Chapitre six

Les Hanars avaient beau être une race conciliaire, ils ne prenaient pas forcément part aux querelles intestines qui régissaient souvent la citadelle et Shepard savait que pénétrer dans l’espace aérien de Kahje ne l’exposerait pas au Conseil et elle ne risquerait pas de se retrouver prise en chasse. Cela lui ferait du bien, ainsi qu’aux autres, de mettre un peu le pied sur la terre ferme et de respirer autre chose que l’air du Normandy. C’était ce que Shepard pensait avant de se rappeler de ce que Miranda lui avait dit. Kahje était recouverte à plus de quatre-vingt-dix pour cent d’eau. Ce qui en faisait une planète à l’air affreusement humide et était la principale cause de la maladie de Thane. Le syndrome de Kepral. Ce mal rongeait nombre de Drells qui ne supportaient pas l’atmosphère de la planète qui les avait recueillis. Le fait de voir tomber ceux qu’ils avaient secourus peinait les Hanars et ils cherchaient depuis plusieurs décennies une thérapie génique. Shepard se demanda si Thane allait supporter le retour sur cette planète qui l’avait rendu malade. Elle espérait que cela n’allait pas aggraver sa souffrance.

 

« En approche de Kahje, Commander. » l’informa Joker par l’intercom. C’était le moment de revêtir sa combinaison. Elle descendit dans les quartiers de l’équipage afin d’y chercher Thane. Le Drell avait préparé ses affaires et semblait l’attendre. Il lui fit un signe de tête et la suivit. Shepard pensa avec un amusement soudain que malgré le fait que les Drells ressemblaient à des poissons, d’après les dires de nombre de gens de l’équipage, ils ne supportaient pas le milieu aquatique. Pourtant, Thane ne semblait pas redouter le fait de revenir sur Kahje. Son visage ne montrait rien de particulier, aucun signe de tension ou d’inquiétude. Le visage parfait de l’assassin qui ne montre pas ses sentiments. Il était déjà en mission et toute son attitude montra qu’il était concentré, qu’il était déjà à la tâche. Son silence était d’ailleurs éloquent.

Quand elle avait recruté Thane, elle l’avait trouvé dangereux. Silencieux, discret, ne dévoilant que peu d’informations sur sa personne. Elle avait eu quelques difficultés à lui faire confiance. Paradoxalement, elle l’avait trouvé fascinant. C’était sans doute comme cela qu’il parvenait à assassiner quand il sa mission le laissait à découvert. Il mystifiait, charmait sa victime avant de lui ôter la vie. C’était un comportement propre à sa profession et pourtant, au début, Shepard s’était méfiée. Même s’il avait promis de devenir son bras armé, elle craignait que ce ne soit là que de belles paroles destinée à empoisonner son esprit. Il avait désiré que la mission suicide lui permette de mettre fin à ses jours mais malheureusement, son souhait n’avait pas pu être exaucé. Toutefois, alors qu’il ne lui restait rien qui le retienne parmi les vivants, il s’était réconcilié avec son fils. Cela ne l’empêchait pas de toujours exprimer des remords. Shepard voyait en lui un homme cherchant à se faire pardonner de ses crimes, un homme torturé. Elle avait fini par comprendre qu’il considérait l’élimination des Reapers comme un chemin vers la repentance et que c’était là sa seule motivation. Ce n’était pas pour chasser les Reapers mais pour lui-même.

Au fond, Shepard n’y accordait pas grande importance, elle avait besoin de lui. Finalement, et malgré elle, Shepard avait commencé par fasciner Thane. Il était impressionné par son comportement en tant que Commander, son infaillibilité lors de la bataille, son inflexibilité face à ses détracteurs. Il l’avait d’ailleurs surnommée « Siha », ce qui, d’après ce qu’avait pu lui expliquer Mordin, montrait qu’il l’estimait beaucoup.
Shepard n’aimait pas être le centre de l’attention et surtout pas être l’objet d’une fascination. Elle n’encouragea pas Thane dans cette voie, restant polie et courtoise mais sans plus. Elle l’appréciait pour ses qualités d’assassin et les discussions philosophiques qu’ils avaient parfois mais c’était tout. Ce n’était pas la même amitié qu’elle portait à Garrus ou Joker. Il était cependant charmant et elle n’aurait pas été étonnée de devoir tomber sous son charme. Ses manières policées, sa voix envoutante aurait pu faire vaciller n’importe quelle femme mais Lucy ne ressentait rien de particulier en sa présence.
Elle se demanda toutefois si Thane ne rechignait pas à quitter le Normandy car il ne la verrait plus. Craignait-il de mourir avant d’avoir accompli sa mission ? Avant qu’ils puissent se revoir ? Il se savait condamné et s’était fait une raison. Shepard ne savait pas ce que c’était que d’attendre la mort sans rien faire. Elle n’était pas à même de pouvoir le comprendre. Pour elle, la mort pouvait arriver n’importe quand. Elle en avait la preuve assez souvent et en avait fait les frais elle-même.

 

Les conditions climatiques de Kahje empêchèrent le Normandy d’atterrir. Shepard prit quelques membres d’équipage supplémentaire dans le Shuttle, ceux les plus sujets à la claustrophobie. Cerberus avait beau avoir prétendu qu’il y avait les meilleurs éléments à bord du vaisseau, cela n’avait pas empêché les mauvaises surprises. Accompagnés de Garrus, Thane et Shepard montèrent à bord du Shuttle suivi de quelques uns soulagés à l’idée de prendre l’air. Miranda assurait le Commandement à bord. Garrus s’empara des commandes, appréciant peu la manière de conduire de Shepard, un peu brusque et assez casse-cou.  Sur Kahje, il faudrait manœuvrer plus prudemment, ce qui était plutôt dans les cordes du Turian. Joker largua le Shuttle qui commença sa descente dans l’atmosphère. Les frottements de l’air contre le blindage du véhicule provoquèrent quelques secousses puis le Kodiak heurta le sol avec toute la délicatesse dont Garrus était capable.

 

Humide. Définitivement humide. Ce fut la première pensée qui vint à l’esprit de Shepard quand elle posa le pied hors du Shuttle. Humide et frais. Une fraicheur peu désagréable mais… Trop humide. C’était assez oppressant. Finalement, elle comprit que si, elle, humaine, était sensible à ce point à cette atmosphère, qu’est-ce que cela devait être pour les Drells dont la planète d’origine était un immense désert aride ! Elle jeta un coup d’œil à Thane mais il ne semblait pas être affecté par les conditions climatiques. Il prit la tête de leur trio et se dirigea vers une structure qui devait être une habitation hanar. Non… Un Drell sortit de la bâtisse et se dirigea vers eux.

« Les Hanars vivent principalement dans les océans, expliqua Thane. Ils peuvent supporter un milieu de vie sec mais la plupart du temps, ils préfèrent rester dans un lieu aquatique. Ainsi, ils ont laissé les terres émergées aux Drells. Nous avons construit une ville à quelques centaines de kilomètres d’ici, sur la côté opposée mais nous vivons principalement dans des petites structures, des villages. »

Et c’était justement l’un d’entre eux qu’ils avaient choisi comme point de chute. Plus discrets que les grandes cités. Plus faciles à protéger avec les dômes. Ces dômes qui préservaient les Drells des nombreuses pluies qui s’abattaient sur Kahje et que les Hanars avaient construits pour eux. Les Drells étaient plutôt bien intégrés parmi les Hanars, certains étaient même suffisamment intimes avec eux pour qu’ils aient connaissance de leur « Nom d’âme ». Ce fut pourquoi un Hanar suivit presqu’immédiatement le Drell venu à leur rencontre.

