Chapitre trois

Il leur restait une bonne dizaine d’heures avant d’arriver. Shepard avait finalement décidé que leur première destination serait Sur’Kesh, la planète native des Salarians. Mordin avait besoin du plus de temps qu’elle pouvait lui donner. En attendant, Miranda répartit le travail demandé par Shepard entre les différents équipiers. A savoir mettre à plat tout ce qu’ils avaient pu glaner sur les Reapers. Si certains retournèrent dans la salle de réunion pour travailler, certains comme Shepard préférèrent s’isoler. Même si la solitude de sa cellule lui avait pesé, elle désirait être un peu seule pour réfléchir. Elle avait besoin de cet isolement, c’était comme ça qu’elle fonctionnait. Une pile de datapads sous le bras, elle retourna dans son loft.

Elle avait été surprise de constater que l’Alliance y avait à peine touché. Les logos de Cerberus avait disparu sous une belle couche de peinture aux couleurs de l’Alliance. C’était tout. Les standards de confort du loft n’avaient pourtant rien à voir avec ceux de l’Alliance et on lui avait pourtant laissé le luxe de cette pièce. Rien n’avait été retiré. Ses effets personnels étaient restés en place. Sa collection de vaisseaux était intacte. Même les poissons que sa négligence n’avait pas tués nageaient tranquillement dans leur aquarium. Shepard soupçonnait Kelly Chambers de venir les nourrir en cachette.
La seule chose nouvelle qu’elle avait trouvée avait été son uniforme. Elle l’avait d’abord caressé du bout des doigts comme pour s’assurer de son existence physique. Elle avait trouvé ça stupide. Elle n’aurait jamais pensé être si nostalgique de l’Armée. Sans doute parce qu’elle avait tant perdu ses repères après son retour à la vie qu’elle courait après son passé. C’était une fuite en arrière, comme pour rattraper le temps perdu. Comme pour effacer tout ce qu’il s’était passé après sa mort. Enfiler à nouveau cet uniforme, c’était le retour à la normalité, toucher du bout du doigt ce qu’elle aurait dû être. C’était puéril. Rien ne pourrait être différent. Ni comme avant, comme l’ancienne « elle ». La jeune femme avait fini par soupirer et par enfiler cet uniforme. Elle n’avait pourtant pas pu résister à l’envie de se regarder dans le miroir. Mais le reflet qu’il lui renvoya était bien le sien. Pas celle du soldat de l’Alliance d’avant. C’était juste un uniforme. Pas une nouvelle vie. Le constat était amer. Elle se détourna du miroir.

 

Désormais assise à son bureau, elle étala les données qu’elle avait prises et commença à les éplucher. La mise en garde de cette IV prothéenne lui revint en mémoire. Le processus d’extermination orchestré par les Reapers était impitoyable. Destructions, endoctrinement, esclavagisme… Le futur des humains était incertain, sombre. Pour l’instant, elle ne voyait pas ce qu’ils pouvaient faire. Qu’est-ce que le savoir humain allait pouvoir trouver que les Prothéans n’avaient pas su découvrir ? L’humanité était-elle supérieure, plus avancée ? Non. Shepard savait qu’une partie de sa mission allait être de trouver des alliés chez les autres espèces. Il fallait que les races, quelles qu’elles étaient se sentent concernées par ce qu’il se passait. Qu’elles comprennent qu’elles seraient tout autant touchées par les Reapers que le seraient les humains. Elle avait réussi à réunir une équipe mixte, composée des principales races. Fallait-il voir en eux des ambassadeurs ? Si elle les envoyait auprès de leurs pairs pour qu’ils les convainquent de se rallier à leur cause, seraient-ils entendus ? Ne seraient-ils pas considérés comme des parias, comme elle l’était un peu elle-même ? Se séparer de ceux en qui elle avait confiance était un déchirement mais justement, cette confiance faisait qu’elle ne pouvait que compter sur eux. Une flotte entière avait difficilement pu venir à bout de Sovereign. Que faudrait-il alors pour vaincre des milliers de Reapers ?

Si elle n’était pas rompu à l’étude des autres espèces et à trouver un moyen de les anéantir, elle était très douée en stratégie militaire. Toutefois, il lui manquait de nombreuses données. Il lui semblait inutile de foncer sur Terre sans une idée de la manière dont elle allait vaincre. Autant se suicider tout de suite.

Lucy se frotta les yeux. Cela faisait quatre heures qu’elle penchait sur ses documents et réfléchissait aux différentes possibilités qui s’offraient à elle. Elle se dit qu’il était bienvenu de prendre un modeste temps de pause. Elle avait à présent du mal à avoir les idées claires. Elle décida de se rendre dans le mess.

Elle prit l’élévateur, se massant les tempes. Alors que l’engin descendait au troisième palier, elle appuya sur l’intercom et ordonna à son équipe de prendre une pause. Si la majorité accueillit la demande avec un certain soulagement, Mordin et Miranda déclinèrent l’invitation.

Shepard retrouva donc Vega, Jacob, Garrus, Thane et Tali dans le mess. Chacun se rafraichissait, qui avec un thé, qui avec un café ou même une bière dont l’alcool avait été retiré. Leurs traits étaient tendus. La fatigue commençait à se faire sentir. Shepard s’enquit de leurs découvertes mais ils n’étaient pas plus avancés.

