Chapitre un

Shepard replia ses jambes contre sa poitrine. Elle se redressa sur sa couchette, fixant le sol devant elle. Elle frissonna légèrement. Tout était calme. Pas un bruit ne parvenait de l’extérieur, rien. Juste le bruit régulier de sa propre respiration. L’obscurité l’entourait, oppressante, à peine troublée par les néons lumineux du champ de force qui la maintenait prisonnière. Combien d’heures avait-elle passé à regarder droit devant elle, sans vraiment voir, l’esprit vide de toute pensée ?

Le Lieutenant Vega était passé, vérifiant qu’elle ne manquait de rien. Puis le couvre-feu. Sans doute était-il plus de minuit. Elle ne savait pas vraiment. Elle avait perdu le fil du temps qui passait. Elle se repérait seulement dans la journée grâce à ses prises de repas. Et encore, elles n’étaient pas régulières. Elle connaissait le stratagème. C’était fait exprès pour que les prisonniers n’arrivent pas à se repérer dans le temps, dans le but de les désorienter. Elle se fixait tout de même à cet emploi du temps pour ne pas devenir complètement folle.

Elle était prisonnière depuis un peu plus de quatre jours si l’on pouvait se fier au nombre de repas et de coupures de lumière qu’elle avait recensés. Quatre jours à attendre son procès. Que fichaient donc les grosses pointures du Conseil ? Quatre jours de perdus. Elle ne savait même pas si les Reapers avaient commencé à envahir la Galaxie. Pas encore, d’après ce que Vega voulait bien lui donner comme informations. Le massif Lieutenant lui servait de nounou, veillant à ce qu’elle ne tente rien de stupide comme s’évader. A quoi bon ? Elle connaissait assez bien le système de sécurité du C-Sec pour avoir visité les lieux à plusieurs reprises. Elle savait que ce n’était pas la peine de chercher à s’enfuir. Pour le moment.

Elle fixa d’un regard noir la caméra qui était braquée sur elle en permanence et qui ne lui laissait aucune intimité. Elle soupira, déplia ses jambes qui commençaient à s’ankyloser. Elle s’autorisa quelques pas, histoire de faire passer le fourmillement désagréable qui lui rongeait les jambes. Elle songea à son équipe. Elle avait à peine eu le temps de poser le pied sur la Citadelle qu’elle avait été mise aux fers. Cela ne s’était pas déroulé sans anicroche. Elle n’avait eu aucune nouvelle non plus. Elle espérait qu’il n’était rien arrivé de fâcheux aux autres. Vega lui avait juste dit que le Normandy avait été réquisitionné par l’Alliance. Une juste compensation pour un prototype qu’ils avaient perdu. Recluse dans sa cellule, Shepard n’avait pu entendre aucun bruit de couloir qui aurait pu lui donner une idée de ce qu’il se passait au-dehors. Elle songea au l’éventualité la plus logique. Ils avaient juste simplement été mis à pied. Elle nota mentalement de demander à Vega de plus amples détails.  Même s’il ne semblait pas enclin à discuter, il lui lâcherait bien quelques informations.

Elle finit par venir se rasseoir sur sa couchette. Tourner en rond ne servait à rien. Elle n’arrivait cependant pas à dormir. Elle ruminait sans cesse les mêmes pensées, maudissant le Conseil pour sa connerie congénitale. Toujours aussi sourd à ses avertissements. Malgré tout ce qu’elle avait fait, malgré Omega-4, ils persistaient à ne pas la croire, à douter du fait que l’invasion des Repears était imminente et que personne ne serait à l’abri. Non. Ils s’étaient contentés de l’emprisonner. Pour un motif légitime, certes, le fait d’avoir fait explosé tout un système planétaire n’était pas quelque chose d’anodin, mais cela n’empêchait pas Shepard de fulminer. Quelle perte de temps. Quatre jours perdus alors qu’ils auraient pu être mis à contribution pour tenter de se préparer au mieux à l’inévitable. Ne pas se faire prendre par surprise.

Elle secoua la tête. Tout ceci était inutile. Elle ne pouvait faire qu’attendre. Attendre qu’on daigne enfin la sortir de là pour son procès. Cette mascarade. Elle savait qu’elle devait payer pour le crime d’avoir anéanti le système de Bahak. Si elle avait eu la possibilité, évidemment qu’elle aurait fait évacuer le plus possible de civils ! Elle était une soldate pas un monstre ! Elle avait eu si peu de temps pour prendre la solution qui lui paraissait la plus adaptée à la situation. Comme si cela avait été si simple pour elle de se résoudre à faire exploser un Relais de Masse et à anéantir des milliers de vies. Elle savait que cela n’avait fait qu’empirer les relations diplomatiques entre le Conseil et les Batarians. Que ces derniers allaient crier vengeance. Quoi de plus normal ?