« Thane Krios, commença ce dernier. Je ne m’imaginais pas te revoir ici. C’est surprenant.
— Bathan Odalis, répondit Thane. On dirait qu’Arashu daigne m’accorder encore sa protection. » Il s’inclina quelque peu, saluant Bathan ainsi que le Hanar qui le suivait.

« Celui-ci trouve qu’il est particulièrement plaisant que voir un enfant de Kahje de retour. » Le Hanar se tourna alors vers Shepard.
« Celui-ci est enchanté de faire la connaissance du Commander Shepard mais celui-ci aurait préféré que cela se fasse dans des circonstances plus favorables. »

Shepard hocha la tête. Elle aurait préféré ça aussi. Kahje n’était pas un lieu qu’elle aurait choisi pour ses vacances mais elle aurait été intéressée par les ruines prothéennes. Un autre jour, une autre vie… Elle n’avait pas le temps de regretter son passage éclair sur cette étrange planète. Enfin, aussi étrange que de nombreuses autres. Elle décida de ne pas s’attarder, d’ici qu’un vaisseau conciliaire tombe sur le Normandy, elle sentait qu’elle n’était pas ouvertement poursuivie mais il valait mieux être prudente…

« Thane, j’ai reçu ton message et je t’attendais, continua Bathan. Je peux t’offrir l’hospitalité pour quelques temps. » Shepard savait que Thane ne pourrait pas rester longtemps au même endroit. Ce n’était pas que les Drells n’étaient pas solidaires entre eux mais l’appât du gain pouvait faire en sorte qu’ils le vendent aux autorités.
« Odanis pourra t’accueillir chez lui plus tard. Il m’a dit qu’il voulait arranger sa demeure pour que tu t’y sentes comme chez toi. » Le Hanar fit bouger ses tentacules en guise d’approbation.
« Celui-ci est le gardien des Archives concernant les Endkindlers. Celui-ci peut mettre tout son savoir en œuvre pour venir en aide à ceux qui veulent chasser ceux qui ont détruit les Endkindlers. »
Vénérant les Prothéans comme des dieux, les Hanars voyaient les Reapers comme des démons qui avaient exterminés leurs bienfaiteurs. Shepard sentit qu’on pouvait leur faire confiance. Elle n’était pas croyante mais pouvait comprendre que les Hanars aient portés aux nues ceux qui les avaient ouverts à la civilisation galactique. Ils considéraient les Reapers comme une menace. Shepard eut un sourire ironique en pensant que les Hanars, que beaucoup pensaient sous-développés car n’ayant pas un physique humanoïde, étaient bien plus clairvoyants que nombre d’espèces dans la Galaxie.

Un silence s’installa. Le ciel se couvrit.

« La pluie ne va pas tarder. Vous avez eu de la chance de venir pendant une accalmie. Elles sont courtes, pas plus de vingt minutes. » Bathan regarda le ciel d’un air inquiet. Sachant qu’il n’était pas une bonne idée que de retenir des Drells sous une averse, Shepard se tourna vers Thane.
Elle pencha la tête vers lui, le saluant à distance. Mordin lui avait expliqué qu’un contact physique avec un Drell provoquait des hallucinations. Elle ne voulait pas tenter une simple poignée de mains avec ce risque. Elle avait besoin de rester en possession de tous ses moyens.

Toutefois, le Drell saisit la main de Garrus et ils se saluèrent amicalement. Puis il reporta son attention sur le Commander.

« Thane
— Siha.
— Bonne chance.

— Je vous contacte dès que j’ai du nouveau. Ne vous inquiétez pas, je coderais le message.
— Vous savez, Thane, je ne pense pas rester dans l’ombre encore longtemps. » dit Shepard avec un sourire provocateur.
Le Drell eut un rictus puis fit un signe de la main avant de se retourner et de partir avec Bathan et Odanis.
« Allez, Garrus, dit Shepard en regardant les nuages qui menaçaient, on s’en va avant de se prendre une averse sur la figure. Et personnellement, je préférerais éviter de me faire mouiller. »

Le Turian acquiesça et ils retournèrent au Shuttle, récupérant le reste de l’équipage.

Shepard, Garrus, Liara, Miranda, Legion, Jack, Jacob et Vega. Ils n’étaient plus que huit. Huit membres dans cette folle équipée dont elle ignorait pour l’instant la direction. Attendre. Attendre… La chose qu’elle détestait le plus. Shepard était une femme d’action. La bataille, l’adrénaline… Tourner comme un lion en cage dans le Normandy était quelque chose d’insupportable. Si Joker affectionnait tant son vaisseau au point de ne jamais pratiquement en sortir, ce n’était pas le cas du Commander.

« Commander, un message crypté. Vous le prenez ? » la voix de Joker dans son oreillette la fit sourire. C’était drôle, elle pensait justement à lui.
« Oui. Transmettez.
— Tout de suite. »
Ce devait sûrement être l’Amiral Hackett. Elle espérait vraiment que ce soit vraiment lui. Et son souhait fut exaucé.
C’était une transmission vocale. Le son était mauvais, craquant comme un vieux fichier sonore du vingt-et-unième siècle. Shepard pianotait sur le bord de son bureau. Qu’est-ce qui pouvait bien dégrader les connexions à ce point ? Le canal avait beau être hyper sécurisé, la communication n’en était pas pour autant d’une pauvre qualité affolante. Le Commander soupira. Elle était sur pied depuis peu et n’attendait désormais que de l’action. Elle en avait plus qu’assez de rester dans l’ombre. Quand est-ce qu’elle pourrait être sûre que le Conseil allait lui foutre la paix ? Elle pensa qu’à ce rythme-là, ne lui resterait plus que la séduisante option de se terrer dans les tréfonds d’Omega avec les rebuts et les petites frappes. Elle pourrait même vendre ses services à une des mafias locales.

Parmi les parasites, la voix de Hackett se fit enfin entendre.
« Shepard.
— Amiral. »
Elle écourtait la formule de politesse mais peu lui importait. Hackett la connaissait déjà quand elle courrait dans les jupes de sa mère. Il n’allait pas se formaliser pour si peu.
« Vous avez reçu mon rapport concernant la station orbitant autour de Naxell, je suppose. »
L’Amiral répondit par l’affirmative.
« L’Alliance peut enfin agir contre les Batarians, dit-il. La Quatrième Flotte est prête à se disperser. Bien évidemment, des solutions diplomatiques sont toujours en cours mais je crains que tout cela ne finisse en bain de sang.
— Evidemment. Les Batarians ne cèderont pas un pouce. Ils veulent faire payer leurs nombreux morts. Quand bien même je me livrerais à eux, ils continueraient. Il leur fallait un prétexte pour s’en prendre aux espèces consulaires. Je leur en ai fourni un de taille. »

Shepard savait qu’elle aurait beau expliquer qu’elle n’avait pas eu le choix, que si elle avait eu le temps, elle aurait fait évacuer le système de Bahak, c’était inutile. Les Batarians ne l’écouteraient pas.
« Et les Reapers ? Que va faire l’Alliance ?
— Le relais de Charon est désormais inaccessible. Il n’y a plus aucun contact avec le Système Solaire depuis cinq jours. »
Cinq jours. Déjà ! Plus le temps passait et plus les chances de survie des Terriens s’amenuisaient. Sans parler des colonies disséminées un peu partout dans la Bulle Locale.

