Chapitre huit

Il ne fut pas si simple finalement de contourner la zone de quarantaine du champ de débris de Rothla. Le nouvel équipement du Normandy fut une bénédiction. EDI se chargea de brouiller les détecteurs des stations orbitant autour de la planète afin que l’atterrissage passe inaperçu. Voir la puissance de piratage de l’Intelligence Artificielle impressionna une fois de plus Shepard qui s’estimait finalement être satisfaite d’avoir EDI de son côté. Elle n’aurait jamais cru qu’elle puisse lui être un jour indispensable. Sans elle, il y aurait longtemps qu’ils se seraient fait repérer. Voir également que Cerberus avait été capable de mettre au point un instrument pareil avait de quoi donner des frissons. Comment une simple organisation terroriste pro-humaine pouvait-elle être si puissante et mettre au point de telles technologies ?

Elles étaient totalement illégales et Shepard se demanda sincèrement pourquoi le Conseil se passait d’une telle puissance. Utilisée à bon escient, elle ne pouvait que servir les intérêts des populations de la Voie Lactée. Cependant, il ne fallait pas être naïf… Les dérives étaient trop alléchantes et profitables pour des fins moins nobles.

Shepard n’était pas forcément partisane d’un pouvoir fort mais en temps de guerre, dans une situation telle qu’ils étaient en train de vivre, un peu de poigne ne serait pas superflue. La fin justifierait les moyens. C’était une idée extrême mais Shepard était excédée par l’immobilisme qui coûtait actuellement tant de vies d’humains qui n’avaient rien demandé. La Terre était majoritairement peuplée de civils. La plupart vivait assez bien mais les plus pauvres ne pensaient qu’à survivre. Qu’à cela ne tienne, les Reapers résoudraient leurs soucis en les exterminant sans pitié.

Shepard n’était pas une originaire de la Terre. Elle avait toujours vécu dans l’espace, trimballée de station en station, de vaisseaux en vaisseaux au gré des affectations de ses parents. Pourtant, l’idée même de savoir que la planète originelle de son espèce était menacée lui était insupportable. Comme si des relents primitifs d’instinct grégaire remontaient à la surface. Un attachement à la Terre qui serait transmis par ses gênes.

« Nous atterrissons, Commander. »

Joker lui fit quitter ses considérations philosophiques. Elle concentra son esprit sur l’instant présent et ce qui allait venir. Rallier les Krogans, les convaincre de se joindre à une bataille qui profitait plutôt à ceux qui les opprimaient encore, prendre le risque que le CDEM, dont la mission était de veiller à la démilitarisation de Tuchanka et des Krogans, ne passe à un stade au dessus du simple embargo… Mais l’enjeu était bien trop grand.

 

 

L’atmosphère de Tuchanka était difficilement supportable mais Shepard n’en était pas à sa première visite. La zone où vivait le clan Urdnot était la moins touchée par la radioactivité mais le seuil était quand même élevé pour un humain. Shepard soupira. De toute façon, ils n’avaient pas le choix. Afin d’escorter Mordin et sa protégée, elle choisit Garrus. Wrex semblait éprouver une sorte de respect cordial pour le Turian. Avoir partagé de nombreuses batailles y était sans doute pour quelque chose. Wrex était plutôt courtois envers les autres espèces, contrairement à ses semblables. Il ne fallait pas que la sympathie du chef de clan ne passe pour une faiblesse. Il faudrait la jouer finement.

 

Après avoir passé les sentinelles et autres passages obligés pour arriver au chef de clan, ils trouvèrent Wrex assit sur son siège, en proie à une excitation que Shepard avait déjà vu auparavant chez lui. Elle le sentait prêt à se lancer dans la bataille. Pourtant, il ne lui avait pas semblé qu’il y ait une quelconque agitation dans les rangs des Krogans. Toutefois, le fait qu’on ne leur pose aucune question sur la présence d’une femelle krogane ou sur le contenu de leur chargement indiqua à Shepard que Wrex avait déjà parlé de leur arrangement à ses sujets.

Depuis qu’ils étaient arrivés, la femelle krogane ne montra aucun changement d’attitude. Tout au plus, se contentait-elle d’observer attentivement autour d’elle. Pas de rebuffade, pas d’exclamation. Juste son mutisme persistant. Shepard ne pouvait pas imaginer ce qu’elle pensait ou ressentait. La Krogane ne manifestait aucune émotion face à sa planète natale. Comme si tant d’années en captivité l’avaient rendue atone, sans émotion.

Les autres Krogans, eux, la fixaient sans ciller et Shepard pouvait sentir leurs regards glisser sur elle jusqu’à ce qu’ils soient hors de vue. La plupart des habitants de Tuchanka étaient des mâles et la proportion de femelles dans le clan Urdnot était identique au ratio planétaire. Cette femelle-là dégageait vraiment quelque chose de particulier. Sa stature imposait le respect. Tout autant que pour un mâle.

Shepard sentit une certaine déférence des autres Krogans envers la nouvelle venue. Ainsi, cette femelle semblait avoir gagné un certain pouvoir, bien plus qu’un combattant.

 

« Shepard, salua Wrex d’un ton cérémonieux.

— Wrex », répondit sobrement Shepard. Si l’accueil n’était pas inamical, elle n’en demeurait pas moins sur ses gardes. Elle marchait sur des charbons ardents. Elle savait qu’avec Wrex, elle ne craignait rien mais son instinct lui conseillait la prudence.

Elle savait qu’elle n’avait pas beaucoup de temps devant elle. EDI ne pourrait pas brouiller indéfiniment le système de satellites qui scrutaient la surface de Tuchanka. Le risque pour elle était énorme mais indispensable.

« Shepard, il n’y a que vous pour vous jetez dans la gueule du loup comme ça, commenta Wrex comme s’il avait lu dans ses pensées. Et pourtant, pas un signe de nos amis en orbite. Vous me surprendrez toujours. »
Shepard se contenta de hocher la tête.
« Comme je soupçonne que vous ne pouvez pas rester bien longtemps, je nous ai fait gagner du temps. »
Le Krogan se leva et fit quelques pas dans sa direction.
« Le clan Urdnot est prêt au combat. »
Murmures dans l’assemblée. Malgré le fait que Wrex avait affirmé que son clan allait se rallier à la cause, on pouvait sentir que tout le monde ne partageait pas son avis. Parmi la foule, une voix s’éleva.
« Qu’est-ce qu’un humain peut nous apporter ? Comment peut-on savoir si tout ceci n’est pas un piège ? »

Shepard inclina la tête vers Mordin et le laissa déballer ses explications scientifiques avec un débit de paroles difficilement contrôlable. Comme cela était prévisible, le Krogan qui avait pris la parole grogna et s’impatienta.

« Des paroles. Des mots. Les Salarians ne font que parler. » s’exclama le contestataire.

 

« Moi, je crois l’humaine. »
Il eut un silence pesant. Shepard tourna le visage, surpris. Elle eut l’impression d’avoir mal entendu. Cependant, au vu de la stupéfaction qu’elle vit dans le regard de ses hôtes, elle avait bel et bien saisi. La Krogane venait de prendre la parole.

« Shepard a dit qu’elle m’amènerait sur Tuchanka. Shepard a tenu parole. Je crois en Shepard. »

Murmures. Grognements.
Le raisonnement de la femelle semblait simpliste.