Anderson lui avait envoyé un avocat. Un Salarian. Le meilleur. C’était ridicule. Sa cause était indéfendable aux yeux du Conseil. La première entrevue avec l’homme de justice n’avait pas été très concluante. Il devait repasser dans quelques heures. Shepard n’en avait rien à faire. Anderson n’avait même pas daigné se montrer. Elle avait pas mal ragé après lui, le considérant comme les autres Conseillers. Un lâche, un aveugle. Elle avait fini par taire sa verve, repensant qu’Anderson l’avait toujours soutenue même lorsque le Conseil l’avait déjà mise à pied. Elle se mit à le considérer plus raisonnablement. Il était sans doute en train de mettre au point une stratégie pour la sortir de là. Il avait déjà pris ce genre de risques, autrefois. Elle se traita mentalement d’idiote. Elle n’avait qu’un allié dans ces lieux. Elle devait lui faire confiance. C’était son seul moyen de s’en sortir. De ne pas perdre pied.

Elle s’étendit sur sa couchette. Elle savait qu’elle devait dormir. Profiter de ce répit qu’offrait sa captivité. Car une fois dehors, elle savait qu’il lui faudrait être opérationnelle sans aucune condition. Pourtant, elle ne parvenait pas à fermer les yeux. Elle redoutait de fermer les yeux. Car une fois qu’elle avait abaissé sa garde, au plus profond de son esprit, quand toutes ses pensées étaient en veille, elle les entendait. Imperceptibles, comme un murmure à peine audible. Elle avait cru devenir folle quand elle les avait entendues la première fois. C’était la première nuit de sa captivité quand tout était devenu silencieux autour d’elle. Elle avait d’abord cru à un bruit de fond venait de la citadelle comme le système de ventilation. Mais c’était devenu audible, articulé.

Des mots. Prononcés par une voix lugubre qui semblait provenir de son propre esprit. Elle n’avait pas voulu céder à la panique et il ne lui avait fallu que peu de temps pour qu’elle comprenne ce qu’elle entendait. Elle était la seule à pouvoir les entendre.

Les Reapers.

Elle avait d’abord cru qu’elle était fichue, qu’elle était belle et bien devenue folle au contact du Reaper humain. Voir Kasumi et Zaeed tomber sous les balles n’avait pas affecté son esprit. Elle avait été folle de rage, oui mais c’était un sacrifice inévitable. Tout comme Grunt transpercé par une poutrelle métallique. Ce n’était pas ça pourtant qui lui ferait perdre l’esprit. Au contraire, cela entretenait la rancœur qu’elle éprouvait pour les Reapers.  Elle n’était pas folle, contrairement à ce que le Conseil pouvait bien croire. Elle avait tellement été en contact avec des choses qui dépassaient l’entendement de tous. Les balises des Prothéans, les Collecteurs, les Reapers… Cela ne l’avait finalement que peu surprise d’entendre la voix d’un Reaper dans la tête. Cela ne faisait que confirmer ce qu’elle savait déjà. Ils étaient en route. Et proches. Bien trop proches. Peut-être déjà là, aux portes de la Voie Lactée.

Les mots étaient encore incohérents pour l’instant mais les entendre en permanence dans son sommeil avait de quoi chasser ce dernier. Shepard savait qu’elle n’avait pas le choix. Qu’elle devait dormir. Il lui fallait posséder toutes ses facultés pour affronter le lendemain. Alors, elle se força à fermer les yeux. Elle tenta d’établir des stratégies d’attaque qu’elle pourrait mettre au point une fois dehors, elle rassembla les données qu’elle avait concernant les Reapers, elle fit des listes. Et finit par s’endormir.

 

Cela lui sembla bien trop court pour être bien reposée mais elle n’était pas là pour passer ses vacances. Vega la réveilla afin qu’elle puisse se restaurer avant la venue de l’avocat. Voir son visage anguleux au réveil n’était pas forcément des plus agréables mais il y avait pire. Elle évita de faire une remarque désagréable à ce sujet, comme il pouvait lui arriver de faire. La musculature de Vega était hyper développée et à côté, Shepard semblait être une fragile petite bleusaille même si elle ne doutait pas pouvoir le mettre au tapis. Utiliser la force de l’adversaire était une habitude chez Shepard depuis qu’elle avait fait ses classes, tournant sa soi-disant faible constitution en avantage. Elle paraissait menue et fragile mais il suffisait d’une fraction de seconde et elle démontrait que ce n’était absolument pas le cas.

Il lui fit passer le plateau qui contenait son premier repas de la journée. Elle s’en empara et se mit à manger sans grande conviction. Ce n’était pas pire que ce que Gardner pouvait cuisiner dans ses mauvais jours. Vega la regarda sans mot dire, comme à son habitude. Shepard avait quelques difficultés à cerner le Lieutenant. Son visage carré était la plupart du temps inexpressif, imperméable. Il était avare en parole et n’était pas un agréable compagnon de repas. Pas le genre qu’elle inviterait au restaurant. Elle tenta quand même de lui soutirer quelques informations. Il répondit à ses questions avec peu d’emphase. Elle apprit donc que son équipe était pour la plupart confinée à terre mais non emprisonnée. Ils étaient simplement mis sous surveillance. Shepard ne put s’empêcher de penser à Jack. Elle ne devait pas apprécier ce genre de situation. Shepard ne doutait pas que son équipe cherche également à la tirer de ce mauvais pas. Etant hors-circuit, c’était à Miranda que venait le commandement de l’équipage du Normandy. Shepard espérait que cela n’engendre pas de tensions entre les membres dont certains avait quelque mal à se plier aux ordres d’une ancienne de Cerberus. D’autant plus depuis que Shepard avait envoyé chier l’Homme Trouble en refusant de lui donner la base des Collecteurs. Elle savait Miranda et Jacob ralliés à elle. Elle ne devait pas s’en faire. Le Commander craignait juste que leur plan ne se résume à mettre le plus de bordel possible. Elle savait qu’ils en étaient capables.