« Miranda est sur quelque chose mais elle n’a pas voulu me dire quoi, dit tout de même Jacob. Il semblerait que Jack soit avec elle. »

Cette information surprit Shepard autant que les autres. L’association de ces deux entités si différentes avait de quoi étonner. Jack et Miranda ne s’entendaient pas du tout. Le Sujet Zéro éprouvait même une sérieuse antipathie à l’égard de l’ancien officier de Cerberus. Qu’est-ce qui avait bien pu les pousser à coopérer ? Il fallait s’attendre à quelque chose d’exceptionnel.

« Je pense qu’on n’en apprendra pas plus avec ce que l’on a, dit Shepard en remuant son gobelet de café d’un air pensif. Il serait judicieux de profiter des heures qui restent avant d’atteindre Sur’Kesh pour dormir un peu. Reposez-vous. »

Les autres acquiescèrent. Shepard doutaient qu’ils allaient l’écouter mais peu lui importait. Ils allaient sûrement dormir un peu puis se remettre au travail. Pour sa part, elle allait retourner à son office pour pencher sur une stratégie et débriefer un peu avec elle-même.

Elle remonta dans son loft et se laissa tomber sur sa chaise. Elle se donna encore une heure ou deux avant de dormir un peu.

Mais elle n’arriva à rien. La fatigue semblait prendre le dessus. Rien n’était plus cohérent dans son esprit. Elle se frotta les yeux, regarda son horloge. Il restait cinq heures avant qu’ils n’arrivent. Elle n’avait pourtant pas envie de dormir. Pas après qu’on lui ait dit qu’elle avait roupillé pendant deux jours. Elle avait du mal à y croire. Elle se leva, fit quelques pas dans son loft. Puis, elle se décida à descendre. Elle savait qu’il y avait un autre insomniaque dans ce vaisseau. Elle enfonça le bouton de l’élévateur et se rendit au CIC. La luminosité était réduite, signe que conformément aux routines de l’Alliance, une sorte de cycle jour/nuit avait été mis en place. C’était pour conserver un certain rythme de vie et éviter certains désagréments dus au fait d’être enfermés longtemps dans un espace confiné tel un vaisseau. Pourtant, Joker s’entêtait à ne pas respecter les horaires des relèves. Toujours enfoncé dans son fauteuil, ne se levant que pour le strict minimum ou quand Shepard lui passait un savon pour qu’il aille dormir. Elle remonta la passerelle et se posta à côté de lui sans bruit. Elle voulait juste apprécier la vue pour l’instant.

« J’ai toujours trouvé que cet uniforme vous allait mieux. »
Joker venait de briser le silence qui lui commençait à lui peser. Certes, il avait émis une pensée qui aurait sans doute dû rester personnelle. Tant pis. Ses mots dépassaient toujours ses pensées sans qu’il n’y prête attention. Il savait que Shepard n’était pas à ça près avec lui. Les nombreuses conversations qu’ils pouvaient avoir auraient paru trop familières à des oreilles étrangères. Shepard n’avait jamais été gênée par ça. Elle l’aurait remis depuis longtemps à sa place, si elle avait jugé que tout ceci dépassait les bornes.
Il appréciait Shepard. En tant que supérieur, il avait beaucoup de respect pour elle. C’était une battante. Pour rien au monde, il n’aurait voulu l’avoir comme ennemi. Capable de vous faire exploser le crâne en un tir.
Etrangement, Shepard ne répondit pas à la remarque. Elle haussa les sourcils. Que voulait-il dire par là ? Que l’uniforme de l’Alliance était le seul qui était digne d’être porté ? Avait-il aussi la même nostalgie qu’elle à propos de l’Alliance ?
Elle se contenta de le remercier pour le compliment.
« Retour au bon vieux temps, hein ? » finit-elle par ajouter en fixant le défilé des étoiles à travers la vitre. Comme il ne réagit pas, elle finit par baisser les yeux sur lui. Il avait le visage tendu. Il se souvint alors que c’était ce qu’il lui avait dit la première fois qu’ils s’étaient revus. Elle savait pourtant que « le bon vieux temps » ne pouvait pas revenir.
Une autre chose lui revint. Ils n’avaient jamais parlé de sa mort. Elle se doutait bien que cela n’avait pas dû être très facile pour lui. Le connaissant, il avait dû se sentir coupable. Au début de leur travail pour Cerberus, elle avait voulu lui dire qu’il ne devait pas ressasser ça. Qu’elle avait choisi toute seule, comme une grande, d’aller le chercher dans le cockpit. Que sans elle, il n’aurait pas pu rejoindre à temps les modules de sauvetage. Mais elle n’avait jamais pu. Evoquer le moment où elle avait lâché prise, ne serait-ce que la destruction du premier Normandy faisait apparaître une telle douleur dans les yeux du pilote qu’elle n’avait pas insisté.
Puis, le temps était passé et il avait paru ridicule de reparler de ça avec lui. Leurs conversations avaient repris, ses traits d’esprits, ses répliques mordantes qui lui changeaient les idées après les missions. La seule chose qui la rassurait parmi tant de visages inconnus, d’anciens amis qui avaient tant changé ou qui s’était détournés d’elle. Joker avait paru être toujours le même. Ca aussi, elle savait que ce n’était pas vrai. Que lui aussi avait changé. Mais elle avait préféré se voiler la face. Elle ne voulait pas perdre cet ami-là. Si tant soit peu qu’il se considère comme tel.
Elle savait pourtant qu’il y avait un abcès à crever. Que ça pesait au pilote. Elle le savait parce que Chambers lui avait dit. Parce que Chawkas avait toujours esquivé ses questions, répondant qu’elle n’avait qu’à en parler directement au premier concerné.
Lucy soupira. Ce n’était peut-être pas la peine de remettre ça sur le tapis. Elle n’en voyait pas l’intérêt. Pourtant ce regard dur la persuadait du contraire.
« Je sais bien que cette phrase est stupide. » finit-elle par dire. « Je vous demande pardon. »
Un hoquet de surprise s’échappa de la bouche de Joker. Il n’avait pas mal entendu. Shepard… qui s’excusait ? Alors que cela aurait dû être lui qui aurait dû être en train de la supplier de lui pardonner de lui avoir volé deux années de sa vie ? C’était le monde à l’envers !
« C’est moi qui devrais vous demander pardon », murmura-t-il doucement. Il pianota fébrilement sur ses claviers, passant la main à EDI puis posa les avant-bras sur ses cuisses. Peut-être était-il enfin temps d’en finir avec cette histoire. Il serra les poings. Pourquoi Shepard ne l’avait jamais engueulé ? C’était elle qui aurait dû lui mettre son poing dans la gueule et pas un Kaidan fou de rage. Cela pouvait s’expliquer par le fait qu’il avait perdu la femme qu’il aimait même si elle n’avait jamais voulu de lui.

