Chapitre seize

Beyond the Stars

Chapitre 16

« Foutez le camp, Shepard ! »
Aria la poussa rudement. « Prenez Presalia avec vous et barrez-vous ! »

Les lumières rougeâtres dessinaient des ombres effrayantes sur le visage de l’Asari. Elle ne voulait rien savoir, bien décidée à en découdre avec Cerberus sans l’aide du Commander. Omega était sous sa responsabilité et elle était bien décidée à se battre pour la défendre. Elle n’avait pas besoin de Shepard pour ça. Ce n’était pas la première fois qu’elle avait ce genre de soucis.

« Qu’est-ce que vous attendez ? On va pas pouvoir vous assurer une porte de sécurité si vous restez plantée là ! »
Garrus tira Shepard en arrière.

« Elle a raison Shepard. Nous devons y aller. »

Et laisser Aria se démerder seule avec Cerberus ? Shepard ne pouvait pas laisser faire ça. Elle ne pouvait pas venir en aide à celle qui lui avait pas mal sauvé la mise. C’était contraire à son sens de l’honneur. Aria lui hurlait dessus à présent. L’exortait à partir sans demander son reste.

« Ce n’est pas votre combat ! »

Pas son combat. Elle en avait plus qu’assez d’entendre ça ! Pourquoi se battait-elle alors ? Si elle ne pouvait épauler quelqu’un qui en avait besoin, à quoi servait-elle ?
« Allez ! Si vous crevez ici, autant dire que les Reapers ont gagné ! »

Liara prit le bras de Shepard. Elle se laissa guider à travers les couloirs parmi les mercenaires qui courraient dans tous les sens, se préparant à défendre leur bien sans répit. Les sirènes hurlaient, les civils étaient mis à l’abri dans les profondeurs de la station. Quand cesserait-elle d’entendre ces hurlements d’alarmes ? Quand tout ceci cessera-t-il ? Elle était hébétée, tirée par Liara, poussée par Garrus. Presalia suivait le Shadow Broker de près. Shepard posa sous regard sur elle. Le docteur gardait un sang froid exemplaire. Déjà, le spatioport était pris d’assaut.

« On vous ouvre la voie ! » s’exclama un Blue Suns. Un escadron fonça vers le vaisseau de Cerberus qui venait de forcer l’entrée. Shepard revint à elle. Ses sens se mirent en alerte. Elle dégaina son Carniflex, tirant en direction des premiers officiers de Cerberus qui avançaient parmi la mitraille.

« Des Atlas ! »
Garrus mit le Docteur à l’abri. Shepard se jeta derrière la cargaison d’un vaisseau. Elle rangea son Carniflex et arma son fusil Sniper. Liara se posta plus loin et commença à lancer des décharges biotiques dans tous les sens. Deux immenses colosses mécaniques leur bouchaient désormais le passage vers le Normandy.
Shepard rassembla ses esprits. Elle s’installa le mieux possible pour tirer. C’était là où résidait tout l’art du tireur à distance. Elle devait optimiser sa position afin d’éviter tout tremblement. C’était la clé de sa précision, la raison pour laquelle elle faisait pratiquement mouche à chaque tir.

« Grenade ! » s’écria Garrus alors qu’un objet atterrit près d’eux dégageant une fumée âcre qui les aveugla.

« Il faut détruire leur bouclier. » Shepard fit un signe à Garrus. Il sort son plus lourd fusil et vida le chargeur sur l’Atlas le plus proche. Malheureusement, les Atlas n’étaient pas seuls. Les troupes d’assaut qui les accompagnaient étaient une gêne importante.

Liara et Presalia redoublaient d’effort pour les mettre hors d’état de nuire. Entourées de volutes bleues, elles usaient de leurs pouvoirs et faisaient voler les ennemis dans tous les sens. Shepard profitaient de l’immobilité procurées par certains des sorts pour tirer.

Un Atlas eut enfin le bouclier de détruit. Ne restait qu’une solide armure. Shepard allait en faire son affaire. Elle jeta une grenade qui vint s’accrocher à la massive silhouette métallique. Elle se mit à couvert et la détonation retentit. Un Atlas était enfin hors service. Ils ne pouvaient toutefois pas avancer vers les quais.

« Joker ? Préparez le Normandy à partir.

— Aye, Aye, Commander. Tout va bien ?

— Nous avons quelques difficultés à progresser mais rien d’insurmontable. »

Elle changea de canal et contacta Miranda.

« Vous pouvez faire sortir James et Jacob ? Un peu d’aide serait la bienvenue, ça nous éviterait de perdre plus de temps. »

Il y eut un silence à l’autre bout.

« Je préfère y aller moi-même, Shepard.

— C’est plutôt de l’artillerie lourde, Miranda, contra Shepard, je ne pense pas que…

— Douteriez-vous de mes capacités sur le terrain ? »

Shepard ne répondit pas. C’était bien le moment de faire la têtue. Elle finit par céder. De toute façon, elle avait d’aide.

« Shepard ! Sur la gauche. Unités Phantom ! »

Il ne manquait plus que ça. Shepard n’aimait pas ce qu’elle voyait. Ce qui leur faisait face n’avait rien d’humain dans sa manière de se déplacer. Rapides, agiles. Des vrais ninjas volants. Les affronter était ardu. Le seul moyen de les vaincre était de faire sauter leur barrière biotique et de les immobiliser. Elle fit signe à Liara de s’en occuper. Les troupes d’assaut étaient beaucoup plus lente, elle en ferait son affaire.

Elle arma son fusil et se mit en position, l’œil dans le viseur. Elle n’eut pas le temps de tirer. Ce n’était plus la peine. Les soldats de Cerberus qui bloquaient l’accès au Normandy venaient de voler comme projetés par le souffle d’une explosion. L’Atlas eut enfin le bouclier hors service.