« Amiral. » Shepard prit une grande inspiration. Une idée, un fol espoir venait de se frayer un chemin dans son esprit. Peut-être que cela était possible.

«  Admettons que le but ultime des Reapers soit la Terre. C’est le cas, bien évidemment… »
Les idées venaient confusément et Shepard éprouvait de la difficulté à les exprimer clairement.

« Ce que je veux dire, c’est que la Terre… La Terre, c’est l’apogée de leur conquête, la prise finale, là où ils vont asseoir leur pouvoir… »
Elle marqua une pause en cherchant à expliciter clairement les choses. Hackett ne disait rien, attendant de comprendre où le Commander voulait en venir.

« Quand on veut neutraliser une base ennemie, il faut en prendre le contrôle, aller au centre de commandement, maîtriser le chef. Mais il faut avant tout passer les sentinelles, abattre la garde, ce qui est satellitaire. Mais mettez-vous dans l’optique de massacrer tout le monde. On ne se contenterait pas d’infiltrer le cœur du système ennemi. Non, on irait par étapes, tuant tout ce qui est à notre portée jusqu’à pénétrer au cœur, garder le plus fort, le meilleur pour la fin.
Ce que je veux dire, c’est que… je pense que les Reapers ne se sont peut-être pas attaqués directement à la Terre. Ils gardent ça pour après. J’ai le sentiment qu’ils vont d’abord nettoyer toutes les colonies qui se trouvent dans la Bulle Locale, coupant les communications internes au Système Solaire afin de semer la panique. Ainsi, ils auront préparé le terrain pour l’invasion. »
Hackett resta muet quelques secondes avant de prendre la parole.
« Il y a plus d’une centaine de colonies dans la Bulle Locale. Les Reapers sont des milliers. C’est une broutille pour eux.
— Mais cela retarderait l’invasion. Ce qui nous laisserait un peu plus de temps, s’exclama Shepard. Je suis d’accord avec vous, ce gain de temps est insignifiant mais il pourrait être réel. Ne le négligeons pas. Ce sont peut-être des millions de morts en moins. Et ça, c’est tout sauf négligeable. »

Son cerveau se mit à réfléchir à toute vitesse. Elle essayait d’estimer combien de temps il avait fallu aux Reapers pour anéantir toutes les stations orbitales et planétaires qui parsemaient le Système Solaire. Un jour, deux tout au plus. Si elle suivait son raisonnement, les Reapers ne seraient que depuis trois jours sur Terre.

Cinq jours s’étaient écoulés depuis la rupture du comm boy de la Bulle Locale. Cinq jours depuis son procès avorté. Ces cinq jours lui avait paru être une éternité. Combien de temps encore faudrait-il aux Reapers pour achever leur travail de destruction ?
Combien de temps encore avant que la planète Terre ne soit plus qu’un sinistre désert ?
Tellement d’incertitudes, aucune réponse. Pas même un plan d’attaque. Etait-ce donc une bataille perdue d’avance ?

« On manque de temps, de toute manière… » souffla-t-elle entre ses dents. C’était inutile de se monter la tête avec des suppositions douteuses.
« Shepard. Si on connaissait le moyen de venir à bout de ces pourritures, vous pensez bien qu’on ne serait pas là mais au front. Y aller maintenant, c’est nous priver de nos forces armées. C’est suicidaire. Il nous a fallu toute une Flotte pour venir à bout d’un seul d’entre eux. Alors des milliers… Si on ne trouve pas une faille…
— Est-ce que quelqu’un la cherche, la faille ? » s’écria-t-elle, se levant soudainement. « Y’a-t-il au moins quelqu’un qui se penche sur ce problème sérieusement ? Quelqu’un qui a compris que ce que nous disions depuis le début n’était pas seulement sorti de mon esprit dérangé ? »

Elle en avait assez de se sentir seule, seule contre ces monstres. Elle avait du mettre sa propre équipe sur le coup, comme si eux seuls pouvaient trouver la solution. Mais c’était dérisoire, c’était stupide et naïf. Comment une poignée de personnes pouvaient venir à bout de tout ça ? Alors qu’ils pouvaient être des milliers à réfléchir, à œuvrer contre ce mal qui allait tous les anéantir ?
« Calmez-vous, Shepard. »
La voix de Hackett la ramena à la réalité. Elle posa ses mains sur son bureau et soupira profondément.
« Pardonnez-moi, Amiral. C’est juste que… » Elle passa les mains sur son visage.
« Le temps passe sans qu’on ne puisse rien n’y faire. J’ai l’impression qu’on est bien seul alors qu’une coalition de toutes les espèces galactiques pourrait être bien notre seul espoir de survie. Au lieu de ça, le Conseil chipote.
— C’est une chose dont nous ne sommes pas maîtres. Et nous n’avons malheureusement pas de temps pour en débattre. Je dois vous laisser. Je vous recontacterais dès que j’aurais quelque chose. En attendant, restez sur vos gardes si Cerberus est après vous.
— Très bien. » Shepard se sentait lasse, comme si un poids encombrait ses épaules. La communication fut rompue. Par mesure de sécurité, leurs échanges étaient chronométrés. Trop de risque de se faire repérer et ce n’était pas le moment.

C’était donc ça. Il lui faudrait attendre. Attendre. Perdre encore plus de temps. Ca la faisait rager. Si elle ne pouvait pas compter sur l’Alliance, elle se tournerait vers d’autres peuples. Elle avait des amis, des alliés. Elle devait trouver en eux des appuis. Ce n’était pas que les humains qui étaient concernés par la menace des Reapers. Tôt ou tard, ils s’en prendraient à une autre espèce. Dans des milliers, des millions d’années, sans doute mais ils reviendraient. Alors, oui, cela pouvait sembler trop lointain mais la menace était réelle. Mais suffisamment lointaine pour se dire qu’on avait le temps ou qu’elle finirait par disparaître d’elle-même. C’était cette idée reçue qu’elle devait combattre. Il lui faudrait être convaincante et inflexible. Et avoir des arguments imparables.

Elle n’avait pas le temps de souffler que l’image holographique d’EDI apparut dans le loft.

« Shepard. Communication entrante.
— Provenance ?
— Jaëto. Connexion sécurisée du Docteur Balin.
— Je prends. »
Le visage de Mordin apparut sur son écran.
L’excitation était on ne pouvait plus être visible sur les traits du Salarian. Shepard devina qu’il avait quelque chose de fondamental à lui dire.
« Ravi de vous voir. Le Dr. Balin et moi avons fait une découverte extraordinaire. Possibilité de trouver le remède au Génophage. Très important. Vital. Fantastique. »

Son débit de parole était encore plus rapide qu’à l’ordinaire. C’était impressionnant. Plus impressionnant encore était la vitesse à laquelle cette paire de scientifiques avait pu trouver en trois jours à peine une solution à un problème qui gangrenait les Krogans depuis des centaines d’années. A moins que…
« Dites-moi, Mordin. Est-ce que vous avez dormi, au moins ? »
Un rictus apparut sur le visage du Salarian. Il inspira par le nez et continua sa tirade.