Elle ne lui avait jamais parlé de ce qu’elle avait ressenti en reprenant vie. En se rendant compte qu’elle avait perdu deux ans. Certes, certaines de leurs conversations avaient laissé transparaître un certain désarroi qu’elle ne parvenait à masquer totalement. Voir que le monde avait beaucoup changé en deux ans l’avait pas mal déstabilisée. Il se doutait bien qu’elle cherchait sa compagnie parce que malgré les années qu’il avait prises lui aussi, il n’avait pas fondamentalement changé. Sauf cette blessure qui avait du mal à cicatriser. La culpabilité.

« Il ne faut pas, Joker. » lui répondit-elle doucement, surprise par son propre ton.
« Vous ne pouvez pas me dire ça », réfuta-t-il, ses phalanges blanchissant. Il allait sans doute se faire mal mais ce n’était rien à côté de ce que cette conversation lui faisait. Il essaya de se raisonner. Ce n’était qu’un moment à passer. Un mauvais moment. Après tout, il devait bien ça à Shepard.
« Pourquoi ? C’est moi qui ai voulu aller vous chercher. J’aurais très bien pu vous laisser crever. » Elle croisa les bras, tentant de détendre l’atmosphère par un trait d’esprit. « La Galaxie aurait perdu son meilleur pilote. » Le silence qui plana lui indiqua qu’elle n’avait pas été très intelligente. Pour Joker, la Galaxie avait perdu bien plus qu’un Commander de l’Alliance. Il ne l’avait pas dit mais elle devinait très bien ses pensées.
« Ne vous sentez pas responsable d’une décision que j’ai prise.
— Si je n’avais été si borné…
— Je ne pense pas que cela aurait changé grand-chose. »
Shepard passa une main sur son visage. Finalement, cette conversation n’était pas une idée très brillante. Au moins, une fois terminée, il n’y aurait pu aucune raison d’y revenir. Peut-être que Joker serait ensuite moins réticent à l’idée d’aller dormir. Il devait sans doute revivre en boucle ce mauvais film.
« Ecoutez, Joker. » Elle chercha à capter son regard mais il s’obstinait à ne pas vouloir coopérer. « Regardez-moi. S’il vous plaît. »

Le ton de sa voix était limite implorant. Cela le décida à planter son regard dans le sien. Cela le mettait franchement mal à l’aise. Quand Shepard vous regardait dans les yeux, c’était quelque chose de très déstabilisant. Comme si elle avait des fusils dedans, prêts à vous transpercer de balles. Depuis l’incident du premier Normandy, il avait du mal à soutenir le regard de son supérieur. Comme s’il ne s’en sentait pas digne.
Il voulait qu’elle le laisse tranquille. Il était à deux doigts de déballer son sac. De lui dire à quel point il avait été rongé de culpabilité. De lui parler de l’abîme dans lequel il s’était vautré. Parce qu’elle était morte par sa faute. Parce qu’on l’avait forcé à rester au sol. Parce qu’on l’avait privé de ses ailes. Si Chawkas ne l’avait pas ramassé, il ne serait sans doute pas là à parler de ça.  Il savait que s’il lui parlait de tout ça, elle n’allait pas comprendre. Elle allait trouver ça étrange, disproportionné. Les autres s’en étaient pas mal sortis sans elle. Même Kaidan. Mais ils n’avaient pas à porter le fardeau d’avoir été responsable de sa mort. Ils ne la voyaient pas lâcher prise sous leurs yeux. Ils ne hurlaient pas son nom dans leur sommeil peuplé du même cauchemar.
Et pourtant, il savait qu’il avait réagi excessivement. Ce n’était pas le premier soldat à perdre un supérieur sur le terrain. Ni même à le voir mourir sous ses yeux. Il ne voulait même pas chercher à comprendre pourquoi il avait été si loin dans le désespoir. Non. Il n’avait jamais voulu se résoudre à creuser en lui-même pour comprendre. Trop douloureux. Trop dangereux, surtout.