Entourée d’un halo bleu, Miranda était en train de nettoyer le passage, épaulée par Jacob qui tirait sans s’arrêter.

« Par ici ! » Shepard appela Liara et Presalia.

Elle leur fit signe qu’elle les couvrait jusqu’au vaisseau. Les deux Asaris se ruèrent à toute vitesse vers le Normandy. Une fois qu’elle eut traversé la mitraille, Shepard et Garrus leur emboîtèrent le pas sous le couvert de Jacob. Les Phantoms les poursuivaient à présent. Liara en paralysa enfin un et Shepard n’hésita pas à se retourner pour lui tirer une balle à l’aide de son Carniflex.

 

Le petit groupe remonta rapidement jusqu’au Normandy. Une fois tous à l’abri, Shepard ordonna à Joker de les tirer de là. Sous le feu nourri de Cerberus, le vaisseau s’arracha à la station.

« J’espère qu’Aria va s’en sortir.

— Ne vous en faites pas, Shepard. C’est une dure à cuire. » Presalia semblait bien connaître la dirigeante d’Omega.

 

 

 

« On a fait quelques coups ensemble », précisa le docteur, un sourire nostalgique sur le visage.

Poursuivi par une poignée de vaisseaux, le Normandy fila à toute vitesse à travers l’espace. Shepard donna quelque ordres afin de riposter aux tirs qu’ils essuyaient. S’ils le vaisseau était trop endommagé, c’en était fini d’eux. Elle n’allait pas faire surface avec le Normandy en mauvais état. Pour l’instant les boucliers tenaient bon. Shepard envoya Jacob en soutien pour épauler Joker avec les canons.

Elle n’avait pas le temps d’évaluer si l’ancien soldat de Cerberus était le traître ou non. Elle entraîna Liara dans sa pièce.

« Il faut que vous contactiez le Capitaine Kirrahe. »

La jeune femme espérait que celui qui avait montré tant de bravoure lors de l’assaut de Virmire allait pouvoir lui venir en aide. Au nom de quoi, elle ne savait pas encore mais elle allait bien finir par trouver des arguments. Après tou, ce ne serait qu’un retour d’ascenseur. Virmire était son champ de bataille et elle avait été la seule à venir. Kirrahe avait le sens de l’honneur, comme un de ces vieux soldats qui ne vivaient que par abnégation. Il avait le sens des mots et elle pouvait en faire un missionnaire auprès de ses pairs. Restait juste à le convaincre d’accueillir Presalia.

« J’ai trouvé un Major Kirrahe, Shepard. »

Major ?

Cela ne l’étonna qu’à moitié. Ses discours faisaient sans doute forte impression/ Mordin avait évoqué cette manière constante d’ajouter « Tenir le front. » Kirrahe était un bel orateur. Le titre de Major lui convenait parfaitement. Qui plus est, plus son influence était grande, plus il serait d’une aide précieuse.

« Trouvez-moi un moyen de le contacter. »

Elle laissa Liara et remonta sur le pont. Elle croisa James et lui fit signe de le suivre. D’un mouvement de l’index, elle l’invita à se pencher vers elle.

« J’ai bien peur qu’il n’y ait une fuite concernant nos déplacements. »

Il haussa les sourcils puis hocha doucement la tête.

« Vous êtes le dernier arrivé. Votre regard est neuf. Je peux vous demander d’être… attentif aux agissements de chacun ? »

Elle aurait pu demander à Garrus ou à Liara en qui elle avait le plus confiance mais elle avait préféré se trouner vers Vega pour avoir un regard neuf. Il pouvait être plus à même d’être suspicieux, tout soldat de l’Alliance qu’il était, c’était ce qui était le plus crédible.

« Comptez sur moi, Shepard. »

Elle lui fit un sourire, lui tapota l’épaule pour le remercier.

Ils arrivèrent ensemble au cockpit où Jacob avait amené une chaise du mess pour s’installer aux côtés de Joker. Un siège de co-pilotage n’aurait pas été de trop. Pour un vaisseau de l’Alliance cela manquait de sérieux.

« On les a semés, Commander. » annonça Joker avec un large sourire qui ne trompa pas Shepard. Il s’en était fallu de peu pour que Cerberus ne leur mette la main dessus.

« Des dégâts ?

— On a un bouclier endommagé et un canon hors service. » Shepard tiqua puis relativisa. C’aurait pu être pire.

« Il va falloir se poser quelque part pour réparer ça. »

S’ils pouvaient atterrir sur Sur-Kesh, ce serait possible.

« Shepard, je pense pouvoir établir le contact avec Kirrahe », chuchota Liara dans son oreillette.

 

Le Commander retourna donc voir l’Asari. Elle commençait à penser à ce qu’elle allait dire au Major.

Liara lui fit un sourire et lui montra un siège où le Commander prit place. L’Asari décompta sur ses doigts.

« Major Kirrahe ?

— Commander Shepard ? C’est bien vous ? Ca alors, vous êtes vivante ! » Kirrahe ne cacha pas sa surprise. Il se mit à bombarder Lucy de remarque diverses, de « J’en étais sûr ! » à « Ce ne pouvait être autrement. »

Elle finit par le couper dans son élan pour lui exposer sa situation.

« Pourriez-vous nous venir en aide ? »

Fidèle à sa réputation, le Salarian n’hésita pas une seconde. Il énonca ce qu’il se passait sur Sur’Kesh.

« Pas encore les Reapers. Sommes encore à l’abri. Le répit sera court. J’en ai bien peur. » Il avoua en avoir assez de ne rien faire de plus pour aider les populations. Certains Salarians vivaient dans des colonies déjà envahies.