Vega récupéra le plateau et disparut  par la porte. Shepard soupira. Au moins savait-elle que les autres n’avaient pas l’air trop embêtés à cause de ses conneries. La porte chuinta de nouveau et Vega réapparut. Shepard haussa un sourcil. Ce n’était pas dans ses habitudes de revenir lui tenir compagnie. Le Lieutenant hocha la tête dans sa direction et introduisit Anderson qui était suivit d’un Salarian de haute stature. L’avocat.

Elle croisa donc les bras, une moue sceptique sur le visage. Elle entendit à peine le nom de celui qui devait la défendre lors de ce grossier procès. Son regard était braqué sur Anderson dont elle cherchait à lire dans ses traits un quelconque signe que cette mascarade allait prendre fin mais le Conseiller se contenta de lui sourire d’un air affable. La jeune femme ne put s’empêcher de grimacer. Sans y prendre garde, ses pensées convergèrent vers l’espace infini, là où les Reapers continuaient leur chemin sans n’avoir aucune inquiétude. Comment pouvait-on se permettre de perdre un temps aussi précieux à cause de broutilles de bureaucrates ? Elle avait toujours su placer sa loyauté envers son devoir : celui de protéger les populations. Elle était un soldat pas une terroriste, ni une conspiratrice. Imaginer cela relevait du pur délire. Anderson devait le savoir. Ce procès n’avait pour but que de montrer que le Conseil était le seul maître à bord. Conneries. Illusions.

 

« Quelles preuves pouvez-vous nous apporter de votre innocence ? demanda l’avocat salarian et Shepard dut se forcer à reporter son attention sur lui.
— Ce n’est pas votre travail que de les trouver ? » riposta Shepard, cinglante. Non, décidément, elle n’arrivait pas à faire bonne figure. C’était au-dessus de ses forces.
Le salarian claqua sa langue.
« Il va vous falloir être très coopérative, Shepard, dit-il d’un ton sec. Cela ne va pas être si simple que de vous défendre face au conseil…
— Demande-donc à mes coéquipiers quel a été le poids des sacrifices qui nous ont permis de nous faire gagner un peu de répit ! Demandez-donc à mon équipage quel a été leur calvaire dans ces incubateurs, face à la très grande probabilité de se faire réduire en liquide afin d’être utilisés dans la construction d’un Reaper humanoïde ! »
La jeune femme s’emportait. Elle s’était redressée de toute sa stature et avait haussé le ton à chaque mot. Le Salarian toussota face à cette tirade afin de se redonner contenance.

« Ce n’est pas ce que l’on vous demande. Votre petite aventure à travers le Relais Omega 4 n’est pas la question. C’est au sujet de votre collaboration avec Cerberus que vous être jugée. Faire sauter un système…»
Shepard ouvrit grand les yeux.
« Vous n’êtes pas sans savoir que Cerberus est un groupe terroriste extrêmement dangereux et que leurs expérimentations sur des sujets vivants et leurs autres activités violent une bonne vingtaine de lois galactiques. Sans parler de leurs méthodes qui ne tiennent pas compte des milliers de vies qu’ils sacrifient pour arriver à leurs fins.»

La jeune femme roula des yeux. Elle s’en voulait déjà assez de s’être faite avoir par le Docteur Kenson… Elle préféra changer de sujet et se focaliser sur la dernière partie de l’argumentation de l’avocat.
« Bien évidemment que je connais leurs méthodes. Je suis une de leurs expérimentations, après tout. » dit-elle en pointant du doigt son propre corps. « Mais sincèrement, vous pensez que j’ai eu le choix que de m’abaisser à les suivre.  Vous ne pouvez pas imaginer l’effet que cela fait que de se réveiller après deux ans, qu’on vous apprenne que l’on a dépensé des millions pour vous faire revenir alors que vous n’avez rien demandé à personne ! »

Elle inspira profondément, cherchant l’air nécessaire à alimenter sa tirade.
« Personne ne semblait se soucier des disparitions des colons, l’Alliance passait son temps à courir après les Geths ! Comme si c’était la pire menace qui pèse sur nous ! »
Shepard ne put s’empêcher de porter son regard sur Anderson qui n’avait pas cherché à la calmer. Sans doute la connaissait-il assez pour savoir qu’il lui suffisait d’attendre que la tempête se calme.
«Est-ce que le Conseil a cherché à répondre à cette menace ? Non ! Pourquoi ? Parce qu’ils se voilent la face, c’est tout. Cela les sort de leur petit confort. Alors, comme ils ne se sentaient pas les épaules pour affronter ce qu’il se passait, j’ai fait comme tout Spectre se respecte, j’ai fait mon devoir ! C’est ça qu’on me reproche, de faire mon boulot ?
— Vous semblez ne pas vouloir comprendre…
— Le Conseil est borné, un point c’est tout. Quand à ma soit disant collaboration avec Cerberus, sachez qu’elle n’a jamais vraiment existé !  Disons que je me suis servie des ressources qui ont été mises à ma disposition pour contrer une menace qui pesait sur les humains et qu’une fois la mission accomplie, j’ai remercié l’Homme Trouble. Je ne lui ai pas livré la base des Collecteurs… »