 

Shepard la fixa dans les yeux, soutint son regard. Entendre le son de sa voix était étrange. Elle avait une tessiture plus douce que celle des mâles. Pas forcément plus aigue mais moins agressive. C’était assez particulier. La voix tranchait avec le physique.

Cependant, on sentait une telle autorité qu’il était difficile de ne pas s’y plier.

 

Wrex s’approcha d’elle. Il la dominait d’une dizaine de centimètres. Le silence s’abattit sur la petite assemblée. Duel de regard. Tension grandissante. Shepard sentit les énergies de chacun s’entrechoquer. C’était devenu quasiment palpable. Celui qui saurait imposer sa volonté remporterait la partie.
Wrex émit un grognement mais cela tenait plus du raclement de gorge que du cri agressif. Wrex se mit à rire.

« Vous avez entendu la femelle ? C’est notre seule chance de pouvoir guérir du génophage. Nous n’avons pas là un piège grossier comme celui de Saren. Nous avons la femelle. Nous avons le Salarian. »

Les autres Krogans ne répondirent pas.

« Nous pouvons nous battre ! Nous avons devant nous l’avenir de Tuchanka, la future force des Krogans qui fera à nouveau de nous un peuple craint et respecté. »

Murmures approbateurs. Certains guerriers firent d’entrechoquer poing et main, prêts à se jeter dans la bataille.

« Shepard, continua Wrex en se tournant vers le Commander. Je suis d’accord pour que l’on se batte. Vous savez cependant que nous ne pouvons agir. » Il pointa le ciel d’un index rageur.

 

Le CDEM. L’entrave à la force brute des Krogans. Conçu pour éviter toute nouvelle rébellion. Malheureusement, cela ne faisait qu’exacerber la rage que les habitants de Tuchanka vouaient au Conseil. Ils restaient alors là à ruminer de sombres desseins. Les guerres de clan étaient communes, personne n’avait jamais unifié les Krogans. Soit parce qu’il y aurait toujours un contestataire, soit parce que le CDEM veillait à ce que cela ne se produise jamais. La moindre montée générale de violence, le moindre signe de rébellion et les canons pointés vers la planète faisaient feu. Une épée de Damoclès cruelle et sans pitié.

Depuis la Rébellion Krogane et la mise en place de l’embargo sur Tuchanka, le Conseil ne s’était jamais vraiment intéressé à l’évolution de la population mise à part pour la réduire. Les Krogans en étaient devenus égocentrés. L’intérêt de sa propre personne passait avant celle des autres. Cela avait commencé à changer quelque peu avec la mise en place d’un système clanique mais chaque clan cherchait à tirer son épingle du jeu. Personne ne voulait d’un chef suprême. Les Krogans vivaient très bien comme ça, du moins survivaient à peu près correctement dans ces conditions.

Pourtant, il y avait certains Krogans aspiraient à la naissance d’une véritable nation, une unité qui pèserait à nouveau dans la Galaxie. Il y avait certes toujours ce ressentiment dû à l’abandon par le Conseil de ceux qui avaient été considérés comme les sauveurs face aux Rachnis mais en y réfléchissant bien, le comportement des Krogans n’avait pas été exemplaire.

La soif de conquête et de domination les avaient conduits à leur perte. Une attitude plus modérée aurait permis aux Krogans de rester parmi les races influentes de la Citadelle, au lieu d’être réduits à n’être que des hommes de main, des mercenaires.

Wrex était de ces Krogans qui estimaient qu’il fallait élever son espèce. Ses pairs ne passaient leur temps qu’à se vanter d’être des guerriers, d’êtres mieux que les autres mais ils ne faisaient rien qui rende vraiment leur race pérenne. Wrex était un visionnaire et Shepard sentait que s’il devait y avoir un chef qui puisse rallier les autres, ce ne pouvait être que lui.

 

« Je m’occupe du CDEM ».

Après tout, elle n’était pas à ça près. Elle pensait qu’EDI devait bien être capable de pirater le système qui contrôlait les satellites en orbite autour de la planète. Elle ne pouvait pas compter sur quelqu’un d’autre. Même si elle le demandait, Hackett n’avait aucun pouvoir de décision à ce niveau-là. Tant pis. Cela ne serait qu’un autre forfait à ajouter à sa liste qui commençait sérieusement à s’allonger. En même-temps, elle était Spectre. Elle servait les intérêts de la Galaxie même si c’était d’une manière qui la mettait quelque peu en péril.

Toutefois, elle savait qu’elle pouvait compter sur Wrex, qu’il tiendrait parole. S’il disait que les Krgoans affronteraient les Batarians, ils le feraient. La manière dont il s’y prendrait pour rallier les différents clans de Tuchanka ne la regardait pas. Elle avait offert l’opportunité, à Wrex de s’en débrouiller.

 

Le Krogan la regardait d’un air qui semblait ne pas être si surpris que ça et éclata d’un rire gras.
« Je savais que vous trouveriez un moyen. Vous êtes pleine de ressources, Shepard. J’aime ça. »
Shepard lui répondit avec un sourire crispé. Puis, Wrex lui tapa dans le dos avec un certaine force qui la déstabilisa quelque peu.

« Nous avons un accord, alors. Vous nous laissez le Salarian. Je m’occupe des Batarians. » Le sourire carnassier qu’il affichait montrait qu’il était on ne pouvait plus ravi d’avoir un peu d’action. Wrex aimait le terrain et la bataille, quoi qu’il puisse en dire.

 

Le chef du clan Urdnot fit un geste en direction de ce qui devait constituer sa garde. Il montra le chargement et ordonna de l’apporter dans le hangar qui servait de laboratoire au docteur Fortack. Mordin se tourna vers Shepard.
« Préférable de se mettre au travail maintenant. » Il inspira rapidement. « Bonne chance, Shepard. » dit-il solennellement en lui serrant la main avant de se tourner vers la Krogane.
« Venez vous… Madame ?
— Naxia, dit la créature.
— Naxia. Prénom typique. Réaction amicale de présentation. Bon début de collaboration. »
Il s’éloigna alors à grandes enjambées.
« Vous êtes un humain étrange, dit Naxia. Vous êtes un Battlemaster. Je le sens. »
Shepard se contenta de hocher la tête. Avec les Krogans, il valait mieux être avare de parole.
« Nous nous reverrons.
— Ce sera avec plaisir, répondit finalement Shepard. »

Naxia suivit Mordin d’une démarche plus lente et posée. Les autres Krogans la suivirent du regard. Généralement, les femelles ne quittaient jamais leur clan. C’était aux mâles de venir les voir. Cette présence féminine dérangeait les mâles, les mettaient mal à l’aise. Ils n’avaient plus l’habitude de les fréquenter dans leur zone.

Garrus rappela sa présence par un léger mouvement. Shepard se tourna vers lui et ils échangèrent un regard éloquent. Oui, il fallait se presser. Le Commander se dirigea vers Wrex et lui donna les instructions qui leur permettraient d’échanger de manière sécurisée.

Ce fut l’heure de se séparer. Le CDEM redeviendrait actif sous peu et Shepard ne voulait pas risquer la nouvelle alliance qu’elle venait de forger pour une histoire de temps. Wrex s’approcha d’elle et l’étreignit avec camaraderie.
« Bonne chance Shepard.
— Vous aussi, Wrex. »
Le Krogan fit un salut discret à l’encontre de Garrus. Ils repartirent vers le Normandy.