« Dormir ? Quelques heures. Régénération des cellules cérébrales. Repos accessoire. Pas le temps. Trop de choses à faire. »
Voilà qu’il ne parlait qu’en phrases non verbales. Mais Shepard se sentit vite aussi excitée que lui à l’idée qu’il ait trouvé quelque chose qui puisse valoir monnaie d’échange avec les Krogans. Même si cela impliquait de se mettre une bonne partie des Salarians à dos. Le risque en valait la peine. Ils n’étaient pas grand-chose à côté des Reapers.

L’image tressauta.
« Mordin. Alors ? Qu’est-ce que vous avez trouvé ? »
Le Salarian se lança dans ses explications habituelles. L’image tressauta de nouveau. Rien de bien inhabituel pour une connexion sécurisé.
« Immense avancée. Pas encore finalisées mais nous n’en sommes pas loin… Avec… »
L’image se brouillla de nouveau et se parasita.

« Mordin ? » Shepard trouva cela anormal, finalement.
Le Salarian s’interrompit et regarda autour de lui. Son habituel flegme laissa place à une inquiétude profonde. Hors de l’écran, quelqu’un cria.

« Mordin ? » répéta Shepard.
Le Salarian ouvrit de grands yeux étonnés et tapa sur son clavier.

« Shepard. Dois vous laisser. Menace imminente. Nous sommes attaqués. »
La connexion se coupa instantanément.
« Mordin ! »

 

Shepard cria le nom mais cela était totalement inutile. Mordin ne l’entendrait pas. Elle tapa du poing sur son bureau et se leva. Ordres ou pas, elle n’allait pas laisser Mordin dans la merde. Elle avait besoin de lui, besoin de ce qu’il avait trouvé et surtout c’était un ami. Hackett ne lui avait pas dit de rester à attende sans rien faire. Il lui avait juste dit de guetter ses ordres. Elle ne désobéissait pas vraiment. De toute façon, il lui avait garanti qu’elle avait toute latitude. Mordin était en danger.

Elle fonça à travers la passerelle après avoir entré vigoureusement les coordonnées de la colonie salarianne de Jaëto sur la carte de la Galaxie.
« Joker ! On se rend sur un champ de bataille. Jaëto. Colonie salarienne. Ennemi inconnu.
— Okay, je vois, fit le pilote en se plongeant dans ses écrans. On va pouvoir tester les nouvelles armes de mon bébé. » Le rictus qui ornait son visage ne trompa pas Shepard. Lui aussi avait hâte de se lancer dans la bataille. Elle eut un sourire.

« On a de la chance, Commander. Jaëto est assez proche. Deux heures tout au plus. J’espère qu’ils vont tenir le coup. »

Deux heures. Suffisamment long pour qu’une colonie tombe aux mains de l’ennemi, tout dépendait donc de la nature de l’attaque, de l’intrus. Si les Salarians étaient préparés, ils tiendraient bon. C’étaient de vaillants combattants, efficaces et sans pitié. Elle avait vu l’étendue de leurs capacités sur Virmire. Ils étaient stratèges. Ils n’allaient pas se rendre sans combattre.
Deux heures.

Il était temps de faire un briefing.

 

« Il y a quinze minutes, la connexion avec Mordin Solus a été interrompue sous le coup d’une attaque. Je n’ai pas pu déterminer qui est l’intrus.
— Ce seraient les Batarians ?, commença Jacob avant de se reprendre. Non, je ne pense pas qu’ils s’en prendraient aux Salarians.
— Ah moins que les Batarians tiennent le Conseil comme responsable de l’explosion du système de Bahak, auquel cas, n’importe quelle espèce conciliaire est une cible potentielle, avança Miranda.
— Les Batarians n’ont jamais accepté le fait qu’ils ne soient pas admis parmi les races officielles de la Citadelle. Pourtant, nombreuses sont les raisons qui ont poussé le Conseil à repousser chaque leur demande d’accéder au triumvirat. Leur tempérament guerrier et leur manque de diplomatie sont les principaux défauts. Ce sont de sérieux écueils pour eux et ils ne cherchent pas à s’en démettre. »

La remarque posée de Liara plongea les autres dans une intense réflexion.

« Si ce ne sont pas les Batarians… » Miranda n’acheva pas sa phrase mais il n’était pas difficile de déduire ce qui pouvait suivre.
Garrus prit alors la parole. Ses mains jointes devant lui, il exposa le fruit de sa propre réflexion.
« La question qu’il convient de se poser c’est : «  Si ce n’est pas le hasard qui met une nouvelle fois Cerberus sur notre chemin, comment sont-ils parvenus à savoir que le Docteur Solus se trouve actuellement sur Jaëto ? » Comment savent-ils qu’il effectue des recherches sur quelque chose qui serait bénéfique pour obtenir le soutien des Krogans ? Sommes-nous certains que nous ne sommes pas tracés, écoutés ? »

Si Cerberus était bel et bien l’assaillant qui menaçait la colonie salarianne de Jaëto, ce serait vraiment une autre coïncidence énorme.

« Pourquoi Cerberus s’attaquerait aux Salarians ? Les recherches effectuées par les docteurs Balin et Solus ne sont pas une menace pour l’humanité, pensa Shepard à haute voix.
— Leur but est d’asseoir la suprématie de l’humanité. Pourquoi s’en prendre aux Alliés de celle-ci ? renchérit Liara. C’est à ne plus rien y comprendre.
— P’t-être qu’ils ont pris le melon. Y se croient sans doute capable de sauver l’humanité à eux seuls et veulent pas qu’on les aide. C’est si tordu comme manière de penser que ça m’étonnerait pas. »

Miranda lança à Jack un regard torve. Shepard haussa les épaules. Quoiqu’il en était, ce n’était pas logique.

« Nous verrons bien sur place, finit-elle par trancher. Qui que ce soit, c’est quelqu’un qui s’en prend à un de nos amis. Quelqu’un qui menace ce qui est sans doute le seul espoir de rallier tous les Krogans à notre cause. C’est un luxe que nous ne pouvons nous permettre. Nous arriverons bientôt sur Jaëto, il nous faut une stratégie qui nous permettra d’aborder l’ennemi en limitant la casse. Je vous écoute. »

 

Joker ralentit le Normandy, préparant le vaisseau  à la manœuvre d’attaque.

« Nom de… » Le juron s’étouffa dans sa gorge. Un débris frôla la carlingue. Face à lui, un vaisseau d’une taille non négligeable était en train d’arroser copieusement une station orbitale d’un feu nourri. Pas de doute, ce devait être là que se trouvait le Docteur Solus et son collègue. Là, où était la cible. Et entre eux et leur ami, il y avait Cerberus. Joker reconnu le logo qui ornait le vaisseau ennemi. Aucune erreur n’était possible, le symbole jaune et noir se détachait parfaitement sur l’acier blanc de la carlingue.

Joker pesta entre ses dents. Au lieu de se contenter d’infiltrer la station, Cerberus était carrément en train de tenter de la détruire. Aucune finesse, juste un travail de gros bourrin. Se fiant à ce qu’il savait désormais sur l’un des plus belliqueux lieutenants de l’agence terroriste, il devina qu’il s’agissait-là de l’escouade d’Alan Sanders. Il ne put s’empêcher de déglutir. Il n’aimait pas ça.