Elle se tourna vers Anderson qui n’avait pas pipé mot.
« Je vous l’ai déjà dit, non ? L’Homme Trouble est plutôt contre moi qu’avec moi maintenant. Vous imaginez ? Utiliser cette technologie infâme qu’est de réduire des êtres vivants en liquide… »

L’avocat cligna des yeux, on voyait qu’il doutait de la véracité des propos de la jeune femme. Elle tenta une autre approche pour montrer qu’elle était désormais plus une ennemie du chef de Cerberus que son alliée.
« Je lui ai même pris deux de ses lieutenants et du bon élément, en plus. Sans parler du Normandy… »

 

Elle eut une fraction de seconde une pensée pour Joker qui avait assisté à son arrestation. Elle espérait qu’il n’allait pas faire une connerie. Il était capable du pire, casse-cou et fonceur comme il était.  Shepard espérait que son Commandant en Second allait calmer les impulsions de chacun et utiliser son parfait cerveau pour la sortir de là sans passer par l’option « on défonce tout, on se tire à toute vitesse et on emmerde le Conseil », tirade qui aurait bien sis à son pilote.

Penser au Normandy lui offrit une alternative à tous ses propos, même si elle savait que cela ne jouerait pas du tout en sa faveur.
« L’intelligence Artificielle du Normandy pourra vous donner toutes les informations que vous voudrez… Sauf si elles ne sont pas bridées… »

Le Salarian avocat fit un bond.

« Une IA ? Une IA ? répéta-t-il abasourdi. Mais c’est totalement illégal !  » Shepard vit son visage se tendre, et quelques tics nerveux apparurent sur le visage de son vis-à-vis.
« Illégal… répéta-t-il. Aucune preuve à apporter. Aucune valeur juridique. » Il passa ses mains sur son visage. Shepard ne put s’empêcher de sourire intérieurement. Sa défense allait être bien ardue. Elle savait bien qu’elle était irrécupérable. Cela n’était qu’une perte de temps. Sa parole était sans cesse mise en doute. Celle de ses camarades la serait tout autant.

Ce fut à ce moment que le Salarian déclara qu’il allait réfléchir à une stratégie pour assurer une bonne défense mais qu’il ne promettait rien. C’était aussi une manière de couper court à l’entretien qui ne mènerait nulle part. Il avait plutôt l’air battu d’avance. Shepard ne pouvait pas lui en tenir rigueur. Elle savait contre qui il fallait se battre. Le Conseil resterait campé sur ses positions. Il était inutile de faire perdre son temps à quelqu’un qui avait sûrement mieux à faire. L’avocat prit congé et s’éclipsa rapidement.

Anderson vint s’asseoir sur la couchette de la cellule avec un soupir lassé.
« Shepard… dit-il d’un ton paternaliste. Vous ne rendez pas les choses simples… »
Lucy émit un grognement puis se laissa tomber à son tour sur la couchette.
« C’est pénible de toujours passer pour la dingue de service. » murmura-t-elle.
Elle sentit la haute silhouette d’Anderson s’affaisser.
« Je n’aurais jamais cru finir ma carrière à faire des courbettes, dit-il. J’ai l’impression qu’avant de devenir Conseiller, j’avais plus de liberté… »

Shepard se tourna vers lui, se demandant où il voulait en venir. Il n’ajouta pas mot.

Le silence s’installa. Pas un silence inconfortable. Un silence nécessaire. Un silence que même Vega observa. Il n’avait pas bougé depuis le début de l’entrevue, fidèle à son poste, en position de repos, certes mais prêt à intervenir au cas où. Il avait semblé à Shepard que Vega était tout dévoué à Anderson. Ce ne devait pas donc être un mauvais bougre. Elle reporta son attention sur le Conseiller qui était en pleine réflexion, tiraillé entre son devoir et son instinct. Il y avait encore du soldat là-dessous. Rien n’était perdu pour lui.

« Si seulement j’avais le cran comme lors de notre conversation au Flux, il y a deux ans… »

Shepard haussa les épaules. Anderson prenait de gros risques en parlant ainsi alors qu’ils étaient sous surveillance.
« Ce n’est pas qu’une question de cran, Anderson. Après tout, vous êtes Conseiller… » dit-elle.
Il se tourna vers elle et la jeune femme le regarda franchement dans les yeux.
« Oui, je suis un Conseiller. » répéta-t-il après un court instant.
Il fit un sourire tordu puis se redressa vivement, tapa sur l’épaule de Shepard et appuya sur la console qui contrôlait la porte de la cellule.
« Je fais partie du Conseil, Shepard. » repéta-t-il et Lucy aurait pu jurer qu’il lui avait fait un clin d’œil avant qu’il fasse signe à Vega qu’il était temps d’y aller.
En tout cas, il semblait avoir repris de l’aplomb. Elle se demanda ce qu’il avait bien pu réaliser. Elle avait un drôle de pressentiment. Il ne fallait pas qu’Anderson se mette dans la merde en se faisant une connerie pour la sortir de là. De toute façon, à l’heure actuelle, elle savait le Normandy être en réfection. Ils ne pouvaient pas partir comme ça. Elle soupira et se laissa aller sur sa couchette. Sa tête était sur le point d’exploser.