« J’ai l’impression que nos dirigeants sont un peu dépassé. Les ordres que je reçois sont parfois contradictoires. C’est la panique. »

Shepard ne put qu’acquiescer. Il fallait vraiment qu’une unité des peuples se mette en place. Si le Conseil n’y parvenait pas, qui le pourrait ?

« Nous arrivons sur Sur’Kesh dans trois heures. Serez-vous prêt ?

— Bien sûr. Aucun problème. Je peux vous ouvrir une voie cachée où vous serez à l’abri. Vous savez que vous êtes recherchée, n’est-ce pas ?

— Bien sûr, sourit le Commander. Ne vous tracassez pas. Je vais passer par la grande porte, si ça ne vous dérange pas.

— L’accueil ne sera pas fameux, Shepard. Vous vous mettez en danger. Pensez à ceux qui assurent vos arrières. »

Le sourire de Lucy devint dangeureux.

« Je leur dois énormément, je sais. Mais je pense qu’il est grand temps que je me montre. Après tout, je suis le Commander Shepard, non ? »

Kirrahe ne répondit pas. Si Lucy devait jouer le rôle du Commander Shepard, de l’héroïne de la Citadelle pour que l’on obtienne enfin quelque chose de concret, une vraie alliance, elle n’hésiterait pas. Elle avait tant envie de faire un pied de nez à tous ceux qui la prenaient pour une lâche ! Elle savait d’instinct que c’était le moment de montrer qu’elle avait déjà pris part à la bataille. Que les diverses races pouvaient avancer ensemble. Salarians, Asaris, Quarians, Turians, Humains, Hanars, Drells… Elle savait qu’ils se dresseraient. Il fallait juste tirer sur les bonnes ficelles. Quitte à en casser certaines.

« Très bien, répondit Kirrahe. C’est vous qui voyez. A bientôt, Shepard. »

 

Shepard sentit le regard de Liara sur elle.

« Il faut qu’on sorte de là. » expliqua le Commander d’un air las. « Vous me connaissez, Liara, je ne peux pas rester sans rien faire. J’en ai plus qu’assez de me cacher.

— J’ai toujours eu l’intime conviction qu’il n’y avait que vous qui puissiez rassembler les différentes espèces sous une même bannière. »

Lucy eut un rire étrange. « Vous me donnez bien d’importance, Liara.

— C’est la vérité, s’emporta la jeune Asari. Allons bon, pourquoi le Conseil veut vous voir enfermée ? Parce qu’ils craignent votre influence. Vous êtes dangereuse pour le système établi, Shepard, ne le niez pas.

— Le système établi ne risque pas de tenir longtemps. Au vu de la progression de nos chers ennemis, il ne va plus en rester grand-chose, du système établi. »

L’ironie était évidente. Lucy ne comprenait pas comment le Conseil pouvait s’accrocher encore à leur petit pouvoir. Au lieu de réagir correctement face à la menace, ils étaient plutôt en train de provoquer leur propre destruction. Elle n’arrivait pas à suivre leur logique.

« Plus important… » dit-elle soudainement en faisant signe à Liara de s’approcher. Elle baissa le plus possible le son de sa voix et lui glissa à l’oreille les soupçons à propos d’un traitre dans le Normandy. Cette éventualité était de plus en plus probable. Cela lui pesait beaucoup. Savoir qu’il y avait quelqu’un en qui elle ne pouvait pas faire confiance. Savoir qu’elle n’avait pas réussit à s’en rendre compte. Elle était en colère après elle-même. Qui ? Qui pourrait trouver un intérêt à la vendre à Cerberus ? Jacob ? Elle l’imaginait difficilement lui faire faux bond. Miranda ? Elle l’aurait déjà vendue depuis longtemps au vu de sa vision très radicale des choses ? Après, il y avait des moins gradés. Chambers ? Elle semblait dingue d’elle, tellement que c’en était malsain. Donnelly ? Daniels ? C’étaient les deux seuls machinistes de Cerberus qui avaient accepté de rester malgré le remplacement des autres par des soldats de l’Alliance. Il y avait Gardner, le coq mais elle l’imaginait difficilement jouer les espions. Tout à ses pensées, elle finit par fixer d’un regard insistant l’orbe bleu présent dans la pièce.

EDI.

EDI était partout. EDI écoutait tout, enregistrait tout. Elle savait tout. Rien de ce qui se passait dans le Normandy ne lui était étranger. Même les moments intimes que Lucy avait eus avec Jeff étaient consignés quelque part.

 

Envisager qu’EDI était la taupe était bien plus effrayant que tout. Shepard ne voyait aucun moyen de contrecarrer l’Intelligence Artificielle qui gérait tout le vaisseau. Comment savoir ce qu’elle faisait sans qu’elle ne s’en rende compte ? C’était impossible. Même Liara n’aurait pas pu entrer dans les données du Core sans se faire remarquer. C’était insoluble. Ce serait bien pire que tout. Le Commander avait beau tourner les choses dans tous les sens, elle ne voyait pas comment faire. Comment mettre en défaut celle qui surveillait leurs moindres faits et gestes en permanence, même lorsqu’ils étaient à terre ? Elle aurait dû écouter son instinct, celui qui détestait les IA par-dessus tout. Elle secoua la tête. Cela n’aurait rien changé du tout.

 

« Je vais voir ce que je peux faire. » murmura Liara sans grande conviction. Shepard hocha la tête avant de se lever pour prendre congé. Il fallait tout de même continuer à avancer. Malgré tout. Elle fit rassembler tout le monde afin de planifier leurs agissements sur Sur’Kesh.