Surtout depuis que Shepard était revenue.
« Je suis vivante. » dit-elle, comme si elle avait lu dans ses pensées.
Oui, elle était de nouveau parmi eux. Mais si Cerberus n’avait pas réussi… Il se rappelait combien il avait été sceptique quand on lui avait parlé du projet Lazarus. C’était invraisemblable. Impossible. Pourtant, il n’avait pu s’empêcher d’espérer. Un petit peu. Puis de plus en plus. Shepard avait été un argument de poids pour qu’il consente à bosser pour des terroristes. La perspective de voler à nouveau aussi, d’ailleurs. Ca, c’était parce qu’il avait refait surface parmi les sains d’esprit. Sa mise à pied au sein de l’Alliance avait trouvé sa raison dans le fait qu’il avait été longtemps incapable de piloter quoi que ce soit. Comme un blocage psychologique. Un blocage que la perspective de revoir Shepard en vie avait fini par vaincre. Comme s’il ne pouvait se voir obéir à d’autres ordres qu’aux siens.

« Ce qui est arrivé n’est pas votre faute, Joker. Ne me retirez pas le sentiment que procure le fait de sauver une vie qui vous est chère. »
Il sentit le sang refluer dans son visage. Elle le vit écarquiller les yeux, à la recherche d’une explication.

« Je vous l’ai déjà dit. Je vous considère plus qu’un simple subalterne. »
Là, c’est son propre visage qui s’embrasa et cette réaction physique l’étonna. Il n’y avait franchement pas de quoi.

« Vous faites partie de mon équipe. Un ami, Joker, un ami. » répéta-t-elle. Elle n’avait pas mis autant de conviction dans sa tirade qu’elle l’aurait voulu.
Elle crut voir un certain soulagement dans les traits du pilote. Elle interpréta ce changement d’expression comme le fait qu’il comprenait enfin qu’il devait cesser de culpabiliser pour sa mort. Il avait seulement eut peur qu’elle dise autre chose. Le soulagement se trouva mêlé à de la déception. Pourquoi ? Il ne devait pas. Elle venait enfin de l’absoudre. Elle avait voulu sauver un ami et non un crétin trop idiot pour obéir à ses ordres. Un poids s’envola dans un recoin de son esprit. Finalement, c’était mieux ainsi.

« Mais vous restez sous mes ordres, Lieutenant, ajouta-t-elle sévèrement. Et vous allez prendre quelques heures de repos. Maintenant. »
La tension retomba d’un coup. Un sourire se dessina sur le visage du pilote. Il ne protesta même pas pour la forme. Soudain, il n’avait plus qu’une envie. Fuir cette ambiance bizarre.

 

La planète Sur’Kesh était le monde d’origine des Salarians. Elle abritait une majorité de civils. La plupart des laboratoires de haute technologie salarienne se trouvaient dans ses entrailles. Depuis que Mordin savait que le Normandy se dirigeait vers Sur’Kesh, il avait été pris d’une espèce de fébrilité sans nom. Le scientifique semblait bouillonner de cette impatience propre à la découverte. Il avait touché quelque chose du doigt et ne pouvait s’empêcher de vouloir en savoir plus. Mais, comme il l’avait dit, il manquait de moyens sur le Normandy et le fait de devoir prendre son mal en patience ne lui convenait guère. Dix heures, une éternité pour lui !

Shepard l’observait à présent en train d’empaqueter des affaires. Il n’avait voulu aucune aide, lâchant à demi-mot des explications rapides sur une quelconque organisation personnelle qu’il ne souhaitait voir dérangée pour rien au monde.

Le voir s’agiter dans tout les sens, baragouinant à haute voix était un spectacle fascinant. Shepard l’avait rarement vu dans cet état. Il savait d’ordinaire ralentir le fil de ses pensées et de son discours pour s’adapter à la lenteur des autres espèces. Là, il était sans contrôle et le Commander se surprit à le trouver effrayant à sa façon.

L’arrivée à destination était désormais imminente. Mordin finit par remplir le dernier conteneur d’affaires toutes plus hétéroclites les unes que les autres, s’épongea le front et lança un regard à Shepard ainsi qu’un sourire crispé.

« Bien sûr, je ne vais pas rester à Sur’Kesh. La plupart des laboratoires d’expériences se situent sur les colonies. Trop risqué de garder des Krogans en grand nombre, et hors de question de les laisser pénétrer la planète mère. Vais juste chercher du matériel. Dois retrouver un collègue aussi. Le Dr. Shorban Balin. Sûrement intéressé. Oui. C’est mon contact sur Sur’Kesh. Il m’attend. »

Shepard l’entendit ensuite baragouiner à propos de « Betau » et « d’une dette à payer » mais ces termes lui parurent obscurs.

Dans son oreillette, Joker lui signala qu’ils arrivaient au point de rendez-vous avec le Dr. Balin.  Dès le départ, il avait été hors de question pour eux de se poser sur Sur’Kesh. Trop risqué. Shepard n’était pas encore au fait de qui était, à l’heure actuelle, ses amis ou ses ennemis. Ils avaient donc convenu que le collègue de Mordin s’arrime au Normandy pour récupérer le scientifique. La planète Sur’Kesh était proche mais ils n’auraient pas la possibilité d’admirer ses paysages. Il fallait faire vite. Le transfert du Salarian ne pouvait pas durer plus d’une dizaine de minutes auquel cas, ils se feraient tous repérer.

Tant mieux, pensa Lucy. Elle avait horreur des adieux même si ce n’était qu’un au-revoir dans ce cas. Et encore, « au-revoir » était une incertitude. Pourtant, c’était son lot de soldat, les adieux. La mort pouvait surgir à chaque instant. Restait-elle donc aussi puérile ? Perdre un compagnon d’arme était toujours une déchirure. Quand on combat ensemble, on vit ensemble, on meurt ensemble. Toutefois, elle le savait, Mordin serait bien plus efficace là-bas. Elle avait besoin de ses recherches. Ils en avaient tous besoin. C’était la meilleure chose à faire.