Tout à sa manœuvre, il n’entendit pas Shepard qui remontait dans son dos.
« Ce sont eux ? » dit-elle et cela le fit sursauter malgré lui.
« Ca va ?  ajouta-t-elle en voyant ses traits crispés. Il hocha la tête.
— Je crois bien que c’est lui… précisa-t-il. L’autre malade biotique. »
Shepard fronça les sourcils. Ah… C’était donc ça. Elle sentit que les battements de son cœur s’étaient intensifiés, l’adrénaline emplit ses veines. Lui… Il était donc là. Ca tombait bien. Le sourire qui ornait à présent le visage de Shepard ne dit rien qui vaille à Joker. Autant se l’avouer, il n’aimait pas ça du tout. C’était comme si Shepard venait de se trouver une nouvelle Némésis. Elle avait la même expression un peu folle qu’elle avait arborée quand il avait fallu traquer Saren à travers la Galaxie.

 

« O.K. Joker, c’est l’occasion de tester les nouveaux joujous dont l’Alliance a équipé le Normandy. Voyons si ce camouflage optique fonctionne. Vous allez vous approcher le plus près possible de la station afin que le Shuttle puisse pénétrer à l’intérieur sans qu’on se fasse prendre.

— Aye, Aye, Commander. » Le pilote pianota sur ses claviers, effectuant les commandes permettant d’activer le tout nouveau mode furtif du Normandy. Il n’avait pas pu s’empêcher de trouver ça génial quand lui et EDI avaient fait le point sur les améliorations apportées par l’Alliance. Il avait trouvé ça très utile, surtout au vu de leur condition de fugitifs.

Shepard lui donna une petite tape sur l’épaule et se détourna pour se diriger vers la soute.
« Commander… » Elle se figea et se tourna vers lui. Il fuyait son regard mais l’expression inquiète de son visage le trahissait.
« J’aime pas ce type. Soyez prudente. »
Elle lui sourit et réitéra sa tape sur l’épaule. Ce genre d’attitude était inhabituel de sa part mais il prit ça comme ça venait.
« Je reviendrais. » lui assura-t-elle avec un sourire. Il grimaça. Voilà qu’il devenait sentimental ou quelque chose comme ça. Shepard n’allait pas se faire avoir une seconde fois. C’était bien mal la connaître. Il était persuadé qu’elle avait mis sur pied un plan ou une tactique pour affronter ce malade.
« Allez, Joker, je compte sur vous ! » s’écria-t-elle alors qu’elle finissait de franchir la passerelle. Le pilote secoua la tête et se reprit. Il savait que tant qu’elle n’aura pas fait mordre la poussière à cet Alan Sanders, elle ne serait pas tranquille. Rancunière, Shepard ? Oh, si peu… Il la connaissait assez pour dire qu’elle voulait avoir sa petite revanche sur le type qui l’avait assommée aussi facilement. Oui… Elle avait la rancune tenace, Shepard.

 

Descendant dans la soute, le Commander enfila son casque. Normalement, elle avait pris des précautions suffisantes pour ne pas se faire avoir une seconde fois. D’autant plus, que ce coup-ci, c’était à elle de bénéficier de l’effet de surprise. Liara et Legion serait en couverture et elle prendrait Vega et Jack comme équipiers. L’ancien Sujet-Zéro était une biotique puissante et son côté bourrin serait le bienvenu. Elle possédait au moins ce point commun avec Sanders. Quand à Vega, il s’était montré très insistant pour l’accompagner. Trop insistant, même. Elle ne savait pas comment le prendre. Mais bon, autant qu’il se rende utile.

Shepard vérifia que son fusil sniper était opérationnel. Sa spécialité était l’infiltration. C’était pourquoi elle s’entendait si bien avec Garrus, ils partageaient la même vision du combat même si le Turian était très polyvalent. Cette bataille allait être plus simple pour elle car elle maîtrisait les arcanes de l’infiltration. Entrer sans se faire repérer, éliminer discrètement les obstacles, décapiter la tête de l’unité ennemie… C’était comme respirer pour elle. Dans cette configuration, elle était avantagée.

« EDI, peux-tu donner les dernières informations sur la situation ?
— Les capteurs sensoriels ont détecté plus d’une cinquantaine de Salarians en vie dans la station, il y a également cinq Krogans et d’après les récepteurs, l’unité de Cerberus compterait douze hommes vivants.
— Une petite escouade, analysa Vega. En tenant compte de l’effet de surprise qu’a du causé leur attaque, ils peuvent avoir un avantage certain.
— Avantage qu’ils vont perdre rapidement avec nous », termina Shepard en armant son fusil.

Désormais furtif, le Normandy s’approcha de la colonie par le côté opposé à l’attaque de Cerberus. Shepard espéra fort que le prototype de camouflage ne les lâche pas maintenant, auquel cas, ils seraient fortement exposés. Le Shuttle n’était pas équipé de ce genre de matériel, ils ne disposeraient que de quelques secondes pour entrer dans la station sans attirer l’attention de l’ennemi.
Shepard avait chargé Legion de la manœuvre. C’était celui qui conduisait le mieux parmi toute son équipe. Entre machines, on se comprenait, s’aventura-t-elle à penser.

Elle vérifia une ultime fois l’état de son fusil, tapota son Carniflex derrière son dos pour en tester les attaches. Les flux d’adrénaline qui parcouraient son sang accéléraient son rythme cardiaque. Comme à chaque fois avant la bataille. Shepard le savait, elle ne vivait que pour ça. Que pour ses décharges qui boostaient tous ses sens. C’était comme une drogue. Quand elle était au combat, elle ne pensait plus qu’à ça. Viser, tirer, changer de position. Viser, tirer, recharger. Son cerveau était déjà focalisé sur ce qu’elle allait faire.

« Maintenant ! »

Le Normandy largua le Shuttle qui s’arrima à la station à côté d’une écoutille d’évacuation des ordures. Il ne disposait que de quelques secondes pour pénétrer dans le conduit. Vega ouvrit la porte latérale d’un mouvement brusque. Ce fut Liara qui sauta la première, suivie de Legion, Jack et Shepard. Le conduit était relativement court comme tous les modèles d’évacuation des déchets. Déblayant les détritus qui gênaient sa progression, Liara se fraya un chemin jusqu’au tapis roulant qui acheminait tout ce que la station balançait dans l’espace. C’était une technique d’approche un peu farfelue mais elle eut le mérite de les faire entrer dans la colonie sans attirer l’attention. Tout être vivant dans cette station était en plein combat, qui se permettrait de prendre le luxe de regarder le vide-ordure ? Liara s’extraya souplement et aida les autres à se remettre sur leurs pieds.

Elle tendit la main vers Shepard qui s’en aida tout en demandant la situation.

« Rien à signaler. Il semblerait que cette zone ne soit pas concernée par les combats. Le couloir est désert. »
Liara pointa du doigt la caméra de surveillance qui se trouvait dans la pièce alors que Garrus sortait péniblement du conduit.