C’était un moment qu’elle attendait. Se montrer à la face de la Galaxie. Montrer au Conseil, à Kaidan, qu’elle n’avait pas peur. Elle n’était pas une lâche. Elle combattrait à découvert. Peu lui importait la menace qui pesait sur elle. Cerberus, les crétins qui avaient gobé les conneries servies par les médias, les Batarians… Elle s’en foutait. Elle voyait plus loin. Elle voyait le véritable ennemi à abattre et rien ni personne n’allait l’en empêcher. Elle avait perdu assez de temps, assez d’énergie à être discrète, à se cacher quand elle avait été repérée. C’était sur Sur’Kesh que cela allait se jouer. Elle avait de penser qu’après tout elle verra bien. Hackett avait suffisamment fait pour elle, pour la préserver. Il était temps qu’elle lui renvoie l’ascenseur. Ca ne pouvait être fait que si elle agissait au grand jour. Il serait alors temps de voir qui était ceux qui allaient se ranger à ses côtés ou non. Ceux qui avaient compris qui était le véritable ennemi. Les autres pouvaient bien aller se faire foutre.

 

 

« Nous sommes en approche de Sur’Kesh. »

La planète offrait une vision agréable. Elle n’avait pas l’air de souffrir d’une quelconque invasion. Pas encore. Tant mieux. Les Salarians aurait de quoi s’organiser et préparer leurs forces. Cela leur laissait un peu de répit pour discuter.

« Aucune présence hostile dans la zone d’atterrissage, précisa EDI.

— Ils ont l’air accueillants, ces Salarians », commenta Joker.

Shepard ne répondit pas. Elle attendait de voir tout de même. Elle restait sur ses gardes. Dès qu’elle aurait posé le pied sur la surface de Sur’Kesh, elle ne pouvait présager de la suite.

Il avait été convenu que Liara et Garrus escorteraient Shepard lors de leur rencontre avec Kirrahe. Cela montrerait la volonté de Shepard d’unir les différentes espèces de la Galaxie. Voir des représentants des races qui se trouvaient au Conseil s’unir dans leurs efforts était un symbole fort.

 

Le Normandy atterrit sans encombre aucune. Pour une fois, c’était franchement rassurant. Shepard n’avait aucune envie de vouloir être méfiante. C’était usant. Bien sûr que cela aurait pu être un piège. Cependant, elle voulait croire en la bonne foi de Kirrahe. Ce n’était pas le genre de personne a user de stratagèmes aussi grossiers. Elle l’avait vu à l’œuvre sur Virmire. Il lui devait la vie.

 

 

C’était bien la dette la plus haute pour un soldat tel que lui. Une dette d’honneur. Elle savait qu’il ne trahirait pas ce genre de lien. Combattre ensemble permettait de cerner les personnes. Rien de tel que de voir leurs réactions lors de situations mortelles.

 

Escortée par Liara et Garrus, Shepard mit pied à terre. Il ne fallut que quelques instants avant que Kirrahe n’apparaissent, un grand sourire sur le visage.

« Commander Shepard. » Il vint lui poser les deux mains sur les épaules. Elle été légèrement surprise de son accueil. Elle ne l’avait pas cru aussi amical.

« Vous n’avez pas idée de combien je suis soulagé de vous savoir en vie.

— En effet. »

Kirrahe eut un petit rire.

« Vous n’êtes pas sans connaître la situation dans laquelle nous nous trouvons… »

Il inspira profondément par les narines.

« J’ai bien quelques petites idées, Major. » ironisa Lucy.

Kirrahe secoua la tête.

« Notre Conseiller a préféré nous voir nous retrancher sur nous-mêmes. Je comprends son point de vue, Shepard. Je comprends. Mais… » Seconde inspiration. « Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a une meilleure solution. J’ai toujours cru en une unification de nos forces. Regardez la Citadelle. Regardez à quel point le mélange des cultures de la Galaxie peut amener à la puissance, à la magnificence ! »

Shepard trouva ces propos quelques peu enflammés mais elle reconnaissait bien là la ferveur du Major dont elle avait la démonstration sur Virmire.

« Enfin, toujours est-il que la Citadelle est un parfait exemple de ce que je veux dire. »

Ca, elle ne pouvait qu’approuver.

« Comment vos supérieurs vont-ils prendre le fait que vous aidiez une fuyarde dont la tête est mise à prix ?

— Ce qu’ils ignorent ne peuvent pas leur faire de mal, n’est-ce pas ? Ne vous inquiétez pas, je sais ce que je fais. Chacun essaie de porter sa pierre à l’édifice. Je serais bien naïf de croire que les Reapers vont nous laisser tranquilles. Au vu du nombre de systèmes envahis, je pense qu’il nous reste bien peu de temps avant que ce soit notre tour. »

Kirrahe se tourna vers Liara.

« Thessia est une grande perte. Je suis vraiment navré pour vous. »

Liara hocha la tête. Lucy savait qu’elle ne voulait pas montrer son affectation. Elle l’avait pourtant surprise à verser quelques larmes avant de se reprendre et de se replonger dans ses recherches. Le Commander reporta son attention sur le Salarian.

« Major Kirrahe. Venons-en au fait. » Pas que Shepard voulait être rude mais il fallait toutefois ne pas s’attarder.

« Bien sûr, Commander. »

Il lui désigna les bâtiments qui leur faisaient face.

« Nous pouvons abriter le Docteur Presalia dans ces laboratoires. J’ai réussi à mettre la main sur une équipe de chercheurs qui ne craint pas les ennuis. De plus, j’ai réussi à débaucher quelques Turians.

— Des Turians ? »

Kirrahe eut un sourire amusé.

« Vous avez des amis très puissants, Shepard. Très hauts placés. Qui prennent beaucoup de risques pour vous suivre. »

Garrus laissa échapper une exclamation. Lucy comprit. Orinia. Décidément, son réseau se construisait vite. Tant mieux.