Quand elle se réveilla, Lucy ne se rappelait pas s’être assoupie. Elle rassembla ses esprits. Sa situation n’avait pas bougé d’un pouce, elle était encore coincée dans une cellule du C-Sec, attendant elle ne savait quelle délivrance. Que cela pouvait-il être rageant que de ne pas savoir ce qu’il se passait pour elle ou pour les autres. Elle savait que l’on n’allait pas tarder à interroger son équipe, qu’ils allaient être dans le même bateau qu’elle. Toute cette inactivité, ce manque d’informations la rendaient folle. Il y avait de quoi hurler.

Elle se concentra pour garder son sang froid lorsque Vega entra dans la cellule, portant son second repas de la journée. Elle le regarda approcher, faisant rouler ses muslces saillants. Quelle masse effrayante. En combat, il devait intimider la plupart de ses ennemis. Il n’avait pas décoché un mot. Shepard se demanda ce que pouvait bien faire un soldat de l’Alliance, ici, à jouer les nounous au sein du C-Sec. La question franchit d’ailleurs ses lèvres avant qu’elle ne s’en rende compte.
Le Lieutenant haussa les sourcils, signe qu’il semblait posséder des émotions malgré tout. Il lui expliqua qu’il était affecté ici sur ordre d’Anderson.

Sa voix était rocailleuse, rude, plutôt assortie au personnage.

« Depuis combien de temps vous êtes-vous engagé ? »
Elle ne se rappelait pas avoir croisé Vega auparavant. Pas qu’elle puisse connaître tous les soldats de l’Alliance mais Vega avait l’air d’être proche d’Anderson. En quelques phrases courtes, Shepard comprit pourquoi elle ne l’avait jamais croisé. Vega s’était retiré de l’armée après un incident en mission. Il avait alors vécu sur Omega. Il était resté évasif sur ce point-là mais Shepard n’eut aucun mal à deviner qu’il avait tenté d’oublier son échec dans le jeu. Vega était fils de soldat. Il avait gardé cependant de bonnes relations avec Anderson, un proche de son père. Le Conseiller l’avait contacté peu après les événements de Bahak. Vega resta d’ailleurs évasif sur le sujet, évitant même le regard de Shepard. Ca par contre, elle n’arrivait pas l’expliquer. Il précisa juste qu’il ne portait pas les Batarians dans son cœur. Lucy s’autorisa un sourire.

« Ca n’est glorieux de me servir de nounou. » Peut-être Anderson avait-il cherché à « punir » le Lieutenant.
« C’est plutôt le contraire, Commander. » laissa échapper Vega et Shepard en lâcha sa fourchette.
C’était bien la première fois qu’il l’appelait par son ancien titre. Certes, aux yeux du grand public, elle était toujours le Commander Shepard mais elle ne l’était plus vraiment officiellement.
Le Lieutenant évita la remarque qu’elle s’apprêtait à dire en se tournant. Shepard comprit. Vega était très à cheval sur les principes liés à l’honneur. Et  quoiqu’en puisse dire les autorités, elle restait le Commander Shepard grâce à ce qu’elle avait accompli. Comme si Vega l’admirait pour ce qu’elle avait fait. Cette perspective lui donna le tournis. Elle risqua de jeter un coup d’œil vers le Lieutenant. Non, elle se faisait des idées. Rien de tel ne transparaissait à travers l’attitude de Vega. Elle divaguait.

Shepard termina son repas et attendit que Vega vienne prendre son plateau.  Elle tenta de voir ce qui pouvait faire réagir son chaperon. Après tout, elle n’avait rien de mieux à faire pour l’instant.

« Le Conseiller Anderson va-t-il venir ? » demanda-t-elle le plus innocemment du monde.
Ecarquillement des yeux. Première réaction. Méfiance. Seconde réaction. Vega avait donc énormément de respect pour Anderson.
« Je ne sais pas, Commander. Il y a… quelques troubles… » Il prononça ces derniers mots dans un souffle.

— Des troubles ? Que voulez-vous dire ? » reprit la jeune femme sur le même ton. Elle craignait que Miranda n’ait pas réussi à faire autrement que de mettre la Citadelle sens dessus-dessous. Non, elle n’était pas aussi stupide. Les autres non plus. Vega s’était tourné de façon à ce qu’on ne puisse pas voir leurs visages sur la caméra et cela parut lui délier la langue. « Il y a eu une fuite au sujet de votre arrestation. ».
Elle remarqua que cela n’avait pas pu passer inaperçu.

« Disons que cela ne plait pas à tout le monde. Certains civils manifestent leur soutien de manière assez bruyante et peu pacifique. »
Shepard haussa un sourcil. Elle ne pensait pas être autant soutenue. Elle ne pouvait pas dire si elle appréciait ou non la situation.

« Votre exploit du relais Omega-4 n’est pas passé inaperçu. Vous êtes le Commander Shepard. C’est ainsi que les civils se souviennent de vous. Celle qui a sauvé le Conseil.»

