuser mon trou comme on dit vulgairement. Je n’avais pas majoré les ASPIC pour me retrouver, là, à rêvasser comme un collégien !

Une soirée de printemps, j’avais décidé de rentrer à pied, cette fois-ci. Il faisait grand vent et cela aéra mon esprit embrumé par les diverses informations que je devais classer afin de rédiger un rapport que j’avais à rendre la semaine suivante. Être assistant du Ministre de la Magie n’était pas de tout repos. Mais j’aimais ça. Oh oui, j’adorais mon travail. C’était la meilleure chose qui puisse m’arriver. Quel meilleur début pour une carrière exceptionnelle ?
Je passai devant chez Leila. Elle ne semblait pas être là. Bizarrement, je me sentis déçu. Je restai planté cinq minutes à regarder la vieille bâtisse qui n’était pas éclairée. Ces fenêtres noires n’étaient guère accueillantes, mais je savais que malgré son intérieur minable et moisi, la maison était assez hospitalière.
Je continuai ma route, morne et triste avant d’arriver à mon immeuble. Ce fut là, sur les marches au niveau de mon palier que je la vis. Elle était recroquevillée, nageant dans mon vieux pull miteux. Quand elle entendit mes pas, elle redressa la tête et me dévisagea comme si elle vérifiait que c’était bien moi. Elle avait les yeux rougis d’avoir sans doute longtemps pleuré.
« Grand-mère est morte.» dit-elle d’une voix fatiguée sans même prendre le temps de me saluer. Elle ferma les yeux et une grosse larme lui coula le long du nez, allant s’écraser sur les mailles grossières du pull.

Elle avait l’air si misérable que je n’eus pas le cœur de la laisser sur le palier. Je fis entrer la jeune fille chez moi et lui servis du thé. Je m’assis à côté d’elle tandis qu’elle retroussait encore ses manches qui n’arrêtaient pas de se défaire. Elle vint se blottir contre moi sans me demander mon avis. Timidement, je passai un bras autour de ses frêles épaules.
« Elle était malade… Peut-être que… je ne me suis pas assez occupée d’elle. » Sa voix se brisa, elle se sentait coupable.
« Elle était âgée, n’est-ce pas ? dis-je en tentant de la rassurer. Vous avez fait ce que vous avez pu… Contre la mort, on ne peut rien…. » J’ajoutai cette phrase cliché d’un air contrit.
Elle resta silencieuse mais je la sentis trembler.
« L’enterrement est pour mardi » murmura-t-elle.
Je lui proposai, sans aucun remord quelconque, de l’y accompagner. Elle avait besoin d’un appui, sinon, maintenant seule dans la grande maison, elle allait sans doute faire une bêtise.

Je ne me souviens plus très bien de la suite… Je crois que Leila a dormi dans mon lit et moi sur le divan du salon. Elle n’avait pas eu très envie de passer la nuit dans la maison d’une morte. Et je le compris parfaitement. C’est assez glauque comme condition.
Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’elle m’a embrassé… Oui… Quand je lui ai dit que j’irais avec elle à l’enterrement de son aïeule, elle s’est éloignée de moi et m’a longuement dévisagé, comme si elle croyait que je me moquais d’elle. Ce n’était pas le cas. Puis… Elle m’a retiré mes lunettes et ses lèvres se sont posées sur les miennes. C’était juste un baiser désespéré, reconnaissant… Mais il me hanta une bonne partie de la nuit et je décidai donc de remettre la rédaction de mon rapport au lendemain. Cela m’avait fait drôle, je ne m’y étais pas attendu. Je clignai juste des yeux et ne sus pas comment réagir. Leila baissa la tête et s’excusa… Je ne dis rien… Je me sentis juste un peu idiot, d’ailleurs je devais en avoir l’expression.