« Il semblerait que le système de contrôle vidéo soit HS. »

Cela ne pouvait que faciliter l’infiltration pensa Shepard. Elle fit apparaître le plan de la station sur son omnitool. « Liara, vous et Legion allez vous rendre au centre de contrôle de la station afin d’en prendre possession, c’est un avantage qu’on ne peut mettre de côté. Essayez de rétablir le système de surveillance afin d’avoir une couverture complète de chaque zone touchée.
— Entendu, répondit l’Asari.
— Lieutenant Vega, Jack, nous allons directement au cœur du conflit. Notre priorité est d’extraire Mordin ainsi que ses découvertes. Je crains bien qu’il ne soit directement en contact avec les assaillants.
— Tant mieux, sourit Jack. On va pouvoir casser quelques gueules ! » Elle frappa du poing dans sa main pour appuyer ses dires. Vega regarda la jeune femme avec stupéfaction comme s’il était choqué par son langage. Pourtant Jack n’avait pas la dégaine de quelqu’un de très distingué. Le Lieutenant se ressaisit rapidement quand Shepard s’éclaircit la gorge. S’il avait continué à dévisager Jack de cette façon, le Sujet Zero lui aurait mis les pendules à l’heure à sa façon.

Shepard donna le signal et les deux groupes se séparèrent. Liara et Legion disparurent au détour d’un couloir. Talonnée par Vega et derrière Jack, Shepard avançait prudemment. Alors qu’ils se dirigeaient vers ce qui semblait être le laboratoire principal, des bruits indistincts leur parvinrent aux oreilles. L’ambiance était différente de celle qu’ils avaient pu rencontrer sur Naxell. Ici, pas de cadavres jonchant le sol. Les Salarians ne s’étaient pas encore faire refouler dans cette partie de la station. De plus, le laboratoire orbital ne comptait que peu de civils, ne vivaient ici que les scientifiques ayant des expériences en cours. Ils rentraient tous les mois sur la planète Jaëto pour rendre visite à leurs familles.
Déjà, la configuration n’était pas la même. Sur Naxell, il n’y avait que des vigiles armés, chargés de la sécurité. Sur Jaëto, la nature même des recherches effectuées exigeait une escouade armée, une surveillance intensive et particulièrement efficace. Une poignée de Krogans nécessitait un tel service d’ordre pour les contenir en cas de problème. Les scientifiques eux-mêmes étaient entraînés pour parer à l’éventualité d’une rébellion de la part de leurs spécimens d’étude.

Au fur et à mesure que le trio s’approchait, la rumeur s’intensifiait. Ils savaient qu’ils s’approchaient de la zone de combat. Le plus grand des laboratoires était devenu le lieu d’échange de tirs. Ils s’arrêtèrent. Shepard fit un signe à Jack pour qu’elle se mette dos au mur, de l’autre côté de la porte. Vega effectuerait un tir de suppression si nécessaire. Shepard s’accroupit, dos au chambranle défoncé de la porte automatique et jeta un coup d’œil à l’intérieur. Sur la droite, une console pouvait servir de protection. Deux caisses sur la gauche. Face à eux, près d’un sas de sortie, trois soldats de Cerberus. Deux derrière une autre console. Pas de trace de Sanders. De leur côté, quatre Salarians faisait face, ripostant à chaque salve ennemie. Shepard leva deux doigts vers Jack et désigna la gauche. La jeune femme hocha la tête et s’engagea à travers la porte brisée, roula sur elle-même et se cacha derrière les caisses.

 

Vega s’engouffra derrière elle et arrosa les assaillants d’un feu nourri. Profitant de la diversion offerte par le Lieutenant, Shepard se mit à couvert dans un recoin qu’elle avait jugé être le meilleur poste de tir. Elle arma son fusil sniper et tira. La balle traversa la pièce et se ficha dans le casque d’un soldat de Cerberus. L’homme s’écroula au sol. Mort. Toujours concentrée, les muscles tendus, la mâchoire serrée, elle rechargea son fusil, le remit en joue, fit mouche une deuxième fois. Elle aperçut du coin de l’œil, Jack qui sautait par-dessus un obstacle, envoyant une décharge biotique vers un groupe qui tentait de forcer le passage. Ce mouvement permit aux quelques laborantins de se replier sans essuyer de dégâts. Cette aide inattendue leur laissa le temps de recharger leurs armes et de se repositionner correctement face à l’ennemi. Après quelques salves, les terroristes montrèrent quelques signes de panique et entamèrent un repli stratégique. Shepard ne voulait pas leur laisser ce loisir. Elle cherchait à éliminer le chef, la tête. Diminuer ses alliés le ferait sortir de son trou.

Elle fit signe à Vega pour qu’il couvre leur sortie. Elle devait acculer les quelques hommes qui restaient dans la pièce. Progressant à toute vitesse à travers les débris de ferraille et de verre, elle slaloma entre les obstacles et se glissa derrière une table d’examen renversée. Une salve siffla au dessus de sa tête. Elle posa son fusil et s’empara de son Carniflex. A cette distance, la portée de son fusil était inutile, handicapante. Elle se redressa et tira sans distinction en direction de la seule issue possible pour Cerberus.

« Jack ! »
La jeune biotique surgit de derrière les débris qui la protégeaient, poussa un cri sauvage et fracassa les soldats contre la paroi métallique. La voie était dégagée.
Sans attendre, Shepard se jeta en avant, laissant les Salarians pantelants. Pour couper la tête, il fallait agir vite et le Commander voulait profiter de son effet de surprise. Plus le temps passait et plus l’ennemi aurait le temps de s’organiser. Passant la porte, elle asséna un coup de crosse de fusil au premier assaillant qui passait dans le couloir. Un tir siffla au dessus d’elle.

« Merde ! »
L’accès au couloir était compromis. Elle fit signe à Jack qui s’empressa de libérer le passage.
« Commander ? » La voix de Liara lui parvint dans son oreillette. « Nous avons atteint l’objectif. Je vous vois. »
Il y eut un silence.

« Sanders est à trois salles vous. »
Une exclamation suivit cette phrase.
« Il se dirige vers vous ! »
Ca, Shepard s’en doutait. La disparition d’un certain nombre de membres de son équipe avait bien fini par attirer son attention.

 

Il fallait faire vite. Elle en connaissait suffisamment son ennemi pour savoir qu’il allait foncer directement vers elle. Elle fit signe à Vega qui hocha la tête. Le Lieutenant était vraiment efficace sur le terrain, il obéissait à ses ordres muets. Tant mieux, elle n’avait pas besoin d’un boulet.

 

« Liara, j’aimerais que vous m’avertissiez quand il sera dans la salle juste avant le couloir où je me trouve. »
Elle se faufila à travers la porte qui se trouvait face à elle. La pièce était vide. En désordre, il y avait des traces de lutte.
« Liara, vous avez localisé Mordin ? chuchota-t-elle à son micro.
— Il se trouve dans le laboratoire qui est de l’autre côté de la station. Il ne semble pas être en danger. Il est avec un Krogan. »
Que Mordin ne soit pas au cœur de la rixe surprenait quelque peu le Commander. Son sujet d’étude devait vraiment être exceptionnel pour éloigner ce Salarian au sang chaud de la bataille. Malgré ses airs de scientifique passionné, Mordin aimait le combat et cultivait un certain goût pour les solutions expéditives et la manière forte. Cependant, il était vrai qu’il aimait par-dessus-tout ses recherches et entre les deux, il n’hésiterait pas.