« Pirater le CDEM, Shepard…, gronda le Turian. Vous avez de ces idées. Je comprends bien qu’il fallait convaincre nos amis Krogans mais ne promettez pas l’impossible.
— EDI s’en chargera, non ? » répliqua Shepard d’un ton qu’elle voulait dégagé.
Garrus ne put s’empêcher de souffler.

« Je n’aurais pas une confiance aveugle en une Intelligence Artificielle capable de duper un système aussi sophistiqué et établi que le CDEM, Shepard. Un jour, elle se retournera contre nous. »
Le Commander resta silencieux. Garrus avait raison, d’une certaine manière.

En attendant, elle n’avait pas le choix, elle devait exploiter toutes les ressources qu’elle possédait. Et elles étaient plutôt limitées.
Sans attendre, elle se dirigea vers le Core d’EDI, se contentant d’indiquer à Joker d’un geste de la main qu’il était temps de partir.

Comme à son habitude, Legion était en plein consensus dans la pièce qui renfermait les principaux processeurs permettant à EDI de fonctionner correctement. Le Geth ne bougea pas quand Shepard entra et se pencha sur une des consoles.
« Commander. » L’orbe bleue de l’Intelligence artificielle apparut.

« EDI, je vais sincèrement avoir besoin de tes ressources. Tu n’es pas sans ignorer ce qu’est le CDEM, n’est-ce pas ?
— Oui, il s’agit de la mission chargée de veiller au maintien de la démilitarisation de Tuchanka et d’un certain niveau  d’hospitalité. Autrement dit, il s’agit d’un système de bridage mis en place après la Rébellion krogane pour que ces derniers ne représentent plus une menace persistante pour la Galaxie.
— Très bien. J’aimerais que tu fasses en sorte que les sondes et autres détecteurs qui sont braqués sur la planète Tuchanka ne puisse pas détecter que les clans krogans sont en train de se préparer à la guerre. »

EDI resta muette quelques instants.
« Shepard. Vous me demandez de pirater tout un système mis en place il y a presque trois cent ans et que le Conseil préserve afin d’éviter que les Krogans ne représentent une menace supplémentaire ?
— Nombres de choses ont changé en trois cents ans, EDI. Urdnot Wrex est sur le point de réaliser quelque chose d’impensable depuis les Rébellions kroganes. Il serait temps de voir que la réelle menace que représentent les Krogans est intimement liée avec leur perpétuelle mise à l’écart. De toute façon, je ne suis pas là pour parler politique, EDI.  Est-ce possible ? »

L’orbe bleu cliqueta. S’était-elle mise en mode réflexion ? Shepard le regarda en fronçant les sourcils. Avait-elle surestimé les capacités de l’intelligence Artificielle ? Bien sûr que pirater tout un système orbital semblait être un raccourci trop simple et énorme. Mais elle ne voyait pas comment faire autrement. Si EDI avait été capable de flouer pendant un certain temps le système, ne serait-elle pas capable de mettre hors service le système ? Envoyer un virus ou quelque chose dans ce genre. Shepard n’y connaissait pas grand-chose dans ces choses-là, elle ne voyait que ce qui pouvait l’avantager et servir à sa cause. EDI était en elle-même totalement illégale alors autant s’en servir pour des choses du même acabit.

« Shepard Commander. »
Legion venait de se lever dans un cliquetis. Shepard se tourna vers lui.
« Nous avons entendu votre demande. Nous avons établi un consensus, Shepard Commander. Nous allons vous aider. »
Shepard croisa les bras d’un air perplexe. C’était surprenant. Inattendu.

Pour une raison qu’elle ignorait, Legion lui était quelque peu dévoué. C’était un peu étrange, compte tenu du fait qu’il était une sorte d’interface pour une entité multiple. Elle songea à ne pas trop chercher les raisons pour lesquelles un Geth semblait être fasciné par sa personne. Cela lui donnait la migraine tout en la mettant très mal à l’aise. Pour l’instant, elle était bien contente qu’il propose son aide. EDI se manifesta immédiatement après la déclaration de Legion.
« Cela va prendre un certain temps, Shepard.
— Comme si je ne m’en étais pas doutée. Je vais dire à Joker d’assurer la totalité du travail de pilotage.
— Voilà ce qui devrait lui faire plaisir », admit l’IA.

Shepard eut un sourire. Encore un souci dont elle n’avait pas à s’occuper elle-même. Elle appuya sur l’intercom qui se trouvait dans le mess et informa Joker de sa nouvelle tâche en attendant qu’EDI et Legion ne finissent leur mission. Il accueillit la nouvelle avec joie tout en admettant qu’il s’était habitué à être aidé.

« J’espère ne pas avoir perdu la main ! » s’exclama-t-il.

 

Voyant ce problème réglé bien plus simplement qu’elle ne l’aurait espéré, Shepard sortit du Core. Pour une fois depuis longtemps, elle se sentit plus légère.

 

Le Commander se dirigea alors vers le bureau de Miranda. Son second lui avait certifié qu’elle et Jack avanceraient durant leur passage sur Tuchanka.

Elle trouva les deux jeunes femmes face à face, la tête penchées sur leurs écrans. Jack se tenait correctement sur son siège, chose rare.
Miranda daigna quand même lever la tête vers Shepard. Un pli soucieux barrait son front, une imperfection dans son joli visage. Ses yeux bleus reflétaient l’inquiétude.
« Vous devriez voir ça. »
Elle se leva et lui laissa sa place. Shepard sentit l’inquiétude l’envahir. Ce que Cerberus détenait était donc si horrible ?

Elle s’installa sur le siège tandis que Miranda prit place derrière elle et se pencha pour taper quelques commandes. Jack grogna et se frotta le crâne d’un air préoccupé. Cela ne présageait rien de bon.
« Regardez. »
Miranda fit apparaître des diagrammes compliqués.
« Le taux d’armement de Cerberus est en explosion. Jamais leur production n’a jamais été aussi forte. »
Shepard haussa les épaules. Il n’y avait rien d’alarmant au vu de la situation actuelle. Rien d’étrange, d’anormal.

« La nature de l’armement est assez déroutante. Les schémas correspondent aux armes des Collecteurs.

— L’Homme Trouble voulait mettre la main sur la base des Collecteurs. Utiliser les armes de ceux-ci correspond bien à sa manière de penser et d’agir.
— Soit. Alors que pensez-vous de ça ? » dit Miranda d’un ton sec en appuyant sur d’autres touches.

Un hologramme que Shepard put reconnaître immédiatement apparut.

« Impossible ! Nous l’avons fait sauter. Comment…
— Il ne s’agit pas de la même base. C’est une construction originale. Humaine. »
Shepard n’en croyait pas ses yeux. Une réplique de la base des Collecteurs se trouvait devant ses yeux.

« A quelques aménagements prêts, il s’agit de la même structure, commenta Miranda.
— Qu’est-ce que cela peut bien pouvoir dire ?
— Ce qui m’inquiète, ce n’est pas le fait que Cerberus possède une construction de ce type. Ce qui me trouble, c’est la manière dont ils y sont parvenus. Nombre de ces technologies ne sont pas maîtrisées par aucune race connue de la Galaxie.
— Ce qui signifie… »

Miranda conclut la phrase d’un air sombre.