On me laissa mon mardi et ce grâce aux trop nombreuses heures supplémentaires que j’effectuais. J’allai chercher Leila chez elle. C’est différent de chez nous, des funérailles moldues. Ou alors, celles-ci étaient spéciales car nous étions, Leila et moi, les seuls à y assister. Pour couronner le tout, il se mit à pleuvoir à grosses gouttes. L’aumônier accéléra son sermon, décidé à ne pas s’attarder et à finir rapidement cet enterrement plus qu’anonyme, et le cercueil glissa dans la tombe. Puis les officiants se retirèrent. Je me mis en retrait pour laisser Leila un peu seule.

Pendant qu’elle se recueillait, je me posais des questions sur mon comportement. Pourquoi avais-je tenu à assister à ça ? Quelle folie m’avait prise pour que sois prêt à prendre une rare journée de congé rien que pour tenir compagnie à une quasi-inconnue, une voisine ? Une voisine qui commençait à pas mal envahir ma vie. Ce qui ne me gênait pas le moins du monde, bien au contraire. Je devais sûrement être malade. Oui, c’était ça. Bah, cela devrait passer avec une bonne potion et pas mal de sommeil… Sommeil que j’avais d’ailleurs en retard.

Je raccompagnai Leila hors du cimetière. La pluie tombait toujours, mais j’avais discrètement fait apparaître un parapluie.
« Vous avez du temps de libre ? demanda-t-elle soudainement. Que diriez-vous d’aller à St James Park ? » A ma grande surprise, j’acceptai et même volontiers ! Après tout, n’avais-je pas pris une journée de congé ? J’aurais très bien pu la passer à rédiger des rapports… Oui… quelque chose ne tournait pas rond chez moi…

Leila glissa sa petite main dans la mienne. Je ne protestai pas le moins du monde. Elle paraissait encore plus menue à côté du grand dadet que j’étais. Le froid avait empourpré ses joues, elle souriait tristement, malgré la perte de la dernière personne qui lui restait. Leila pouvait parfois faire preuve d’une immense force de caractère, avançant malgré tout, toujours plus loin. J’avouais que cette jeune fille m’impressionnait.
Nous fîmes le chemin jusqu’au plus ancien parc de Londres, en silence. L’eau dégoulinait sur mon parapluie. Nous parcourûmes les allées désertes à cause de la pluie, main dans la main, en parlant de choses et d’autres. Malgré le mauvais temps, j’avouais que j’avais trouvé cette petite promenade agréable… La solitude d’un célibataire me semblait parfois pesante d’autant plus que je n’avais jamais de visite à mon domicile. On pouvait dire que la présence de cette jeune fille avait quelque chose de rafraîchissant. Donc, oui, quand Leila était là, j’oubliais vraiment les choses importantes…

Et pourtant, certaines choses ne changent pas avec le temps… On essaie de nous le faire croire mais ce n’est pas toujours vrai. Il y a des habitudes qu’on ne perd pas. On ne peut réellement changer, notre nature est toujours identique.

Le travail était de plus en plus prenant. Les professeurs de Poudlard ne coopéraient pas avec la nouvelle directrice, les Mangemorts étaient toujours en fuite, Dumbledore également. C’était vraiment une mauvaise période pour le Ministère. Et de ce fait, une période assez prolifique pour moi.

Malgré tous ces soucis, moi, je me promenais tous les dimanches avec Leila. C’était devenu une sorte de rituel hebdomadaire. Nous en profitions pour faire plus ample connaissance. Elle me fit connaître la littérature, la musique, ses deux grandes passions, et surtout le mode de vie moldu. Je préférais sa façon d’exposer simplement les faits à la passion immodérée de mon père de collectionner des objets inutiles sans savoir à quoi ça servait. Au moins, moi, je sus comment fonctionnait la télévision, le métro… De mon côté, sans retenue aucune, je lui appris pratiquement tout sur notre monde. Cela l’émerveilla d’entendre parler de Botruc, de Quidditch, de choses qui semblaient si insolites pour elle.
A présent… Je ne semblais qu’attendre le dimanche… Il n’arrivait jamais assez vite et s’écoulait trop rapidement… Je devins déraisonnable… Leila… Je pensais de plus en plus à elle, aux moments que nous passions ensemble… La nuit comme le jour, je voyais ces images défiler dans ma tête. L’instant où je l’avais prise dans mes bras, où elle avait glissé sa petite main dans la mienne… où elle m’avait embrassé… Un vrai collégien amouraché. Jamais je n’avais rêvassé de Pénélope comme ça… Peut-être parce que je la voyais tous les jours, que je la côtoyais naturellement, sans me poser de questions. A vrai dire, être avec Pénélope s’était fait comme ça, tout tranquillement. Quoique en y réfléchissant, j’avais eu quand même l’impression qu’elle avait été ravie de me mettre le grappin dessus. En quoi était-ce différent avec Leila ?
Et pourtant, certaines choses ne changent pas…