 

« Arrimage terminé. » Le sas d’entrée du Normandy était encombré de conteneurs entassés les uns sur les autres. La porte s’ouvrit sur un Salarian de taille moyenne, à la peau plus foncée que Mordin. Ses grands yeux noirs globuleux reflétaient l’intelligence propre à cette espèce. A la vue de Mordin, il poussa une exclamation enjouée.

« Ah ! Dr. Solus ! » Sa voix aiguë retentit dans le sas et il se précipita vers l’autre Salarian en lui serrant vivement la main. « Quel plaisir ! Quel plaisir ! » répéta-t-il.

Shepard, sentant que l’échange de politesse allait sans doute laisser place à un dialogue scientifique sans fin entre deux collègues qui se retrouvaient, donna l’ordre de charger les caisses de Mordin dans le vaisseau du Dr. Balin.
« Oui, oui, bien sûr ! » s’exclama ce dernier, tout en regardant Mordin avec le regard brillant. Autant dire qu’il avait hâte d’entendre ce que son collègue avait à lui dire concernant ses découvertes.

Bientôt, le sas fut vidé. Mordin se tourna vers ses compagnons, ceux qui étaient encore là pour le saluer. Il serra quelques mains, marmotta quelques syllabes à l’écoute des remerciements et autres compliments. Shepard le gratifia d’une accolade amicale.

« Shepard, dit-il.
— Mordin. »
Le Salarian dévisagea le Commander puis avec un sourire, fit un pas en arrière, pas qui le mena à l’intérieur du petit vaisseau qui l’emmènerait sur Sur’Kesh.
« Je vous contacte dès que j’ai du nouveau.
— Je n’en doute pas. »

Sur ce dernier échange, les portes du Normandy se refermèrent. Finalement, cela avait duré à peine le temps de comprendre que Mordin s’en allait vraiment. Elle avait quand même encore du mal à assimiler l’information. Shepard se retourna vers le reste de l’équipe, sentant malgré elle, que l’absence du docteur allait laisser un vide parmi eux. Le laboratoire allait être bien désert…
Voyant une certaine gêne dans l’assistance – son désarroi était-il donc aussi visible ? – elle s’éclaircit la gorge.
« Allons-y. On a beaucoup de travail. »

Elle fit signe à Miranda qu’elle voulait lui parler. Les deux jeunes femmes cheminèrent en silence jusqu’au bureau que l’Alliance avait laissé au Commandant en Second. Le confort était plus spartiate qu’avant mais toujours au-dessus des standards de l’Alliance. Shepard prit place face à Miranda et elles firent alors le point sur ce qu’elle et Jack avaient fait durant leur voyage.

Qui aurait pu croire que ces deux là puissent s’entendre ? Toutefois, pour nuire à Cerberus, il n’y avait pas plus obstinée que Jack et jusqu’au bout, elle chercherait à leur mettre des bâtons dans les roues, à se venger.
« Hacker Cerberus. » Ces mots résumaient leur folle entreprise. A vrai dire, Shepard n’était que peu étonnée. Elle ne fit cependant pas de remarques à ce sujet, laissant son Second prendre la parole.

« Je vous passerais les détails techniques concernant la méthode employée pour pénétrer dans les bases de données de Cerberus, commença l’ancien bras droit de l’Homme Trouble. J’en viens directement aux faits. »
Elle fit projeter différentes images dans la pièce.
« Nous n’avons pas encore pu tout analyser, les données sont bien trop conséquentes. Toutefois… »

Miranda marqua une savante pause dans son discours. Shepard retint un juron. L’image holographique du Reaper était d’une réalité saisissante. Il y avait de nombreuses données, des séries de chiffres, des codes, des notes cryptées qui accompagnaient cette image.

« Il semblerait que Cerberus possède des informations sur les Reapers, bien plus que ce que nous aurions pu imaginer. Apparemment, elle sont d’une précision jamais atteinte.»

Shepard se tenait bien droite, les mains à plats sur le bord de la table. Elle fit machinalement pianoter ses doigts sur la surface polie. Des milliers de questions se bousculaient dans son esprit. Comment ? Comment une organisation terroriste pro-humaine telle que Cerberus pouvait être en possession d’informations que même le Shadow Broker n’avait sans doute pas ? D’où leur venaient ces données, ces schémas ?

« Combien de temps avant d’obtenir le décryptage de ces informations ?
— Aucune idée, avoua Lawson. Il nous reste à trouver la clé de l’algorithme. Ca peut prendre du temps.

— Combien de temps avant que Cerberus ne s’aperçoive que ses bases de données ont été infiltrées ? »
Jack sortit les dents dans un sourire carnassier.
« Un bon moment, s’exclama-t-elle, savourant sa victoire. J’ai veillé personnellement à leur laisser un petit quelque chose si jamais ils cherchent à savoir qui les a piratés. »
Shepard ne l’avait même pas entendue entrer. Le Sujet Zero s’était glissée près de l’ancien agent de Cerberus comme si sa présence ne la dérangeait pas. Force était de constater que, pour une fois, les deux jeunes femmes pouvaient se trouver dans la même pièce sans que cela ne vire au règlement de compte.
Shepard passa son regard de Miranda à Jack. Leur trêve était sans doute de courte durée mais somme toute bénéfique. Il n’y avait pas de temps à perdre pour les enfantillages et les deux jeunes femmes semblaient l’avoir compris. Du moins pour le moment.