« Que Cerberus a reçu de l’aide d’une autre espèce… Soit des Collecteurs… soit…
— … des Reapers ! s’écria Shepard. Impossible ! Les Reapers sont notre ennemi commun ! »
Miranda croisa les bras et posa son postérieur sur son bureau. Elle fixa droit devant elle, les sourcils froncés.
« Je n’aime pas trop cette idée mais… J’en ai bien peur. »
Shepard suivit le même raisonnement. C’était quelque chose d’épouvantable à penser mais elle ne voyait pas une autre solution.
« Cerberus collabore avec les Reapers. »

Miranda passa la main sur son visage et Shepard put y voir une immense lassitude.
« Peut-être même que l’Homme Trouble a été endoctriné. » dit-elle à voix basse.
Si c’était le cas, c’était bien pire que ce qu’elle pensait.

Cerberus traquerait Shepard sans relâche, non parce qu’elle s’était  enfuie mais parce que les Reapers la voulait. Elle les intéressait. Cela signifiait que son ennemi était bien plus dangereux que ce qu’elle avait pensé.

« Ils en savent trop sur les Reapers pour être honnêtes », intervint Jack.
La jeune femme s’étira et fit craquer ses cervicales. Shepard se leva et fit le tour pour regarder ce que Jack avait, suivie par Miranda. Allaient-elles enfin apprendre des choses intéressantes ?
« Que voulez-vous dire ?
— Bah, j’ai trouvé des trucs. Je n’y comprends pas grand-chose mais il semblerait que ces salopards possèdent des tas d’infos sur les Reapers. »

Shepard regarda l’écran, cherchant à comprendre les lignes qui s’inscrivaient.
« On dirait des coordonnées…
— C’est un compte à rebours… » Miranda fronça les sourcils et pinça les lèvres, se rapprochant de l’écran comme si coller son nez dessus allait l’aider à comprendre.

« L’Homme Trouble savait qu’ils viendraient. Si je ne me trompe pas, cela correspond au jour où ils sont arrivés. »

 

Shepard resta stupéfaite. Cela voulait dire que l’Homme trouble l’avait menée en bateau. Il savait que les Reapers arrivaient, depuis un moment. Depuis combien de temps trompait-il son monde ? Jusqu’à quel point était-il endoctriné ? Avait-il cherché, comme Saren, à se retourner contre les Reapers, à les doubler pour mieux prendre le pouvoir ? S’il était aussi renseigné sur les Reapers, il aurait compris que cela ne servait à rien, qu’il ne pouvait pas les duper.

Il avait donc subi le même sort que Saren. L’endoctrinement était-il complet à l’heure actuelle ?

« Commander. » La voix de Joker s’éleva dans la pièce. « Transmission codée, vous prenez ? »
Cela devait sans doute être Hackett. Il n’avait pas donné de nouvelles depuis un moment.
« Je prends ça là-haut. » Elle se dirigea vers sa cabine, les sourcils froncés, plein de pensées sombres.

 

 

Les salutations furent brèves et empruntes de gravité. Toutefois, Shepard ne laissa pas le temps à l’Amiral de commencer la conversation.

« Quand cela a-t-il été vraiment décidé ? attaqua-t-elle directement. Est-ce qu’Anderson a quelque chose à voir avec ça ? »

L’Amiral resta muet quelque instants. Il souffla.

« Je n’ai pas tellement d’informations là-dessus à vous donner, Shepard. Vous savez que le Conseil est pérenne en  ce qui concerne ce genre de décisions. Alenko a de très bonnes qualités en tant que soldat.
— Ce n’est pas moi qui dirai le contraire. Toutefois, sa petite vendetta me laisse plus qu’un arrière-goût dans la bouche, si vous voyez ce que je veux dire.
— Vous êtes bien placée pour savoir que les Spectres n’ont de compte à rendre à personne et qu’ils agissent comme ils le souhaitent.
— Je sais également qu’ils agissent pour le Conseil et en son nom pour certaines affaires qu’ils ne peuvent résoudre de manière ouverte et officielle. Je voulais donc savoir jusqu’à quel point votre nouveau « Général en Chef des Armées de l’Alliance », dit-elle en mimant des guillemets avec ses doigts, est influencé par le Conseil. A-t-il encore foi en l’Alliance ou alors dois-je considérer l’Alliance comme un nouveau trouble-fête ?
— Shepard. Vous savez bien que ce n’est qu’un titre que la presse lui donne, ce n’est pas lui qui est à la tête des flottes qui sont chargé de venir à bout des Reapers. L’Alliance est administrée de telle manière qu’un seul homme ne puisse vraiment en prendre la tête. C’est de l’exagération journalistique. Alenko n’est que Major.
— Encore heureux. Ne manquerait plus qu’il soit bombardé Amiral.»
Elle soupira. Cela ne servait à rien de s’en prendre à Hackett. Il n’y était pour rien.

« Excusez-moi. C’est juste que ça commence à faire beaucoup. Il y a quand même d’autres priorités que de me courir après.
— Il vous faudra faire avec, j’en ai bien peur, tempéra Hackett. Je n’ai aucun pouvoir sur ce qu’il a décidé de faire. Malgré le fait qu’il fasse partie de l’Alliance, son nouveau statut de Spectre lui donne toute la latitude qu’il souhaite. Pour information, la dernière trace laissée par le Normandy est près d’Omega. Vous n’êtes plus dans ce secteur ?
— Non. Je suis allée sur Tuchanka rendre visite à une vieille connaissance. »

Elle marqua une pause savamment mesurée. Elle aimait bien jouer avec les effets d’annonce.
« Les Krogans sont prêts à combattre les Batarians. »
Hackett ne dissimula pas sa surprise. Il se redressa sur son siège, son visage s’approchant de la caméra qui lui faisait face.
« Comment ? Le CDEM…
— J’ai quelqu’un qui se charge de le rendre aveugle », avoua Shepard avec un faux sourire d’excuse.

Hackett ferma les yeux et son visage exprima une sorte de lassitude mêlée à de la résignation. Shepard eut l’impression de passer pour une incorrigible fauteuse de trouble.

« Je n’avais pas tellement le choix. Nous avons besoin de toutes les volontés qui se présentent.
— Depuis les sanctions prises à l’encontre des Krogans, ceux-ci ne se mêlent plus des grandes affaires de la Galaxie. Comment avez-vous ? »
Shepard expliqua alors l’idée de Mordin, son appel depuis la base de Jaëto. Elle détailla l’attaque de la station orbitale et l’extraction de Naxia et enfin l’accord passé avec Wrex.

« Urdnot Wrex est le seul Krogan capable d’unir tous les clans. Je crois en lui. »
Hackett la dévisagea longuement avant de prendre la parole.