C’était un dimanche. Et Leila n’était pas à l’heure. C’était pourtant à elle de venir me chercher, cette semaine-là ! Je regardais anxieusement la pendule. J’ai toujours eu horreur du retard. L’habitude de toujours tout planifier. Deux heures et demi… Trois heures… Toujours pas de signes de la jeune fille. Je commençais à me ronger les sangs en regardant par la fenêtre. Elle avait peut-être oublié que c’était à elle de venir ? Dans ce cas, pourquoi n’était elle pas allée à ma rencontre ?

Je me décidai enfin à me déplacer chez elle. Je courus comme un dératé jusqu’à la vieille bâtisse. Les volets étaient encore clos… Et si… Mon sang ne fit qu’un tour. Je frappai pendant de longs instants à la porte, paniquant de plus en plus à chaque seconde. Puis, à mon grand soulagement, elle m’ouvrit. Elle portait un long T-shirt et avait l’air de tout juste se réveiller.
« Leila… » Qu’est-ce qui pouvait bien lui avoir fait oublier notre rendez-vous hebdomadaire ? Et pourquoi elle était accoutrée ainsi, à cette heure avancée ?
« Percy ? » Une lueur de panique passa dans ses yeux sombres. « Que faîtes-vous… » Elle sembla se rappeler qu’on était dimanche et qu’elle…

« Qui c’est, ma chatte ? » En entendant cette voix, je sentis mes entrailles geler. Un homme apparut dans le couloir et me jeta un regard mauvais. Vêtu d’un simple caleçon grisâtre, mal rasé, assez jeune, il sentait l’alcool…
« C’est… C’est… commença maladroitement Leila, mortifiée.
— Bonjour Monsieur, je suis un voisin. Je voulais savoir si vous avez du lait… » mentis-je sans regarder la jeune fille qui baissa la tête.
« Bien sûr qu’on en a ! C’est la seule chose qui ne se boive pas ici ! » Il eut un rire gras, apparemment heureux de sa plaisanterie stupide. Il se tourna vers Leila. « Bon, alors ? Qu’est-ce que tu fous à rester plantée là comme une cruche ? Va donc chercher du lait pour le Monsieur ! » beugla-t-il. Ces mots insultants me vrillèrent le cœur.

Leila sursauta et alla chercher l’objet de mon mensonge. Je restai seul à seul avec l’homme. Il y eut un silence lourd, bientôt troublé par la voix rude de l’homme.
« Ah, j’ai eu peur que vous soyez un de ses ex… enfin, vous n’avez pas trop le genre, mais bon… Je comprendrais… C’est une chienne au lit. Tout le quartier a dû lui passer dessus. » J’eus un haut le cœur… Dans un certain sens, je savais que c’était la vérité mais… entendre ça de la bouche de ce sinistre individu me donnait des nausées. Je blêmis affreusement. J’avais une féroce envie de frapper l’individu jusqu’au sang, de le torturer puis de le jeter dans la Tamise et d’enlever Leila de là. Décret ou pas. Heureusement pour lui, elle revint avec une bouteille de lait.
« Tenez… J’espère que cela vous conviendra. murmura-t-elle.
— Merci, Miss. » fis-je tout en prenant bien soin de ne pas la regarder. Ses yeux noirs semblaient lancer de muettes excuses et je ne le supportais pas.
« Bon, eh bien… Bien le bonjour chez vous » grogna l’homme avant de me claquer la porte au nez.