 

« Shepard, Sanders se trouve dans le couloir. Vega et Jack ne vont pas tarder à le voir. »
Le Commander déglutit. Elle se glissa contre le mur, et le longea jusqu’à la porte qui donnait sur le couloir. Ce dernier contournait la salle où elle se trouvait et deux portes différentes donnaient dessus. S’étant glissée par la première, elle s’approchait à présent de la seconde, espérant par-là prendre Sanders et ses hommes en tenailles. Elle serra son Carniflex et retint sa respiration. Elle comptait sur le côté fonceur de son ennemi pour que, une fois Vega et Jack aperçus, il ne songe pas à lancer ses hommes dans la salle. C’était une erreur qu’elle ne ferait pas mais Sanders était du genre à le faire. Déjà, il avait commis un impair en délaissant sa cible première pour s’attaquer à elle. Il perdait donc facilement son sang froid et oubliait ses objectifs premiers pour n’en faire qu’à sa tête.

Certes, Cerberus lui avait ordonné de la traquer sans relâche mais s’il avait continué à chercher Mordin, il n’aurait eu qu’à attendre qu’elle vienne d’elle-même puisque c’était sa cible aussi. Au lieu de cela, il avait fait demi-tour avec son équipe pour s’attaquer à elle. Grave erreur. Shepard se demanda comment diable Sanders avait pu devenir un des lieutenants de l’organisation terroriste. L’Homme Trouble ne pouvait pas se limiter à compter uniquement sur sa force brute. Il y avait sans doute autre chose, ce n’était pas possible autrement.

Shepard entendit la cavalcade des hommes de Sanders qui s’aventuraient dans le couloir puis les premiers échanges de tirs.
« Sanders vient de passer la porte. Il y a encore deux hommes. »
Shepard attendit. Elle voulait que Sanders entre en contact avec Jack. Si elle avait choisit la jeune femme c’était parce que Sanders était un biotique au moins aussi bourrin qu’elle. Il devait exprimer sa force brute et Shepard avait vite compris que seuls des pouvoirs biotiques pouvaient lui procurer la satisfaction d’écraser son adversaire par sa propre force. Les armes ne procuraient sans doute pas le même plaisir que celui qui consistait à faire rebondir un adversaire sur toutes les surfaces à portée et d’entendre ses hurlements de terreur et de douleur. Jacob lui avait parlé d’une mission qu’il avait faite avec Sanders. Le regard de l’ancien Cerberus avait été assez éloquent. Sanders aimait faire souffrir ses ennemis, lentement, sûrement puis d’un seul coup il mettait fin à leur vie en les disloquant ou en les écrasant brutalement contre le sol, le plafond ou les murs. C’était une sorte de psychopathe.

 

Le cri de rage de Jack retentit dans le couloir suivit d’un grognement plus rauque, plus masculin. Ils y étaient. Shepard pouvait visualiser les décharges biotiques qui s’affrontaient, se heurtaient brutalement dans un halo bleu étincelant. C’était le moment qu’elle attendait.
Elle enclencha la porte, logea une balle dans la tête du premier soldat de Cerberus, envoya paître le second d’un coup de crosse bien placé. Ces deux actions eurent pour effet de distraire Sanders qui se retourna, laissant Jack prendre le dessus sur lui. Il vacilla, ce qui laissa à Shepard le temps de lui tirer dessus.

Pourtant la balle n’atteignit jamais son but. Elle ricocha littéralement sur Sanders avant de se ficher dans la paroi métallique du couloir. Surprise, Shepard tira une seconde fois. Le phénomène se reproduisit. Sans chercher à comprendre, elle se jeta à terre, évitant le tir que lui destinait son ennemi. C’était sans compter sur Jack qui déchargea sa rage sur Sanders. Il se retrouva sur les genoux. Shepard regarda son arme qui semblait inutile face à lui. Qu’est-ce qui pouvait bien le rendre inatteignable ? Alors qu’elle se posait la question un immense brouhaha envahit le couloir et elle aperçut une dizaine de Salarians qui venait de les rejoindre. Sanders se releva péniblement, puis fit demi-tour et s’enfuit par la porte par laquelle il était venu. Shepard retrouva ses esprits et se releva, saisissant la main tendue de Vega.

« Il ne faut pas le laisser fuir ! » Les Salarians étaient déjà partis à la poursuite de Sanders. Elle leur emboîta le pas.
« Shepard Commander. » La voix de Legion la fit s’arrêter. Ce n’était pas bon signe.
« Legion ?
— Nous avons détecté une anomalie dans le système de survie de la station. Il semblerait que le processus d’auto destruction ait été enclenché. »

Shepard retint une exclamation de surprise. Sanders… Quel salaud. Ne pouvant pas mettre la main sur ce qu’il cherchait, il avait décidé de tout faire sauter. Ca lui ressemblait bien.
Vite, il fallait se reprendre. Garder son sang froid. Agir dans l’urgence. Calmement. Respiration profonde. Elle ferma les yeux. Inspira. Expira. Rouvrit les yeux.

« On doit trouver Mordin. »
Elle savait où il se trouvait. Le laboratoire.
« Liara, il me faut un chemin sûr pour rejoindre le docteur Solus. »
L’Asari lui affirma qu’elle faisait de son mieux. Shepard en profita pour ordonner à Légion de ralentir le plus possible la progression de Sanders. Quitte à ce que la station saute, autant que ce soit lui qu’elle.
« Vega, Jack ! » Elle leur fit signe et ils se lancèrent à sa suite. Guidée par Liara, le trio progressa à travers la station. L’alarme retentit, déchirant l’air, vrillant les tympans. Et les cris suivirent. La panique. Une panique ordonnée, propre aux Salarians. Une rapidité efficace. Un repli en ordre.

Remontant les couloirs de la station, ils croisèrent un groupe qui se précipitait dans le sens inverse.
Le Salarian à la tête de l’escouade fit un signe à ses suiveurs.
« Oh ! Commander Shepard. Que faites-vous là ?
— Nous sommes venus en aide à un ami. Mordin Solus. Il se trouve dans  le laboratoire qui se situe au bout de la Station.
— Solus ? Oui. Ne suis pas les procédures standards. On ne peut prendre le spécimen. Non coopératif. »

Cela n’étonna pas Shepard. Un Krogan coopératif ? Cela n’existait pas. Mais si Mordin s’obstinait, c’était qu’il y avait quelque chose de vraiment important avec ce Krogan. Mordin ne risquerait pas de se faire sauter pour un Krogan, sauf si celui-ci représentait la solution à ce problème qui le hantait depuis des années. Et la solution à un problème bien plus important que ce qu’il pouvait bien penser.

« On s’en occupe. » répondit-elle sobrement, indiquant par la qu’elle n’interférait pas dans leur évacuation, qu’elle ne leur demandait pas d’aide. Cela leur convint à tous deux. D’un signe de tête, ils se saluèrent puis le trio s’élança à toute allure vers le laboratoire où Mordin s’échinait à convaincre son sujet d’expérience de s’enfuir avec lui.

Guidés par Liara, ils progressèrent rapidement. Plus ils avançaient dans la station, moins ils croisaient de personnes. Seule l’alarme stridente les accompagnait, la lueur rouge des ampoules d’urgence projetait leurs ombres sanguines sur les parois métalliques des couloirs.

« Shepard. »

Vega désigna la porte du laboratoire où se trouvait leur camarade. Le Commander hocha la tête et le Lieutenant fit coulisser la porte, préparant son fusil au cas où un assaillant serait resté en retrait, tapi dans l’ombre en attendant le moment opportun pour frapper.