« Je préfère vous savoir de notre côté que contre nous. Vous êtes une négociatrice redoutable, Shepard. J’espère que votre ami krogan parviendra à ses fins. Comme vous l’avez dit, nous avons besoin de tous ceux qui peuvent combattre. »

 

Le visage de l’Amiral se ferma davantage malgré le soulagement qu’il semblait éprouver à savoir que les Krogans ne se trouverait pas de l’autre côté des lignes ennemies.
« Nous avons un ennemi supplémentaire, dit-il gravement. Cela ne pouvait être que prévisible. Les Geths ont quitté la planète Rannoch. Ils se dirigent à l’aide d’une flotte de vaisseaux dont le nombre n’est pas encore connu à l’heure actuelle. Nous ne savons pas encore qu’elle est leur cible. »

Shepard resta songeuse. Quand on connaissait le fanatisme religieux dont les Geths hérétiques pouvaient faire preuve à l’égard des Reapers, il n’était pas difficile de deviner que leur destination était identique à celle de leurs « Dieux ». Elle fit part de cette remarque à l’Amiral qui affirma avoir eu le même raisonnement.
« La Cinquième Flotte part sur le front batarian, nous ne pouvons nous occuper de cela. J’aimerais que vous vous en chargiez, Shepard. »
Le Commander eut un rire franc. Qu’allait-elle pouvoir faire, seule contre une Flottille ? Hackett précisa alors qu’elle rejoindrait un « vieil ami » qui commandait un détachement de la Troisième Flotte.
« C’est une simple mission de reconnaissance, Shepard. Pas d’entrée en conflit direct. Il nous faut savoir qu’elles sont les intentions des Geths. »

Shepard hocha la tête, songeant déjà à chercher à contacter Tali dont elle n’avait pas eu de nouvelles depuis un bon moment. Elle espérait que ses investigations se passaient bien.

Elle fit part de son souhait de voir la Flotille se rallier à la guerre. Hackett secoua la tête. Le Conseil avait laissé les Quarians se débrouiller avec les Geths, leurs créations. Les Quarians allaient bien leur renvoyer l’ascenseur.
« Un des membres de mon équipe est une Quarienne. Elle est en ce moment en pleine négociation avec les siens. »

Encore une fois, l’Amiral ne cacha pas sa stupéfaction. Shepard haussa les épaules. Il fallait bien que quelqu’un agisse. Et si elle ne pouvait pas compter sur les ressources dont elle disposait, elle ne servait à rien. C’était son devoir de tester toutes les possibilités qui s’offraient à elle-même si elles étaient plutôt limitées. Que ne donnerait-elle pas pour pouvoir s’afficher au grand jour Commander de l’Alliance, Spectre du Conseil et pouvoir agir en toute impunité !

« J’attends de voir, dit Hackett. Néanmoins Shepard, je compte sur vous. Je vous transmets les coordonnées du détachement de la Troisième Flotte. »
Shepard salua l’Amiral et la communication se termina. Elle s’assit face à son bureau et appuya sur l’intercom afin de donner la nouvelle destination à Joker.

Shepard passa la main sur son visage. Elle bouillait. Pas à cause de l’inactivité. Non. Elle savait que plus le temps passait moins il y aurait de personnes à sauver sur Terre. Elle avait l’impression de tourner autour du problème. Elle savait pourtant que foncer tête baissée vers les Reapers serait inutile. Il lui semblant pourtant qu’elle brassait du vent, qu’elle ratait quelque chose.

Cela ne servait à rien d’y penser. Elle se concentra sur ton terminal et consulta les données que Miranda et Jack avaient mises à sa disposition sur Cerberus. Penser aux conclusions auxquelles elles étaient arrivées était terrifiant. Jusqu’à quel point Cerberus allait être une menace ? L’Homme trouble allait-il devenir un nouveau Saren ? Elle pesta entre ses dents. Normalement, Cerberus n’avait déployé qu’une unité à sa poursuite, conduite par Alan Sanders. Maintenant qu’elle savait que les Reapers avaient corrompu l’organisation terroriste, il y avait fort à parier que ses ennemis allaient être de plus en plus nombreux. Les Reapers n’avaient pas besoin d’aide pour anéantir les humains. Par contre, mettre la main sur une seule humaine leur demandait d’utiliser un pantin, un être manipulé qui aurait plus de facilité à l’approcher.

Elle repoussa son fauteuil. L’idée qu’elle n’arriverait à rien de concret pour le moment lui envahit l’esprit. Elle était d’une humeur massacrante, elle ne savait pas vraiment pourquoi mais son esprit était parasité. Elle pianota sur le bord de son bureau. Alors que l’avenir de l’univers était en jeu, elle trouvait le moyen d’hésiter, de faire dériver son esprit, de se sentir défaitiste. Son cerveau était en surchage, peut-être. Elle ne pouvait pas se permettre de ne pas réfléchir, de ne pas concentrer tout son être dans cette bataille insensée…

« Chambers » dit-elle finalement en appuyant sur le bouton de communication qui la reliait à son quartier-maître, « Des nouvelles de Tali ? de Thane ?
— Aucune communication entrante de leur part, Commander. Pas de tentative. Voulez-vous contacter l’un d’entre eux ? »
Shepard secoua la tête et soupira. Elle répondit négativement. Cela ne valait pas le risque de faire capoter quoique ce soit. Elle congédia Chambers d’une voix lasse.

Elle se leva, étira ses membres endoloris et décida de descendre dans le mess. Prendre la température de l’équipage était un bon moyen de tuer le temps utilement. Elle espérait qu’ils allaient bien. Ils ne risquaient pas de poser pied à terre avant un bon moment encore. Elle savait que la plupart étaient formés à résister à l’enfermement continu et long.
Gardner était cependant le premier à râler quand ils n’allaient pas au ravitaillement. Mais ce n’était pas le moment de faire la fine bouche. Il y avait de quoi tenir des mois même si la nourriture n’était pas de toute première qualité.

Le mess était vide. Shepard se retrouva donc seule et soupira. Elle se dirigea alors vers l’endroit où Garrus passait tout son temps à faire des calibrations. Des calibrations de quoi, Shepard n’aurait pu le dire. Toutefois, cela demandait au Turian un temps considérable et il était rare qu’il consentit à faire la conversation. Cependant, elle tenta quand même le coup. Elle trouva donc son ami penché sur une console, à rentrer des commandes et des paramètres. Elle jugea donc que cela n’était pas le moment de l’interrompre.

Elle fit donc demi-tour et se rendit là où Liara avait établi ses quartiers. Elle se demanda d’ailleurs pourquoi elle n’avait pas pensé plutôt à lui parler. Liara était la seule personne capable de mettre au point une surveillance rapprochée de Cerberus et ainsi, pouvoir vérifier si les hypothèses à propos de l’endoctrinement de l’Homme Trouble étaient fondées.

Comme elle en avait l’habitude entre chaque sortie, Liara était face à ses écrans, le front plissé par une réflexion intense. Elle tapait des lignes de textes codés en permanence, sans doute des instructions à Feron qui assurait son rôle principal, dans sa base secrète.

« Shepard. » dit-elle enfin en tournant la tête vers le Commander qui hocha la tête en guise de salut. « Que puis-je faire pour vous ? »
La jeune femme expliqua ce qu’avaient découvert Jack et Miranda. Liara resta de marbre face à ses explications, assimilant ce qu’elle lui disait. Elle ne semblait pas très étonnée de ce qu’elles avaient appris.
« Les agissements de Cerberus ont toujours été suspects, même pour une organisation terroriste. La technologie qui a été utilisée pour vous reconstruire est vraiment inaccessible pour pratiquement tous les scientifiques. Ils n’ont pas refabriqué qu’un corps, ils y ont réinséré votre âme, vos souvenirs. Même les Asaris ne pourraient pousser aussi loin la remise en état d’un esprit. Or, nous savons que les Reapers sont bien plus avancés que n’importe quelle espèce galactique. »

 

L’idée d’avoir été reconstruite à l’aide d’une technologie reaper ne plut pas du tout à Lucy. Ce n’était qu’une hypothèse, certes mais, à bien y réfléchir, elle était assez probable. Revenir à la vie était tout sauf anodin. Ce n’était franchement à la portée de n’importe qui. Les milliards qu’avait bien pu dépensés l’organisation terroriste ne suffisaient pas. Il y avait forcément eu autre chose.