Je restai un moment interdit sur le pas de la porte, avec une bouteille de lait inutile dans les bras. J’étais affreusement, pâle, comme anémié. Je n’osais pas imaginer ce qu’ils allaient faire après avoir fermé la porte.

Je rentrai chez moi, je ne sais plus comment. Je fracassai la bouteille de lait contre un mur, faisant une énorme tache dégoulinante sur le papier peint, et me jetai sur mon lit, sans prendre la peine d’ôter mes chaussures récemment cirées. Ah… C’était donc pour ça qu’elle n’était pas venue… Ah, très bien… Très bien… Et toutes ces promesses… du vent ! Je sentis des larmes de rage couler le long de mes joues… Très bien… Si elle ne voulait pas s’en sortir, c’était son problème. Je serrais furieusement mes draps. J’étais extrêmement déçu… Et puis… furieux, jaloux, fou… A cela s’ajoutait mon immense frustration de voir que mes parents ne changeaient toujours pas d’avis malgré la fuite de Dumbledore. Bon sang, pourquoi personne ne voulait voir que j’avais raison ?
Pendant des heures, je dépensais toute mon énergie à lancer des malédictions envers et contre tout. Depuis combien de temps ? Depuis quand elle s’était mise à fréquenter de nouveau des brutes épaisses sans aucun relief ? Des alcooliques, des imbéciles… Des… Il passait du temps avec elle, bien plus que moi, il partageait son lit. Il… il embrassait cette petite bouche vermeille avec ses horribles lèvres charnues. Il posait ses grosses pattes calleuses sur sa peau si délicate. Elle lui en donnait le droit. C’était à lui qu’elle murmurait ces paroles idiotes des amoureux. Son sourire n’était que pour lui. Ce salaud avec ses manières brutales, son haleine d’alcool et son vocabulaire restreint. Il ne la respectait pas, il la traitait comme un objet, comme tous les autres. Etais-je donc la seule personne à considérer Leila comme un être à part entière ?

A bout de nerfs et exténué, je m’endormis tout habillé dans un lit défait.
Certaines choses ne changent donc pas ?

Le lendemain, je pris diverses résolutions. J’arrangeai d’abord mon appartement, nettoyai le lait gouttant le long du mur, remis de l’ordre dans ma chambre… Je Transplanai jusqu’à mon bureau et me plongeai jusqu’au soir dans mon travail sans égarer une seule fois mon esprit. J’avais une migraine épouvantable après avoir fait cette ridicule crise de nerfs et de larmes.
Les jours suivants, je ne perdis plus vingt minutes soir et matin à faire un parcours à pied alors que je mettais deux secondes à Transplaner au Ministère. Je décidais même de passer les week-ends au Ministère. Comme ça, je pus prendre de l’avance sur mon travail. Je ne voyais plus Leila et c’était tant mieux ! Je me portais très bien sans elle. Qu’elle reste donc avec ses petits amis. Puisqu’ils étaient plus intéressants que moi ! Ah… enfin, je semblais être redescendu sur la planète Terre. Le travail est vraiment votre meilleur ami.
Cette euphorie subite ne dura pas, hélas. En à peine deux semaines, j’étais retombé dans une sorte de lassitude sans fin. J’étais très endurant, n’est-ce pas ? Voilà que je me remis à faire le trajet jusqu’au Ministère à pied. Je n’avais vraiment aucune volonté. Je me faisais vraiment pitié. Qu’est-ce que j’espérais ? Qu’elle reste donc avec cet abruti ! Si elle préférait la compagnie d’aliénés pareils à celle d’une personne cultivée et intelligente comme moi, c’était son problème, pas le mien !
Au fond de moi, je me sentais vraiment seul. Quand on a l’habitude d’avoir en permanence sur le dos quatre frères et sœur, se retrouver dans un appartement vide était… triste. C’était reposant, certes, mais qu’est-ce que c’était… mort ! Enfin, j’avais ma fierté, moi, et Leila m’avait profondément déçu voire humilié. J’étais profondément amer. Mais…
Mais… nos discussions me manquaient, quand même… Leila… Pourquoi ? J’aurais bien aimé bien retourner me promener avec elle dans le parc. Je l’avais fait, une fois, tout seul comme un idiot. Cela n’avait pas la même saveur. Je m’étais assis sur un banc devant le plan d’eau à regarder les oiseaux. J’avais même acheté un livre que Leila appréciait tout particulièrement. Une pièce de théâtre : Roméo et Juliette. Il n’y avait rien de réjouissant là-dedans, deux familles qui s’entre-déchirent alors que leurs enfants sont tombés amoureux l’un de l’autre. Je n’avais pas encore fini de le lire, mais je pressentais que ça allait mal se terminer… Je crois bien que c’est un grand classique du théâtre anglais. Mais, bon, je préférais quand c’était Leila qui lisait, elle mettait l’intonation et m’expliquait les mots que je ne comprenais pas. Non, franchement, je finis par croire que je m’étais vraiment attaché à cette jeune fille sensible. Ah, l’imbécile !