Shepard fit une grimace douloureuse. Pour le remerciement qu’elle en avait…

« Commander, je n’irais pas jusqu’à dire que ce que vous avez fait au système de Bahak était formidable mais beaucoup le pensent… Et certains sont prêts à le dire fort. »

Vega finit par se redresser, histoire que leur petit manège ne leur attire pas des ennuis. Il hocha la tête dans sa direction avant de tourner les talons et sortir.
Shepard ne savait pas si elle était plus perplexe à propos de l’attitude de Vega ou du contenu de leur conversation. Elle n’aimait pas que les gens la mettent sur un piédestal. Ce n’était pas sa place. Elle n’était pas à l’aise quand elle devait se retrouver avec des personnes qui l’admiraient, la regardaient avec des yeux si impressionnés, parfois envieux. C’était pour ça qu’elle avait fini par mettre son poing dans la gueule de Conrad Verner. Lui et son fanatisme avait fini par lui faire voir rouge. Elle ne voulait pas de ça. Elle ne cherchait pas ça. Elle n’était qu’un soldat. Elle ne faisait que son devoir. Comme ses parents, eux aussi soldats, lui avaient appris. Ni plus, ni moins. Elle savait pourtant qu’elle se voilait la face. Que c’était de la fausse modestie. Que ce qu’elle avait pu accomplir, peu de soldats, même les plus hauts gradés, aurait pu le faire. Et ce n’était pas ses derniers exploits qui allaient abonder dans son sens. Elle savait qu’ils avaient été les seuls à avoir affronté les Collecteurs. A savoir ce que pouvaient faire les Reapers.
Les Reapers.

Si chaque civilisation qui avait fait face à eux n’avaient rien pu faire d’autre que de se faire assimiler par ces immenses êtres mi-mécaniques mi-biologiques, qu’est-ce que l’humanité pouvait bien faire seule face à la menace ?

Non, l’humanité n’était pas seule. Du moins, Shepard espérait que les alliances qui tenait la Galaxie un tant soit peu debout servent à quelque chose et qu’elles ne s’effondreraient pas face à la difficulté qui allait se présenter face à eux. Les autres races de la Galaxie cachaient mal le mépris qu’elles nourrissaient vis-à-vis des humains, petits derniers à être parvenus à la Citadelle. Shepard ne niait pas l’arrogance qui caractérisait son espèce. Malheureusement, les qualités humaines avaient attiré le pire ennemi qui pouvait exister. Il avait attendu, tapis dans l’ombre, l’apogée de cette petite race qui s’agitait beaucoup en permanence. Les humains ne possédaient pas la sagesse des Asaris, l’ingéniosité des Salarian, le sang-froid des Turians, la force des Krogans mais c’étaient les humains qui avaient été choisis par les Reapers comme nouveau support de reproduction. Et cela n’allait pas attirer la sympathie des autres espèces de la Galaxie, loin de là. Pourtant, il fallait que les autres races s’en rendent compte, ils feraient partie des dommages collatéraux de l’invasion. Les espèces étaient trop liées à présent pour que l’attaque des Reapers ne touche pas tout le monde.

 

La question était de savoir comme vaincre ce qui semblait invincible. Il avait fallu toute une flotte de l’Alliance pour défaire Sovereign. Qu’en était-il des milliers de Reapers qui allait se rappliquer ? Shepard avait beau réfléchir, retourner le problème dans sa tête, elle ne voyait pas comment résoudre ce problème. Cela semblait insoluble.

 

« Shepard. »

Le Commander releva la tête. Anderson venait d’entrer dans la cellule et la regardait. Il avait l’air soucieux. Sans doute tout ne se passait-il pas comme prévu.

« L’Amiral Hackett m’a contacté », dit-il sans prendre garde à la caméra. Cela semblait n’avoir aucune importance pour lui. Il lui tendit un datapad. Intriguée, Shepard le parcouru du regard. Rien d’alarmant au premier coup d’œil. Juste la constatation d’une sorte de parasite persistant dans les communications. Une sorte de bruit de fond impossible à diminuer. C’aurait pu être dû à n’importe quoi. Toutefois, instinctivement, elle savait déjà la réponse. Ils arrivaient. Leur promiscuité était suffisante pour qu’il y ait une perturbation dans les signaux de communication. Pas bon.
Shepard rendit le datapad sans mot dire. Anderson comprit qu’elle n’avait pas besoin de confirmer ses propres doutes. Ses épaules se voutèrent. Il semblait lassé.
« Ainsi, ils viennent. Combien de temps nous reste-t-il ? »
Shepard haussa les épaules. Elle-même ne pouvait donner d’estimation. Cela pouvait être imminent. Ou dans quelques jours. Elle n’était pas capable de comprendre leur cheminement de pensée. Leur stratégie. C’était bien au-dessus de ses capacités. Anderson semblait la surestimer.

« Vous êtes la seul à les avoir vus, Shepard. La seule qui les ait affrontés. Cela ne tiendrait qu’à moi, je vous aurais déjà sortie de là et mise en première ligne. »
L’enregistrement de ses paroles n’avait pas l’air de l’affoler. Anderson semblait parti loin dans ses propres pensées. « Vous avez foutu un sacré bordel, continua-t-il. Cela n’a pas la moindre importance s’ils arrivent. Parfois la fin justifie les moyens. Mais je ne suis qu’une voix minoritaire au Conseil. C’est comme si mon avis importait peu. »

Cela mettait Shepard mal à l’aise de l’entendre critiquer le Conseil sous le regard de la caméra. Il allait avoir de sacrés ennuis. Mis à l’écart, il ne serait plus utile. Même minoritaire, il restait une voix parmi le Conseil. Une voix discordante, celle qui bousculait un peu leurs acquis et leurs idées reçues. Le Conseil n’avait pas vraiment considéré les Humains comme une composante majeure dans la Galaxie de toute façon. Toutefois, il y avait un espoir que de plus en plus de voix s’élèvent contre lui. Anderson aurait alors un plus grand rôle à jouer sans doute. Il avait toujours les yeux rivés sur le datapad.