Regardant par-derrière le soldat, Shepard put voir que seul Mordin et son sujet d’expérience se tenaient dans la pièce. Le chuintement de la porte avait fait se retourner le Salarian. Il ne parut pas très surpris de les voir ici.
« Shepard. J’étais sûr que c’était vous. »
Il prononça ces quelques mots avant de reporter son attention sur le Krogan qui se trouvait dans un recoin de la pièce. C’était un spécimen de haute taille mais dont le maintien était fort différent des autres, une sorte de dignité semblait émaner de cet être.

Shepard comprit qu’il s’agissait là d’une femelle Krogan. C’était la première qu’elle en croisait et pourtant il n’y avait aucun doute là-dessus. Mordin lui avait parlé de cette femelle. C’était elle la clé qui permettrait de remédier au génophage. Leur arrivée ne l’avait même pas faite ciller. Elle ne leur accorda qu’un bref regard. Elle possédait la même arrogance que ses semblables, cela se voyait dans ses yeux et son expression faciale.
« Mordin, commença Shepard, ne voulant pas perdre plus de temps à se jauger du regard. Cerberus a piégé la station. Tout va sauter d’une minute à l’autre.
— Suis au courant. Ai affronté Cerberus. Ai entendu l’alarme. Tente de convaincre le sujet. Ne pouvons partir sans. »

Mordin parlait de manière encore plus saccadée, hachée et rapide qu’à l’accoutumée. C’était là le signe évident qu’il était sous l’emprise du stress. Comment pouvait-il en être autrement ? Pourtant son attitude montrait un calme évident. Il n’y avait que cette logorrhée qui faisait transparaître son état psychologique.

Shepard comprit que le scientifique avait usé de toutes les stratégies possibles pour convaincre la Krogane de le suivre. Sans doute la créature s’obstinait à lui tenir tête pour montrer qu’elle n’était nullement sous son emprise et que peu lui importaient ses arguments. Les Krogans étaient des créatures retorses et souvent incompréhensibles. La Krogane redressa la tête. Elle possédait cette stature fière, propre à son espèce, l’expression de cette force brute mais empreinte d’une espèce de douceur… Comme si elle était plus mesurée. Si son physique ne se démarquait pas tellement de celui d’un mâle, l’attitude, l’aura – Shepard n’aurait pas su dire quoi exactement – ce quelque chose faisait que le Commander savait qu’elle avait affaire à un représentant féminin de cette espèce. Un représentant rare, unique, précieux.

« Ne parviens pas à la convaincre. Ai pensé à la manière forte : sédatif, objet contondant… » Mordin inspira par le nez, de cette façon qui lui était si familière. Shepard ne put pas dire s’il était dépité ou s’il puisait de nouvelles ressources en lui-même pour résoudre son problème. En tout cas, il ne semblait pas se préoccuper de la présence de la Krogane qu’il avait pensé à assommer.

L’alarme résonnant dans la pièce se superposa à nouveaux aux autres sons, rappelant à Shepard l’urgence de la situation. Tout allait sauter, être réduit en poussière et il était hors de question de se retrouver une seconde fois à flotter dans l’espace comme un vulgaire débris.

Si Shepard possédait une qualité qu’elle voulait bien qualifier d’exceptionnelle, c’était sa capacité à convaincre son vis-à-vis de se ranger à son opinion. Elle avait toujours eu cette facilité à argumenter en sa faveur que ce soit avec des mots ou les armes. Bien évidemment, un bon gros fusil chargé l’aidait amplement dans son discours mais elle ne l’utilisait pas si souvent que cela pour appuyer ses propos. Elle avait bien compris que les arguments d’autorité comme un Carniflex chargé entre les deux yeux ne seraient d’aucune utilité avec une représentante femelle de l’espèce kroganne.

« Cerberus a piégé la station, commença-t-elle sans détour inutile, il nous reste peu de temps avant que tout ne soit réduit à un feu d’artifice. Mon vaisseau nous attend. Venez avec nous. »

La Krogane fixa Shepard sans répondre. Elle ne bougea pas un muscle. Cela s’annonçait franchement délicat.
« Le docteur Solus est persuadé que vous possédez quelque chose de nécessaire pour venir à bout du génophage. Venez. »
De nouveau, aucune réaction. La Krogane semblait ne pas se sentir concernée par ce que le Commander lui disait. Cette dernière ne montra aucun signe d’impatience malgré la situation.

« Vous êtes la seule représentante krogane capable de venir à bout de ce qui est responsable de l’extermination de votre espèce et cela ne vous affecte pas le moins du monde ? »
La Krogane fixa Shepard avec un certain intérêt mais sans plus. Si seulement Grunt avait été là avec eux… Shepard savait comment se faire respecter par les Krogans mais n’ayant eu affaire qu’à des mâles, elle ignorait l’attitude à prendre avec les femelles.
« Si vous venez avec nous, je vous ramènerais sur Tuchanka. Je vous mettrais sous la protection d’Urdnot Wrex. »
Ce nom sembla provoquer une réaction chez la Krogane. Shepard sentit qu’elle pouvait saisir sa chance.
« Le docteur Solus est prêt à venir avec vous sur Tuchanka dès que nous sortirons d’ici. » Elle ne fit pas attention au tressaillement du Salarian.
« Il pourra mettre au point le remède du génophage là-bas. Urdnot Wrex vous accueillera et vous protègera. Vous êtes leur seul espoir. Ne voudriez-vous pas quitter cette vie captive et rejoindre le clan Urdnot ? »
Regard intense. Shepard sentit ses propres traits s’adoucir. Tout se jouerait dans cet échange de regards. C’était une bataille silencieuse mais éprouvante. Elle savait que la Krogane la jaugeait et évaluait la crédibilité de sa parole. Elle ne cilla pas.

La Krogane inclina la tête, convaincue.

Shepard eut un rictus mais ne fit aucun commentaire. Dans son dos, elle put entendre le reniflement de dédain de Jack. Elle savait ce que pensait la jeune femme. Pourtant, tout conflit ne pouvait forcément se résoudre à coup de matraque dans la gueule.

« Allez. » Les muscles bandés, Shepard s’élança en avant.

« Mordin, il y a une issue proche ?
— La remise. Ecoutille de secours. Peu facile d’accès par l’extérieur. Sert à évacuer par un conduit spécialement étudié.
— Parfait. Passez devant. »
Elle s’effaça pour que le Salarian puisse prendre la tête du groupe et les guider à travers le dédale de couloirs. Il avait les traits tendus, montrant pourtant un sang froid exemplaire dans cette situation extrême.

« Joker. »
Shepard s’empressa de donner les informations nécessaires au pilote pour les extraire de la station.
Comprenant l’urgence de la situation, le pilote se mit à la tâche, orientant le Normandy parmi les ramifications de la structure métallique.
Ignorant les battements de son cœur qui atteignaient une vitesse folle, il se concentra sur ses claviers, sentant la carlingue du Normandy vibrer autour de lui. Il serra les reins à chaque virage comme si son frêle corps avait la capacité de contrebalancer les forces qui s’exerçaient sur le vaisseau.
Ca allait encore se jouer à une microseconde comme à chaque fois que Shepard se retrouvait dans ce genre de situation. C’était une habitude chez elle. Entre les stations qui explosent et les volcans qui entrent en éruption, elle lui avait tout fait.

EDI détecta le départ des pods d’évacuation de la station. Retrouvant l’émetteur de Shepard parmi les signaux qu’elle percevait, elle fit apparaître un hologramme qui montrait sa progression.

Il ne restait que deux minutes avant que la station n’explose.

 

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