Mes projets envers le sinistre individu se concrétisèrent. Je ne l’ai pas tué bien sûr, mais je l’ai éloigné pour toujours de ma douce amie. De ma chère Leila… Pathétique, je la nommais intérieurement ma chère Leila. Je ne voulais simplement pas qu’elle souffre, je devais la débarrasser de l’autre brute. Ce type était du même genre que l’autre ivrogne que j’avais déjà fait fuir. Je me souviens très bien de ce soir-là, et cela me fait toujours sourire en y repensant. Un sourire satisfait. Merlin que cela m’avait soulagé !
Il était plus de dix heures, je rentrais chez moi à pied. Oui, j’osais traverser Londres, la nuit, tout seul. Je passais donc inévitablement devant la maison de Leila. J’entendis des éclats de voix provenir d’une fenêtre ouverte. Il y avait la voix de Leila. Mon sang se figea. Malgré toutes mes résolutions, malgré toutes les horreurs que j’avais pensées, malgré mon esprit rationnel, je montai les marches du perron en silence. Je laissai ma prudence au placard et m’armai du courage qui faisait l’apanage et la fierté de tout Gryffondor.
Il y avait des bris de vaisselle et… Leila… Leila qui pleurait bruyamment. Si jamais l’autre lui faisait du mal, je… Elle se mit à hurler de douleur. Elle était en train de se faire battre ! Oh, non… Je devins littéralement fou. Au diable la raison !
J’enfonçai quasiment la porte que je déverrouillai à l’aide d’un « Alohomora ! » puissant. Je courus vers la cuisine. Mes pas résonnaient dans le salon vide. Les pleurs de Leila aiguisaient ma colère. La jeune fille était recroquevillée au pied de l’évier, les bras devant son visage pour se protéger. L’homme se tenait face à elle, le poing brandit, prêt à la frapper. Il sentait l’alcool à plein nez.
« Arrêtez ça tout de suite! » hurlai-je, baguette au poing, le teint écarlate.

Il me dévisagea sous ses paupières mi-closes. Il était complètement saoul, paraissant encore plus abruti que lors de notre rencontre. Il bafouilla difficilement : « Je… je… vous reconnais, vous… V-vous êtes le voisin d-de la dernière fois… »
Je ne pris pas la peine de répondre. Je lui sommai immédiatement de cesser ses agissements. Il se contenta de rire stupidement.
« Eh… Eh… Qu’est ce que tu vas me faire, hein ? Hein ? J’ai le droit de la taper… Ce n’est qu’une pute… »