 

Le temps.

Le temps, c’était le facteur primordial maintenant.

Inconsciemment, Shepard jeta un coup d’œil à son omnitool, regardant l’heure. Quelques secondes s’égrenèrent sur l’horloge holographique. Quelques secondes suspendues, silencieuses. Elle sentit le regard de Jack et Miranda peser sur elle, attendant sans doute qu’elle dise quelque chose, qu’elle réagisse à leur découverte. Mais elle n’y arrivait pas. Elle était si abasourdie. Prise de cours. Elle n’avait pas de mot à l’esprit pour qualifier ça.
« Très bien. »
Ce fut tout ce qu’elle avait trouvé à dire et ces mots sonnaient bizarrement. Très bien. Continuez. Ne lâchez rien. Trouvez une faille dans les rangs ennemis. N’importe quoi qui puisse être utile. Même s’il s’agissait des informations détenues par ceux qui étaient désormais leurs ennemis. Non, surtout si ça venait de l’ennemi.

Décidée à ne pas venir au rendez vous avec Hackett sans rien de concret, Shepard se mit à faire un rapide calcul. Elle commençait à se dire qu’une petite visite à Liara ne serait pas inutile. Après tout, en tant que Shadow Broker, elle pouvait lui fournir un rapide aperçu de la situation suite à l’invasion du Système Solaire par les Reapers. Son équipe manquait de données. Ne pas savoir ce qu’il se passait était quelque chose de dangereux. Savoir où en était l’ennemi était quand même la base de toute stratégie militaire. Elle entra les coordonnées que lui avait donné Vega dans la console de travail, suivies de celles de l’endroit où se cachait Liara. Quelques secondes de calculs plus tard, elle avait obtenu le chemin le plus optimisé pour pouvoir se rendre chez le Shadow Broker tout en restant dans les temps pour effectuer le protocole de mise en contact d’une base fantôme. Parfait. Elle se leva et se rendit dans le mess. Elle avait besoin d’un avis.
Comme il fallait s’y attendre, Garrus avait le nez plongé dans ses calibrations. Il ne rechigna cependant pas à lui accorder un peu de temps. L’idée de faire un crochet par l’antre de Liara lui parut être une bonne idée. Shepard hocha la tête. Garrus était toujours de bon conseil. Si elle avait eu le choix, elle l’aurait désigné comme Commandant en Second, bien qu’elle savait qu’il aurait décliné l’offre. Il était comme ça. Lui aussi avait changé. Il était devenu amer en quelque sorte. Toutefois, elle savait qu’elle pouvait compter sur lui, qu’il couvrirait sans cesse ses arrières. Elle ne s’imaginait pas la chose autrement. Comme avant. Quand elle l’avait retrouvé sur Omega, elle avait été soulagée de voir qu’il était toujours prêt à venir avec elle. Que c’était là quelqu’un sur qui elle pouvait compter. Quelqu’un a qui elle pouvait se raccrocher sur le terrain et il ne s’était plus passé de mission sans qu’elle ne le prenne dans l’équipe à terre.

« Je vais informer Joker de notre nouvel itinéraire. » dit-elle simplement, laissant le Turian à ses calibrations. Leurs conversations n’étaient plus aussi longues qu’avant. C’était là quelque chose qu’elle regrettait. Qu’il était difficile de combler ces deux ans malgré tout !

 

 

 

L’atmosphère de la planète Hagalaz était un excellent refuge ce qui expliquait la présence du vaisseau du Shadow Broker dans ces limbes épaisses. Shepard comprenait pourquoi Liara n’avait pas souhaité changer de lieu de stationnement.
Le Normandy s’arrima à l’énorme station et Shepard pénétra dans l’antre du Shadow Broker.
Liara l’attendait bien évidemment.
« Shepard ! » s’exclama-t-elle, un sourire amusé sur les lèvres. « J’étais sûre que vous viendriez me rendre visite. »
Elle décroisa ses jambes et se leva pour faire une accolade amicale au Commander.

Liara n’était plus cette jeune Asari qui s’embourbait dans ses propres lapsus. En deux ans, elle semblait avoir pris cent bonnes années. Son sérieux et son sang-froid étaient désormais inébranlables ce qui ne l’empêchait pas toutefois de verser dans le second degré.

« J’ai suivi vos exploits depuis Mnemosyne jusqu’à Omega-4. Et bien sûr, je garde un œil sur vous depuis votre retour. Verseriez-vous de plus en plus dans le sensationnel, Shepard ?
— Les Reapers ne font pas dans la demi-mesure, ce n’est pas une information qui a dû vous échapper. »
Liara retrouva son sérieux dans la seconde qui suivit.
« Je sais. J’ai déjà perdu de nombreux contacts à cause d’eux. »

Elle prit une grande inspiration et plongea son regard dans celui du Commander.
« Je les ai vu… Ils sont monstrueux. Bien plus que ce que j’ai déjà vu d’eux auparavant. »
Déjà, la jeune Asari fit apparaître des images de la nuée de Reapers qui avait pénétré le Système Solaire. Ces images montraient de manière tangible le pouvoir dont disposait le Shadow Broker. Qui savait combien de temps il avait fallu pour que le Conseil ait accès à de tels clichés ?