C’était ce que Liara tentait de faire comprendre à Shepard. Ce n’était pas que le Commander avait des difficultés de compréhension. Non. C’était sa conscience, son esprit qui avait du mal à assimiler cette idée. Elle la rejetait par instinct, comme si cela suffisait à nier. Elle ne voulait pas admettre que cela puisse être vrai. C’était déjà assez horrible de savoir qu’une majorité, voire la totalité de son corps était artificiel.

Elle déglutit. Elle venait de se souvenir qu’EDI avait dit qu’elle-même possédait une technologie reaper. Cerberus était donc très au fait avec ce genre de pratique. Utiliser les aptitudes de l’ennemi… Enfin, si les Reapers étaient réellement les ennemis de l’Homme Trouble. Elle frissonna malgré elle.

 

Liara dut sentir qu’elle était troublée par son discours car elle se leva et lui toucha l’épaule ce qui la fit immédiatement sortir de ses pensées.
« Je ne pourrais pas comprendre ce que vous ressentez, Shepard. Toutefois, ce n’est qu’une hypothèse. Vous êtes toujours le Commander Shepard. »
Le Commander se recomposa un visage détendu. Elle cherchait à éviter que ses pensées ne dérivent trop vers des horizons dangereux.
« Serait-il possible que le Shadow Broker puisse surveiller les agissements de Cerberus qui tendent à prouver qu’ils ont été corrompus par les Reapers ? »

Liara se réinstalla devant ses écrans et acquiesça.
« Bien sûr. J’ai déjà un dossier sur Alan Sanders. L’Homme Trouble est plus insaisissable. Il sait brouiller les pistes. J’ai moins d’informations sur lui. Nous ne savons toujours pas d’où il est originaire. Son parcours est un mystère. On retrouve sa trace dans quelques petites organisations terroristes avant qu’il ne crée Cerberus. Je vais contacter Feron afin qu’il fasse le nécessaire. »

Shepard hocha la tête. Elle laissa alors l’Asari à ses claviers. Elle n’arrivait plus à contenir le flot de ses pensées. Elle se dit alors que la meilleure chose à faire était de prendre un peu de recul. Elle traversa le mess d’un air absent et emprunta l’élévateur qui l’emporta vers le loft.

Assise sur son lit, elle fixa un point invisible devant elle, totalement absorbée par ce qu’il se passait dans sa tête. Des pensées qu’elle ne voulait pas voir se former dans son esprit. Pourtant, à vouloir les rejeter, elle ne faisait que les amplifier. Elle n’avait jamais vraiment réfléchi à ce que signifiait son retour à la vie d’un point de vue scientifique. Elle avait déjà eu fort à faire avec les aspects moraux. Encaisser le choc de constater qu’elle était encore en vie elle-même. Encaisser la réaction des autres que ce soit des exclamations enjouées que du rejet. Elle avait déjà senti à plusieurs reprises que sa présence provoquait un certain malaise chez les autres. Ceux qui étaient normaux, pas des fans aveugles. Même certains de ses « ennemis » avait été déstabilisés un certain temps.

Elle était devenue anormale, contre-nature… une aberration. Elle était une anomalie.

Un frisson la parcourut encore. Etait-elle vraiment issue d’une technologie reaper ? Dans quelles proportions ? Dans quel but ? Comment ?

Elle fut prise d’un dégoût d’elle-même et se leva de son lit, se projetant sur ses jambes comme si elle avait été éjectée du matelas. Elle arracha ses vêtements et se planta devant le miroir qu’elle ignorait la plupart du temps. Elle s’étudia du regard, tâta sa peau à la recherche d’une chose dont elle ne connaissait pas la nature.

Et si elle avait quelque chose d’implanté en elle, un artefact reaper, quelque chose qui s’activerait à un moment donné et la transformerait en marionnette ?

Elle se tourna et se retourna, cherchant à voir son dos, à trouver une trace, un indice d’une présence intruse. S’ils lui avaient introduit quelque chose, où l’auraient-ils mis ? Elle écarta ses cheveux, cherchant parmi les racines, se griffa la peau. Elle sentit une peur panique s’emparer d’elle. Sa cage thoracique se souleva à un rythme effréné. Elle avait envie de hurler. Elle ne savait pas pourquoi. Son esprit était focalisé sur cette crainte, cette peur de n’être plus elle-même, de devenir une chose horrible. Elle sentit l’hystérie la prendre. Elle devenait irrationnelle. Cela ne lui était jamais vraiment arrivé. Elle s’était autorisé la faiblesse après la Mission Suicide. Elle s’autorisait à présent la folie. Elle n’arrivait pas à reprendre le contrôle d’elle-même. Elle savait que c’était dangereux. Elle devait se ressaisir. Pourtant les marques dans sa peau s’approfondirent. Elle tournait en rond, marmonnant des choses incohérentes, se grattant la peau à l’en faire saigner. Elle perdait le contrôle.

Elle savait qu’elle n’était qu’un cadavre ambulant qui fonctionnait en grande partie grâce aux implants qu’elle avait en elle. Elle aurait dû rester morte. Jamais elle n’accepterait de se transformer en monstre. Un monstre tel que Saren avait été lors de leur dernier affrontement dans la Citadelle. Une marionnette, défigurée, démembrée qui n’était voué qu’à détruire tout ce qui l’entourait.

Ce n’était pas en s’abimant dans ces folles pensées qu’elle arriverait à se calmer. Elle se mit à sangloter. Plus rien n’était cohérent, juste une immense douleur sourde dans sa tête.

Elle se sentit si lasse, si fatiguée. Elle avait besoin de quelqu’un, quelqu’un qui parviendrait à calmer cette angoisse qui la rendait folle. Il lui fallait Chakwas. Oui. Le Doc pourrait lui filer de quoi se calmer. Oublier les pensées, les effacer dans un joli cocktail de médicaments.

Elle appuya fébrilement sur le bouton de l’intercom.

Quand la voix paniquée de Shepard lui parvint aux oreilles, Joker ne comprit pas tout de suite. Ses propos étaient incohérents. Intelligibles. Il eut même l’impression d’entendre des sanglots. Qu’est-ce qui arrivait au Commander ? Il essaya de rester concentré sur le pilotage du Normandy tout en demandant à Shepard de se calmer. Il ne comprenait pas ce qu’elle lui voulait. Pourquoi l’appelait-elle avec un ton si paniqué ? Il finit par comprendre qu’elle lui demandait de venir. Impossible ! Il était en mode manuel et pas d’EDI de disponible pour prendre le relais. Les propos du Commander redevinrent inaudibles. Elle était en train de péter les plombs ou quoi ?