Rassurée quand à la prise en charge de son invitée, Shepard ordonna qu’on la fasse descendre. Kirrahe fit signe à quelques soldats postés plus loin de venir pour l’escorter.

« Docteur Presalia, commença Kirrahe alors que l’Asari les rejoignait. Le Lieutenant Cyrhus sera là pour répondre à toutes vos demandes. » Un soldat s’approcha du docteur et la salua d’un signe de tête. Presalia semblait être entre de bonnes mains.

« Shepard, continua Kirrahe. Je peux vous donner quelques armes ainsi que des munitions. Rien de bien merveilleux mais on n’en a jamais assez. »

Le Commander le remercia. Elle se tourna vers Presalia pour vérifier qu’elle était prête.

 

Avant qu’elle n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, une explosion retenti au-dessus de leurs têtes.

« A terre ! » Garrus plaqua le docteur au sol.

Levant la tête, Shepard pesta entre ses dents.

Reconnaissable entre mille, deux vaisseaux de Cerberus tentaient d’atterrir et les arrosaient de tirs répétés. Le Normandy ne semblait pas être leur cible.

Non.

Ils visaient le laboratoire.

« Merde ! »

Shepard plaqua deux doigts à son oreille. Il fallait mettre Presalia en sécurité.

« Miranda ! Je veux que vous preniez James et Jack avec vous et que vous vous occupiez de nos chers amis de Cerberus. Je pars mettre Presalia à l’abri.

— Bien reçu, Shepard. »

L’Officier en Second ne faisait pas la fine bouche. Elle n’avait pas été sur le terrain depuis un moment malgré toutes ses tentatives pour que Shepard la prenne dans son équipe. Elle était puissante, certes, mais Lucy préférait la voir occupée à décrypter ces foutues données. Désormais proches de la fin, d’après ses dires, elle pouvait prendre en charge une équipe. Jack avait également besoin de se défouler et la lâcher sur Cerberus était la meilleure chose à faire.

 

« On se replie sur le laboratoire. » ordonna Shepard. Elle fit un signe à Garrus, en couverture. Il hocha la tête. Il fallait agir vite avant que les tirs n’aient fini de tout détruire. Dans peu de temps, les vaisseaux de Cerberus allaient vomir leurs troupes. Et sans doute cette plaie d’Alan Sanders. Elle ne pouvait y croire mais l’évidence était bien là. Quelqu’un les avait prévenus. Ils n’étaient pas là par hasard.

Qui ?

Qui trouverait un bénéfice à la trahir ? Dans cette guerre, qui aurait intérêt à voir les Reapers vaincre ?

« Shepard ! » Le débris siffla à côté d’elle. Elle eut à peine le temps de rouler sur elle-même.

Elle remercia Liara de l’avoir sortie de ses pensées à temps.

« Go, go, go ! »

Le petit groupe s’élança vers l’entrée du bâtiment. Les tourelles anti-aériennes ripostaient déjà. Presalia se rua à l’intérieur du laboratoire. Il fallait perdre le moins de temps possible.

Kirrahe ordonna à ses troupes de tenir la porte.

« Deux divisions d’assaut. Quatre Atlass. »

Le Major n’en vit pas plus. Déjà une bonne poignée pour assaillir un laboratoire.

Liara secoua la tête. Elle regarda Garrus. Ils se tournèrent de concert vers Lucy. Ils avaient suivis le même cheminement de pensées qu’elle.

« Comment pouvaient-ils savoir ? Personne ne nous a suivi.

— EDI n’est peut-être pas de notre côté, finalement », suggéra Garrus.

Shepard hocha la tête. Elle avait toujours été méfiante envers les Intelligences Artificielles.

« Elle fait pourtant preuve de loyauté. Elle a aidé à préserver le vaisseau lors de l’attaque des Collectors.

— L’Homme Trouble avait encore besoin de nous.

— Ce n’est pas faux », concéda Shepard.

Elle marqua une pause. « J’ai demandé à James de garder un œil sur ceux qui seraient à même d’avoir un intérêt à nous trahir. »

Elle soupira. « Miranda et Jacob n’ont eu aucun comportement suspect à ce qu’il a pu me reporter. »

De toute façon, la manière dont Cerberus avait été contacté demeurait un mystère. Comment des communications sortantes auraient pu passer inaperçues. C’était bien quelque chose qui dépassait ses capacités. Elle pesta. C’était bien quelque chose dont elle aurait pu se passer.

De toute façon, il fallait se débarrasser des troupes de Cerberus qui les maintenaient à l’intérieur du bâtiment. Le Normandy allait être exposé malgré la résistance farouche qu’opposaient Miranda, James et Jack.

« Shepard ! » La voix de Kirrahe s’éleva à travers le tumulte. Ils nous prennent revers. » Le Commander fit signe au Major qu’elle et ses compagnons se dirigeaient vers l’arrière du bâtiment. Cerberus ne devait pas entrer.

« Venez. »

Une poignée de soldats d’assaut accompagnée de deux Atlass étaient embusqué à quelques mètres de l’arrière du laboratoire.

Lucy arma son fusil. Avec un bon angle d’attaque, elle pouvait faire mouche plusieurs fois avant qu’ils ne réagissent. Garrus fit de même. Ses talents de sniper n’étaient plus à démontrer. Liara pourrait tenir à distance les Atlass le temps que les deux tireurs neutralisaient les soldats.

« Je pensais que Cerberus allait envoyer plus de troupes, remarqua Garrus. Ils n’étaient pas venus en petit nombre à chacune de nos rencontres. »

Il n’avait pas tord. Ces quelques unités semblaient bien maigres en comparaison de ce qu’ils avaient dû affronter sur Naxell.

Décidément, quelque chose n’allait pas. Elle n’aimait pas ça du tout.