Il n’y avait pas de terme plus odieux à mes oreilles pour qualifier Leila. Cela suffit à déclencher ma colère. Et lui, qu’était-il ? Une sale brute, un ivrogne… Ce n’était pas plus reluisant.
« Fermez-la ! » tonnai-je. « Dehors ! »
Je levai ma baguette, pris d’une rage sans précédent, proche de l’état dans lequel m’avait plongé ma crise de fureur, des semaines auparavant. Je croisai, une seconde, le regard de Leila. Elle secoua furieusement la tête, comme pour me dire de ne pas user de la magie. Elle savait pertinemment ce que je risquai. Je préférai lui obéir, elle n’avait pas tort. Je ne devais pas me laisser emporter.
« Eh… Alors ? Il fait dans son froc, le rouquin ? » Il se rapprocha de moi et j’eu droit à son haleine alcoolisée en plein dans le nez. J’étais plus grand que lui, mais je n’avais pas sa carrure.
« Sortez d’ici » dis-je le plus calmement du monde, tentant de contenir ma colère.
« Ecoute-moi, binoclard. marmotta l’homme en me fixant dans les yeux. « Qu’est ce que tu veux ? Tu préfères que je foute le camp, comme ça, tu pourras te la taper dans mon dos ? C’est ça ? » Il eut un regard dédaigneux pour Leila qui restait prostrée au sol, se balançant d’avant en arrière. « Pfeuh… » Il cracha dans sa direction. « J’te la laisse… pour l’instant. Elle est pas excitante, là, à pleurnicher comme une… »

Je ne lui laissai pas le temps de finir. Mon poing heurta sa mâchoire de plein fouet. Ce sale… Il poussa un juron et se jeta sur moi. Mes lunettes volèrent dans la bagarre et je chutai sous le poids de l’ivrogne. Je n’avais jamais su vraiment me battre. J’étais un pacifique de nature, préférant m’expliquer avec les mots plutôt qu’avec les poings. J’avais toujours eu le dessous lors des chamailleries avec mes frères. L’homme serra ses mains charnues autour de mon cou et je me mis à suffoquer. J’essayai en vain de lui faire lâcher prise en poussant son visage, mais j’étouffais de plus en plus, paniqué et coincé contre un placard.

Soudain, j’entendis un bruit de verre brisé, et l’étau autour de ma gorge se desserra brutalement. J’ouvris les yeux et je vis Leila qui se dressait derrière l’homme, complètement paniquée. Elle l’avait assommé avec une bouteille vide. Je me relevai péniblement, me massant le cou, et me dégageai de sous cet imbécile. Je repris peu à peu une respiration normale et Leila courut se réfugier dans mes bras.
« Oh, Percy… Si vous saviez comme je suis désolée… » Elle pleurait à chaudes larmes, la tête pressée contre ma poitrine.
« Calmez-vous, Leila. murmurai-je en la berçant doucement. C’est fini, tout va bien… »

Je lançai un regard dégoûté à l’homme qui gisait, évanoui à terre, dans un semi coma éthylique. Je proposai à Leila d’appeler la police. Ce genre d’individu était vraiment dangereux. Elle secoua la tête. Elle ne voulait pas, elle avait peur et je le comprenais. Mais… Comment se débarrasser de ce type et être sûr qu’il ne revienne jamais rôder dans le coin ? Un rictus presque sadique se dessina sur mon visage. Après tout, pourquoi pas… Il faisait nuit et personne ne nous verrait.

Je réparai mes lunettes d’un coup de baguette. J’avais les joues fumantes et ma colère ne semblait pas vouloir s’estomper. Je fis part de mon idée à Leila qui me regarda avec surprise. Elle ne s’attendait pas à ce que je puisse me montrer si impitoyable. Je la rassurai et elle accepta. Son regard se durcit et elle avait l’air d’avoir cette même détermination qui faisait tout son charme.