« J’ai bien évidemment eu vent de votre spectaculaire évasion » ajouta Liara avec une pointe d’amusement dans la voix tout en affichant quelques images dont Shepard n’aurait pu croire l’existence sans les avoir vues. Elle haussa les épaules avec une moue mi-désolée mi- amusée.

« Le Conseil cherche à vous mettre la main dessus par tous les moyens. Il ne manquerait plus qu’il ne mette votre tête à prix. Toutefois… » Liara s’interrompit et pianota à toute vitesse sur un clavier faisant glisser les informations face à elle d’un écran à un autre.
« Ce ne sont pas les seuls à vous rechercher. » Différents clichés apparurent sur une partie des écrans qui occupaient tout un pan de mur. Un homme de haute stature était détaillé sous tous les angles et diverses informations défilèrent autour de lui. Shepard fronça les sourcils en regardant les photographies. Elle ne reconnaissait que trop bien ce signe.
« Cerberus aimerait voir le retour de son investissement.
— Je ne suis plus à ça près », dit Sheaprd d’un air faussement désabusé.

Il fallait s’y attendre. L’Homme Trouble n’allait pas la laisser tranquille après le pied de nez qu’elle lui avait fait. Il avait la rancune tenace, elle l’avait deviné depuis longtemps.
« Apparemment, cet homme est un chasseur de primes que Cerberus a envoyé pour vous mettre la main dessus. Alan Sanders, mercenaire. Ancien militaire de l’Alliance, Sergent.  A déserté après l’assaut contre Skyllian. Il semblerait qu’il ait rejoint Cerberus en 2180. C’est un agent amélioré.
— Des implants L3, hein… »
Liara acquiesça d’un simple signe de tête.
« Cerberus et ses petites expériences… » marmonna Shepard en passant machinalement la main sur son torse. Ses cicatrices la démangeaient.

« Il semblerait qu’il ait retrouvé votre trace à la Citadelle. Après tout ce n’était pas difficile vu votre propension à ne pas passer  inaperçue. » Un sourire amusé conclut cette phrase.
« Exceptée cette mouche ennuyeuse, n’auriez-vous pas des informations qui pourraient nous aider à vaincre les Reapers ? »

Liara trouva la question fort naïve. Toujours avec ce sourire qui, décidément, ne quitta que rarement ses traits, elle se remit à pianoter sur ses claviers.
« Vous surestimez mes capacités, Shepard. Certes, j’ai toutes les informations que je veux, bien plus que je ne pourrais espérer mais je ne suis pas une vendeuse de miracles.
Les traits de l’Asari se durcirent. Elle montrait une intense réflexion.
« J’ai perdu la trace de nombre de mes informateurs qui se trouvent dans le Système Solaire. Maintenant que le comm buoy est détruit, tout est ralenti. Les informations vont prendre plus de temps pour me parvenir… Si mes indics arrivent à avoir accès à un moyen pour m’envoyer quoi que ce soit… »

Shepard retint un soupir. C’était un fait à admettre. Ils ne savaient rien. Rien du tout. Même après ce que les Prothéens leur avaient laissé. Après avoir combattu Sovereign. Après avoir défait les Collecteurs… Rien. Les Reapers restaient un mystère entier. Seule leur impuissance était une évidence. Il n’avait pas l’ombre d’une piste, pas d’indice. Ils connaissaient leur mode opératoire. Et c’était tout. Rien sur leurs forces et leurs faiblesses. Rien sur leurs motivations. Shepard avait beau être une bonne stratège, sans la moindre information utile sur l’ennemi, elle ne voyait pas comme le vaincre.

Elle n’eut cependant pas le temps de montrer une once du défaitisme qui venait de l’envahir malgré elle. Liara venait d’interrompre ses sombres pensées.

« Shepard. Je ne vous cacherais pas que les Batarians sont également sur le pied de guerre. Et qu’ils n’attendront pas que vous vous montriez. »
L’Asari pianota quelques instants. « Hier, deux colonies humaines ont été attaquées. Et ce n’est pas une autre invasion de Collecteurs. »
Des images de vidéosurveillance montrèrent des vaisseaux que Shepard connaissait bien pour les avoir croisés durant les quelques batailles qui avaient été le début de sa carrière au sein de l’Alliance. L’effroi se lisait sur les visages des civils qui se retrouvaient sans défense face à la brutalité des Batarians. Leur soif de vengeance était intarissable et ils semblaient prêts à écumer la Galaxie jusqu’à ce qu’ils estiment que le tribut payé par les humains valait au moins le leur.

Shepard pesta entre ses dents. Voilà qui allait détourner l’Alliance de la véritable menace. C’était le pire cas de figure : deux fronts. Restait à espérer que les Batarians ne se fassent pas trop d’alliés. Il y avait un certain nombre d’espèces qui n’attendaient qu’un prétexte pour se débarrasser des humains voire carrément du Conseil. Les races exclues de celui-ci, par exemple. Le pire, ce serait une alliance entre les Batarians et les Krogans. Question brutalité, ces deux espèces faisaient la paire. Il n’y avait qu’à espérer que Mordin s’en sorte et qu’elle ait un moyen de faire pencher les Krogans en sa faveur. Il fallait que le Salarian fasse vite.