« Commander ? » la voix de Joker la fit presque sursauter. Il y avait une note… inquiète dans sa voix.

« Joker ? Que se passe-t-il ?

— Je ne pourrais pas vous dire mais… Hé ! Jacob mais qu’est-ce que tu fous ? »

Shepard grimaça de douleur. Le sifflement qui résonnait à ses oreilles était à la limite du supportable. Bordel… Que se passait-il à bord du Normandy ?

« Shepard ?

— Il est arrivé quelque chose dans le Normandy, je ne sais pas… Je n’arrive pas à renouer contact. »

Elle tenta de ne pas paniquer. Que foutait Jacob ? Et Jeff ? Elle ne devait pas penser que… Non. Impossible. Elle devait rester concentrée. Elle ne pouvait pas se permettre de laisser la position être prise par Cerberus. Elle mit donc toute sa rage dans ses tirs. Enfoirés de Cerberus.

Alors ? C’était donc Jacob ? Elle pressa la gâchette et le crâne de sa cible explosa sous l’impact.

Changeant d’arme pour quelque chose de plus lourd, elle prit soin de vider son chargeur sur le Atlas le plus proche. Saloperie. Elle essaya de repousser les pires idées qui puissent exister. Elle voyait déjà Jeff mort sur son fauteuil. Elle espérait juste que Jacob aurait été clément et lui aurait logé proprement une balle dans la tête.

« Shepard. C’est bon. La zone est sécurisée. »

Lucy reprit ses esprits et posa son fusil. Elle contact Kirrahe pour qu’il puisse envoyer une escouade prendre leur place. Elle voulait retourner au Normandy. Elle voulait savoir ce qu’il s’était passé.

« C’est bon, répondit Kirrahe. J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose avec l’équipe que vous avez envoyé mais je ne pourrais vous en dire plus.

— Très bien. Nous revenons vers vous. »

Elle fit signe à Liara et Garrus. Tous trois remontèrent vers l’entrée du laboratoire. Kirrahe les rejoignit. Les tirs croisés résonnaient dans l’air.

« Il nous reste deux unités à abattre ainsi que le dernier Atlas. » expliqua Kirrahe.

Ainsi, le chemin vers le Normandy était donc bloqué. Shepard se faufila jusqu’à un point surélevé afin de couvrir la zone de son fusil snipper. L’œil rivé à sa lunette elle balaya l’aire de combat. Kirrahe et sa petit escouade semblait s’en sortir. Cerberus n’avançait plus.

La confusion sur le terrain l’empêcha toutefois de bien discerner ce qu’il se passait près du Normandy. Elle changea d’angle, ajusta son prochain tir et fit mouche.

Soudain, un hurlement sans nom retentit. Un cri que Shepar n’eut aucun mal à identifier. Le cri de guerre de Jack. Jack qui vociférait des insultes à tout va, envoyant valser à coup de décharges biotiques tout ce qui se situait dans son champ d’action.

« Connards ! » rugit-elle, laissant s’allonger la dernière syllabe pour montrer toute l’étendue de sa colère. Shepard ne put s’empêcher de soupirer, rassurée. Au moins, celle-là avait l’air d’aller bien. Que s’était-il donc passé ? Elle n’arrivait pas à contacter qui que ce soit. Elle n’avait donc pas le choix. Il fallait éliminer Cerberus avant de pouvoir passer. Cette option ne lui déplaisait pas. Ils étaient minoritaires, pris en tenaille entre une folle furieuse et une escouade d’élite. Tout surentraînés et modifiés qu’ils étaient, ils ne faisaient pas le poids.

Lucy ferma les yeux, inspira. Elle concentra son attention sur sa prochaine cible. Tira encore une fois. Le tir fit mouche.

Kirrahe l’appela. La dernière unité venait de tomber. Le champ était libre. A peine eut-elle le temps de descendre de son point de tir que les unités salariannes inspectaient les corps.

« Cerberus… » Kirrahe marmotta entre ses dents. Shepard, d’un geste de la main, lui indiqua qu’elle devait voir ce qu’il s’était passé près du Normandy.

Le combat était fini et le doute revint à la charge. Jack était en vie. Cela ne la rassura pas tout à fait. Courant presque elle se rua vers la zone d’atterrissage de son vaisseau.

« Putain, Shepard. Putain. » Jack respirait si fort que son corps mince était parcouru de soubresauts. Elle était tellement énervée qu’elle n’arriva pas à articuler quoique ce soit d’autre. La surprise du Commander fut d’autant plus grande qu’elle trouva, en travers du sas du Normandy, le cadavre encore chaud de Miranda.

« Commander… » Vega venait de remonter la passerelle, un bandage sanguinolent autour du bras droit.

« Rapport, James. » articula Lucy, les yeux rivés sur ce qu’il restait de son ancien Commandant en Second.

« La cheerleader était une putain de traître, voilà ce qu’il s’est passé », intervint Jack qui venait de retrouver ses esprits et son souffle. « Elle a commencé à péter les plombs et elle a tiré sur le boyscout. » expliqua la jeune femme en désignant James d’un mouvement de tête. Le « boyscout » lui jeta un regard torve mais ne pipa mot.

« Et Jacob ? demanda Shepard qui n’avait eu que les cris de Joker comme seule information.

— Il l’a abattue à bout pourtant. »

La surprise se lut dans le regard du Commander. Pas qu’elle aurait pu croire l’officier être incapable de faire ça. C’était franchement… surprenant.

« Où est-il ?

—    Dans le bureau de Lawson », expliqua James.

 

Il devait sans doute chercher ce qui lui avait échappé. Elle imaginait bien dans quel état il devait être. Elle fit quelques pas, enjamba le corps et mit le pied sur la passerelle.

« Joker ? Vous allez bien ? » cria-t-elle de sa position.