Nous transportâmes donc le corps inconscient jusqu’à la Tamise où nous le jetâmes. Le contact avec l’eau glacée le réveilla complètement. Peu importe s’il faisait une crise d’hydrocution, il l’avait bien mérité. Je n’en aurais eu aucun remords. Mais il se contenta de pousser des jurons odieux. Je le fixai avec le regard le plus féroce possible.
« Ne vous approchez plus jamais de Leila, vous m’entendez ?! » lui hurlai-je de la berge. « Si jamais vous remettez ne serait-ce qu’un seul pied dans le quartier, je vous jure que ce ne sera pas un bain dans la Tamise que je vous réserve… » Je lui lançai ses affaires et ramenai une Leila tremblante dans la vieille maison. Elle me supplia de rester, elle était terrifiée d’un hypothétique retour. Je ne pensais pas qu’après il oserait monter à nouveau sa sale tête, mais bon…

Je ne dormis pas beaucoup cette nuit-là. Assis sur un fauteuil du salon avec Leila endormie, la tête sur mes genoux, je songeais à mon comportement de cette soirée. A vrai dire je n’avais pas beaucoup réfléchi à se que je faisais, ni aux conséquences de mes actes. J’avais agi sous l’emprise de la colère et ce n’avait pas été très raisonnable. Je savais très bien, tout au fond de moi, que je n’aurais pas pu rester sans rien faire. Tout en caressant sans réfléchir les cheveux châtains de la jeune fille, je me dis que ce n’était pas seulement la pitié qui avait guidé mon bras.

Nos promenades dominicales reprirent, à mon grand contentement. Oui, c’était nettement plus agréable avec Leila. Elle avait l’air d’aller mieux et sa lèvre n’était plus enflée. Elle arrivait à sourire malgré tout. En plus, c’était à moi, qu’elle souriait ! Le mois de juin s’annonçait ensoleillé et c’était très bien pour aller flâner à St James Park. Nous nous y promenions, main dans la main, sans aucune gêne. Dimanche redevint mon jour préféré, un peu comme une bouffée d’oxygène dans ces mornes semaines. Assis sur un banc, nous discutions de tout et de rien, surtout de rien de sérieux. Leila avait vraiment un effet positif sur mon moral. J’oubliais mes soucis et mes cas de conscience… Et la réciproque se vérifiait semaines après semaines.

La pire chose qui aurait pu se passer, arriva cependant à assombrir mes journées. On avait eu la confirmation du retour de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Il avait pénétré au sein même du Ministère de la Magie et Cornelius Fudge l’avait vu de ses propres yeux. Avec la publication de la nouvelle dans la Gazette du Sorcier, ce devint officiel. Les gens étaient devenus hystériques affirmant que Vous-Savez-Qui était passé dans leur rue ou ailleurs. Il fallut déployer les Brigades d’Intervention pour ramener le calme. Des réunions de crises avaient lieu tous les jours et les comptes rendus s’amoncelaient sur mon bureau. Je me sentais un peu perdu avec tout ceci, comme si j’avais commis une erreur dans mon jugement. Je n’avais pas le temps de pleinement réfléchir à la question, compte tenu de l’alourdissement considérable de ma charge de travail.

Chaque dimanche était donc une véritable pause dans ma semaine éreintante et animée. Heureusement que je ne travaillais pas ce jour là. C’était un peu bête de penser ça, voire même complètement hors de propos mais j’étais sincère. J’étais simplement tombé amoureux. Mais cela m’effrayait… J’avais peur que ce ne soit que de la pitié déguisée… Cela ne me ressemblait pas, je le savais mais ce genre de doute m’assaillait. J’étais dans une vraie période de remise en question vis-à-vis de ma vie privée et de mes positions politiques. Sans compter cet épineux problème : Leila était une Moldue, j’étais un sorcier…

Ma présence avait l’air de faire du bien à la jeune fille. Elle avait repris du poids, les ecchymoses de ses bras disparaissaient petit à petit. Mais son regard restait à jamais voilé par la dureté de son existence que je me m’efforçais quand même de rendre agréable.

Nous devions faire un sacré tableau, tous les deux. Elle, toute petite, toute menue, avec de longs cheveux châtains tombant sur ses épaules et moi, grand, dégingandé avec mes cheveux roux légèrement ondulés. Mais nous nous en fichions. L’été arrivait et malgré la menace de Lord Machin, je me sentais insouciant. C’était fou, l’effet qu’une simple jeune fille pouvait avoir sur quelqu’un d’aussi terre-à-terre que moi ! J’avais rencontré Leila et le reste m’importait peu, maintenant.

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