« Il nous faut des alliés. » Shepard énonça cette évidence à haute voix.
Liara la regarda intensément. L’Asari semblait sur le point de dire quelque chose mais Shepard continua son monologue sans lui en laisser l’opportunité.
« Liara, je dois avoir de quoi convaincre ces éventuels alliés.
— Je vois. » fit simplement l’Asari avant de retourner à ses moniteurs. Shepard la vit taper encore des lignes de codes qui lui paraissaient complètement ésotériques.
« L’Alliance à elle seule ne pourra venir à bout des Reapers, sans parler des Batarians. »
Shepard ne put qu’acquiescer. Ca elle le savait déjà.

« Vous avez dit avoir besoin d’alliés. Le Conseil ne se tournera pas vers vous pour mener à bien cette guerre. Toutefois, sachez qu’il commence à bouger. Des mesures d’urgence ont été prises et la Citadelle est en mode de défense maximal. Ils ne devraient pas tarder à la sceller.
— Ils préfèrent donc attendre que la tempête arrive, marmonna Shepard d’un ton amer. Ils considèrent donc que c’est là un problème uniquement humain et que cela ne les concerne pas. Quelle bande d’imbéciles. »

Et Anderson, dans tout ça ? Que faisait-il ? Comment pouvait-il cautionner toutes ces conneries ?  Elle se reprit. Anderson avait sûrement payé pour avoir permis son évasion. Sans doute était-il dans un profond pétrin. Sans doute muselé voire emprisonné.

« Les Asaris seraient prêtes à rejoindre le combat. Seulement, vous pensez bien que la Conseillère de mon espèce n’est pas prête à se mouiller. Sans parler du fait que notre système décisionnel est particulier.»
Shepard et Liara échangèrent un regard. Puis la jeune Asari porta la main à sa poitrine.
« Laissez-moi rejoindre votre équipe. Je me ferais le porte-parole pour convaincre mes congénères de se battre. »
Il y avait tant de passion, de hargne dans cette tirade que Shepard pensa qu’elle ne pouvait pas refuser une telle offre. Elle ne put cependant s’empêcher de sourire car cette attitude de la part de Liara lui rappela la jeune Asari maladroite qui avait pris part au combat contre Saren. Toutefois…
« Et votre rôle de Shadow Broker ? » fit le Commander en désignant d’un geste l’ensemble des écrans qui tapissaient les murs.

Liara eut un sourire affirmé et croisa les bras pour montrer qu’elle avait déjà réfléchi à la question.
« Feron fera un excellent substitut. » Le Drell entra alors dans la pièce et Liara l’invita à prendre place à ses côtés.
« J’ai déjà pris toutes mes dispositions, Shepard. » Elle avait donc longuement mûri sa décision. Sans doute avait-elle longuement pesé le pour et le contre du fait de laisser sa place à son partenaire et ainsi ne plus avoir de prise directe sur les informations qu’elle faisait transiter par ses services.
« Je garderai contact avec Liara en permanence et lui assurerait un accès cryptés aux informations susceptibles de vous intéresser. » expliqua Feron. Il se mit à pianoter comme Liara l’avait fait précédemment, montrant là qu’il n’endossait pas le rôle de Shadow Broker à la légère.

« J’ai toute confiance en lui. » appuya Liara et Shepard se demanda inopinément si ses sentiments n’avaient pas changé depuis la dernière fois qu’elle avait interrogé l’Asari sur la manière dont elle considérait son partenaire. Il fallait vraiment que ce Drell soit important et fiable pour que Liara lui laisse les rênes d’une telle source d’informations.

Devant cette détermination et une telle préparation, Shepard secoua la tête mais avec un sourire.
« Je mentirais en disant qu’une nouvelle collaboration avec vous me déplaît. »
Elle tendit la main pour sceller leur accord. Liara eut un rire cristallin et serra les doigts de Shepard entre les siens.
« Très bien. Je propose de ne pas perdre plus de temps et de prendre mes affaires tout de suite. »
Le Commander hocha la tête. Elle était plus que curieuse de voir la nouvelle Liara en action. Cette assurance qu’elle affichait maintenant ne serait pas de trop pour convaincre les sages Asaris, celles qui avaient tant vécu que les humains ne semblaient être que des enfants à leurs yeux.

Elle laissa Liara dire au revoir à Feron avec la futile pensée que décidément, ce Drell était bien plus que ce que l’Asari prétendait. Elle ne saurait pas dire comment elle accueillait la « nouvelle » recrue. Dire qu’elle était heureuse était un peu trop. Elle était… satisfaite. Elle ne pouvait pas compter sur grand monde désormais mais elle était rassurée sur le fait que ses anciennes relations lui fassent encore confiance. Pas toutes, toutefois. Shepard secoua la tête pour en chasser Kaidan. Si le fait d’avoir été éconduit avait nourri sa rancœur envers elle, alors il était un bien piètre soldat et finalement, ce n’était pas plus mal qu’elle ne l’ait plus dans les pattes. Elle s’avoua cependant qu’elle avait très mal pris son rejet. Mais bon, tout cela n’avait plus guère d’importance. Il y avait plus grave que le simple fait qu’elle ait fait « ami-ami » avec Cerberus. Elle était désormais une rebelle aux yeux d’un bon paquet de gens influents. Honnêtement, elle s’en fichait totalement. Elle savait rester droite dans ses bottes, c’était tout ce qui comptait à ses yeux. Sans doute, verraient-ils un jour combien leur connerie était grande, s’ils avaient l’occasion de survivre. Et si ce jour existerait. C’était loin d’être gagné.

« EDI, nous retournons au Normandy, dit-elle par le biais de son micro.
— Bien, Commander. Dois-je en déduire que le docteur T’Soni se joint à l’équipe ? »

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