« Comment les vaincre ? » murmura-t-il. Shepard soupira. Comme si ce n’était qu’une question de stratégie militaire. Cela allait bien au-delà de tout ça. Ce n’était pas qu’un énième ennemi à mater, qu’une quelconque armée à affronter. C’était l’annihilation qui leur fonçait droit dessus. Juste une question de survie. Survivre, rien de plus. C’était mal parti pour l’instant parce que le Conseil avait des principes à la con et faisait semblant de ne pas savoir ce qu’était un cas d’urgence exceptionnel. Qu’ils s’occupent d’elle après tout ça, s’ils le voulaient. S’il y avait un « après ». Rien n’était moins sûr. Au vu de la tournure actuelle des choses, la probabilité d’un « après » était quasiment nulle.

 

 

Rester calme et attendre. C’était donc là tout ce qu’Anderson avait trouvé à leur dire ? Joker se mordit la lèvre et serra le poing. Installé dans un fauteuil qui trainait dans les quartiers qu’on avait attribués à l’équipage du Normandy, il n’avait rien d’autre à faire que de se ronger les sangs. Réfléchir, penser, chose qu’il n’aimait pas faire. Enfin, réfléchir pour avoir le meilleur angle de pénétration dans l’atmosphère de n’importe quelle planète pour optimiser l’atterrissage du Normandy, penser à toutes les calibrations de routine que nécessitait son bébé, ça il savait faire et il aimait ça. Etre mis à pied le contraignait à l’inaction et il détestait ça. La seule chose qui ne le faisait pas devenir fou c’était que maintenant son bébé était remis sur pied. Ca n’avait pas trainé. A peine Shepard emprisonnée, l’Alliance avait mis la main sur le Normandy. L’équipage avait été sorti avec plus ou moins de douceur. Lui-même avait d’ailleurs entravé la bonne marche des choses en vociférant des insanités lorsqu’il avait été question qu’il sorte de son fauteuil de pilotage. L’arrestation de Shepard l’avait déjà mis hors de lui. Il n’était pas non plus question qu’on lui enlève ce qu’il avait de plus précieux. Chakwas avait dû finalement intervenir pour qu’il se calme. La doc n’y était jamais allée de main morte avec lui. Il ne lui en tenait jamais rigueur, c’était comme un accord tacite entre eux. Pas de pitié envers lui parce qu’il était à moitié infirme. C’était suffisamment assez pénible à supporter comme ça. En tant qu’anciens soldats de l’Alliance, Anderson les avait adressés à un poste de l’armée où il devait attendre de nouvelles instructions. Au début, Joker en avait eu strictement rien à foutre. Il ne voulait pas recevoir d’autres ordres que de Shepard, son supérieur hiérarchique. La seule qu’il reconnaissait en tant que tel. Lawson prenait le relais parfois mais elle n’avait pas pris de décision. Au début, en tout cas. Finalement, au bout de deux jours à tourner en rond, le Commandant en second les avait contactés.