« Aye, aye m’dame, rien de cassé. »

Tant mieux. Elle choisit de ne pas aller le voir. C’aurait été suspect.

« EDI, comment se fait-il que les communications ont été coupées ?

—    Je viens de lancer une vérification de tout mon système pour répondre à cette question »,

Shepard fit une moue. Comment aurait-il été possible qu’elle puisse être hackée ? Miranda était très haut placée dans la hiérarchie de Cerberus, elle pouvait être sans soute capable d’opérer sur l’IA sans que celle-ci ne s’en rende compte. Le seul moyen d’en savoir plus était d’aller parler à Jacob. N’accordant aucun regard au cadavre, elle se rendit dans l’ancien bureau de l’Officier en Second. Elle chassa pour le moment toutes ses émotions concernant la traitrise de celle qu’elle avait cru pouvoir considérer comme une alliée.

Elle trouva Jacob assis au bureau, tapant frénétiquement sur les claviers. Son visage était tendu, un pli barrait son front.

« Jacob. »

Il continua à pianoter sans mot dire. Elle savait que de devoir la regarder le mettrait face à l’évidence. Il avait descendu son ancienne équipière d’une balle dans la tête alors qu’elle lui tournait le dos. Pourtant, Shepard n’avait pas le temps de se laisser aller à la compassion. Elle devait savoir.

« Jacob. » Elle plaqua  ses mains sur le bureau, derrière les écrans. L’Officier soupira lourdement, délaissant ses claviers. Il croisa les bras, gardant la tête obstinément baissée.

« Je n’ai rien vu venir… » murmura-t-il enfin. « Shepard… Je pensais vraiment la connaître. » Que de douleur dans la voix, que de déception dans son intonation. Elle pouvait le comprendre.

« Je n’aurai pas pensé non plus qu’elle nous tournerait le dos. Pas après que j’aie sauvé sa sœur des griffes de son père. » Finalement, la loyauté était un concept assez abstrait chez Cerberus.

« Elle a juste su tirer parti de votre empathie, sans vouloir vous offenser. » ironisa Jacob. Il eut un petit rire brisé. Son affliction était bien profonde. Bien plus touché qu’il n’aurait pu le croire, apparemment. Shepard finit par croiser son regard. Il y avait une telle lassitude qu’il paraissait avoir vieilli de dix ans. D’une voix lasse, il finit par lui raconter ce qu’il s’était passé après que l’escouade de Shepard eut quitté le Normandy.

Comme le Commander l’avait ordonné, Miranda, Jack et James avaient quitté le Normandy pour venir en renfort. Pourtant, quelques minutes après avoir mis pied à terre, il avait entendu des tirs et Jack qui jurait comme un beau diable. Jacob avait remonté le pont aussi vite que possible. Par la porte, il avait vu Miranda mettre en joue Vega. Le premier tir, suivi de plusieurs répétés qui avaient finir par faire mouche car Vega avait hurlé de douleur. Jack qui avait demandé ce qu’elle foutait. Miranda qui n’avait pas répondu et qui avait froidement pointé son arme sur le Sujet Zero. Jacob avait à peine réfléchi, il avait visé la tête et pressé la gâchette. Joker avait hurlé. La jeune femme s’était effondrée. Sans un cri. Sans un mot. Il n’avait pas comprit pourquoi. Puis il avait fini par se rendre à l’évidence. Miranda travaillait toujours avec Cerberus.

« Je cherche ce qu’elle a bien pû nous cacher. Est-ce que les données qu’elle a trouvées sont réelles ou juste un leurre ? »

Il inspira profondément. « Je ne sais même pas si je ne dois pas douter de tout ce qu’elle a dit et fait. » Il passa la main sur son visage.

Shepard croisa les bras. « Et vous ? Puis-je avoir confiance en vous ? »

Tout ce qui avait eu à faire de près comme de loin aux terroristes lui revenait en horreur. Elle s’était faite avoir. Miranda les avait tous floués en beauté. Lucy rageait. Elle n’avait pas pu deviner qu’elle avait un traitre dans ses rangs ! Quel Commander faisait-elle si elle manquait à ce point de discernement ? C’était pathétique.

« Ne culpabilisez pas, Commander. » dit doucement Jacob, comme s’il avait deviné ses pensées. « Même moi, je m’y suis fait prendre. » Son rire désabusé ne rassura pas Shepard.

« Je pensais vraiment que… » Il soupira, haussa les épaules. Peut-être comprenait-il enfin que tout le monde n’était pas aussi intègre que lui.

« Pourquoi trahir maintenant ? » murmura Shepard. Miranda avait eu maintes occasions de le faire et en aurait eu encore maintes autres. Ne voulait-elle juste pas que Shepard ne retourne au front directement. Est-ce que l’endoctrinement l’avait touchée ? Elle ne le saurait jamais.

« Je vous envoie Jack. » Shepard savait que la jeune femme tenterait nombre de choses avant de déclarer forfait face à l’ordinateur de Miranda.

« EDI ? » L’IA avait-elle finit de purger son système.

« Je suis désolée Shepard. Je viens de trouver comment l’Officier Lawson s’y prenait pour passer les données. » Elle se livra dans une explication technique pointue auquel Shepard ne comprit pas mot. Juste que Miranda les avait bien bernés.

Quelle perte, toutefois. Une biotique de cette puissante. Un stratège intelligent. Shepard souffla. Et tout ce qu’elle lui avait dit, leurs échanges de pensées… Elle avait livré un nombre important d’informations utiles. Mais elle ne savait pas. Elle ne savait pas que Miranda les vendaient à Cerberus. Quand l’ennemi venait de l’intérieur, le combat n’en était que plus ardu.

Jacob s’était replongé dans ses recherches, plus déterminé que jamais. Shepard le laissa et retourna sur le pont pour donner à Jack l’ordre d’aller l’aider.