Elle baragouina quelque chose à propos de médicaments. Elle était si confuse qu’elle pensait avoir contacté le Doc. Joker sentit son pouls s’accélérer. Qu’est-ce qu’il se passait dans le loft ? Qu’avait donc Shepard ?

Comment était-elle ? Que faisait-elle ? Son estomac se contracta. Jamais il n’avait entendu tant de détresse dans sa voix. C’était comme s’il y avait quelqu’un d’autre qui lui parlait. C’était plus que de l’angoisse, il y avait une sorte de folie qui transparaissait à travers ses propos inarticulés. Comme si elle avait totalement perdu l’esprit.

Il se résolu à faire quelque chose qu’il avait classé dans ses tabous personnels. Activer la caméra qui se trouvait dans le loft. En général, elle était éteinte. L’intimité de Shepard ne regardait qu’elle et tout le monde respectait ça. Même lui.
Là, il y avait urgence alors il pouvait mettre ses beaux principes à la poubelle.

L’écran vacilla quelque peu avant que l’image ne se stabilise. Il orienta la caméra, balayant la pièce. Il finit par trouver Shepard recroquevillée au pied de son lit, tremblante et… complètement nue. Le premier sentiment qu’il éprouva à la voir ainsi fut la gêne. Immédiatement suivie par de l’inquiétude. Une inquiétude sourde, qui fit accélérer les battements de son cœur. Qu’est-ce qu’elle foutait à poil dans sa chambre à trembler comme une feuille ? Ce fut à ce moment qu’il aperçu les traces de griffures qui zébraient la peau du Commander. Comment avait-elle pu se faire ça ? Elle avait perdu la tête.

Un borborygme lui rappela qu’il était toujours en ligne avec elle.
« Ne… ne bougez pas, Commander. J’appelle le Doc. »
Oui, c’était la meilleure chose à faire. Il changea de canal et avertit Chakwas que le Commander était en train de faire une crise de folie dans sa cabine. Le docteur ne perdit pas un instant pour accourir auprès de Shepard. Il coupa la caméra une fois qu’il l’eut aperçu dans le loft. Ce n’était pas vraiment quelque chose de sain que de regarder Shepard dans cet état-là.
Il se concentra à nouveau sur sa tâche. Il ne put pourtant s’empêcher d’être profondément inquiet. Il n’arrivait pas à penser à autre chose qu’à ces stries rouges qui zébraient la peau de Shepard. Elle s’était griffée jusqu’au sang par endroits. Pour quelle raison ? Pourquoi s’était-elle ainsi mutilée ?

 

Chawkas se précipita vers le Commander. Elle avait un regard complètement perdu, en état de choc, profondément désorientée. Immédiatement, le médecin lui administra un calmant. Shepard commença à reprendre ses esprits. Elle ne marmonnait presque plus. En tout cas, cela avait l’air intelligible.
« Qu’est-ce que je suis ? Que m’ont-ils fait ? Ne pouvaient-ils pas me laisser tranquille, morte ? »

Il ne fallut que peu de temps avant que Chakwas comprenne ce qui avait mis le Commander dans cet état. Comment Shepard était-elle venue à penser à sa reconstruction ? se demanda le médecin. Elle se reprit. Elle ne pouvait pas se mettre à sa place. Penser qu’elle aurait déjà dû tourner la page à ce propos était stupide et déplacé. Chawkas n’était pas dans sa situation. Personne ne l’était et ne l’avait jamais été.

Pourquoi ce sujet revenait-il maintenant et pourquoi cela la mettait-il dans un tel état était une question plus appropriée. Elle évitait de lui parler de ça. Elle l’avait écoutée aborder le sujet quelques fois parce que Shepard lui avait posé pas mal de questions mais elle finissait toujours par l’éluder d’elle-même, disant que cela ne valait pas la peine de philosopher dessus, qu’elle était en vie et que la mission pouvait continuer, qu’elle n’y pouvait rien et qu’elle devait saisir cette « chance. » Alors que s’était-il passé ?

Chakwas n’arrivait pas à savoir quoi lui répondre. Parce qu’elle ne connaissait pas la réponse. Elle ne pouvait même pas expliquer comment s’était déroulé le projet Lazarus. C’était un mystère même pour elle. Cela dépassait largement ses compétences.
Karin appréciait beaucoup Lucy. C’était un excellent Commander et une femme exceptionnelle. Travailler pour elle était vraiment appréciable. Même s’ils étaient devenus des parias, elle continuerait à être sous ses ordres. C’était un honneur. Et honnêtement, le docteur ne s’ennuyait pas dans le Normandy. Elle considérait les soldats qui peuplaient le vaisseau un peu comme ses enfants. C’était pourquoi elle détestait  voir la jeune femme ainsi, les yeux écarquillés, injectés de sang, hystérique. Il ne savait pas comment calmer cette angoisse visible autrement que par les médicaments. Elle ramassa la combinaison de Shepard qui trainait sur le sol.

« Suis-je un monstre ? Qu’ont-ils implanté dans mon cadavre pour qu’il puisse bouger encore ? Qu’ont-ils fait aux résidus de mon cerveau pour que ma personnalité reste identique ? Comment ont-ils fait ça ? »

Chawkas secoua tristement la tête. Elle ne savait pas. Elle ne voulait pas savoir. C’était trop douloureux. Elle ne voulait pas décortiquer ce mystère. Sans doute avait-elle peur également de la réponse.
« Lucy. » l’appela-t-elle doucement. Elle voulait que le Commander revienne à la réalité. Son regard eut du mal à se fixer sur celui du docteur. Toutefois, c’était un premier pas.
« Vous n’êtes pas un monstre… Vous êtes le Commander Shepard. Vous êtes le Commander du Normandy. »
Se focaliser sur les paroles du Docteur semblait être au dessus des forces de la jeune femme. Elle dodelina de la tête. Les calmants commençaient à faire effet. Elle finit par sombrer.

 

Joker avait fini par mettre le Normandy en pilotage automatique. Pas aussi précis qu’EDI au meilleur de sa forme mais au moins, il pouvait aller se soulager. Il ne tenait plus et sa vessie était si douloureuse qu’il ne put s’empêcher d’avoir un sourire béat quand il commença à uriner. De toute façon, il n’en avait pas pour longtemps.
Pourtant, à peine sorti des toilettes, Vega se planta devant lui. Joker rentra instinctivement la tête dans les épaules. Que lui voulait-il, celui-là ? Il avait vraiment du mal à le supporter. Surtout depuis que le Commander avait pris l’habitude de l’appeler James. Ca sonnait faux. James. Comme si elle minaudait.

« Le Commander vous fait demander dans l’infirmerie. »
Ah, ce n’était que ça. Elle l’avait sans doute vu passer alors qu’il se rendait dans les toilettes. Il hocha la tête et se dirigea vers l’antre de Chakwas. Le pilote automatique pouvait bien tenir encore un peu. Ce n’était pas comme s’ils étaient au beau milieu d’un champ d’astéroïdes.

Il entra dans la pièce dont les stores avaient été tirés, sans doute pour laisser un peu d’intimité au Commander. Le Doc n’était pas là. Sans doute se reposait-elle un peu et après avoir calmé Shepard, elle avait bien raison. Cette dernière semblait aller mieux.