Joker en avait été enchanté parce que ne rien faire commençait à le rendre fou. Il avait bien essayé d’aller voir ce que l’Alliance était en train de faire subir à son bébé mais on l’avait proprement foutu dehors. Une inquiétude l’avait rongé depuis. C’était stupide, complètement idiot mais il se faisait du souci pour EDI. Il ne tenait pas nécessairement l’Intelligence Articifielle du Normandy dans son cœur mais il avait fini par s’habituer à sa présence, ses remarques loufoques et son humour étrange. EDI était devenue la « voix » du Normandy et parfois il s’était surpris à lui parler comme s’il s’agissait d’une personne. Il savait que l’importance qu’il donnait au vaisseau était disproportionnée aux yeux des autres. Ils ne pouvaient pas comprendre. Le Normandy était ses ailes. Le piloter était le seul moyen pour lui de sortir de son corps, de se sentir libre, sans l’entrave que lui procurait cette carcasse imparfaite. Bien sûr qu’au début, il n’avait pas supporté qu’on le remplace par une IA. C’était faire fi de ses talents de pilote. Shepard n’y avait été pour rien, il le savait. Elle avait toujours fait en sorte de compter que sur lui et cela lui avait fait chaud au cœur. Il savait que le Commander n’appréciait pas les Intelligences Artificielles. Qu’elles lui paraissaient bien trop dangereuses. Elle lui avait même dit qu’elle se méfiait de tout ce qu’elle ne pouvait atteindre avec son fusil. Quelque chose qui ne pouvait pas s’effondrer même après avoir reçu une balle entre les deux yeux n’était pas normal. Et Shepard n’aimait pas ça. Elle aimait avoir le contrôle. Ca, il en avait fait les frais. Il ne comptait plus le nombre de fois où elle l’avait engueulé parce qu’il avait voulu jouer les casse-cou avec le vaisseau. Il savait pourtant qu’elle lui soufflait dans les bronches pour la forme. Après tout, c’était son côté fonceur qui leur avait pas mal sauvé la mise. Ca, EDI n’avait pas pu lui retirer. Cependant, après le rapt de tout l’équipage par les Collecteurs, Joker avait fini par ne plus tellement se méfier d’EDI. Il avait même commencé à l’apprécier. Surtout quand elle avait laissé tomber ses « M. Moreau. » pour l’appeler par son prénom. Il aurait préférer qu’elle adopte le « Joker » comme tout le monde mais l’IA n’avait pas l’air très au fait de ce en quoi consistait l’utilisation d’un surnom. Cela avait même rire Shepard qui avait fait une remarque amusé sur le fait que la relation qu’il entretenait avec l’IA ressemblait à un flirt. Il avait été tenté de rétorquer que ce n’était pas mieux que les joutes verbales qu’ils avaient souvent lui et le Commander mais cela aurait été mal interprété, supposait-il.
L’orientation de ses idées parut dangereuse et Joker s’appliqua à espérer que l’Alliance ne démonte pas EDI. Il était sûr qu’elle allait lui manquer. C’était stupide mais bon, il n’était pas à une bêtise près. Ca y était, il commençait à tourner en rond dans sa propre tête. C’était bien pour ça qu’il évitait de ne rien faire. Il avait déjà passé plus de deux jours à ruminer après l’arrestation de Shepard. Cela lui avait rappelé ce qu’il s’était passé juste après sa mort et il ne voulait pas y repenser. C’était déjà assez difficile pour lui et le renvoyait à sa propre stupidité. Il se sentait toujours coupable malgré tout. Malgré le fait que Shepard agisse avec lui comme elle l’avait toujours fait. Pour lui, rien n’était comme avant. Malgré son « c’est comme le bon vieux temps » qu’il lui avait adressé lorsqu’ils s’étaient revus la première fois après sa reconstruction. Quelle phrase merdique, n’avait-il pu s’empêcher de penser. Mais cela avait été un moyen de se détourner de sa première option. Se jeter aux pieds de Shepard et lui demander pardon comme la grosse merde qu’il s’était senti être. Elle aurait même pu lui marcher dessus. Mais cela aurait tout aussi stupide. Alors il avait accroché son éternel sourire sardonique sur le visage et avait feint que tout était comme avant. Et qu’il n’avait pas passé deux ans à ruminer sans cesse dont six bons mois après son enterrement mois à picoler comme un trou avant que Chakwas ne lui remette la main dessus.
Joker pesta. Il ne voulait pas repenser à ça. Il avait réussi à mettre tout ça dans un coin de sa tête et à l’y enfermer. Ca revenait de temps à autre, surtout quand il dormait. Mais il ne pouvait rien y faire.
Il se leva prudemment. Puisqu’il ne pouvait accéder au Normandy, il allait faire un tour. Cela l’empêcherait peut-être de faire fi de tout ce que Lawson et Anderson lui avait dit. Attendre. Attendre, mon cul ! Même Garrus avait mal pris la nouvelle et avait disparu sans qu’on le revoie. Il n’avait d’ailleurs pas eu plus de nouvelles des autres si ce n’était Jacob qu’il croisait de temps à autre quand l’envie de sortir lui prenait. Ce dernier lui avait dit qu’ils s’étaient réfugiés chez un des indics du Shadow Broker que Garrus connaissait bien. Ils ne sortaient quasiment pas et passaient leur journées à préparer un plan pour sortir Shepard de sa geôle. De toute façon, ils n’avaient rien de mieux à faire. Il valait mieux qu’ils ne sortent pas, ils ne pouvaient pas passer inaperçus, surtout Legion.

Joker enfonça sa casquette sur ses yeux, mis les mains dans ses poches et entreprit de sortir des quartiers où on l’avait installé. Il songeait à aller s’en jeter un petit, histoire de chasser les mornes pensées qui l’assaillaient. Surtout celle d’aller lui-même chercher Shepard. Pour une fois qu’il aurait pu éponger un peu la dette qu’il avait envers elle. C’était tout à fait ridicule. Autant aller au feu à poil avec un cure-dent. Ca le faisait rager. Shepard était enfermée quelque part dans la Citadelle, en attente d’un procès pour terrorisme et il ne savait ni quand ils allaient se revoir, ni comment la sortir de là. Il aurait pu en parler à Chawkas mais elle avait déjà suffisamment joué les psys avec lui durant les premiers mois qu’ils avaient passé à bosser pour Cerberus. Surtout que certaines des conclusions du docteur ne lui plaisaient pas. Il n’avait pas envie d’entendre ça à nouveau.

D’un pas lourd, il se dirigea vers un des transports rapides qui l’emmènerait vers un des nombreux bars du quartier de Zakera. Loucher sur une stripteaseuse lui changerait les idées.
Il n’eut pas le loisir de mettre son projet à exécution. Une lourde main s’abattit sur son épaule.
Jacob le dévisageait d’un air paniqué.

« Shepard ! s’exclama l’ancien de Cerberus. Son procès ! Ils l’ont avancé, c’est pour demain ! »

 

 

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