Elle regarda le cadavre qui jonchait le sol. Qu’en faire ?

« Shepard ? »

Elle en avait presque oublié Kirrahe.

« Tout va bien ?

—    Une mutinerie interne, expliqua-t-elle placidement. Malheureusement, nous avions une taupe. Voilà pourquoi nos amis de Cerberus nous ont fait cette visite de courtoisie. »

Shepard eut une idée soudaine.

« Je pense que son cadavre va vous intéresser. Un ADN sélectionné, un être fabriqué… »

Elle hocha la tête. Oui, elle allait faire ça.

Elle ordonna à Vega de s’emparer du corps de Miranda. Elle lui fit signe de la suivre. « Les Salarians ne reculent jamais devant quelque chose qui puisse alimenter leurs recherches. » L’ironie plaisait à Shepard. Se faire mettre en culture par ceux que l’on avait cherché à détruire avait quelque chose de morbide.

 

Kirrahe était déjà en train de nettoyer le champ de bataille.

« Que s’est-il passé ? » demanda-t-il alors qu’ils rassemblaient les corps dans une grande salle.

Vega déposa sans douceur le corps de Miranda sur une table.

« Disons que mon Commandant en Second a voulu tous nous tuer. » expliqua Shepard d’un air dégoûté. La bile lui montait dans la gorge. Elle ne digérait toujours pas le fait de s’être fait rouler par l’ancienne de Cerberus. Pas si ancienne que ça, tout compte fait.

« Je pense qu’elle pourrait vous servir. C’est un corps parfait. Génétiquement modifié. Je vous le laisse. »

Elle ne savait pas quoi en faire de toute façon. Au moins qu’elle serve à quelque chose. C’aurait été dommage de laisser pourrir ce corps dans un coin. Elle savait qu’elle n’aurait pas dû éprouver de la pitié pour Miranda. Qu’ell aurait volontiers appuyé sur la gâchette à la place de Jacob. Non, elle serait plutôt jetée sur Miranda et l’aurait tuée à mains nues. Cerberus était une épine douloureuse, difficile à arracher.

 

Miranda avait sans doute prévu de se rebeller dès qu’ils avaient mis le cap sur Sur’Kesh. Voilà pourquoi Cerberus n’avait pas envoyé tant de troupes que ça. Toutefois, l’intervention de Jacob avait perturbé leurs plans. Il n’avait pas hésité une seconde. C’était une chance.

Se détournant pour ne pas avoir à décharger toute sa colère, Shepard se focalisa sur la raison de sa venir chez les Salarians.

« Presalia ?

—    Nous l’avons emmenée dans les sous-sols. Elle a déjà commencé à briefer l’équipe.

—    Bien. »

Elle suivit Kirrahe dans le dédale de couloirs du laboratoire souterrain. L’effervescence propre aux Salarians était palpable. A peine la bataille terminée, ils passaient à autre chose. Autant faire de même.

Presalia avait pris très rapidement ses marques. Elle leva la tête à leur arrivée.

« Shepard. Je pense que nous pourrons nous en sortir. Ce n’est pas aussi sophistiqué que mon laboratoire mais c’est mieux que rien.

—    Combien de temps vous faut-il ?

—    Autant que vous pourrez me donner. Je ne peux dire avec certitude quand. En tout cas, avec un maximum de personnes nous pouvons y arriver. »

Presalia se tourna vers Garrus.

« Votre Primarch nous envoie une équipe. J’ai bon espoir. »

Le Turian hocha la tête.

« Avec ce dont nous disposons, nous pouvons avancer plus rapide. J’ai toutes les données que votre ami a pu trouver sur Kahje, vous m’avez également transmis celles de Cerberus. Il me faudrait juste arrêter de dormir… » Cette touche d’humour arracha un faible sourire à Shepard. La situation n’était pourtant pas très optimiste. Pourtant, il y avait de l’espoir.

« Ce ne sera qu’en étant unis que nous avons une chance de nous en sortir » commenta-t-elle sobrement.

Il était temps de partir.

« J’espère que nous pourrons faire face aux Reapers le temps qu’il faudra pour trouver un moyen de les battre.

—    Je vous le souhaite, Major, je vous le souhaite.

—    Je vais tenter d’en référer à notre Ambassadeur. S’il y avait un moyen de pouvoir faire en sorte que l’union devienne officielle. Toutes les bonnes volontés sont à prendre.

—    Je vous en remercie. »

Ils échangèrent une poignée de mains.

« Bonne chance, Commander.

— A vous aussi, Major. »

 

De retour sur le Normandy, Shepard alla directement voir Jacob.

« Vous vouliez me voir ? demanda-t-elle.

—    Oui. J’ai trouvé le canal de communication qu’elle utilisait pour contacter l’Homme Trouble. »

Lucy remarqua que Jacob avait sciemment éludé le prénom de Miranda. D’un seul coup, la rage de Shepard lui revint. Elle serra les poings.

« Je pensais entrer en contact avec lui, expliqua l’ancien officier de Cerberus. Mais, j’ai décidé de vous laisser cet honneur. »

Un pâle sourire détendit les traits du soldat. Il commençait à aller de l’avant. Ce serait sans doute encore long avant qu’il ne se départe de cet air las. Miranda et lui étaient des amis proches. Il pensait qu’elle n’allait pas renier leur amitié. La trahison était difficile à digérer, bien plus pour lui que pour Shepard.

 

« Oh… C’est très gentil de votre part. » sourit Lucy d’un air carnassier en faisant craquer ses phalanges.

Jacob se mit à pianoter sur ses claviers.

Shepard s’approcha du terminal de communication. Elle avait hâte de se confronter à l’Homme Trouble.

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