Shepard commença par s’excuser de lui avoir mis la frousse. Elle n’était même pas parvenue à comprendre pourquoi et comment elle s’était retrouvée à lui parler au lieu de contacter le docteur comme cela avait été son intention. Elle mit ça sur le compte de son coup de folie.
Joker croisa les bras. Elle n’allait pas s’en tirer à si bon compte. Elle lui avait foutu la frousse et il ne se satisferait pas d’un simple pardon.

« D’accord, Commander. Je veux bien accepter vos excuses mais à la condition que vous m’expliquiez ce qui vous a rendu dans cet état. »

Shepard se mordit la lèvre. C’était de bonne guerre. Elle lui devait bien ça.

« Il est endoctriné, ils sont avec eux… Miranda et Jack… » La voix du Commander commença à faiblir au fur et à mesure qu’elle expliqua ce que le Commandant en Second et le Sujet Zéro avaient trouvé. La voix dérailla dans les aigus en relatant la discussion avec Liara.
Joker comprit. Il comprit la peur d’être une sorte de bombe à retardement, un pantin dirigé par les Reapers. La peur de ne plus être humaine mais d’être devenu une sorte de monstre hybride d’une nature inconnue. En quelque sorte, le Commander était un monstre, rien que de par sa condition de revenante. Cela était déjà difficile à porter alors le reste devenait un fardeau insupportable.

C’était donc pour ces raisons qu’elle s’était écorchée à ce point. Elle avait cherché une anomalie, quelque chose d’implanté. C’était si désespéré que Joker ne put s’empêcher d’être touché par sa détresse.

Il soupira malgré lui. Il avait l’impression d’avoir touché l’intimité de Shepard. Bien plus que lorsqu’il avait activé la caméra et qu’il l’avait vue nue.

Finalement, cela le mettait mal à l’aise qu’elle lui parle de ça. Il posa le regard sur elle. Elle semblait attendre qu’il lui dise quelque chose. Il ne savait pas trop quoi penser de ce regard qu’elle lui lançait. Comme si elle réclamait quelque chose. Ou alors, il se méprenait complètement. Sans doute voulait-elle juste qu’il lui dise qu’elle n’était pas un monstre.
« Commander. » Il la regarda dans les yeux. « Je ne pense franchement pas que vous soyez une sorte de Reaper. » Elle retint sa respiration. Qu’allait-il dire après qu’elle lui ait avoué qu’elle était peut-être une sorte de monstre ? C’était déjà assez gênant d’avoir ce genre de conversation avec lui. Pas parce qu’il était un subalterne ou quoi que ce soit. Non. Parce que c’était Joker. Elle avait du mal à se dévoiler et étrangement, elle ne voulait pas qu’il la voie comme une pauvre chose fragile.

C’était trop tard. Elle avait sans doute écorné l’image qu’il pouvait se faire d’elle. En temps normal, elle s’en foutait. Mais pas avec Joker. Elle allait juste payer le fait de s’être ouverte à lui. Elle sentait qu’il allait la prendre en pitié.

 

« Il vous manque les tentacules en métal. »

Il s’aperçut qu’elle avait cessé de respirer pendant une fraction de seconde.

Puis elle éclata d’un rire étrange, brisé et fou. Il ne sut pas s’il s’agissait d’une bonne chose ou pas.
« Qu’est-ce que vous pouvez être un véritable crétin. » finit-elle par dire, une fois son fou rire calmé. Compliment ou pas ? Avait-elle finalement apprécié sa blague ?

Lucy secoua la tête avec un sourire amusé. Joker venait de lui rappeler pourquoi elle l’appréciait autant.

Elle posa sa paume contre son front et tenta de calmer les soubresauts de sa cage thoracique.

« Je suis sérieuse, Joker ! » dit-elle plus sérieusement. Comment pouvait-elle passer d’un seul coup du complet fou rire à un sérieux à couper au couteau ? Elle lui faisait peur avec son regard si désespéré. Il ne voulait pas de ce regard-là. Il était en train de lui faire perdre tous ses moyens.

Peut-être avait-il réussi à la dérider mais elle n’était finalement pas du tout satisfaite de sa réponse. Elle voulait qu’il soit sérieux. Qu’il lui dise qu’elle n’avait rien à craindre. Parce qu’il la connaissait depuis longtemps, il était le plus à même de lui confirmer, non ? Parce qu’elle savait qu’il avait suivi, de loin certes, le projet Lazarus. Au fond d’elle-même, pourtant, elle savait qu’il ne pourrait pas lui apporter de véritable réponse. Elle chercha à insister. Pour qu’il comprenne que c’était grave.
« Je suis en train de vous dire que je suis … »
Elle s’interrompit brusquement.

Joker la serrait dans ses bras de toutes les forces dont il était physiquement capable. Interloquée, elle resta quelques instants les bras ballants, la bouche ouverte sous la surprise.
« Arrêtez, Commander. Arrêtez tout de suite. »

On en revenait toujours à sa culpabilité. Si Shepard n’était pas morte, elle n’aurait pas eu à souffrir de tout ça. Il sentit que le Commander avait posé ses deux mains dans son dos. Qu’elle le lui tapotait même doucement. Comme si c’était à elle de le rassurer ! Et puis qu’est-ce qu’il lui prenait à serrer son Commander de cette façon-là ? Il bénit les stores tirés. Il ne manquerait plus que quelqu’un le voit.

« Vous n’êtes pas un monstre. » Il était à deux doigts de l’implorer. Il se recula un peu et la regarda. Jamais elle n’avait vu un tel sérieux dans ses yeux.
« Shepard. » C’était bien une des rares fois où l’appelait par son nom de famille.
« Vous n’êtes pas une bombe à retardement ou un truc dans le genre. Oui, on pourrait vous mettre dans un musée des bizarreries mais je pense que Cerberus a simplement utilisé une technologie qui nous dépasse tous pour juste vous remettre en état. Personne n’est capable de faire ça. Les Reapers ont créé les Relais de Masse ! C’est une technologie qu’on utilise tout le temps ! Est-ce pour cela qu’elle est néfaste ? Non ! Ils sont juste largement plus avancés que n’importe quelle population de la Galaxie. »
Il ajouta pour lui-même que même s’ils avaient dû faire appel à cet technologie, que même si l’Homme Trouble avait été endoctriné, tant que Shepard était là, il se moquait bien du reste. Cerberus avait réparé sa connerie. Et lui avait fait comme ci tout était comme avant. Sauf que ce n’était plus le cas.

Le discours du Lieutenant était cohérent. Pas tout à fait satisfaisant.  Cependant rassurant. Shepard commençait à reprendre ses esprits. Elle se sentait ridicule. Toute cette crise de nerfs… Tout ce… mélo. Elle ne pouvait pas se permettre ce genre d’écart. Elle voulait croire Joker. Elle voulait le croire de toutes forces. Elle devait redevenir maîtresse d’elle-même.

Toutefois, il restait un doute. Elle voulait une garantie.
« Joker. » Elle le regarda dans les yeux, sûre de ce qu’elle allait dire.

« Si jamais, je perds le contrôle de moi-même… »
Elle sentit qu’il devinait ses paroles et qu’il allait la couper. Elle leva la main pour qu’il la laisse continuer.

« Si je deviens incontrôlable… Je vous le demande… »
Il secoua la tête et elle vit la douleur dans son regard.

 

« Tuez-moi. »

 

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